LIVRE TROISIÈME
Ibrcci et qveb tecours eut Pomp^.
— Pftu offerte imUilenieiit pir VibuUiui.
— Quelques l^rs combats près de Durazzo , oè César éprooTe du désavanuge. — BaUllIe
. — Mort de Pompée. — Comde la Guerre d'Aleiaudrie.
An arant J. C 4< > d« Kohm 607.
i • César, enqualiiédediclaleur^ayant Eûl assembler les comices, fut nommé consul avec P. Servilius> car c'était rannée où les lois lui permettaient de panreDir à celle charge. Celle affaire terminée , yoyanl qu'il y avaii peu de crédîl dans toute l'Italie, et que personne n'y payait ses dettes, il ordonna qu'on élût des arbitres pour faire l'estimation des héritages et autres immeubles sur le pied où ils étaient avant la guerre» afin de les donner en paiement aux créanciers. Il crut cet expédient li«»»propre à conserver le crédit des débiteurs 9 et à dissiper ou au moins à diminuer la crainte qu'on a de prêter pendant les divisions et les guerres civiles. De plus, sur la demande qu'il en fit iaire aii peuple par les tribuns et par les préteurs, il rétablit plusieurs particuliers, qui, lors du séjour de Pompée à Rome avec ses légions , avaient été condamnés comme coupables de brigue, suivant la loi du même général ; jugemens où l'on avait si peu observé les formes, qu'ils avaient été rendus dans un jour, et par des juges dont les uns se trouvaient présens au plaidoyer, tandis que d'autres rendaieni la sentence sans être instruits.
Par là, il voulut marquer sa reconnaissance à des hommes qui étaient venus s'offrir à lui dès le commencement de la guerre, et auxquels il ne se croyait pas moins redevable, quoiqu'ils ne Teussent pas servi, puisqu'ils s'étaient ptésentéi d'eux-mêmes. Du reste» il
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désira qu'ils n'eussent pas moins d V bligalion au peuple qu'à lui-même de leur rétablissement , afin que par sa gratitude il ne parût pas vouloir lui êler le droit de faire de pareilles grâces. 9. Après avoir employé orne jours»
tant à ces dispositions qu'à oàâ>rer les fériés latines, et à tenir les comices , il se démet de la dictature , part de Rome et se rend à Brindes» où il avait donné rendex-votis à dotixe légions et à toute sa cavalerie. Hais il y trouva si peu de vaisseaux , qu'il y put à peine embarquer vingt mille fanUissins et six cents chevaux : ce fut le seul motif qui l'empêcha de finir promptement la guerre. D'ailleurs ses troupes étaient fort diminuées non-seulement par suite des longues expéditions de la Gaule »
mais encore à cause de la marche qu'elles avaient laite depuis l'Espagne; et les rigueurs qu'elles avaient éprouvées en automne dans la Pouille aux environs de Brindes , en sortant de la Gaule et de l'Espagne où l'air est trèabon , occasionnèrent des maladies dans toute l'armée.
3. Pompée sut profiter d'une année entière d'avance, où il n'avait eu aucune guerre à soutenir et aucun ennemi à craindre; il employa ce temps de repos à réunir une flotte nombreuse tirée de l'Asie, des Iles Cyclades, de Gorfou , d'Athènes, du Pont, de la Bithynie, de la Syrie, de la Gilicie, de laPhénicie et de l'Egypte. Il avait eu soin de Iaire construire beaucoup de vaisseaux : exigeant de grosses sommes de l'Asie» de la Syrie , des rois et princes ou seigneurs de ces contrées, enfin de tous les peuples libres de TAchaie, et il n'en avait pas moins tiré de ceux des provinces, où il était le maître.
4. Il comptait en troupes neuf légions 9 toutes formées de citoyens romains : il en avait amené avec kû cinq
CÉSAR
d'Italie ; une de vétérans de la Sicile, qu'il nommait lalumelle, parce qu'elle était composée de deux ; une de Crète et de Macédoine; c'étaient de vieux soldats qui , congédiés par les généraux précédons y s'étaient établis dans cette contrée; et deux levées par Lentulus en Asie. Pour les compléter toutes, on lui avait fait des recrues nombretises en Thessalie, en Béotie, en Achaïe et en Ëpire; et il y avait joint les soldats qui restaient de la défaite d'Antoine. Il en attendait encore deux autres que Scipion lui amenait de Syrie. Il avait trois mille archers tirés de Crète, de tacédémone, du Pont> de la Syrie et d'autres provinces, deux cohortes de frondeurs de six cents hommes chacune. Sa cavalerie consistait en sept mille chevaux , dont Déjotarus lui en avait amené six cents de Galatie; Ariobarzane, cinq cents de Cnppadoce; Cotys, un pareil nombre de Thrace , à la tète desquels était son fils Sadala. Il en avait tiré deux cents de la Macédoine, commandés par Rhascypolis, excellent officier; cinq cents, tant Gaulois qu'Allemands, que Gabinus avait laissés dans Alexandrie pour servir de garde au roi Ptolémée.
Pompée son fils lui en avait amené huit cents, qu'il avait levés ou dans ses campagnes ou parmi ses esclaves : Tai^ cundarius Castor et Domilaûs lui en fournirent trois cents de la Galatie; l'un vint en personne à la tête de ses troupes , l'autre y envoya son fils. Deux cents furent expédiés de la Syrie par Antiochus de Comagène qui avait de grandes obligations à Pompée : la plupart étaient archers à cheval. Il avait en outre des troupes de la Thrace et de la Servie, partie soudoyées, partie volontaires, ainsi que des Macédoniens, *des Thessaliens et autres nations ; ce qui complétait en tout le nombre de i^ept mille.
5. Il s'était pourvu d'une très-grande quantité de vivres qu'il avait su tirer de la Thessalie , de l'Asie, de l'Egypte, de Crète, du pays de Cyrèiie et d'autres régions. Son dessein était de passer l'hiver à Durazzo, à Érisso, et dans toutes les villes maritimes de ces quartiers-là; et il y avait établi sa flotte, pour empêcher César de passer la mer.
Pompée le fils commandait les vais* seaux ^yptiens; D. Lélius et C. Tria* rius ceux d'Asie; C. Cassitis ceux de Syrie; C. Harcellus et C. Coponius ceux de Rhodes. Scribonius Libon et H. Oc* lavius étaient chefs des forces navales d'illyrie et d'Achale. Cependant M. Bibulus avait le commandement général , et c'était de lui que tous recevaient les ordres.
6. Arrivé à Brindes, César harangue ses soldats, et leur dit que, puisqu'ils étaient sur le point de voir finir leurs travaux et leurs dangers , ils ne devaient pas avoir du regret de laisser leurs valets et leur bagage en Italie ; qu'ils s'embarqueraient avec moins d'embar* ras et en plus grand nombre; que, du reste, ils devaient attendre tout de la victoire et de sa générosité. A ces mots tous s'écrièrent qu'il pouvait ordonner ce qu'il voudrait , qu'il serait obéi de grand cœur. 11 s'embarqua donc avec sept légions, comme on Ta dit, mit à la voile le 4 de janvier, et prit terre le lendemain entre les rochers de la Chimère, et autres écueils dangereux , où il trouva une rade à l'abri des tempêtes. Il ne voulut pas se hasarder à entrer dans aucun port , persuadé que l'ennemi les occupait tous; il débarqua donc tous les siens dans un lieu nommé Pharsale, sans avoir perdu un seul vaisseau.
7. Lucrétius Vespillo et Minucius Rufus étaient alors à Orco avec dixhuit navires de la flotte d'Asie , dcmt
GUEARE CIVILE.
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Ldiiii leor amt donné la conduite; M. Bibulus était à Gorfou arec cent dix. Mais les premiers n'eurent pas la hardiesse île sortir de leur port» quoique César n*eût que douce galères» dont qnaire seulement étaient couTerles; et Bibalas dont la flotte ne se Irouvair pas ea élai de mettre à la voile, et dont les nmeurs étaient dispersés» ne put venir awz prompiement à sa rencontre : on vil dooc César en terre ferme, avant qn'oa ne fût instruit de son arrivée*
8. Aussitôt son débarquement, il TCBTOja la même nuit ses vaisseaux à Brindes cbeitheff le reste de ses légions cl de sa cavalerie. Il avait cha^ de ce soûl Fmius Calénus son lieutenant, ei loi avait recommandé de faire dili* genoe. Mais ces vaisseaux étant partis trop lard , et ayant manqué le vent , une mauvaise rencontre à leur r ; car Bibulus qui apprit à Gorfou que César était arrivé, s'éttint mis en mer dans Fespérance d'enlever quelqoca-ons de ses navires de charge , et les lenooiitraiit à vide , en prit trente, aor kH|uels il décba^ea sa colère et se vengea de sa propre négligence, les fiûsant lotis brûler avec les pilotes ei ks matelots, dans la vue d'intimider les autres par celte rigueur. Ensuite il répandit sa flotte de part et d'autre dsns toutes les rades et dans lous les ports de la o6te depuis Salone jusqu'à Oiooy et mil des gardes partout, couchant lui-même sur la flotte , quoique l'hiver fût dans toute sa ftnrce, et s'exposanl à mille travaux et fatigues , dans h penuasion où il était qu'il ne pouvait attendre aucune grâce s'il tombait entre les mains de César.
9. Cependant, après le départ des galères d'Illyrie, U. Octavius se rendit à Salone avec celles de ce pys qu'il commandait y souleva les peuples de la Ltie et les autres Barbares» eu-
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gagea l'Ile de Lissa et ses babitaiis i quitter le parti de César ; et voyant que ni ses promesses ni ses menaces ne pouvaient ébranler le conseil de Salone, il résolut d'assiéger cette ville. Elle est située avantageusement, et défendue par un coteau sur lequel elle est assise. Les citoyens romains, ren fermés dans ses murs, élevèrent donc aussitôt des tours de bois; et comme ils éuiient en trop petit nombre pour résister, et de plus couverts de blessures» ils eurent recours au dernier moyen qu*il8 purent mettre en œuvre , en donnant la liberté à 'tous les esclaves en âge de porter les armes : ils coupèrent même les cheveux des femmes, dont ils firent des cordes pour les machines. Octavius, voyant leur détermination , dressa cinq attaques contre la place, et, l'ayant investie , se mit à la presser vivement* Disposés à tout souflrir, les assiégés manquaient particulièrement de vivres ; ils envoyèrent demander du secours à César, résolus » du reste, de se défendre jusqu'à la dernière extrémité : long-temps après, la longueur du siège ayant rendu les ennemis moins vigilans, les assiégés choisirent l'heure de midi » temps auquel les soldats des assiégeans étaient dispersés , placèrent leurs femmes et leurs enfans sur le rempart» afin qu'il parût garni comme à l'ordinaire ; et s'étant fait suivre des esclaves auxquels ils avaient donné la liberté» fondirent tous ensemble sur le premier quartier d'Octavius; l'ayant forcé » ils poussent de là jusqu'au second » au troisième » au quatrième et au cinquième» les emportant tous l'un après Tautre; massacrent un grand nombre d'ennemis , et contraignent le reste avec Octavius lui-même à se rembarquer. Tel fut le succès de ce sioge. Comme l'hiver approchait» et qu'Octavius avait i^erdu une grande partie de