‹ Bibliotheque militaireChapitre 49 sur 614 · LIV. H · texte numérisé non relu

LIV. H

leurs murs et de leurs tours il faudrait combattre avec nous, ils ne pouvaient comparer leur valeur avec la nôtre , ils pensèrent à se soumettre aux mômes condiiionsqu'ilsavaientdéjiproposées.

17. M. Varron qui commandait dans l'Espagne ultérieure, ayant appris ce qui s'éuit passé en Italie, et craignant pour le succès des entreprises de Pom« pée, parlait d'abord d'une manière favorable au parti de César. Il disait qu'en efiet il se trouvait attaché i Pompée qui l'avait choisi pour son général ; nuis qu'il n'avait pas de moindres liaisons avec César; qu'il n'ignorait point le devoir d'un lieutenant, qui ne possédait d'autorité qu'autant qu'on lui témoignait de confiance; qu'il con« naissait ses forces, et combien toute la province était aflectionnée i César. Il tenait partout ces discours sans se dé« clarer pour aucun parti. Mais lorsque, dans la sniie, il apprit que César éuit arrêté par le siège de Marseille; que les troupes de Pétréius avaient Joint celles d'Afranius; qu'ils recevaient de grands secours; qu'on en attendait encore de plus considérables; et que toute la proi* vincecitérieure était bien intentionnée:

qtiand il fut bien instruit d'ailleurs de l'extrémité où César se trouvait réduit auprès de Lérida par le début de vî« vres, ce que les lettres d'Afranius exagéraient encore, il commença lui-même à se laisser entraîner au torrent de la fortune.

18. En conséquence, il fit faire des levées dans toute sa province; ajouta environ trente cohortes auxiliaires à ces deux légions complètes; disposa des approvisionnemens de blé pour en* voyer aux Maraeiltais, ainsi qu'à Pé» tréius et Alranius ; donna ordre aux babitans de Cadix de lui fournir dix galères ; en fit équiper plusieurs à 8é* ville; transporta dans Cadix tout l'ar*

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geiil et tous les ornemens qui se trouvèrent dans le temple d*Hercule; y dépêcha six cohortes en garnison , sous les ordres de Gaîus Gallonius, chevalier romain , ami de Domitius, qui l'y avait envoyé pour recueillir une succession; fit porter chez le même Gallonius toutes les armes , tant celles des particuliers que celles du public. Ensuite »

il invective contre César, répète souvent à la tribune qu'il a été battu par AfraniuSy et qu'un grand nombre de ses soldats l'avaient abandonné pour se rendre à son vainqueur; qu'il tenait tous ces détails de science certaine et de bonne part. De tels discours ayant effrayé les citoyens romains de cette province, il en exige, pour le service de la république, quatorze cent mille livres d'argent, et cent vingt mille boisseaux de blé. Quant aux provinces qu'il croyait attachées à César , il lessurdiargeait, il y mettait des garnisons : il rendait des jugemcns arbitraires contre les particuliers qui avaient mal parlé de la république , et vendait leurs biens à l'encan. Enfin, il engagea toute la province par serment à être fidèle à Pompée et à lui-même. La nouvelle des événemens survenus dans l'Espagne citérieure lui fait déclarer ouvertement la guerre. Son but était de s'enfermer à Cadix avec deux légions, toutes ses provisions et ses galères, parce qu'il avait reconnu que la province entière était dans les intérêts de César. Il comptait que \h, fort de ses vaisseaux et de ses provisions, il lui serait facile de prolonger la campagne. Quoique plusieurs affaires importantes rappelassent César en Italie, il avait pourtant résolu de ne laisser en Espagne aucune semence de guerre : car il savait que Pompée, ayant rendu de grands services à la province citérieure, y avait une foule de partisans.

CÉSÀH.

19. Après donc avoir envoyé deux liions dans l'Espagne ultérieure sous le commandement de Q. Cassius, tribun du peuple, il marcha lui-même à grandes journées sur ce point avec six cents chevaux, il envoya auparavant ordre aux magistrats et aux principaux de tous les csmtons de se trouver un jour fixé à Cordoue , où il devait se rendre. Cet ordre publié dans la province , il n'y eut point de ville qui n'envoy&t ses députés à l'époque désignée; il n'y eut pas même de citoyen romain un peu considérable qui ne s'y trouvât. En même temps les magistrats de Cordoue firent de leur propre mouvement fermer les portes à Varron; placèrent des corps de garde et des sentinelles sur les murailles et dans les tours de la ville ; retinrent deux cohortes, de celles que l'on nommait coloniques, lesquelles par hasard passaient parla, et s'en servirent pour la garde de leur poste. Sur ces entrefaites , ceux de Carmone, peuples des plus puissans de toute la province, chassèrent trois 0(>hortes que Varron avait iail entrer dans leur citadelle pour la garder, et lai fermèrent leurs portes.

20. Ce qui le fit se jeter au plus vite dans Cadix avec ses liions , de peur qu'on ne lui barrât les passages , tant on voyait que ces provinces étaient affectionnées à César. Mais à peine était-il un peu avancé , qu'on lui rendit des lettres de Cadix, où on lui marquait qu'aussitôt que les habitans avaient eu connaissance des ordres de César, leurs chefs avec les tribuns des cohortes qui étaient en garnison dans leur ville, avaient résolu d'en chasser Gallonius, et de la conserver aussi bien que l'Ile à César; qu'en conséquence de cette intention, ib avaient fait savoir i Gallonius qu'il eût à sortir de bonne volonté de Cadix pendant qu'il pou-

GtUtlIR CIVILE. — UV.

vaii le faire sins péril » le menaçant de pfcndre leur parti » sur son reTus ; et que, d'après celte menace» il s'était letiré* A celte nouvelle » celle des deux légions de Varron, que l'on nommait Vermmemia { parce qu'elle éuit composée des naturels du pays ), enlève son enseigiie à la vue de Varron , gagne Séville , et s'arrête sur la place publique et sous les portiques, sans nuire à petaonne. Une telle conduite Tut si agréable aux citoyens romains qui élaûeBl du conseil de la ville, que chacun en prit chez soi et les recueillit avec grand plaisir. Varron étonné dfi ce qu'il voyait , retourna sur ses ps dans le dessein de se rendre à Itatica, comme il l'avait promis; mais les siens l'assurèrent que les portes en étaient fermées pour lui. Enfin , voyant que tous les chemins fui étaient interdits , il envoya dire à César qu'il était près de remettre sa légion à qui il ordonnerait. Celui-ci lui envoya Sext. César, auquel il enjoignit d'en prendre le commandement. Ensuite Varron viol trouver César à Cordoue, lui rendit fidèlement compte de son département , lui remit l'argent qu'il en avait tiré, et lui indiqua où étaient les vivres et les vaisseaux qu'il avait réunis.

31 . César ayant tenu les étals à Cordoue, rendit grâces à tout le monde en

général : aux citoyens romains, de s'être emparés de la ville; aux Espgnok , d'avoir chassé leurs garnisons ; à ceux de Cadix , d'avoir fait échouer les desseins du parti contraire, et de s'être mis en liberté ; aux tribuns et aux centurions venus pour garder la Tille , d'avoir affermi par leur exemple ceux qui étaient dans de bons sentimens à son égard. En môme temps il fit remise aux citoyens romains de l'argent qu'ils s'étaient engagés de fournir a Varron; restitua les biens

aux personnes sur lesquelles on les avait confisqués, sous prétexte qu'elles avaient parlé trop librement; accorda quelques récompenses, Unt en public qu'en particulier, et remplit tout le reste de bonnes espérances pour l'avenir* Ensuite après être resté deux jours à Cordoue , il se rendit à Cadix , où il fit apporter dans le temple d'Hercule les trésors et les ornemens qu'on en avait enlevés pour les mettre dans une maison particulière , et donna le gouvernement de la province à Q. Cassius qu'il y laissa, soutenu de quatre légions. Il partit ensuite pour Tarragone sur les vaisseaux que Varron s'était fait fournir par ceux de Cadix , et y arriva en peu de jours. Les députés de presque toute la province citérieure l'y auendaient ; après avoir traité de même fort honorablement quelques • uns de ces peuples, non-seulement en particulier, mais encore en public, il sortit de cette ville , vint par terre à Narbonne et de là devant Marseille, où il apprit la nouvelle de la loi qui venait d'être portée à Rome pour créer un dictateur» et que le préteur H. Lépidus l'avait promu à cette dignité.

22. Les Marseillais rebutés de tous les maux qu'ils avaient soufferts, réduits à la dernière disette de vivres , deux fois battus sur mer, toujours repoussés dans leurs fréquentes sorties , affligés de la peste produite par la longueur du siège , et par le changement de nourriture ( car ils ne vivaient plus que de vieux millet et d'orge gâtée, qu'on avait autrefois préparée et serrée dans des greniera publics en cas de siège ), voyant leur tour et la plus grande partie de leurs murailles renversées, sans espoir des secours des provinces et de leurs armées qu'ils avaient appris s'être rendues à César, résolurent enfin de se !(oumetlre à lui de l>onne foi u sans

€«IAR.

Bupeicliei'itj. Quelques jours auparavant , Domilius , qui connut leur iiitenlion g prépara troil vaisseaux, embarqua ses soldais sur deux, monla le troisième» et partit par un brouillard.

Les vaisseaux qui , suivant Tordre de Brutus, avaient coutume de veiller ilevant le port » l'ayant aperçu , levèrent Tancre et se mirent à le poursuivre.

Celui de Domilius força de rames , et , continuant à Tuir, eut le bonheur d'échapper à la faveur du temps nébuleux ; les deux autres, effrayés de se voir poursuivis par nos troupes , rentrèrent dans le port* A l'égard des Har- Beillais, ils firent sortir de la ville, selon l'injonction qu'ils en reçurent , toutes leurs armes et leurs machines de guerre^ tirèrent tous leurs vaisseaux de leur port et de leurs arsenaux , et remirent a César tout ce qu'il y avait d'argent dans le trésor public ; ensuite il laissa la vie , plutôt en considération de leur ancienne origine et de leur célébrité, que parce qu'ils le méritaient réellement; après avoir mis deux légions en garnison dans la place , il envoya les autres en luilie, et partit pour Rome.

33. Vers cette époque, G. Curion, méprisant déjà dès le principe les forces d'Attius Varus » passa de Sicile en Afrique avec seulement deux légions des quatre que César lut avait données, et cinq cents chevaux; et , après deux jours et trois nuits de navigation, il vint aborder à un poste nommé Aqui^ taria* Cet endroit est environ à sept lieues de Clupée; c'est une assez bonne rade en été , parce qu'elle est entre deux hauts caps. L. César le fils l'attendait à Clupée avec dix galères, qui avaient été prises dans la campagne contre les pirates , et qu'Attius avait fitit réparer à Utique pour s'en servir dans la présente guerre. Mais le voyant arriver

avec tant de vaisseaux , Telfroi lui fit abandonner la pleine mer, il alla échouer avec sa galère sur la cOle pto^ chaîne, la laissa sur le rivage, et s'en* fuit à pied & liahoméia. C. Gonsidiua liongus y commandait avec une légion.

Après la fuite de L. César, le reste de ses galères se rendit aussi dans ce porc. Le questeur H. Rufus le suivit avec douze galères, que Curion avait ame^ nées à sa suiU) de Sicile pour escorter les vaisseaux de charge ; et ayant aperçu celle de César échouée et abandonnée sur le rivage, il la fit remorquer, et revint trouver Curion à la tftte de sa flotte.

24. Celui-ci envoya Harcus à Utique avec ses vaisseaux , et il le suivit en même temps par terre, soutenu de ses troupes. Après deux jours de nmrche il atteint le fleuve de Ifagreda , où il laisse C. Caninius Rebilus et les légions ; pour lui , prenant les devans avec sa cavalerie , il alla reconnaître le camp de Scipion , parce que ce poste passait pour être très-propre à camper. C'est un rocher fort droit qui domine la mer, rude et escarpé des deux oôtés , mais ayant une pente un peu plus douce vers Utique. En droite ligne , il n'est qu'à un peu plus d'un mille de cette place. Mais , dans ce chemin , il y a une fontaine qui communique à la mer, at rend cet endroit très«-marécageux : si l'on veut l'éviter, il faut prendre un détour de deux lieues pour arriver à la ville.

35. Après avoir reconnu ce poste > Curion examina de là le camp de Va« rus, qui, placé sous les murs de la ville , vers la porte qu'on nomme Bêlr lica^ avait la position la plus avanta« geuse; Utique le couvrait d'une part, et de l'autre il était défendu par une espèce de théAire b&ti devant la ville, et d'une fort grande étendue, de sorti

GCKliRB CItiLB. — Ut* II.

qa*îl n'y «fait qu'un pissage étroit et ëiffieiie ponr approcher du camp. Il yit en mèoM temps toutes les routes couvertes d*liomaies en mouvement» qui, dans la erainte d'être pillés , poruiient da lu campagne dans la tille leurs ef- Cm les plus précieux. Il détacha contre caua multitude sa catalerie pour avoir wcasîoa de dire quelque butin ; et au artmeinsunt, Varus envoya de la tille six cents chetaux numides à leur secours» atec quatre cents fantassins entoyés depuis peu par le roi luba dans Ulîqne. Ce prince était » comme son pèrs, attaché à Pompée; et il haïssait Cnrîon» qui» pendant son tribunat, avait bit confisquer son royaume. La catulerie numide en tint aux mains atec la nOtre; mais elle ne put résister à son premier choc. Après atoir perdu entiron cent vingt hommes » elle se retim dans son camp sous la tille. Sur ces entrefaites» les galères de Curion étant arritées» il fit dire à deux cents taisaeaux mardiands ou entiron» qui se tenaient à Tancre devant Utique»

qull traiterait en ennemis tous ceux qui ne se rondraient pas sur Theure au camp de Scipion. A cette menace» tous»

au même instant » lèvent Tancre » abandonnent Uiique» et se rendent au lieu contenu; ce qui amena l'abondance dans son armée.

36. Ensuite Curion se relira dans son retranchement de Magreda» où d'une commune voix il fut proclamé tm^MTOior par toutes ses troupes. Le lendemain » il tint camper dotant Utique. Il n'atail pas terminé ses fortifications» que la catalerie» qui était de garde» tint l'avertir que de grands secours» tant de cavalerie que d'infanterie» envoyés de la part de Juba» s'atançatent vers celte tille : en même temps» on aperçut un gros nuage de poussière» immédiatement suiti de leur

atant -garde. Surpris de ceUe nouteauté» Curion détache sa cavalerie pour aller au-detant d'eux» soutenir leur premier effort et les arrêter » tandis que de suite il faisait revenir ses légions occupées aux travaux du camp»

et les rangeait en bataille. Les cavaliers en vinrent aux mains; et avant que nos troupes eussent pu se développer et disposer leur ordre de combat »

tous les secours que le roi envoyait » embarrassés et en désordre» parce qu'ils avaient marché sans ordre et sans défiance» prirent la fuite. Leur catalerie souffrit peu» parce qu'elle gagna en hâte la tille en côtoyant le long du ritage; mais nous tuâmes un grand nombre de fantassins. ^

S7. La nuit suitante » deux centurions marses» avec vingt-deux soldats de leur compagnie, quittèrent Curion et vinrent se rendre à Yarus. Soit qu'ils le cnissent ou qu'ils voulussent le flatter (car on croit volontiers ce que l'on souhaite» et nous nous imaginons aisétnent que les autres doivent penser comme nous)» ils lui dirent qu'il était certain que toute l'armée n'avait aucune affection pour Curion; qu'il fallait conduire ses soldats en prteence de l'ennemi » et les mettre à portée de se parler. Varus» persuadé par ce discours» fait » le lendemain matin » sortir ses légions du camp; Curion imite son exemple» et n'étant séparés que par un petit vallon , ils rangent l'un et l'autre leur armée en bataille.

28. Il y avait dans l'armée de Varus un nommé Sext. Quinctilius Varus»

qui s'éuiit trouvé à Corfinium» comme on l'a dit. César lui ayant permis de se retirer» il s'était rendu en Afrique. Curion avait amené avec lui ces mêmes légions que César avait prises à son service après le siège de Corflnium ; de sorte que c'était encore à peu près les

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mêmes officiers ci les mômes soldats avec lesquels ce Yarus avait servi. Celui-ci prend cette occasion de les etitretenir» voltige autour de Tarmée de Curion , exhorte ses soldais à se souvenir du premier serment qu'ils ont prêté à Domitius et à lui-même» qui lui tenait alors lieu de questeur; les prie de ne point porter les armes contre des compagnons» qui avaient couru la môme fortune qu'eux, et avec lesquels ils avaient partagé les périls du siège» et de ne point combattre pour des hommes qui les traitaient injurieusèment de transfuges. Il ajouta qu*ils pouvaient être assurés qu'Atlius et luimême les récompenseraient généreusement» s'ils voulaient passer à leur service, tie discours ne produisit aucun effet; personne ne s'ébranla dans l'armée de Curion» et chacun ramena ses troupes dans son camp.

29. Cependant une frayeur subite se répandit en un instant dans tout le camp de Curion : car c'est un mal que les divers rapports augmentent en fort peu de temps. Chacun se forgeait des chimères; et ce que l'un lui avait dit» la crainte le lui faisait raconter avec exagération à un autre : dès qu'un seul homme faisait un récit à d'autres» et que ceux-ci l'avaient communiqué à leurs camarades » on se persuadait que plusieurs en étaient en même temps les auteurs. On se disait mutuellement que dans une guerre civile le soldat se croyait permis de suivre le parti qu'il lui plaisait» et d'agir selon son caprice; que les mêmes légions qui peu aupravant avaient servi les ennemis pourraient bien revenir à leurs premiers maîtres, la licence des temps où l'on vivait faisant tourner contre César ses propres bienfaits; que toutes les villes dont ils étaient environnés tenaient pour l'ennemi ; et que ces dis-

cours ne venaient pas des Harscs et des Péligniens seuls, comme ceux qu'on leur avait adressés la nuit dernière dana leurs tentes. Quelques-uns même des soldats donnaient souvent aux raisonnemens de leurs canuirades un sens encore plus sinistre; ceux qui voulaient paraître mieux instruits inventaient toujours quelque nouvelle.

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