‹ Bibliotheque militaireChapitre 50 sur 614 · Inquiet de tous ces discours · texte numérisé non relu

Inquiet de tous ces discours

Curion assembla le conseil pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Les uns étaient d'avis de tenter un dernier effort , et d'attaquer le camp de Varus pour occuper les soldats» persuadés que» dans une pareille disposition des troupes , l'inaction était tout-à-fait contraire. Ils ajoutaient qu'après tout il valait mieux risquer vaillamment la fortune dans un combat avec gloire, que de se voir abandonnés des leurs et livrés à la barbarie des ennemis. D'autres voulaient que vers minuit on se retirât dans le camp de Scipion , où l'on aurait plus de temps pour guérir les esprits des soldats, et d'où, en cas de malheur» on pourrait plus sûrement et avec plus de facilité se rendre en Sicile» à la faveur du grand nombre de vais* seaux dont on était pourvu.

31 . Curion désapprouva l'un et l'autre de ces avis; il dit qu'autant l'un marquait peu de courage» autant l'autre en marquait trop ; que par l'un on voulait justiGer une honteuse fuite» et par l'autre engager à combattre, même dans un poste désavantageux . « En effet» dit-il » avec quelle assurance pouvonsnous forcer un camp fortifié par la nature et par l'art ; et quel fruit recueillerons-nous de l'attaque de ce camp, si nous sommes contraints de battre en retraite après une perte sensible? Ne sait-on pas que les heureux succès concilient au général l'affection des troupes» et qu'il ne manque jamais d'en

«tnilB eiVILK. — LIV. 11.

èlieiléiesié dès qu'il est malheureux?

Qiaot au cbangeineiil de camp » ajoula- |4I> comaiem le prendraii-on » sinon pour une Tuile honteuse, et un parti déM^iéfé, qui ne Terait qu'aliéner loum lô troupes? Il ne faut pas donner lieu aux sages de croire qu'on ne se fie point à eux , ni aux méchans qu'on les cnim , parce que celte crainte ne ferait qae rendre les derniers plus insolens et pins hardis , et que le soupçon diminue» lait le zèle et Taflection des auues. Si tt que l'on dit du mécontentement de l'armée est ^rrai> mécontentement que je crois ou entièrement supposé, ou, cert»» moindre qu'on ne le fait, il est ttBS contredit bien plus à propos de le laire et de le dissimuler , que de contribuer nous-mêmes à le fortifier. N'en est-il pas des plaies d'une armée comme de celles du corps, qu'il faut toujours cacher» pour ne pas augmenter la cou- Gance de son ennemi? Quand on nous propose de partir la nuit, c'est sans doute pour que les malintentionnés puissent plus librement se livrer à leurs excès; car, dansces conjonctures, c'est par la crainte ou par la honte qu'on est retenu y et de tels motifs ont peu de puissance dans Tobscurilé de la nuit.

Je ne suis donc ni assez téméraire pour vouloir attaquer le camp ennemi sans espérance de réussir, ni assez timide pour me manquer à moi-même. Je pense donc qu'il faut mettre tout en œuvre avant d*en venir là, et je me flatte que j'éprouverai bientôt avec vous quel pourra être lesuccèsde cette résolution.» 32. Après avoir ainsi congédié le conseil , il fait assembler ses soldats ; leur rappelle leur affection pour César à Gorfinium ; ajoutant qu'elle lui avait servi à faire la conquête d'une grande partie de Tltalie. « Car c'est vous, leur dit-il 9 qui par votre exemple avez déterminé toutes les villes à se soumettre ;

et ce n'est pas sans raison qu'il vous est si attaché, et que Pompée vous hait si fort. C'est vous qui l'avez contraint de quitter l'Italie sans y avoir été forcé par la perte d'une bataille. César, qui m'iionore de la plus grande afiBdCtion , m'a confié à votre fidélité avec la Sicile et l'Afrique, sans lesquelles il ne pourrait défendre ni Rome, ni riialie* Cependant nos ennemis vous exhortent à nous abandonner : et que peuvent* ils, en effet, souhaiter avec plus d'ardeur, que de vous porter à un crime qui nous perde en même temps et les uns et les autres? Quelle plusdésavantagetise opinion peuvent-ils avoir de vous, que de vous croire capables de trahir ceux qui conEessent vous être redevables de tout? Quel plus grand malheur au contraire peut-il vous arriver , que de tomber entre les mains de ceux qui vous regardent comme les auteurs de tous leurs maux? N'avezvous pas entendu parler des exploits de César en Espagne, de deux armées qu'il a mises en fuite, de deux généraux qu'il a vaincus, de deux provinces qu'il a soumises, uniquement dans l'espace de quarante jours après être arrivé en présence de l'ennemi? Croyezvous que ceux qui, avec toutes leurs forces, n'ont pu tenir contre lui résisteront après leur défaite? Vous qui l'avez suivi avant que la fortune se fût déclarée en sa faveur , suivrez-vous le parti vaincu , lorsque la fortune a prononcé, et que vous devez recevoir la récompense de vos services? Ils vous accusent de les avoir abandonnés et trahis contre la foi de vos premiers sermens : mais est-ce vous qui avez abandonné L. Domitius? N'est-ce pas lui plutôt qui vous a quittés , et qui s'est retiré au moment où vous étiez prêts à tout souffrir pour sa cause?

N'est-ce pas lui qui s'est efforcé de

CiBkK.

prendre la fuite à totre insu? N'eftt-ce pas lui qui ^ous a trahis; et n'est-ce pas à la bonté de César que vous devez votre conservation? Votre serment pou* vail«il donc vous retenir au service de Domiiius , pendant que^ devenu simple particulier, dépouillé de toute marque de grandeur, sans commandement, il était lui-même captif ei au pouvoir d*autrui? Pouvei-vous oublier le nouveau serment qui désormais vous enchaîne» pour avoir égard à celui dont vous a déliés la soumission d'un chef qui n'est plus maître de sa personne?

Mais peut*ètre contras de G^r, avezvous quelque reproche à me faire. 11 me conviendrait peu de vanter les services que je vous ai rendus» ils sont trop peu-importans jusqu'à ce jour par rapport à mes bonnes intentions ei à votre attente; mais vous savez que les soldats profitent continuellement de l'issue de la guerre pour demander des récompenses; et vous ne doutez pas, je crois, quelle elle doit être. Du reste, je ne pense pas devoir vous laisser oublier quels ont été mes soins, et quels succès les ont couronnés. Regrettez-vous que j'aie fait passer dans ce pays l'armée saine et sauve, sans avoir perdu un seul vaisseau? que j*aie dé&it la flotte ennemie en arrivant , et deux fois battu leur cavalerie? que je leur aie enlevé deux cents vaisseaux marchands qui étaient dans leurs ports» et réduits enfin à ne pouvoir obtenir de secours et de vivres I ni par terre ni par mer? Quoi donc! abandonneriez-vous un parti couvert de gloire, et des chefs de ce mérite» pour embrasser une cause couverte de honte à Gorfinium , pour suivre des hommes chassés de Tltalie, oontraints de se soumettre en Espagne»

et f comme on peut le présunier d'aprâs les résultats précédens» déjà presque vaincus en Afrique? Je me disais sim-

plement soldat de César, et il vous a plu de me donner le titre d^imperaicr. Si vous vous en repentez» je vous remets vos bienfaits, rendez-moi mon nom»

afin qu'il ne soit pas dit que vous ne m'avez honoré que pour me faire un affront. »

53. Profondément émus de ce dis* cours» les soldats l'interrompaient à tous momens» et paraissaient au désespoir qu'il eût pu les soupçonner ds trahison. Lorsqu'il se retira, tous le prièrent de se rassurer » de ne pas balancer à livrer bataille» afin d'éprouver leur courage et leur fidélité. Quand Gurion vit l'effet do ses paroles, et que tous étaient de si bonne volonté , il résolut » de l'avis général du conseil , d'en venir aux mains dès que l'occasion s'en présenterait. Le lendemain , il fait sortir du camp toutes ses troupes» et les range en bataille au même endroit que les jours précédens. Attius Varus n'hésite pas à l'imiter, soit pour avoir occasion de débaucher les soldats de Curion» soit pour ne pas perdre celle qui pouvait s'offrir de combattre dans une bonne position.

34. On a déjà dit qu'il y avait entre les deux armées un petit vallon » d'un accès très-rude et très-difficile; chacun attendait que l'ennemi le traversât pour commencer l'attaque avec avantage.

Dès qu'il voit toute la cavalerie de l'aile gauche de Varus » entremêlée d'infan»

terie légère» entreprendre de le tra«verser, Curion détache contre eux ses cavaliers avec deux cohortes de l'A* bruzze : les ennemis ne purent en soutenir le premier choc» et s'enfuirent à toute bride vers les leurs : l'infanterie légère, qui les avait suivb, privée de leur secours , est enveloppée et taillée en pièces en présence de toute l'armée de Varus ^ qui fut ainsi témoin de la fuite des uns et de la mort des

eonilB CITILS. — LIT.

Alors Rd>Iliii, un det lieulenans de Cénr » qM Curion avait amené Mae lui de Sicile» parce qu'il le savait aoesommé dana Tari de la guerre:

• Tu vms , lui dit*il » rennemi étonné : fM beknoaa-lu à pioiter de Tooca- «m? » CurioD ne dit qu'un mot à ses loldaia» pour kaeiborler à se souvenir dece qu'ib lui avaient promis la veille; CMoile il marebe le premier et leur csounende de le suivre. La pente du vsUoQ était ai roîde» que les premiers as pouvaient prssque pas monter sans toe secourus par ceux qui les suivaient ; nais les troupes de Varus, l'esprit préoccupé el rempli de frayeur de la iiiile et du massacre de leurs compagnons d'armes» ne songeaient pas seukment i se défendre, et se croyaient déjà enveloppées par noire cavalerie :

siosi» sans attendre que nous ftiasions arrivés à la portés du Irait i toute cette armée lâcha pied el se réfugia dans son camp.

S5. Uans cette déroute, un certain ftbtus, de l'AbruBie» simple soldat de ramée de Gurion » poursuivant les premiers qui fuyaient , appelait hautement Tarus, eomme s'il eûl été un des siens » et qu'il eûl eu quelque chose à lui dire, eu quelque avis à lui donner. S'entendsm nommer plusieurs fois, le général s'arrête, lui demande son nom, et ce qa'il veut ; alors cdui-ci , lui portant un ooup d'épée sur l'épaule qu'il avait découverte, l'eût lait périr, si Varus n'avait paré le coup avec son bouclier :

IUl>ius fut enveloppé et tué par des sol* dais qui étaient proches. Cependant les fuyards se trouvaient en si grand nombre qu'ils obstruaient les portes du camp, et ils embarrassaient tellement le passage, qu'il en périt là plus que dans le combat et dans la fuite. Il s'en bUnt même assea peu que le camp ne fftt foicé; de sorte que plusieurs, sans

s'arrêter pour le défondre, couraient tout droit à la ville, liais il était trèsfort par sa situation et par les travaux dont on l'avait encore fortifié; de plus nos soldats, qui n'avaient que les armes nécesaaires pour le combat, manquaient de tout ce qui était propre a l'attaque d'un camp. Ainsi Curion ramena aea troupes dans le sien, sans avoir perdu un seul homme, si l'on excepte ce Fabius dont on viait de parler. Les en^ nemis eurent en cette occasion environ six cents morts et mille blessés; ces derniers, après la retraite de Gurion, quittèrent le camp et se retirèrent dans la ville, ainsi que plusieurs autres, à qui la crainte fit prendre le même parti, sous prétexte de leurs blessures. Varus qui s'en aperçut, ainsi que de l'effroi des siens, laissa un trompette dans le camp avec quelques tentes dressées pour l'apparence, et vers minuit il fit ren* trer sans bruit ses troupes dans la place. 56. Le lendemain, Curion tira une ligne autour d'Utique, dans le dessein de l'assiéger. Cette ville renfer* mail alors une foule de personnes peu accoutumées à la guerre et amollies par une longue paix ; les habitaiis étaient de plus fort attachés à César qui leur avait rendu quelques services. Le conseil se trouvait diver* sèment composé , et le succès des combats précédons avait répandu la consternation dans tous les esprits. Ils ne parlaient donc publiquement que de se rendre, et sollicitaient Auius de ne pas les perdre par son opiniiktreté. Pendant qu'on le tourmentait de la sorte, il reçut des ambassadeurs du roi Juba , qtii donnait avis de sa prompte arrivée avec de grandes forces, et l'exhortait i se maintenir dans la place et à la dfr fendre; cette nouvelle rassura généra^

57» Gurion en fut également iu^

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fiormé; maïs il eut d'al>ord peine & croire ce qu'on en disait , tant il était plein de confiance. D'ailleurs, le bruit des heureux succès de César en Espagne s*était déjà répandu en Afrique; de sorte que, animé par ces nouâtes, Curion se persuadait que le roi n'oserait rien entreprendre contre lui. Mais quand il sut, à n'en pouvoir douter, qu'il était à peine éloigné d'Dtique de huit lieues avec ses troupes, il décampe, et se retire dans le camp de Scipion.

Il y Tait porter du blé et du bois, com* mence à s'y fortifier, et envoie de suite en Sicile pour &ire venir les deux légions qu'il y avait laissées, avec le reste de sa cavalerie. Ce poste était trèspropice pour tirer la guerre en longueur, à cause de sa situation et des retranchemens qu'on y avait faits, du voisinage de la mer , de l'eau douce qu'on y trouvait, et de la grande quantité de sel qu'on y voit amassée des salines environnantes. Les arbres d'alentour qui étaient nombreux fournissaient du bois , et le blé remplissait les champs. Il résolut donc , de concert avec toute son armée, d'attendre le reste de ses troupes, et de prolonger la campagne.

38. Dans cette pensée, qui reçut l'assentiment général , quelques personnes de la ville, qui vinrent se rendre à lui , rinformôrem que Juba, rappelé par la guerre qu'il avait avec quelques voisins, et par les différends des babiians de Lébéda, n'était point sorti de ses états ; que Sabura , son lieutenant, qu'il avait envoyé avec quelques troupes »

s'approchait d'Utique. Sur ce rapport qu'il crut trop l^èrement, il changea d'avis et résolut de donner bataille.

U fut excité à ce parti par le feu bouillant de la jeunesse, l'ardeur de son courage, ses heureux succès, l'espérance de réussir. Ces considéraUons l'entraî-

nant , il envoie & l'entrée de la imk toute sa cavalerie vers le camp des en* nemis qui était sur la rivière de Magreda, sous les ordres de Sahara dont on vient de parler. Mais le roi le suivait de près, soutenu de toutes ses troupes, et n'était éloigné de lui que de deux lieues. La cavalerie que Curion STait fait partir le soir arrive au point du jour; elle attaque les ennemis qui n'étaient point sur leurs gardes , et qui ne s'y attendaient pas; car ils étaient, selon la coutume des Barbares, campés sans ordre et dispersés çà et là. Surpris dans cette position, et accablés de sommeil»

ils essuyèrent une perte considérable, et plusieurs s'enfuirent d'épouvante.

Après cette expédition, la cavalerie revint trouver Curion, lui amenant les prisonniers qu'elle avait bits.

59. Il était parti vers le point du jour avec toutes ses troupes, et n'avait laissé que cinq cohortes pour garantir son camp. Après avoir fait deux lieties, il rencontra ses cavaliers, qui lui rendirent compte de l'événement qui venait d'avoir lieu. Il s'informa, (tes captifs, du chef qui commandait au camp de Uagreda ; sur leur réponse que c'était Sabura, sans prendre d'autres informations, pour ne pas retarder sa marche : « Camarades, s'écria-t-il, en s'adressant aux troupes qui étaient les plus proches de lui , vous voyez que le rapport des prisonniers s'accorde avec celui des transfuges? Juba n'est point à l'armée; et il faut qu'il y ait peu de troupes, puisqu'elles n'ont pu tenir contre un faible corps de cavalerie. Hâtesvous de voler à la gloire et au butin ; et donnez-nous lieu de ne plus songer qu'à vous rendre grâces, et à vous ré* compenser de vos services. » Ce qu'avait fait notre cavalerie était beau , en comparant son petit nombre à la multitude des Numides ; mais, comme on se loue

80î-aiéme , elle exagérait kMcoop le mérite de cette action. Elle friaii encore grande parade du butin fi'die avait remporté, des prisonniers, UBi d'infiinterie que de catalerie , fi*elle conduisait derant elle avec osteaaMioB; de sorte qu'il semblait que tiaer d'en tenir aux mains, c'était ttènr \m victoire : ainsi l'ardeur des iraapes secondait parfaitement Tespémœ deCurioii. En conséquence, il se bile, et donne ordre à sa cavalerie de ksoivre^ pour attaquer l'ennemi trou* Hé dans le désordre de sa fuite; mais ks cavaliers harassés par la marche de hmiit préoédenle ne pouvaient suivre, et plusieurs restaient en chemin. Mul de ces obstacles ne pouvait affaiblir les ftpinnces de Gurion .

40. Cependant luba , instruit par son liealenant de ce qui s'éuit passé dans l'action de la nuit , lui envoya deux mille chevaux espagnols et gaulois qui teient sa garde ordinaire : il y joignit ceux de ses fantassins dans lesquels il anit plus de confiance , et les suivit phu lentement avec le reste de ses tfoopes et quarante éléphans, se doutant bien que Curion, qui avait fait piendre les dedans à sa cavalerie, ne attaquerait pas d'arriver lui*mème à sa aile. Sabura rangea toute son armée en bataille, et lui commanda de Iftcher |Ned et de reculer peu à peu , comme si elle éprouvait de la crainte, ajoutant tp'il donnerait le signal du combat lorsqu'il le faudrait , ainsi que les orthes nécessaires selon les circonstances. Oarion , flatté d'un nouvel espoir par les nouvemens qu'effectuaient alors les ennemis» et s'imaginant qu'ils prenaient la fuite, fit descendre ses troupes de la montagne dans la plaine.

41. Apres s'être avancé fort loin, voyant 1^ siens fiitigués d'une marche de plus de cinq lieues» il fit halte pour

ctJiaaE civiut. — uv. ii. i89

leur laisser reprendre haleine. Dans ce moment , Sabura commande de sonner la charge, donne ses ordres, court de rang en rang exhorter ses troupes, fait marcher sa cavalerie, et tient son infanterie plus loin en bataille , seulement pour la montre. Curion, de son côté, accepte hardiment le combat» encourage les siens, et les engage à mettre toute leur espérance en leur valeur.

Son infanterie, quoique lasse et fatiguée, ainsi que sa cavalerie, bien que réduite à un petit nombreet très-épuisée (car elle n'était plus que de deux cents chevaux; le reste étant demeuré derrière et n'ayant pu suivre) , ne manquaient cependant ni d'ardeur, ni de courage pour combattre. Aussi la ca* Valérie fit-elle plier l'ennemi partout où elle donna; mais elle ne pouvait poursuivre les fuyards fort loin, ni pousser ses chevaux accablés de fatigue, au lieu que celle des Numides commença insensiblement à l'envelop»

per et à la charger en queue. Lorsque nos cohortes se détachaient, les cavaliers de Juba, qui n'étaient point fatigués, évitaient leur choc par la fuite; ensuite, revenant les investir au moment où elles se repliaient sur le gros de l'armée, ils les empêchaient de le joindre : ainsi elles ne pouvaient im<* punément ni demeurer fermes dans leur poste et garder leurs rangs, ni avancer sur l'ennemi. Ajoutons que l'armée ennemie grossissait de moment en moment par le secours que Juba lui envoyait , tandis que les nôtres, au con« traire, succombaient de lassitude. Nos blessés ne pouvaient effectuer leur retraite, et on ne savait où les mettre en lieu sur, parce que la cavalerie numide nous tenait enveloppés de toutes parts. Ainsi désespérés, et ne comptant plus pouvoir sauver leur vie, ils faisaient ce qu'on a coutume de faire dans

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une pareille extrémité: ils s'affligeaient de périr ainsi misérablement, et re* commandaient leurs familles à leurs camarades, en cas qu'il en échappai quelques-uns : le deuil et la consternation régnaient dans toute Tarmée.

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