‹ Bibliotheque militaireChapitre 44 sur 614 · ÈS41I · texte numérisé non relu

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un pont qui éfail dislani d'environ une licu6 de Corfinium. Les coureurs de Gé* sar les attaquent » les chassent du pont , 61 les forcent de rentrer aussitôt dans la ville. César fit ensuite passer la rivière i ses légions, et vint camper sous les tnurs de la place.

17. Alors Domilius dépôche vers Pompée, qui était dans la PoutHe, des ^voyés qui connaissaient parfaitement le pays, leur promit de grandes récompenses, et les chargea de lettres par lesquelles il lui demandait instamment du secours. 11 lui écrivit qu'avec deux armées , on pouvait aisément enfermer César dans ces défilés, et lui couper les vivres; que s'il manquait à le secourir, lui, plus de trente cohortes, grand nombre de sénateurs et de chevaliers romains, seraient dans le dernier péril. Après avoir expédié ces courriers, il exhorte ses troupes » dispose ses machines sur les remparts, assigne à chacun son poste , et promet i chaque soldat quatrQ arpens de terre de son propre patrimoine^ et à proportion autant aux centurions et aux vétérans qui s'étaient rendus volontairement à ses ordres.

48. Pendant ce temps on apprit à César que ceux de Sulmone, ville qui n'était qu'à sept milles de Gorfmium, voulaient se donner à lui , mais que le sénateur 0- Lucrétius et Auius Pelignus, qui la gardaient avec sept cohortes» y meiuiient obstacle. 11 leur envoya M. Antoine avec cinq cohortes de la treizième légion. Dès qu'ils aperçurent nos drapeaux, ils ouvrirent leurs portes; les habitans et les soldats vinrent avec joie au-devant de lui : Lucrétins et Attiusse jetèrent du hautdesmurs. Attius , conduit à Antoine , demanda d'être mené à César. Antoine revint avec Attius et les cohortes le même jour qu'il était parti. César joignit ces cohortes à son armée, et renvoya Attius sain et

sauf. Pendant les trois premiers jouis du siège, il ne pensa qu'à se retrancher avantageusement, à faire venir des vivres des villes municipales voismes, et à rassembler le reste des troupes qu'il attendait. Dans ces trois jours, la huitième légion arriva, suivie de vingt* deux cohortes nouvellement levées dans la Gaule, et d'environ trois cents chevaux que lui envoyait le roi de Bavière. Avec ce renfort il forma un nouveau camp de l'autre côté de la place, et en donna le commandement à Gurion. Les jours suivans , il fit tirer de nouveaux retranchemens garnis de forteresses. La plus grande partie de ces ouvrages était à peine achevée, que les députés envoyés à Pompée revinrent.

19. Domitius, après avoir lu leur lettre dont il cacha le contenu , se contenta dé dire dans le conseil , que Pompée arriverait bientôt à leur secours; qu'en attendant il fallait avoir bon courage , et préparer tout ce qui était né« cessaire pour bien défendre la. ville.

Cependant il révéla le secret de la missive à quelques amis , avec lesquels il résolut de s'enfuir. Mais comme la contenance de Domitius démentait ses discours; qu'on le vil agir avec moins d'assurance et de fermeté qu'auparavant; qu'il s'entretenait mystérieusement avec ses amis contre sa coutuniie, et qu'il évitait de paraître en public, il ne put long-temps cacher ni dissimuler la vérité. En effet , Pompée lui mandait qu'il ne s'exposerait pas au plus grand danger pour le secourir; que ce n'était ni par son conseil ni par son ordre qu'il s^était jeté dans Corflnium ; qu'ainsi donc il devait faire en sorte de venir le joindre, s'il était possible, avec les troupes qu'il avait. Hnis le siège et l'investissement de la place ne lui permettaient pas de mettre ce dessein à exécution.

GUIRM CtTILC. — L1V. f.

90. GefttMkiM le profet de s'enfuir qs'mvait formé Domiiius ayanl transe pilé, ses soldais se ledrenl à l'écart sir le floir» el se déclarent les uns aux salies» pur rentiemise de leurs tribuns» de leurs centurksis et de leurs autres sficicfs , que César les tient sssiégés;, qm toQs ses ouvrages touchent presque à lew fins que DomiUus leur dbef» sur kssSBiiianees duquel ilsavaient compté, hs dhuodonnam et ne pensant qu'à s'en- Mr, îk doivent pourvoir à leur sûreté.

Vsbocd les Maises, s'opposant à celte itekUioD » s'emparèrent de la partie la BÎeok fortifiée de la ville; leur division sUa si loin, qu'ils furent près d'en ve« nir ans mains* Cependant ces troupes s'éftmt envoyé de part ei d'autre dès Bédinteors , les Harses apprirent bientôt es qu'ils ignoraient 9 je veux dire le deanin que Domiiius avait formé de praudre la fuite. Alors tous d'un cornaran accord entourent Domiiius , qui s'était montré en public » et s'assurent de sa personne; en même temps ils en* voinit des leurs à César, pour lui décla« ler qu'ils sont prêts à lui ouvrir les por* les» à lui obéir et i lui remettre Domitius.

21 . A eette nouvrile, César, quoique perauadé qu'il était d'une grande imporfanoe pour lui de s'emparer au plus tôi de celte place , et de joindre à ses troupes les cohortes qui s'y trouvaient » de peur qn'avec de Targenl^ ou par de fiasses nouvelles, ou par quelque autre voie, on ne fit dumger de pensée à la ville ^ à ht gimison , ce qui arrive sou* vent dans la guerre , où les moindres événmiens csusem de grandes révolu* tioils ; craignant néanmoins qu'en in* troduisant ses troupes dans la place»

les soldats ne profilassent de l'obscurité de la nuit pour la piller, il se contenta de renvoyer .avec de grdnds élog^ ceux qo'on lui avait députés , leur ordonnant de faire bonne garde aux port^ et sur

les murailles. En même temps il dispose ses soldais sur les ouvrages qu'il avait £iit construire, non avec des dis« tances marquées, comme cela s'était pratiqué les jours précédens, mais les postes trôs-préts les uns des auli^, les sentinelles se touchant» de façon que ces troupes garnissaient toute la ligne :

il enjoignit aux tribuns et aux préfets de &ire la ronde , leur recommahdant d'avoir l'œil , non - seulement sur les sorties , mais encore d'être attentib à ce qne personne ne pût se glisBsr secrètement. Nul, quelque las et fatigué qu'il fAt> ne voulut prendre du repos ceue nuit; tant on était dans l'inquiétude sur l'issue de l'affaire.

Chacun formait différentes conjectures : on voulait savoir ce que deviendraient cenx de Gorfinium, Domiiius, Lentulusy les autres enfin, et quelle serait la suite de Uint d'événemens.

22. Vers les quatre heures du matin, Lentulus Spinther pria du haut des murs les sentinelles et les gardes de lui permettre d'aller trouver César, oe qui lui ayant été accordé, des soldats de Domititts sortirent avec lui^ le con« duisirenty et ne le quittèrent que quand il fut arrivé en présence de César. 11 commence par lui demander la vie , le supplie de lui pardonner en considération de leurs anciennes liaisons, et rappelle les grands services que César lui avait rendus; comme de l'avoir aidé ft être admis dans le collège des pontifes, de loi avoir fait obtenir le gouverne^ ment de l'Espagne au sortir de sa pré* lure, et d'avoir appuyé sa demandé pour le consulat. C4ar l'interrompant Ini répondit qu'il n'était nullement sorti de sa province dans des internions hostiles, mais pour se défendre des in* suites de ses ennemis, pour rétablir les tribuns du peuple chassés de Rome à cause de lui , et pour recouvrer sa liberté

CfSAR.

et celle du peuple romain opprimée par la faction d'un petit nombre de personnes. Lenfulus» rassuré par ce discours > lui demanda la permission de retourner dans la ville, afin de consoler par son exemple plusieurs de ceux qui s'y trouvaient » lesquels , dans la crainte de ce qui pouvait leur arriver, se livraient au désespoir. Quand il eut obtenu celle permission, il se relira.

23. A la pointe du jour , César fit Tenir devant lui tous les sénateurs, leurs enfans, les tribuns militaires et les chevaliers romains. De ce nombre furent L. Domilius, P. Lentulus Spinther, L.Vibullius Rufus, Sexi. QuinctiliusVarus questeur , L. Rubrius , tous de l'ordre sénatorial; il y avait , en outre» le fils de Domitius^ beaucoup d'autres jeunes gens , ainsi qu'un grand nombre de chevaliers romains et de décurions, que Donlitius avait fait venir des villes municipales. Lorsqu'ils furent tous en sa présence , il défendit à ses troupes de leur adresser la moindre invective ni la moindre iasulte : ensuite il leur repro* cha en ()eu de mots l'ingratitude dont plusieurs d'entre eux payaient ses grands bienfaits : puis il les congédia, sans leur avoir fait d'autre mal. Domilius avait apporté et déposé à Corfinium environ cent cinquante mille écus : deux magistrats ayant présenté cette somme à César, il la rendit à Domilius pour faire voir qu'il n'en voulait ni à la vie ni aux biens de personne : cependant il était certain que cet argent appartenait au public , et que Pompée l'avait donné pour payer les troupes. Ensuite il fil prêter serment aux troupes de Domilius , partit dans la même journée , fit une marche ordinaire, après être resté sept jours devant Corfinium, et gagna la Touille en côtoyant la mer Adriatique.

24. Pompée, instruit des événemens de Corfinium , quitte Lucera , se rend

à Canosa , et de là passe à Brindes : il y fait venir de toutes parts les troupes nouvellement levées, arme les esclaves et les bergers, leur donne des chevaux , et en forme un corps d'environ trois cents cavaliers. Cependant le préteur L. Uanlius s'enfuit d'Albe avec six cohortes , et le préteur Ruiilus Lupus de Terracine avec trois; ces dernières, aysnt aperçu de loin la cavalerie de Céssr commandée par Bivius Curius, quittent le préteur, et passent au service de Curius. Quelques autres qui fuyaient par d'autres chemins tombent dans l'armée de César , ou dans sa cavalerie. On arrête en chemin , et l'on amène à César Cn. Magias de Crémone, intendant des machines de Pompée. César le renvoie à son maître , avec ordre de lui dire que puisque jusqu'à présent ils n'ont pu conférer ensemble, bientôt il ira le joindre à Brindes, et qu*il est de l'intérôl <le la république et de leur salut commun qu'ils aient une entrevue, les choses ne. pouvant s'arranger aussi iacilement de loin ni par des tiers, qui rapportaient bien les conditions, mais qui ne pouvaient les discuter.

25. Après l'avoir ainsi congédié, il arriva près de Brindes avec six légions, trois de vétérans, et trois nouvellement levées qu'il avait complétées dans sa mai*che : car pour les troupes de Domitins , il les avait de suite envoyées de Corfinium en Sicile. A son arrivée , il trouva que les consuls étaient partis pour Durazzo avec une grande partie de l'armée , et que Pompée séjournait à Brindes avec vingt cohortes, sans que l'on pût juger si son dessein était de demeurer dans cette ville, afin qu'étant maître des extrémités de la Grèce et de l'Italie, il le fût également de toute la mer Adriatique, et pût ainsi faiie la guerre en même temps sur les deux points; ou s'il y était simplement resté

Cl^KRIie CIVILE. — UV. 1.

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bmm de imteCMx . Cter, enigMflt que Pompée ne crftt pouvoir toujoun tirer du secoues de ritalie, eommenç» par fariner l'entrée ei la sortie du pori de Brmdes ; ce qu*il exécuta de la manière SttivMite. Dam le lieu où l'entrée du port éuil la plus étroite» il fit construire u môle et une digtie, de chaque côté du rmge; car la mer était basse en ces endroits : ensuite la profondeur de Teau Tempôchant de pousser sa digue aussi lsinqu*ilvouhiit,afindebconliiiuerilfit afanœr trente pieds en mer de chaque côté plusieurs radeaux joints deux i deux , et les attacha par les quatre coins atec des ancres , pour que les magnes ne pussent les étwanier. Il en joignit d'autres de pareille grandeur pour les soutenir, et les couvrit de terre et de iMCÎnes» afin de pouvoir marcher sôre* ment dessus, et en défendre rentrée et la sortie. Sur le front et sur les cAtés, U les garnit de parapets et de claîus» et de qtaatre en quatre il fit élever dessus des tours à deux étages pour lei mieux garantir contre le choc des vaisseaux et contre le feu.

36. A ces travaux » Pompée opposa de forts navires de charge qu'il avait trouves dans ce port : il fit élever au dessus des tours à trois élages, les remplit d'une multitttde de madiines et de toutes sortes de traits » les lança contre ces radeatix pour les briser et ruiner les ouvrages ; de sorte que tous les jours, de part et d'autre, on combattait de loin avec les frondes, les flècbeseï les autres traits. Halgréces hostilités. César ne négligeait pas les moyens d'en venir à un accommodement ; et quoiqu'il lui parût fort étrange qu'on ne lui renvoyât point Nagius, qu'il avait dépêché à Pompée avec des propositions ; bien que ces tentatives réitérées et totijours inutiles retardassent son activilé et ses entreprises t. il crut devoir persévérer dans

son premier dessein do conciliation. Il envoya donc Ganinitis Hebilus son lientenant, ami intime de Scribonius Libon, pour conférer avec lui : il le chargea d'exhorter Libon à procurer la paix, et surtout à lui faire avoir une Conférence avec Pompée, étant, lui dit-il, persuadé que si cette entrevue peut avoir lieu , on mettra bas les armes aux con* ditions les plus justes , et qu'une grande partie de l'honneur du succès reviendra à Libon lui-môme. Celui-ci après avoir entendu Caninius, va trouver Pompée, et revient, un moment après, dire à Caninius que les consuls étaient absens , et qu'on ne pouvait traiter d'aucun accord sans eux. Après toutes ces tentatives inutiles , César crut devoir enfin en res* ter là, et ne plus penser qu'à la guerre* 37. Sa digne étant presque à moitié construite, après neuf jours de travail, les vaisseaux qui avaient conduit les oonsuls avec une partie de l'armée re« vinrent de Durazxo i Brindes. Pompée , ou alarmé des travaux de César pour fermer le port , ou résolu dès le commencement de quitter Tltalie , se disposa au départ , dès que les vaisseaux furent arrivés ; et pour empêcher que César ne l'attaquât si aisément, et que ses troupes n'insultassent la ville au moment où il opérerait sa retraite , il en fit boucher les portes , barricader les places et les avenues ; creusa des fossés au travers des rues, et y plaça des pieux et des bâtons pointus , les couvrit de claies légères , et fit jeter de la terre pardessus. Il eut encore soin de fermer deux avenues ou chemins qui étaient borsdes murs de la ville et qui conduisaient au port, en y fiusant aifoncer de grosses poutres pointues. Quand tout fut prêt, il embarqua ses troupes sans bruit, après avoir posé un petit nombre de vieux soldats , de frondeurs et de gens de trait le long des murailles

tSi

ettAA.

a 8ur les tdura pour en imposer, leur | à sa poorsiitfe. Il ne hii resTait doue reeomaïaiidant de poriir au premier ; d'autre resBource que d'en foire Tenir signal p dâ$ qu'ils Terraient loules les Iroupes embarquées : en oonaéquenoe »

il leur laissa dans un endroit cc»iTenaH ble quelques barques i^res.

38. Les babitans de Brindes» fort méeonlens des mépris de Pampie el des ii^ttsiices de ses troupes ^ ravoti* saient le parti de César s dàs qu'ils fuKSUl assurés du départ» pleins de ç&UQ nouvelle el courant de tous c6tés , ils en inrormèrent les soldats de César du haut de leurs maisons. Sur cet avis » eelui-ci fait prendre les armes à ses troupes » et préparer des échelles, pour ne pas manquer une si belle occasion.

Pompée met à la Toile veis minuit, (jeux qu'il avait laissé à la garde du rempart se retireoi au signal convenu, et courent h leurs vaisseaux par des ebemins qu'ils connaissent. Les trou* pcs de César se nûrent donc en devoir d'escalader la ville; mais ceux de Brindss les ayant avertis de prendre garde aux fettés , aux palissades ca»

ebées , et aux autres pièges qu'on leur avait tendus, ils fuient oontrûnts de s'arrSiair; et ayant pris un grand dé» leur pour arriver au port , ils ne purent as rendre maities, à l'aide de quelques cbaloupos. et de quelques bateaux ^ que de deux navires chargés de soldats p qui avaient échoué sur la digue constrtiité ptr César.

39. Qhoiqtte César fût pevsuadéque pour terminer promptememcetteafihire il eût été fert à propos de rassembler des «aisseaux, de passer la mer sur-le* cUmp et de poursuivre Pompée avant qn'il se fût lestifié des ssoouib d'outre* suer , cependant il craignit de ne pou*mt l'exécuter assea tôt, parce que Pompée avait anmcné avec lui tous les aisseau, et lui avait ûté pnr4à le iMjreii de se mettre sur l'heure mAme

de la Gaule, de la Mardie d'Aneône et du détroit de Sicile, pays fort SkA* gnés; ce qui était long et diflficHe à cause de la saison. Il appréhendait que» sur ces entrefoites, les vieilles tronpes et les deux Espagnes, dont l'une avatt de grandes obligations i Pompée, né s'y attachassent de plue en plus ; ajou* tons qu'il ne voulait pas lui laisser le loisir d'assembler des seocurs et de ki cavalerie , et d'atuiquer la Gaule ea l'Italie en son absence.

50. H abandonna donc pour lors ie dessein de suivre Pompée, et tourna ses vues dti c6fé de l'Espagne. Pour exécuter os projet, il donna ordre aux chefs des villes municipales de lui dtet^ cher des vaisseaux , et d^ les faire Teitf t à Brindes. Il envoya Valérius, sett lieutenant, en Sardaigne avec une légion, et Curion en Sicile en qualité de propréteur avec trois autres , lui reoem^ mandant de passer en Afrique, âne* silût que la Sicile serait soumtan, H. Cotia gouvernait alors la Sarda^tto) If. Caton la Sicile, et l'Afrique était éehueàTubéron.Dès queleshaUtansde Cagliari apprirent qu'on leur envoyai!

Valérius, sans même 'attendre qu'il fût parti d'Italie, ils chassèrent d'etui* mêmes Cotia de la ville; ceiai-ci tf> frayé, et voyant touie la province d'In-» telligence, se sauva en Afrique. Kn Sicile, Caton travaillait avec beaucoQp d'activité à foire réparer las Tieillea galères, en ordonnait de nouvrilee»

effectuait perses lieutenans dans la Lu* oanie et dans le Brutium des levées de citoyens romains , enfin exigeait des villes de l'Ile certain nombre d'infnli* terie et de èavalerie. Ces' préparatik étaient à peine achevés , qu'il apprit l'arrivée de Curion ; alors il assemble le peuple, et se plaint que Pomp«û

«CBRRB CIYIIiB. <-* LIV. 1.

rabftiidoiine et le trahit , en comtnençanc b guerre sans nécessité et sans avoir pris aes mesures^ quoiqu'il eût assuré le contraire en plein sénat. Après cette piolesiatioB, il s'enfuit de la province.

SI. Valéritts et Gurion arrivèrent avec leurs troupes, le premier en Sardaigne, Tautra en Sicile, sans trouver la maindre résistance. Débarqué en Afrique, Tubéron vil qu'AuiusVarus, apiès avoir perdu ses cohortes à Osimo, comme on l'a dit plus haut, s'était sauvé dans cette province, et qu'il s'en était rendu maître, comme étant sans cfaef • Il y avait levé et formé deux légions, pur le moyen de ses connaissanoes et de ses habitudes dans le pays doDl, peu d'années atiparavant, il avait été gouverneur^ au sortir de sa préloie. 11 interdit à Ttibéron et à ses vaisseaux l'aocôs du port et de la ville 41}iiqu6; il ne voulait pas même consntir que son' fils f qui était malade, mit pied à terre, et il le fovça de lever l'ancie et de se retirer.

351. Après avoir donné ordre à tout, nfia de laisser reposer ses troupes, Gé* sar Jes établit dans les villes voisines , et part pour Rome. Y ayant assemblé le sénat, il se plaint des outrages de ta ennemis , représente qu'il n'a ja^ mais aspiré à aucune dij^nité extraor* dinaire, înaisqu'ayant patiemment at-* tendu le temps prescrit par les lois pour solliciter un nouveau consulat , it s'était contenté de prendre la voie qui eA ouverte à tout citoyen romain ; qae le peuple avait ordonné par la bouche de ses tribuns, malgré l'opposition de ses ennemisi et les cris de Caton, aeeoQiumé à perdre le temps en vains dJacours, aous le consulat môme de Fdmpée, qu'on lui rendit justice en son absence ; que si ce dernier n'approuvait pdni ce décret , il devait s'y oppaser; etqties'il i^approuvait; pour*-

quoi voulait-il Tempecher de jouir d'une fiiveur accordée par le peuple T Il parla de sa modération , puisqu^*l avait demandé de son propre mouvement qu'on licenciât les armées , quel* que atteinte qu'une telle mesure pût porter à sa dignité et à son honneur.

Il démontra la rigueur et l'injustice de ses ennemis , qui exigeaient de loi une cbose-i laquelle ils ne voulaient pas se soumettre eux-*mêBnes, et qui aimaient mieux tout bouleverser, que de renon* cer à leurs troupes et voir leur autorité réduite a ses justes bornes. Il reproche Toutrage qu'on lui a fait en lui ôtant deux légions ; il appuie sur la cruauté et l'insolence avec laquelle on a traité les tribuns ; sur l'équité des conditions qu'il a proposées; rappelle les enlre^ vues qu'il a demandées et qu'il n'a pu obtenir. Il ajoute qu'en considération de toutes ces iniquités, il prie et con« jure les sénateurs de prendre avec lui le soin et le gouvernement de la répu-^ blique ; que si la crainte les en dé« tourne , il ne leur sera pas à charge , et en prendra le soin; il déclare qu'A faut envoyer des députés à Pompée pour en venir h un accommodement ; qu'il n'appréhendait pas lesparolesqu'a* vait pronoiicées dernièrement celui * ci dans le sénat, savoir : qoe députer vem quelqu'un, c'était on reoonnaltre son autorité , ou témoigner de la crainte ; que de tels sentimens lui paraissaient d'une âme faible et vulgaire; que pour Ibi, qui s'était appliqué à mériter le pre^ mier rang par ses exploits, il voulait aussi surpasser les autres en droiture et enéquilé.

83. L'avis de la députation fut gé^ néralement adopté; maison ne trouvâil personne à y envoyer. Chacun émignit de se chargea* de cette commission^ parce que Pompée, à ^n dépad, avsN dédaré en plein sénat qu'il ne ferait

C^^àR.

nulle différence entre ceux qui resle^ raient à Rome ei ceux qui prendraient le parti de César; ainsi trois jours se passèrent à contester et à s'excuser. Les ennemis de César suscitèrent encore L. Uétellus , tribun du peuple, pour le traverser, et pour s'op|K»er à tout ce qu'il propoeerait. César» ayant recmmu ce projet, pour ne pas perdre le temps, sans rien exécuter de ce qu'il avait résolu , partit de Rome et se rendii dans la Gaule.

34. Là, il apprit que Pompée avait envoyé en Espagne ce même Vibuilius Uufus , Tait prisonnier à Corfinium peu de jours auparavant , et que César avait relAché; que, de plus, Domitius était parti avec sept galères appartenant à des particuliers de Cassano et des environs; qu'il avait embarqué ses esclaves, ses affranchis, ses cultivateurs, pour aller se jeter dans Marseille; qu'il y était déjà venu de la part de Pompée» et en qualité de députés, des jeunes gens distingués de celte ville , qtii s'étaient trouvés à Rome lors de son départ, et qu'il avait exhortés à se souvenir de ses anciens bienraits, et à ne pas les oublier en Taveur des obligations plus récentes qu'ils pouvaient avoir à César. En conséquence, les Marseillais avaient fermé leurs portes à ce dernier, et appelé à leur secours ceux d'AIbi , peuples sauvages, qui dès long-temps étaient sous leur protection, et habitaient les montagnes situées audelà de Marseille : après avoir fait entrer dans leur ville tout le blé des contrées et des châteaux du voisinage, ils y avaient établi des ateliers d'armes, et remis en état leurs murailles, leurs portes et leurs navires,

35* César mande quinze des principaux babitans , les exhorte à n'èire pas les premiers à commencer la guerre ; leur montre qu'ils doivent plutôt sui-

vre le sentiment de toute l'Italieque de déférer à la volonté d'un seul homme ; enfin il leur dit tout ce qu'il croit capable de les guérir de leur témérité.

Ceux-ci en instruisirent aussitôt leurs concitoyens, et, de leur avis, ib rapportarent cette réponse à César : Qu'ils sentaient que le peuple romain était divisé en deux factions; qu'ils n'étaient ni assez éclairés, ni assez puissans pour décider de quel côté se trouvaient les torts ou la raison ; que Pompée et César , chefs dp ces factions , étaient tous deux leurs protecteurs; que Tun leur avait publiquement accordé les terres du bas Languedoc et du Vivarais; que l'autre, après avoir soumis les Gaules, avait aussi augmenté leur territoire et leurs revenus ; que puisqu'ils leur étaient également redevables, ils devaient aussi être également affectionnés pour tous les deux , ne rien faire pour l'un au préjudice de l'autre, et n'en recevoir aucun dans leur ville ou dans leurs ports. 36. Durant ces explications, ils font entrer Domitius dans la place, lui en doTduent le gouvernement, avec la conduite de la guerre. Sous son autorité»

ils envoient leur flotte sur divers points et amènent au port tous les vaissaux marchands, quelque part qu'ils les trouvent. Avec les clous , le bois et les agrès qu'ils en tirent , ils radoubent et arment les leurs; ils mettent dans les greniers publics tout le blé qu'ils peuvent se procurer, et serrent tout ce qui |)eut leur être d'usage en cas de siège. César, irrité de leur injustice, vient camperdevant la ville avec trois légions, fait dresser des tours, construire des mantelets popr les approches , et commande douze galères à ceux d'Arles.

Achevées ei armées dans l'espace de trente jours, y compris celui où Ton avait coupe le bois, elles sont amenées à Marseille. César en donne le comman-

6rm>^ par .jAnArovre- JkrétBu. .

dcmeiiti D. Brulus : CTrébonius, son lientenant , eut b conduiie du siège.

37. Tandis qu'il iaisait ses préparatifs, il détache C. Fabius, son lieutenant, avec trois légions qui étaient en quartier d'hiver à Narbonne et aux environs , Ci les dirige, comme avant- .gaide, sur l'Espagne, avec ordre de s'emparer en diligence des passages des Pyrénées, où D. Afranius, général de Pompée, avait mis des troupes. Les autres légions, établies plus loin , de» vaienC le suivre. Fabius remplit Gtlolement ses instructions, débusque ceux qui gardaient ces passages » et sans perdre de temps, marche à grandes journées contre Afranius.

38. A l'arrivée de Vibullius Rufus , que Poni|)ée envoyait en Espagne comme on l'a vu, Afranius, Pétréius et Varron, lieulenans du même Pompée, se partagèrent entre eux le commandement. Le premier occupait l'Espagne citérieure avec trois légions ; le second avec deux, depuis la Catalogne jusqu'à la Guadiana ; et le troisième avait aussi deux légions, dans le royaume de Léon et dans le Portugal. Il Tut donc arrêté que Péiréius viendrait du Portugal , par TEstramadure et le royaume de Léon , joindre Afranius avec toutes ses troupes, et que Varron, avec celles qu'il commandait , occuperait toute l'Espagne ultérieure. Les choses ainsi réglées, Pétréius demanda des secours de cavalerie et d'inraoterie à tout le Portugal ; Afranius en Gtautant dansFAragon et la Biscaye, et chezlesBarbaresqui habitent les côtes de l'Océan. Pétréius, ayant assemblé ses troupes, traverse en diligence le royaume de Léon et l'Estramadure, unit ses troupes avec celles d' Afranius, et tous deux deconcert prennent la résolution de s'établir proche de Lérida> vu l'avantage de ce poste.

CLbnnà oiviLi. — u\. i. io1

39. Afranius avait , comme on l'a dit, trois légions, et Pétréius deux, sanscompter environ quatre-vingts cohortes d'inlanterie et de soldais , tant de la province citérieure que de l'Espagne ultérieure, et cinq mille chevaux decesdeux provinces. César, en faisant prendre les devaiis à son lieutenant Fabius , lui avait donné, outre ses trois légions, environ six mille hommes d'infanterie auxiliaire et trois mille chevaux , ayant toujours servi sous lui dans les guerres précédentes, en y joignant un pareil nombre tiré des Gaules, d'où il s'était empressé de faire venir les plus illustres et les plus braves des différentes peuplades de cette contrée , entre autres, d'excellens hommes d'armes que lui avaient fournis l'Aquitaine et les montagnes qui touchent i la province romaine. Le bruit courait que Pompée venait en Espagne par la Mauritanie, et qu'il arriverait incessamment avec ses troupes. A cette non* velle. César emprunta de 4'argent des tribuns militaires et des ofliciers de son armée, et le distribua entre ces trou* pes : cet emprunt retenait les officiers à son service et lui conciliait ^ à force de largesses, l'affection des soldats.

40. De son côté, Fabius travaillait par lettres et par députés à gagupr les cités voisines. Il avait fait jeter deux ()onts sur la Sègre à quatre mille pas l'un de l'autre : par-là il envoyait au fourrage, parce qu'il avait consommé, les jours précédens, celui qui était en dec;à du fleuve. Les troupes de Pompée suivaient à peu près la môme marche pour la même raison ; d'où avaient lieu de fréquentes escarmouches entre la cavalerie. Un jour, deux légions de l'armée de Fabius qui, suivant la coutume»

escortaient les fourrageurs , ayant piissé le fleuve, accompagnées de la cavalerie et du bagage I tout-à-coup le pont s«

isa

CÉSAE.

rompil par la violence des vents et la crue des eaux , avant que loule la cavalerie fût passée. Péiréius et Arranius 8*étant aussitôt aperçus de cet accident par les bois et les claies qu'emportait la rivière y Afrani us passa au plus vite sur le pont qu'il avait entre son camp et la ville, avec quatre légions et toute sa cavalerie, et vint à la rencontre des deux légions de Fabius. L. Plancus qui les commandait, en étant averti, se vit obligé de se poster sur une éminence, et de faire face des deux côtés , de peur d'ôtre enveloppé par les cavaliers ennemis. En cet état, quoique plus faible, il soutint les vives attaques des légions et de la cavalerie d'Afranius. il était aux prises avec cette dernière, quand l'un et l'autre partis virent paratti-e de loin les enseignes de deux légions que G. Fabius avait fait passer sur l'autre pont pour nous secourir ; il s'était douté de ce qui arriva, que les généraux de Pompée voudraient profiter de l'occasion et du malheur survenu , pour accabler nos troupes. L'approche de ces deux légions fit cesser le combat, et de part et d'autre chacun se retira dans son camp.

41 . Deux jours après , César survint en personne avec neuf cent chevaux, qu'il avait gardés pour lui servir d'escorte. Aussitôt il fit réparer pendant la nuit le pont qui avait été rompu , et qui n'était point encore rétabli. Ensuite, ayant reconnu le pays, il laissa six cohortes à la garde du pont , du camp et du bagage, marcha le lendemain à Lérida avec toutes ses troupes formées sur trois colonnes, et s'arrêta en face du camp d'Afranius. Il y resta quelque temps sous les armes, et lui présenta la bataille dans la plaine :

Afranius, de son côté, fit sortir ses troupes du camp, et les posta sur le milieu de la colline. César, voyant qu'A*

franius ne voulait pas en venir aux mains, prit le parti d'aller camper tttt^ viron à quatre cents pas du pied de la montagne ) et afin que les siens ne fussent ni alarmés par quelque atta^ que subite des ennemis, ni interrompus dans leur travail, H ne fit point élever de retranchemens, de peur qu'à cause de leur élévation ils ne fussent aperçus de l'ennemi ; et il se conienta de tirer à la tôte de son camp un fossé de quinze pieds de largeur. La première et la seconde ligne restaient sous les armes comme à l'ordinaire , et la troisième travaillait cachée derrière elles. Par ce moyen, l'ouvrage fut fini avant qu'Afranius n'eût découvert que l'on pensait à se fortifier.

42. Sur le soir. César fit retirer ses troupes derrière ce fossé, et passa toute la nuit sous les armes. Le lendemain, il retint son armée dans la môme po* sition; et comme pour trouver des matériaux, il aurait fallu aller trop loin il se contenta pour le moment d'assurer son camp par des ouvrages semblables. Deux légions s'occupèrent de fortifier les deux côtés du camp, d'ouvrir des fossés de la môme profon* deur, et César tint le reste deses troupes en bataille. Afranius et Pétréius s'avancèrent jusqu'au pied de la colline, pour effrayer les travailleurs et les inter* rompre ; mais César ne fit point cesser l'ouvrage , assuré de la vigueur des trois légions de garde , et de la soli« dite de son retranchement. L'ennemi resta peu, et, sans avoir osé s'éloigner beaucoup du pied du mont, il rentra dans son poste. Trois jours après. César garantit son camp à l'aide d'ua rempart , et y transporta les bagages avec les cohortes qu'il avait laissées dans l'autre.

43. Entre la ville de Lérida et la montagne voisine où Afranius et P4*

GtJmAE CIVILE. — LIT. I.

néîas étaient campés » s'étendait une friaine d'environ trois cents pas, et dominée vers le milieu par une petite hauteur : si César pouvait s'en rendre maître at la fortifier» il comptait couper ans ennemis toute cmnmunicati<Mi avec la Tille, leur interdire l'usage du pont, et empêcher qu'ils ne tirassent des vi« vues de la place. Espérant s'en emparer, il iait sortir trois légions du camp, les range en bataille dans un posteavanlageux y et ordonne aux premiers rangs de rnàe d'elles de s'avancer au pas de oonisei dessein d'occuper cette hauteur.

Afnmiasqui vit ce mouvement, détache annitôt les cohortes de gardeà la tète de stm camp, et les envoie par un plus court chemin s'emparer de ce lieu. On s'en dispole la possession ; mais comme les loldals d'Afranius y arrivèrent les pre-» miers , on repoussa les nôtres ; et les ennemis y ayant envoyé du renrort, nous fûmes contraints de plier et de legsgner le gros des légions.

44. La manière de combattre des troupes d'Afranins était de courir viveisent snr rennemi , de s'empnrer hardiment d'un poste sans trop se metfrten peine de garder leurs rangs, de s'avancer par petits pelotons et dispersés : si on les presse ils ne regardent (ISS comme honteux de lâcher le pied et d'abandonner le terrain. Ils étaient accoutumés à cette manœuvre par les Portugais et les autres Barbares ; car il arrive presque toujours que les soldats Qommctent beaucoup des usages et des habitudes des pays où ils ont longtemps lait la guerre. Ce qui ne laissaft pas d'embarrasser les nôtres qui n'étaient pas faits à ce genre de combats , et qui, en les voyant ainsi courir sans ordre, s'imaginaient qu'ils voulaient ks prendre en flanc et les envelopper, au lieu qu'eux-mêmes étaient habitués à garder leurs rangs, à ne point aban*

donner lenrs enseignes, et i ne point quitter, sans des raisons très-fortes , le poste où on les avait mis d'abord.

Lors donc que la légion d'où s'étaient détachés les premiers rangs, et qui oo« cupait l'aile* s'aperçut du désordre de ses meilleurs soldats, elle recula pour se retirer sur une hauteur voisine.

45. César, voyant presque tous les siens se troubler ainsi contre leur cou<tume et son attente, les encourage et amène pour les secourir la neuvième légion ; écartant les ennemis qui poursuivaient ses troupes vivement et avec fierté, il les met en fuite et les oblige à se retirer sous les mura de la ville. Mais les soldats de cette neuvième légion emportés par la trop grande envie qu'ils avaient de venger l'honneur de leurs compagnons d'armes, poursuivirent imprudeounent les fuyards et s'avancèrent jusqu'à un lieu débvorable, au pied de la montagne SUT laquelle la ville était située : puis, lorsqu'ils voulurent effectuer leur retraite, ils se virent poursuivis à leur tour par les ennemis, qui les pressaient de la hauteur. L'endroit était escarpé, irôs-mde des deux côtés, et n'avait de largeur que pour ranger trois cohortes en baiaille; de sorte qu'on ne pouvait les secourir par les flancs, ni les faire soutenir par la cavalerie. Depuis la ville, la montagne se prolongeait jusqu'au pied en pente douce , de la longueur d'environ quatre cents pas :

c'était par-là qu'il fallait que les nôtres se retirassent, après s'être laisté emporter aussi inconsidérément par un excès d'ardeur. Dans cette situation, ils combattaient avec un grand désavan- Uge, tant à cause du terrain étroit où ils se trouvaient, que parce qu'étant au pied de la montagne , on ne leur lançait pas un seul trait inutilement :

leur courage et leur consUnce ne les

160 CÉSAR

soutenaient pasmoins^leurshlessuresne les élonnaieni point ; les ennemis , avec des cohortes fraîches qu'ils faisaient passer du camp par la ville, relevaient ceux des leurs qui étaient fatigués. César s'efforçait aussi d'envoyer des cohortes dans cet endroit» pour soulager ses troupes.

46. Le combat durait depuis cinq heures sans relâche, et les nôtres se trouvaient fort pressés par le grand nombre des ennemis » lorsque » ayant épuisé tous les traits» ils mettent l'épée à la main» gravissent la montagne»

attaquent les cohortes qu'ils y rencontrent» en renversent quelques-unes» et contraignent le reste à prendre la fuite. Les ennemis se voyant repoussés jusque sous leurs murs» plusieurs conçurent tant d'alarmes» qu'ils se sauvèrent dans la ville» et par ce moyen» ils donnèrent aux nôtres la facilité de se retirer. Notre cavalerie» quoique postée désavantageusèment des deux côtés vers le bas de la montagne» gagna aussi par sa valeur le haut du coteau» et» voltigeant entre les deux armées»

rendit la retraite plus aisée et plus sûre. Telle fut l'issue de ce combat » où aucun des deux partis ne put se vanter d'avoir eu l'avantage. A la première attaque» César perdît environ soixante et dix hommes» entre autres» Q. Fulginius» centurion des hastaires de la première cohorte de la quatorzième légion » qui par son grand courage s'était élevé à ce poste supérieur» après avoir tenu un rang semblable dans les autres cohortes W. Le nombre des blessés

(«) Voici les paroles de César :

In hi$ Q.Fulginius exprima ka$iaio hffioniê xiv, qmpropter eximiam virtutem $x inferioribut crdinihuê, in eum locumpervenerat.

Ce passage est un de ceux qae les traducteurs ODtdéfinitiveineDt abandonné. En effet, il n'est pas jusqu'au motorcio qui ne vienne compliquer ici la difficulté , car il se pr<^5ente au moins arec quatre significations bien distinctes dans les Commêntairei.

montait à plus de six cents. Afranius y perdit T. Gécilius, centurion primipilaire» et quatre autres centurions, avec plus de deux cents soldats

47. Cependant chacun crut aToir remporté l'honneur de la journée et en être sorti vainqueur : les soldats d'Afranius» parce que paraissant plus faibles» au jugement de tous» ils avaient néanmoins long-temps résisté » soutenu notre choc» emporté d'abord le poste et la hauteur contestée» et repoussé les nôtres dès la première rencontre; ceux de César pour avoir tenu pendant cinq heures dans une mauvaise position et avec peu de troupes» pour s'être lancés l'épée à la main sur la montagne, en avoir chassé l'ennemi et l'avoir poussé jusque sous les murailles de la ville. Quoi qu'il en soit » les soldats

La première coborte renfermait les six oflBtiers supérieurs de la légion , savoir : dans le premier manipule qui était celai des triaires» le primipilé, ou chef de la première centurie , et avec lui le cbef de la seconde centurie des triaires. Pour le second manipule fj^rîmiMprineeps prtor, el primm prineepê pOiUrior, Is premier et le second eentarion des princes. Enfin , le premier et le second centurion du manipule des bastaires, prior ef pjMterior prinû hoitaii. Nous avons dit ailleors qae les centurions roulaient de coborte en cohorte depuis le dernier manipule de la dixième (daet* mus KoMtoita) jusqu*à la première cohorte , et qu'arrivés à ce poste honorable, ils n'en sortaient plus. Mais -un centurion des hastaires , comme Tétait Q. Fulginius, devait encore passer par les deux centuries des princes avant d'arriver au manipule des triaires , où était le primipile , TolBcier le plus considéré de toute la légion.

Les traductions connues des Comm«flifairet contiennent beaucoup d'erreurs et de non-sens. Nous les avons corrigés autant que nous avons pu , et si nous arrêtons un instant ici nos lecteurs , ce n'est point poor faire parade d'une érudition facile , mais bien parce que ce passage de César est précisémcnl un de ceux qui ont aidé à comprendre la hiérarchie des officiers de la légion , dans laquelle soixante ceo-^ turions se présentent au premier aspect avec ^ le même grade. Nous avons cité d'autres exemples dans notre Euai sur les milices romaines, tome II , p. 57 et 58 ; on pourra les consulter.

GtKKHE CIVILE. — LIV. I.

d'Afranius IbrltiièreiU avec le plus grand soin ce posie qui avait été le njet du combat, et y mireni garnison.

48. Deux jours après survint un anlre aceîdent qti'il lui était impossible de prévoir : il s'élevn un orage si terrible, qu'on n'avait jamais vu d'eaux phis fortes dans ces lieux ; et il coula ont de neiges tondues de toutes les montagnes > que la rivière se déborda duoe manière prodigieuse» et emporta dans an jour les deux ponts que C. Fabius avait fait construire.Cet événement ansa les embarras les plus grades à Tannée de César; car son camp était ùtoé» comme on l'a rapporté, dans me plaine d'environ dix lieues d'étcndae, entre la Séfre et le Ginca, sur lesquelles on ne pouvait naviguer, en M>fte qu'il lui devenait impossible de le r^irer, et que ni les peuples qui mient pris son parti ne pouvaient hi envoyer des vivres ; ni les fourragrars, arrêtés par ce fleuve, revenir ta camp ; ni les grands convois qui hii arrivaient d'Italie et de la Gaule , panenir jusqu'à lui. Ajoutez à ces nanx que l'on se trouvait dans la Mon de l'année la plus incommode :

ks Ués n'élsient pitis en herbes, parce fK le tempe de leur maturité approduût; et les villes étaient épuisées, puce qu'avant l'arrivée de Gésar , Ahmios avait fait porter à liérida pres- <pe tout le blé, et que les jours précé- ^> Tarmée de Gésar avait consommé ^ peu qui pouvait être resté. Dans <^ extrémité, le bétail lui eût été <1'Qd grand secours ; mais les peuples ^ns l'avaient éloigné à cause de la P^cnt; et lorsque les nôtres voulaient t'écarter pour aller aux vivres et au foorrage, ils élaieiit attaqués par les ^tigais armés à la légère , ou par i^ soldats de l'Espagne citérieure, qui ^tuiiaeaient le pays , el passaient facitu.

leuienl le fleuve, parce que leur coutume est de ne jamais se mettre en niarclie , sans porter dos outres avec eux.

49. L'armée d'Afranius au contraire jouissait de tout en abondance. On y avait amassé d'avance do grandes provisions, qu'on avait fait voilurer dans la ville; on lui en porinit benucoupde toute la province, et on lui fournissait des fourrages. Le pont de Lérida leur facilitait toutes ses commodités sans risque , et leur ouvrait le pays entier situé au-delà de la Sègre, où César ne pouvait avoir d'acccs.

50. Ge débordement dura plusieurs jours. Gésar fit en sorte de réparer sed ponts : mais la profondeur et la rapidité du fleuve s'y opiiosaient , ainsi que les cohortes ennemies |K)siées sur les bords. Rien de plus facile à ceux d'Afranius , parce que la rivière était ra* pide et grosse , et que de tous les bords ils lançaient leurs traits contre nous qui étions dans un endroit res* serré ; et il nous devenait difficile de travailler dans un fleuve frès-rapide»

et de nous garantir en même temps des dards qu'on nous lançait.

51. GependantAfraniusappritqu'un grand convoi que Ton envoyait à César était arrêté près du fleuve. Il lui venait, en effet, des archers du Rouergue; de la cavalerie gauloise qui, selon la coutume du pays, traînait après elle quantité de chariots et de bagages, sans compter environ six mille hom« mes de toute condition , avec leurs esclaves et leurs domestiques; ce cortège marchait sans ordre, sans chef marqué pour le conduire , chacun se gouvernant à sa volonté, et suivant son chemin sans crainte, comme on l'avait fait précédemment. Il y avait encore plusieurs jeunes gens de famille, des fils de sénateurs et de chevaliers romains^ des députés des vilîes, eides

CASÀR.

lieutenans de César. Toule celte troupe se trouvait arrêtée par la crue des eaux. Arranius pari de nuit avec toute sa cavalerie et trois liions pour les accabler ; ses cavaliers prennent les devans, et les attaquent à l'improviste. Cependant lesGaulois se mirent promptement en défense, en vinrent aux mains, et> quoique en petit nombre, soutinrent pendant quelque temps l'effort d'un aussi grand nombre d'ennemis ; mais voyant paraître les légions, ils se retirèrent sur les montagnes voisines avec quelque perte. Le temps que dura le combat avait donné aux autres un moment favorable pour se sauver ; ils eu avaient proGlé cl gagné les hauleurs. On perdit dans cette rencontre environ deux cents archers, quelque cavalerie, des valets et des bagages en petit nombre.

52. Cependant tous ces aocidens avaient fait augmenter le prix des vi* vres : malheur que produisent presque toujours la disette présente el la crainte de l'avenir. Le boisseau de blé se vendait déjà cinquante deniers romains ', la famine diminuait d'une manière sensible les forces des soldats, el le mal ne faisait qu'augmenter. En peu de jours, les affaires changèrent telle^ ment , el la fortune parut nous abandonner à un tel point , que nos soldats manquaient des choses les plus néces* saires , tandis que ceux d'Afranius regorgeaient de tout; en sorte que son parti passait alors pour le plus fort. César demanda du bétail aux peuples qui s'étaient attachés à lui , puisqu'ils ne pouvaient lui fournir du blé, et ren* voya les valets de TariHée dans les cantons les plus éloignés du camp. EnOn, il faisait tout ce qu'il pouvait pour diminuer la disette.

53. Afranius, Pétréius et leurs amis exagéraient tous ces événemeos dans

les lellres qu'ils écrivaient à Rome ; le bruit public y ajoutait encore; de sorte qu'il semblait que la guerre alhât finir. Sur ces nouvelles parvenues dans la ville , tout le monde courait en foule chez les parens d'Afeanius pour les C6liciter. Plusieurs partirent d'Italie pour aller trouver Poropéo; les uns poar être des premiers i tui annoncer heureux succès, d'autres pour ne paraître avoir attendu l'événement, ou s'être déclarés des derniers.

64. Dans cette extrémité , tous les passages étant fermés par les troupes et par la cavalerie d'Afranius, sans qu'il fût possible de construire des penm »

César ordonne à aea soldats de Cabri* quer de petits bateaux, comme ceux qu'il avait vus autrefois dans son ex* péditîon d'Angleterre : la quille et les flancs étaient d'un bois fort léger, el le reste, d'osier couvert de cuir.

Quand ils furent achevés, il les fit charger sur des chariots doubles, et conduire de nuit environ à sept lieues de son camp : les soldats uafersèreut le fleuve sur ces bateaux , et s'empuà* rem d'une hauteur qui se trouva sur le bord. Il la fil fortifier au phis fîm > avant que Tennemi ne se doutât de rien. Eosuile il y envoya une légio»^ el en deux jours il y eut un pontétaUt dans cet endroit» paioe que l'on y im* vaiUait en même temps des deuxcôiâl de la rivière. Pax ce moyen le convoi dont 00 a parlé pasm sftrement, ainsi que ceux qui étaient allés aux vivms el aufoucntge; ce q|ii fit revêtue TabeiH danoe»

55. î^ même jour, une grande par* lie de sa cavalerie (caverea aussi le fleuve , surprit les fourrageurs enneoue dispersés sans soupçon de côté et d'eu<* Ire , les attaqua , leur enleva un gmod nombre de chevaux, et fit plusieuif prisonniers* Afranius ayant envoyé l'io-

Gt'ERR£ CIVILK. — LlV

I mptfDoie à Icar seeoors, no* IK csvaierie ae partage habilement en 4aax, ioa uns s'étam diargéi de la gurie da butin , pendant que les autres twaaimt Me i eenx qui se présentaient et les repousMent. Une cohorte qui s'teît téaDérairement détachée et aliénées au-delà du corps d'armée fut coupée et iufestîe par nos esTaliers, qni la millèteui en fMèees, et amenèrent it ttu butin considérable le mêmepont.

u6. Tandis ^e ces actions se pas* Mucà Lérida » ceux de Marseille équipar le censeil de Domititis galères y dont onxe étaient ils y ajoutèrent plusieurs petites barques» pour imposer à noire flotte pat leur grand nombre ; les d'archers » ei de ces memad'AIbi tlont dont on a parlé , les à bien (aire par TappAt plus grandes récompenses. Domileur demanda lui-même quelques \, stw lesquelles il embarqua de sss fenmiers et de ses pAtres qa'il avait iMfluls arec loi . Leur flotte étant prèle, ib la font avaneer avec assurance contre aes vaisseaux commandés par D. Brûlas : ils se tenaient a Taticre proche l^me tte située vis-à-vis de Marseille.

§7. La flotte de Brutus était fort iniMcwe en nombre; mais César avait mis sur ses naviies l'élhe île toutes ses Mgîons» et de braves officiers qui lui avaient eux-mêmes demandé cet em* plai : tous s'étaient pourvus de crocs, de faarpons, d'tme grande quantité de javelots, de dards et d'autres traits.

Hhis œl état , à rapproche de la flotte ennemie, ils sortem du port et viennent aux mains avec les Marseillais.

L'action &rt vive et opiniâtre de port et d'autre. Les montagnards , gens robustes et aguerris» animés par le salaire qu'on leur avait promis en soHant de

Marseille , ne le cédaient point de beaucoup aux nôtres en courage. Quant aux pâtres de Domltius, ces hommes féroces, et encouragés par l'espérance de la li* bené, s'empressaient de fairevoir à leur maître ce dont ils étaient capables.

M. D'un autre côté, les vaisseaux eimemis , comptant sur leur légèreté et sur la science de leurs pilotes, évitaient aisément les nôtres , et se garantiamient de leur clioe; et tant qu'ils avaient la faculté de s'étendre , ils disaient tous leuia eflbris pour les envelopper, potir tomber plusieurs sur un, ou pour bri« ser nos rames en passant. S'ils étaient cMigés de s'approcher et d'en venir à l'abordage , le talent et l'expérience des pilotes ne leur devenant d aucune uti** Itté , ils avaient recours à la valeur de leurs montagnards. Pour nous, qui ne possédions que des rameurs mal exercés , des pilotes peu habiles, tirés à la h&le des vaisseaux de charge, el ignorant même les termes de l'an , nous étions assez enrfmrrassés avec des navi« res pesans et mauvais voiliers, qui avaient été faits en trop peu de temps , et de bois vert ; ce qui les rendait peu propres à la manoeuvre. Mais dès qu'il y avait lieu de joindre les vaisseaux eiH iiemis, un des uôtres ne se faisait pas difficulté d'avoir affaire à deux. On les accrochait de divers côtés ; on combattait à droite et à gauche; on montait sur les deux; on faisait main-basse tant sur les montagnards que sur les pAlres , et l'on coulait les navires à fond. Nous en primes quelques-uns avec leur équipage; le reste fut obligé de regagner le port. Ce jour-là , les Marseillais perdirent neuf galères, qui forent capturées ou englouties.

59. Cette nouvelle portée à Lérida où était César, et son pont se trouvant achevé en même temps , la face des affaires changea aussitôt. Les etmemis,

104 ci^SAK.

effrayés de la bravoure de ik)S cavaliers, n'osaient plus s'exposer si libre* menl et avec la même hardiesse à coulir et à s'écarter ; ou ils ne s'éloignaient guère, aûnde pouvoir se retirer au* plus tôt; ou ils prenaient un grand circuit pour nous éviter ; ou d'aussi loin qu'ils nous voyaient , après avoir i*eçu queU que échec, ils jetaient ce qui les embarrassait au milieu du chemin et prenaient la fuite : enfin ils laissaient passer plusieurs jours sans aller au fourrage , ou ils ne s'y hasardaient que la> nuit, contre leur coutume.

60. Cependantceuxd'Huesca, de concert avec les habitans de Calahorra qui étaient de leur dépendance, envoyèrent des députés à César pour se soumettre et recevoir ses ordres. Les Tarragoniens, ainsi que deux autres peuples des environs, et peu de joui-s après, une autre nalion située sur les bords de l'Ébre, suivirent leur exemple. Il exigea de tous du blé; ils en promirent, assemblèrent de toutes parts des bêtes de somme, et lui en firent porter dans son camp. Chez les ennemis se trouvait une cohorte de la dernière peuplade dont je viens de parler : informé du parti qu'avait pris sa nalion , elle vint se rendre à lui. En un mot, depuis le pont achevé, tout changea dans un moment :

cinq grandes cités venaient d'entrer dans l'alliance de César ; il avait des vivres en abondance, et l'on ne parlait plus des légions que Pompée devait amener avec lui par la Mauritanie.

Aussi plusieurs nations plus éloignées abandonnèrent -elles la cause d'Afranius pour embrasser celle de César.

61 . Ce dernier voyant les ennemis effrayés d'un tel changement , afin de n'être pas toujours contraint d'envoyer sa cavalerie par le pont, ce qui l'obligeait à prendre un grand détour, choisit un endroit convenable» et y fit creuser

des fossés de trente pieds de large, pour détourner une partie de la Sègre et la rendre guéable. L'ouvrage était à peine achevé, qu'Afraniuset Pétréius craignirent à leur tour de manquer absolument de vivres et de fourrage, parce que nous étions supérieurs en cavalerie; ce qui les fit résoudre à se retirer et à transporter le théfttre de la guerre dans TAragon. Un motif contribua surtout à les y déterminer : c'est que des deux partis opposés dans la guerre précédente , les vaincus, qui avaient suivi Sertorîas, tremblaient au seul nom du vainqueur quoique absent, et redoutaient sa domination. Mais ceux qui avaient persisté dans leur alliance avec Pompée lui étaient d'autant plus affectionnés qu'il les avait comblés de bienfaits; au lieu que le nom de jCésar n'était presque pas connu de ces Barbares. Voilà pourquoi nos ennemis en attendaient de grands secours de cavalerie et d'infanterie, et ils se flattaient que de ce pays, qui était de leur dépendance , ils pourraient prolonger la campagne jusqu'à l'hiver.

Cette résolution prise, ils firent amener à Octogesa tous les bateaux qui se trouvaient sur l'Ébre. Cette ville située sur ce fleuve n'était éloignée de leur camp que d'environ sept lieues. Ces bàtimens s'y étant rendus, ils se décidèrent à y construire un pont, et fireot passer la rivière de la S^re à deux légions, avec ordre de s'y fortifier par un relranchement de douze pieds.

62. Instruit de celte mesure par ses coureurs. César fil travailler jour et nuit à détourner le cours du fleuve, et il y était déjà parvenu au point que la cavalerie pouvait et osait y passer, quoique avec peine et difliculiés; maisTinfanterie y aurait eu de l'eau jusqu'aux épules , de sorte néanmoins que la profondeur et la rapidité du courant ne l'auraient pas empêché de le franchir.

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«tTIIIIK CIVIUI. — LIV. I.

Ettfiii , à peu pn» dans le même temps.oo appril que le pont sur r&bre était presqoe achevé ; et la S^re se trouta guéable.

63. Ce fut un nouveau motif pour la ennemis de bâter leur départ. Ib bissent donc deux cohortes espagnoles à h garde de Lérida » font passer la Scgre àtoutes leursiroupes,el¥ont joindre les deux légions qui avaient déjà trsvefsécette rivière. Tout ce que César pouvait faire en ceue occasion , c'était d'envoyer sa cavalerie après eux pour ks harceler, retarder leur marche et la ironbler. H lui fallait prendre un trop grand circuit pour gagner son pont avec l'inianterie ; au lieu que les enaemis n'avaient que peu de chemin à Elire pour arriver à TËbre. Sa cavalerie, ayant donc poasé la rivière , se montre tant d*un coup à la vue de Tarrièreprde d'Afranius et de Pétréius qui avaient décampé vers minuit , Tenveioppe de tontes parts, et commence à l'arrêter et à Fempècher d'avancer.

64. A la pointe du jour, des hau- Mis voisines de notre camp , on voyait notre cavalerie aux prises avec cette arrière-garde, la presser vivement , quelquefois l'obliger à s'arrêter, et à se détacher du corps de bataille; d'autres fois, les ennemis se retournaient contre elle, la chargeaient avec toute leur infanterie, la repoussaient , et ensuite se remeuaient en marche, toujours poursuivis par nos troupes. A ce spectacle, ce n'étaient que plaintes et que murmares par tout le camp, de ce qu'on laissait échapper l'ennemi ; ce qui traînait sans nécessité la guerre en longueur. Les soldats chargeaient leurs centurions et leurs tribuns d'assurer César qu'il ne devait épai^gner ni leurs peines ni leurs vies; qu'ils étaient prêts ^ tout entreprendre; et qu'ils ne manquaient pas de courage \iom oser tra-

verser la rivière an même endioit où la cavalerie l'avait passée. Quoique César craignit d'exposer tant d'hommes à la rapidité d'un si grand fleuve, cependant, touché de leur zèle et de leurs plaintes, il crut devoir tenter et essayer ce passage. Dans cette intention il sépara de toutes les centuries les soldats qui ne lui parurent ni assez ro« bustes ni assez déterminés , et leur laissa la garde du camp avec une légion : décampant ensuite avec le reste de ses troupes sans bagage, il fit placer gnnd nombre de chevaux de charge au dessous et au dessus du cours de l'eau , et passa ainsi la rivière avec toute son armée : quelques soldats qu'avait en* traînés le courant furent repris et sauvés par la cavalerie, et il n'en périt aucun. Après avoir ainsi fait passer ses troupes, il les range en bataille, et se met ensuite en mni'chesur trois colonnes; et quoiqu'il eût été contraint de prendre un détour de deux lieues, et qu'il eût perdu beaucoup de temps au fiassage de la rivière, l'ai-deur de ses soldats fut telle, qu'avant trois heures du soir, ils atteignirent l'ennemi , qui était parti dès minuit.

65. Afranius et Pétréius, dès qu'ils nous aperçurent de loin , furent dans un tel étonnemenl de celte diligence extraordinaire, qu'ils s'arrêtèrent sur les hauteurs, et s'y rangèrent en ba-* taille. César fit rafraîchir son armée dans la plaine, pour ne pas l'exposer à combattre fatiguée comme elle l'était; et quand les ennemis voulurent se remettre en marche, il les suivit et les arrêta. Ils furent obligés de camper plus t6( qu'ils n'en étaient convenus, car ils avaient des montagnes à franchir; et à environ deux lieues de là se trouvaient des chemins étroits et difficiles. Ce fut dans ces défilés qu'ils se retirèrent pour se mettre h couvert de la ca-

CteAR.

Talerie de César, oi ils ptoccreni des postes dans ces chemins étrolls pour relarder noire marche , pendani quo sans craime el sans péril ils Iraverseraient l'Èbre. Celait alors tout œ qu'ils pouvaient ef devaient faire de mieux pour touies sortes de raisons; mais fatigués du combat du jour et de leur marche» ils remirent TalEiire au lendemain. César, de son c6lé, alla camper sur une colline voisine.

664 Vers minuit , sa cavalerie ayant fait prisonniers quelques soldats enne* mis qui s'étaient éloignés du camp pour chercher de Veau » il apprit d'eux que les chefs faisaient décamper leur armée sans bruit. Sur cet avis» il lait donner le signal, et selon Tusage militaire, jeter le cri pour plier bagage. L'ennemi entend ce bruit, et craignant d'être obligé de combattre de nuit chargé de son bagage , ou de se voir enfermé dans les défilés par la cavalerie de César» il s'arrête et rentre dans son camp. Le lendemain, Pétréius part secrètement avec quelques cavaliers pour reconnaître le pays; César détache également L. Décidius Saxa avec une faible suite pour le même dessein. Tous deux rapportèrent aux leurs, qu'après avoir traversé une plaine de cinq milles, on trouvait un pays rude et montueux ; et que celui qui s'en emparerait le premier n'aurait pas de peine à en interdire l'approche à Tennemi.

67. Sur ce rapport, Afranius et Pétréius tiennent conseil pour délibérer sur l'instant du départ. Presque tous étaient d'avis de l'effectuer de nuit, afin de gagner ces défilés avant que César ne fût instruit de leur marche.

Les autres sur ce qu'il avait» la nuit précédente, fait publier le départ, concluaient de là qu'il ne leur était pas possible de partir secrètement; que la cavalerie ennemie battait la cam-

pagne pondant lanuil et ne laissait aucun dieinin libre; qu'il faliaii éviter un combat nocturne, temps ftuquel»

surtout dans les guerres civiles» leaol* dat fait bien plus d'attention au danger qu'il court qu'à sou devoir; quede jour» au contraire, la honte et la présence des tribunsmiliifliroseï des centurions le retenaient, et Tempôchaient de coaunetf re une lâcheté aux yeux de tout le monde ; qu'il ne fallait done décamper que de jour ;quesi l'on éprouvait quelque perte» au moins le gros de l'armée se sauverait et pourrait s'emparer du poste que Ton voulait saisir. Cet avis l'emportai et il fut décidé que l'on se mettrait en mardie le lendemain dès l'aurore.

68. César» qui avait aussi fait reconnaître le pays , décampa dès que le jour parut, et prit un grand ci^tour sans tenir de route certaine, paroe que l'ennemi était campé sur les routes qui menaient à l'Èbre et à Octogesa. II fut obligé, dans sa marche, de travers ser de grands vallons d'un abord très* difficile : des rochers escarpés qu'il rencontrait souvent barraient sonchemin^ de sorte que pour y monter ses soldats étaient réduits à se passer leurs armes de main en main, et à se soulever les uns les autres. Mais pas un ne reculait devant ces fatigues, dans l'espérance qu'elles seraient les dernières, si l'on pouvait empêcher l'ennemi de passer TÉbre et lui couper les vivres.

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