‹ Bibliotheque militaireChapitre 35 sur 614 · Quand, après plusieurs jours · texte numérisé non relu

Quand, après plusieurs jours

César vit que les ennemis se tenaient constamment renfermés dans leur camp fortifié par un marais et par sa situation naturelle, qu'on ne pouvait le forcer sans grande perte, ni l'investir qu'avec plus de troupes qu'il n'en avait, il écrivit à Trébonius de mander en diligence la treizième légion, laquelle hivernait dans le Berri sous les ordres de T. Sextius, l'un de ses licutenans, lui ordonnant de venir à grandes journées le joindre avec trois légions. En attendant, il envoya lour-à-tour la cavalerie des Rhcmois , de ceux de Langres et des autres peuples de la Gaule, dont il avait fait venir un grand nombre, pour soutenir ses fourrageurs, el arrêter les courses des ennemis.

42. Comme celte cavalerie exécutait tous les jours la même manœuvre, elle se relâcha de son exaaitude, ce qui est assez ordinaire ; et ceux de Beauvais, ayant découvert l'endroit où elle avait l'habitude de se rendre, mirent un corps d'infanterie en embuscade dans les bois, et envoyèrent le lendemain de la cavalerie pour l'y attirer, et l'allaquer après l'avoir investie de toutes parts. Le malheur tomba sur la cavalerie rhémoise, qui , ce jour-lù , escortait les fourrageurs : car, ayant d'abord aperçu celle des ennemis , et le mépris qu'elle fit de son petit nombre l'engageant à la poursuivre avec trop d ar-

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deur, elle se \il (oui d*un coup enveloppée par les fantassins : surprise de celle aitaque , elle se relira plus vile qu'on n'a coutume de faire dans un combal de ce genre > après avoir perdu Verliscus» chef de k nalion et général de la cavalerie ; qui , pouvant à peine se tenir à cheval » à cause de son grand âge, n'avait pas cru pouvoir néanmoins se dispenser» malgré sa vieillesse, ni de commander, ni de se trouver à l'action. Cet heureux succès, joint à la mon du chefei du général des Rhémois, enfla de plus en plus la vanité des ennemis. En même temps, celte disgrâce fut pour les nôtres un avertissement de ne placer leurs corps de garde qu'après avoir soigneusement examiné les lieux, et de ne pas s'emporter à la poursuite avec tant d'ardeur.

13. Cependant, il ne se passait point de jour qu'il n'y eût quelque escarmouche aux gués du marais à la vue des deux camps. Dans une de ces rencontres, l'infanterie allemande, à qui César avait fait passer le Rhin pour l'envoyer au combat , mêlée avec la cavalerie, eut la constance de traverser le marais; et, après avoir tué ceux des ennemis qui faisaient résistance, elle poursuivit vivement le reste. Celle hardiesse effraya de telle sorte , non*seulemeni les combaltans qu'ils avaient en tète, ou qu'ils blessaient de loin , mais encore les troupes commandées pour les soutenir, qu'ils prirent tous honteusement la fuite, et que, poussés de hauteurs en hauteurs, ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent arrivés dans leur camp : la peur en entraîna même quelques-uns encore plus loin; ce qui troubla si fort toute leur armée ^ qu'on aurait eu peine à décider si la fortune et les heureux succès étaient plus capables de lesenoi^ei|lir que le moindre revers de les abattre.

14. Après avoir gardé plusieurs jours cette postlion , ayant appris que G. Trébonius approchait avec ses légions, les généraux ennemis, dans la crainte d'être assiégés comme ceux d'Alise, firent partir de nuit avec le bagage les fiersonnes que leur Age , leurs infirmité ou le défaut d'armes rendaient peu propres à la guerre. Tandis qu'ils s'agitaient pour mettre en marche cette muUîtttde confuse d'hommes et de bagages (car les Gaulois traînent toujours à leur suite quantité de chariots, même dans les promptes expéditions) , le jour les ayum surpris, ils rangèrent quelques troupes en bataille à la tète de leur camp, afin d'empêcher que les Romains n'entreprissent de les poursuivre avant qu'ils fussent éloignés. César de son côté, qui ne jugeait pas à propos de les attaquer dans un poste si avantageux, s'ils se mettaient en défense, crut en mftme temps dcvcHr faire assez avancer les légions , pour que les Barbares ne pussent tranquillement effectuer leur retraite à sa vue. Ainsi , comme le marais situe entre les deux camps pouvait, par la difficulté du passage, le retarder dans sa poursuite» et que la hauteur opposée qui touchait presqu'au camp ennemi n'était séparée du sien que par un pi»tit vallon, il jeta des ponts sur le marais , y fit passer ses troupes , atteignit prompfement la hauteur dont la pente couvrait des deux côtés le flanc des légions, les y rangea en bataille, marcha en avant, et ne s'arrêta qu'à la portée du trait des reiranchemens ennemis.

15. Comptant sur l'avantage de leur poste, les Barbares ne refusaient pas de combattre , dans le cas où les Romains entreprendraient de venir les attaquer sur la hauteur; mais, n'osant faire défiler leurs troupes, de crainte que si elles élaient dispersées, on ne les mit CQ désordre, ils prirent le parti de

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ffttl«r m tefiûlie. Cter^ \m voyant opi<oiAués a ne [loiol quiiler leur poste , kisa Tingt cohortes sous les armes»

campa et se relrapcba 4ans cet endroii. Vmivnp fini, il mil ses légions en ba* laiile^i h léie de ses retrancbemens. Tu tenir sa caTalerie piète à monter à cheval an premier ordre» et la chargea de la garde du camp. Les Barbares qui virent les ilomains prêts à les suivre , ne pottfanl ni passer la nuit , ni demeurer plus long-temps sans vivres, au lieu où ils a*élaient âabljs» s\ivjsèr6nt de ce stralag^me potir se retirer. De main en i^ain » lia transportèrent à la tète du canp toutes les bottes de paille et les fasaîiies sur lesquelles ils sont assis quand ils restent en bataille, comme îl a été dit dans les Uyres précédens, et dom ils avaient une prodigieuse quan* tiié dans leur camp | et sur le soir, à un (XTlain signal , ils mirent le feu à toutes en même temps. La flamme de cet ineendte, a*éiendant au loin, déroba tout-a-coup leurs troupes aux regards des nôtres; et ils saisirent œ moment pour s'enfuir en toute b&te.

16. Quoique César ne pût voir leur départ , à cause de la flamme et de la fumée qui étaient entré eui^ et lui , jugeant néanmoins que c'était une ruse pour couvrir leur retraite, il fit avancer ses légions , et envoya contre eus sacaTalerie s pour lui, craignant quel- V» P>^» ^ que les ennemis ne se mssent arrêtés au niême endroit pour aopa altérer dans quelque poste dés* avaniageux, il s^avan^ptus lentement.

Kotie cavalerie^ qui n*osait pénétrer au Uavera d'tine si granfle flamme et d'oi^ fumée si épaisse, od elle Ae yeu^l seulen^em pas apercevoir la lète à^ ses cbevaux^ et qui craignit de leoab^ daps quelque embuscade, laissa aux ennemis le temps d'opériei leur retmte. h l# fov^ir de 0Hte fiiite^ oà la

crainte leur suggéra un expédient plein d'adresse, ils firent sans perte environ trois lieues et campèrent dans une position fort avantageuse. t)e la mettant sans cesse de iSnranterie et de la cavalerie en embuscade, ils incommodèrent beaucoup nos fourrageurs.

17. Comme de tels désagrémens se muli ipliaient, César apprit,d'un prisonnier , que Corréus , général des ennemis, avec six mille fantassins et mille chevaux, tous soldats d*élite, s'était embusqué dans un endroit où il croyait que les Romains enverraient leurs fourrageurs , parce que ce lieu était abondamment pourvu de fourrages. Sur cette découverte^ il fit partir un plus grand nombre de légions qu'à l'ordinaire ; elles étaient précédées de la cavalerie qu'il avaitcoulumed'envoyer escorter les fourrageurs; il yjoigniidesgens de trait , et s'avança lui-même le plus qu'il lui fut possible avec les légions.

18. Les ennemiss'élaient postés dans une plaine qui, n'ayant guère que mille pas d'étendue en tout sens, était environnée de bois épais et d'une rivière fort profonde ; les nôtres investissent ce lieu. La cavalerie prête à en venir aux mains, et instruite de la disposition des ennemis, marche à eux par escadrons en bon ordre et en bonne résolution, parce qu'elle se sent suivie des légions. Dès que Corréus la découvrit, il crut Toccasion favorable, se présenta d'abord avec peu de monde, et chargea les premiers escadrons , qui le soutinrent vigoureusement sans se rejoindre au gros de leur corps; ce qui arrive le plus souvent dans les combats de cavalerie, quand on s'est laissé surprendre : alors le combat nuit plus qu'il ne sert, parce qu'il apporte de la confusion.

19. Comme ils ne se battaient que par escadrons et en petites iroupeS| sanp

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nous donner les moyens de les envelopper» le reste des ennemis, ayant Corréus à sa lète , débouche enfin de l'embuscade. Alors l'afTaire devint plus générale, mais sans avantage de part ni d'autre , jusqu'à ce que leur infanterie Tût sortie peu à peu en bataille hors,du bois , et eût obligé notre cavalerie de reculer. Notre infanterie légère qui , comme on l'a dit, avait engagé l'attaque avant les légions , vint aussitôt à son secours, et» se mêlant dans les escadrons, combaltit avec fermeté. La fortune fut quelque temps indécise; ensuite, selon le cours ordinaire de ces sortes de combats, ceux qui avaient soutenu le premier choc dans l'embuscade devinrent supérieurs, par cela même qu'on n'avait rien gagné sur eux en les surprenant. Cependant nous apprenons, et les Barbares aussi, que les légions approchent, et que notre général va paraître avec ses troupes en bon ordre. Sur cette espérance, nos troupes redoublent de vigueur, dans la crainte que si Taclion se prolongeait , les légions ne vinssent partager avec elles l'honneur de la vicioire. Les ennemis, au contraire, perdent courage et cherchent à se sauver par différens chemins ; mais ce fut inutilement , car les postes désavantageux dans lesquels ils avaient voulu nous enfermer s'opposaient à leur retraite. Ainsi vaincus, chassés et consternés de la perte de la plus grande partie de leurs soldats, ils se retirèrent où ils purent, les uns dans les bois, les autres en passant la rivière, où notre cavalerie qui les poursuivait vivement , acheva leur déroute. A l'égard de Corréus, qui ne se laissait abattre par aucune disgrâce, comme il ne voulut ni se retirer, ni se réfugier dans les forêts, ni se rendre à nos sollicitations, après avoir combattu vaillamment et blessé plusieurs

des nôtres, il força les vainqueurs irrités d'une si longue résistance, de le percer de coups.

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