‹ Bibliotheque militaireChapitre 379 sur 614 · LIV. IV · texte numérisé non relu

LIV. IV

rien que de modeste et de populaire, tant qu'il fut parmi les MacédonieDs et les Grecs : mais quand il se vit parmi les Barbares, il porta la magnificence à l'excès, pour leur imprimer de la terreur par un appareil éclatant.

Lors donc qu'il rendait justice, et donnait audience en public dans la Bao triane, l'Hyrcanie, et l'Inde, voici comme était disposée sa tente. Son étendue était d'une grandeur à contenir cent lits. Elle était soutenue de cinquante colonnes d'or, et ombragée de dais, où brillaient l'or et les ornemens les plus précieux. Au dedans de la tenté, tout autour, il y avait premièrement, cinquante Perses vêtœ d'habits de couleur de pourpre et orangé ; ensuite autant d'archers, les uns vêtus d'habits, couleur de feu, les autres, d'étoffe bleue, les autres, de jaune. Au devant étaient cinquante Macédoniens, de la plus grande taille, qui portaient des boucliers d'argent.

Vers le milieu de la tente était le trône, tout d'or, sur lequel Alexandre prononçait ses oracles ; et lorsqu'il donnait audience, ses gardes faisaient no grand cercle autour de lui. Au dehors de la tente étaient postés les éléphans avec mille Macédoniens vêtus à la mode de leur pays. Après ceux-là étaient cinq cents Snsiens vêtus de pourpre ; et tout cela était terminé d'un grand cercle composé de dix mille Perses des plus beaux et des pto grands qu'on avait pu trouver, tous ajustés à la manière de leur pays, et armés de cimeterres. Tel était l'appareil du trône d'Alexandre parmi les Barbares.

XXV. Alexandre faisant route par un pays aride, souffrait beaucoup de la soif, et son armée n'en souffrait pas moins que lui. Ceux qu'il avait envoyés à la découverte, trouvèrent UP

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pea d*eau dans le creux d*un rocher, et lui en apportèrent dans on casque.

Alexandre la fit voir à ses troupes, pour les animer à supporter patiemment la soif, dont le remède était proche ; et au lieu de boire, pour étancher la sienne, il répandit cette eau à terre en présence de tout le monde. Les Macédoniens, k la Yue de cette admirable modération de leur roi, firent de grandes acclamations; et méprisant alors la soif, lui dirent qu'il pouvait les conduire où bon lui semblerait, et qu'ils le suivraient partout avec persévérance.

XXYI. Alexandre se hfttait d'aller contre Darius vers les bords du Tigre.

Une terreur panique se répandit tout d'un coup dans son armée, à commencer depuis l'arrière-garde jusqu'aux premiers rangs. Alexandre ordonna aux trompettes de donner un signal d'assurance, et aux premiers rangs de son infanterie, de poser les armes à terre à leurs pieds, et de dire à ceux qui étaient derrière eux d'en faire autant. Tons, de suite, firent la même chose, et cela servit à découvrir l'origine du faux bruit. La vaine terreur fut dissipée ; les soldats reprirent leurs armes, et continuèrent leur marche.

XXYIL Quand Alexandre eut vaincu Darius dans la plaine d'ArbelIes, Phrasaorte, proche parent de Darius, à la tête d'un corps considérable de Perses, gardait le pas de Suses, appelé les portes de Sûtes, Ce sont des montagnes escarpées, dont les entrées sont fort étroites. Les Barbares, postés avantageusement dans ces lieux, repoussaient les Macédoniens en les accablant de pierres à coups de frondes, et les perçant de traits. Alexandre fut contraint de faire reculer ses troupes ; et ayant pris du terrain à trente stades de là, il les mit à couvert derrière de bons rein.

tranchemens. Un oracle d'Apollon lui avait promis qu'un étranger, nommé Lycus, serait son conducteur dans l'expédition contre les Perses. Un bouvier, vêtu de peaux, se présenta devant Alexandre, et lui dit qu'il était Lycien. Il ajouta que dans cette enceinte de montagnes il y avait une route couverte par l'épaisseur des bois, et qu'il était le seul qui en eût connaissance, pour l'avoir fréquentée en menant ses boeufs à la pAture. Alexandre se rappelant l'oracle d'Apollon, ajouta foi au bouvier. Il commanda à la plus grande partie de son armée de demeurer dans le camp, et d'y allumer beaucoup de feux, pour amuser les Perses par cet objet. Mais en secret il laissa ordre à Philotas et Ephestion, quand ils verraient les Macédoniens sur les hauteurs, de donner par en bas sur les ennemis. Pour lui, prenant ses gardes; avec une phalange de soldats bien armés de toutes pièces, et tout ce qu'il avait d'archers scythes, il s'avança quatre-vingts stades dans le petit sentier ; et s'étant mis à couvert dans l'épaisseur de la forêt, pour y prendre haleine, enfin à minuit, il tourna les ennemis, et les surprit comme ils dormaient encore. A la pointe du jour les trompettes sonnèrent la charge de dessus les montagnes. Alors Ephestion et Philotas, sortant des retranchemens avec les Macédoniens, attaquèrent les Perses, qui se trouvèrent ainsi environnés d'ennemis d'en haut et d'en bas, et furent, les uns tués, les autres précipités, et les autres faits prisonniers. XXVIII. Pendant les chaleurs de l'été, Alexandre faisait marcher son armée le long d'une rivière, en présence des ennemis. Il voyait que les soldats altérés, regardaient l'eau avec avidité; mais il craignit que s'ils s'arrêtaient à boire, ils ne se missent en désordre, et

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retardassent sa marche. Il ordonna au béraut de dire : « Betirons-nous du fleuve ; Teau en est vénéneuse. » L'armée se h&ta de s*éloJgner de ces bords djan^eux. Quand Alexandre eut fait samarehç^ il campa; et lui, aussi bien que ses généraux, buvaient publiquement de cette eau. Les soldats n'eurent pas de peine à deviner pour quelle raison Us avaient été trompés. Us tournèrent la chose en raillerie, et se désaltérèrent sans crainte avec les eaux fie ce fleuve.

XXIX. Alexandre voulait pénétrer danfi la Sogdiane. Tout le pays est rude et inaccessible, et traversé d'un rocher aur lequel il n'y avait que les oiseaux qui puisent monter; et tout autour il y avait des bois si épais, que le peu de sentiers que Ton y trouvait, en étaient rendus tout k fait impraticables. Ario* ipazès s'était saisi de la roche, et la gardait avec }in nombre do Sogdiens bien armés. Il ne manqi^ait là ni d*eau ni de vivres, dont il avait fait un grand .amas. AXex0ndre étant monté à cheval pour observer la nature des lieux, Gt le tour de la roche ; et après avoir tout remarqué, choisit trois cents jeunes hommes exercés à grimper sur les lieux les pkis escarpés, et leur commanda de monter sans armes par derrière la roche, à couvert des bois et des halliers, de se traîner comme ils pourraient, et de se guinder les uns les autres avec des cordes ; et quand ils seraient arrivés au sommet, de défaire leurs ceintures blanclies, les attacher au bout de longues perches, de les élever par dessus la cîme des arbres, et leur donner du mouvement, afln de les faire voir, tant aux Barbares qui étaient en haut, qu'aux Macédoniens qui étaient en bas. Les jeunes gens grimpèrent sur la roche avec beaucoup de peine, et au moment que le soleil se levait, ils

mirent en mouvement leurs ceifttores blanches. Les Macédoniens à cette vue, jetèrent de grands cris. Ariomazès, frappé d'étonnement, s'imagina que toute l'armée était montée, et qu'il allait être pris. Admirant la force plus qu'humaine et la fortune d'Aleiandrs, il se rendit à lui, et lui livra la roche.

XXX. Alexandre ayant rencontré dans le Cathai, qui est une partie des Indes, des gens qui s'étaient défendu en désespérés, fit passer au fil de l'épée jusqu'aux enfans, et renversa de fond en comble leur ville, appelée Sangala. A cette occasion le bruit se répandit parmi les Indiexis, qu'AleuDdre faisait la guerre d'une manière barbare et cruelle. Comme cette mauvaise réputation était contre ses iatèrets, il prit à tâche de la détruire par des faits opposés. Il se rendit maître d'une autre ville de l'Inde par composition, et en ayant pris des otages, il se présenta devant une troisième ville grande et peuplée, et nUt à la tète de sa phalange les otages de la seconde, vieillards, femmes et enfans. Les assiégés reconnaissant leurs voisins, ^ apprenant d'eux les bons traitemenset la douceur d'Alexandre, lui ouvrirent leurs portes, et le reçurent en postu^ res de suppliaps. Aussitôt la nouvelle s'en répandit de toutes parts, et leslodiens se sentirent portés par ce moyen à se soumettre volontairement.

XXXI. Alexandre trouve que le pajs des Cofiséens était rude et plein i^ montagnes hantes et de diflicile accès, et gardées par de bonnes troupes. U ne voyait point d'appar^nce de fon* voir s'en rendre maître. Sur ceseotre^ faites on lui viut dire qu'Ephestion était mort à Babylone. Il ordonna ua deuil gt^i^éral, et se hâta d'aller repdra les devoirs de la sépulture à Ephestion* Les Coss^eiis avertis p^r leurs gardes

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flTaneéesqu'Aleiandre se relirait, conimencèreat aossi à déloger. Alexandre etiYoya la irait sa cavalerie se saisir de i-eiitrée des montagDes, que les ennems avaient laissée sans gardes, et s*étant détourné de la route de Babylone il vint joindre sa cavalerie ; et paraissant tout d'un coup a sa tête, il se rendit maître du pays des Cosséens. On dit que cet avantage servit à le consoler de la perte d'Ephestion.

XXXII. Alexandre étant dans le palaia dss r^ de Perse, y fut servi «ui~ tant ee qmi était réglé pour le dtner et le soQper du roL Le tout était gravé aur une colonne de cuivre, la même oti se lisaient les autres lois de Cyrus. En voici le contenu :

De fine fleur de farine de froment, quatre cents artabes. L'artabe des Bièdes est le medimne ou boisseau altique.

De la seconde farine, après la fine fleur, trois cents artabes.

Et autant de la troisième farine.

£b tout, pour le souper, mille artabes de farine de froment.

De fine fleur de ferine d'orge, deux . eeots artabes.

De la seconde farine, quatre cents artabes.

Et autant de la troisième.

En tout mille artabes do farine ë'orge.

De gruau, deux cents artièes.

De coulis de farine, dix artabes.

De cf'eason hacM et criblé...

De lii^nne, dix artabes.

De sénevé, le. tiers d'une artabe.

Qoaire cents moutons.

Cent boeufs.

Trchte cbevaux.

Quatre ceots oies grasses.

Trois ceuts tourterelles.

Six cents petits oiseaux de tontes e»-

|lèC8S«

Cent jeunes albrans.

Trois cents agneaux.

Trente chèvres.

Du lait doux du jour, dix m&ris. Le maris fait dix mesures attiques, appelées cherès, ou gobelets.

Du petit fattt adouci, dix maris.

JVail, le poids d'un talent.

D'ogiioiis Acres, le poids d'un demi talent.

De mercuriale, uite artabe.

De suc de silphium, deux mines.

De cuttin, une artabe.

De silpbium, le poids d'un talent.

De moût sucré de pommes adouci, le quart d'une artabe.

De cire de cumin, le quart d'une artabe.

De staphis, le poids de trois talens.

De fleurs de carthame, le poids de trois mines.

De graine de nielle, le tiers d'une artabe.

De graine d'arum, ou pied de veau, deux capetrs, ou chœnix.

De sésame, dix artabes.

De raisiné doux, cinq maris.

De raves confîtes et de radix, accommodés au sel, cinq mftris.

De cApes confites au sel, dontonfaU des farces de haut goût, appelées abyrtnquei^ cinq m&ris.

De sel, dix artabes.

De cumin d'Ethiopie, sixcapétis. Le ctpifis est le chœnix antique.

D'anis sec, le poids de trente mines,

De graine d'ache, quatre capétis.

D*huile de sésame, dix maris.

D*huile tirée du lait, cinq mAris.

D*huile de erminthe, cinq maris.

D*huile d'acanthe, autant.

D'huile d'amandes douces, trois mAris.

D'amandes douces sèches, trois artabes.

Cinq cents mûris de vin.

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Quand le roi se trouve en Babylone ou à Suses, la moitié du vin qui se boit est tirée du palmier, et Fautre moitié de

la vigne.

De gros bois, deux cents charretées.

Et de menu, cent.

De miel ferme, cent masses carrées, chacune du poids de dix mines.

Quand le roi est dans la Médie, voici ce que Ton donne :

Trois artabes de graine de cartha-

me.

Safran, le poids de deux mmes.

Tout cela pour le souper et le dî-

Outre cela il est consommé de une fleur de farine de froment, cinq cents

artabes.

De fine fleur de farine d'orge, mille

artabes.

Et autant de la seconde farine.

Et cinq cents artabes de la plus grosse farine de froment.

Cinq cents maris de gruau.

Pour les bétes de charge et chevaux de maîtres, vingt mille mesures d'orge.

Dix mille chariots chargés de paille, et cinq mille de foin.

D'huile de sésame, deux cents maris.

De vinaigre, cent mftris.

De cresson haché menu, trente artabes.

Voilà tout ce qu'on donne aux troupes ; et c'est la dépense que fait le roi chaque jour, soit pour sa bouche, à son dîner et à son souper, soit pour ce qu'il fait distribuer aux autres.

Les Macédoniens, à la lecture de ce grand et splendide appareil de table, admiraient la félicité des rois de Perse ; mais Alexandre s'en moqua comme d'une occupation pénible et fâcheuse, et commanda qu'on ôtât la colonne où ces choses étaient écrites. Il dit à ce sujet à ses amis : « Il ne convient pas

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que les rois apprennent à vivre ainsi dans la mollesse, et souper si délicieusement. Il faut de nécessité que les plaisirs affaiblissent le courage. Aussi savez-vous par expérience que ceux cpi faisaient de tels soupers, ont été facilement vaincus dans lés combats. »

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