‹ Bibliotheque militaireChapitre 54 sur 614 · III · texte numérisé non relu

III

cesM de marcher à si grandes journées , et vint camper près du fleuve Aspro »

sur les terres d'Érisso, pour couvrir celle ville qui s'était déclarée en sa fa«i veur, résolu d'attendre en cet endroil le reaie de ses légions qui venaient d'Italie, et de paaMr l'biver sous des tenies. Pompée vint aussi camper sut U même rivière, mais de l'autre c6ié.

et y donna rendes*vous h toutes sea troupes, auxiliaires el autres.

14. Calénus, selon l'ordre qu'il avait reçu de César, embarque i Brindm sa cavalerie et son infanterie sur au«* tant de vaisseaux qu'il en peut trouver» ei se met en mer. Mais i peine était-il sorti du port, qu'il reçut des lettres da César, qui lui donnaient avis que la flotte ennemie occupait tous les porta sur toute b cAte. Alors il rentra dana le port , et rappela tous se» vaisseaux. Un d'enue eux ayant contiDué sa route contre l'ordre de Calénus, parce qu'il ne portait point de troupes et qu'il ap* panenait à un particulier, se rendit k la hauteur d'Orco, et fut pris par Bibulus, qui fli massacrer tous ceux qui le montaieni, ks esdavea, les personnes libres, et mftme les enfam ; aimi le sdui de l'armée entière de Ca«< lénna ne dépentUi qna d'un momeni el du haaard.

16. Bibulus,. comme on l'a d^à dit, était devam Oreo a^rac sa flotte ; et s'il fermait à Cémr la voie de la mer. César lui ôtaii à son tour toute espérance de prendre lerie, par les gardes qu'il avait disposées le long de la côie ; en sorte que Bibuhisne pouvait avoir ni bois, ni eau douce , ni attacher ses vaisseaux au ri« vftg^; 0^ qtii lui causait de graves embarras, et les' siens éuient privée des choses les plus nécessaires, de manière qu'ils se trouvaient forcés de tii«r par mer des vivres de Corfou, et jusqu'à d« \¥m «1 dci Veau. U arriva mêtne

CES Ait.

qu'ayant éprouvé des venls contraires »

ils furent obligés de recueillir la rosée tombée la nuit sur les peaux, dont leurs taisseaux étaient couverts. Mais ils souffraient tout patiemment et avec tranquillité, plutôt que de se relftcher sur la garde des ports et des côtes.

Quand ils se virent dans cette position pénible, Libon et Bibulus s'élant joints s'adressèrent de leurs vaisseaux à M . Acilius et à Statius Murcus, lieutenans de César, dont Tun commandait dans la Tille et l'autre sur la côte, et leur témoignèrent qu'ils désiraient s'entretenir avec César de choses très-imporiantes,s'il voulait le permettre ; et, afin de prouver qu'ils parlaient sérieusement » ils firent quelques propositions qui semblaient tendre à un accord. Ils demandaient en attendant une suspension d'armes , et l'obtinrent ; car ce qu'ils proposaient paraissait de la plus haute importance ; Acilius et Murcus savaient que César ne souhaitait rien avec plus d'ardeur qu'un accommodement , et ils 'crurent que la commission dont s'était chargé Vibullius avait produit son effet. 16. César, parti en ce moment avec une légion iK)ur soumettre des places ^ éloignées et se pourvoir de vivres dont il manquait, se trouvait auprès de Bu* trinto, ville située à l'opposite de Corfou. Il y reçut les lettres d'Acilius et de Murcus > qui l'instruisaient des demandes de Libon et de Bibulus; et sur cet avis il quitta sa légion et revint à Orco. Aujssitôt qu'il y fut arrivé, il leur manda de venir conférer avec lui.

Libon se présenta seul ; il excusa Bibulus sur son naturel colère et violent, alléguant qu*il avait eu des démêlés particuliers avec César pendant son édilitéetsa préture, ce qui l'obligeait à éviter de le voir, de peur de mettre un obstacle , par son caractère emporté > à des- affaires non moins désirables

qu'avantageuses. Libon représenta donc que Pompée était et avait toujours élé très-disposé à un accommodement et à mettre les armes bas ; mais qu'ib n'étaient point ses fondés de pouvoirs pour traiter, parce que le droit su* prôme, tant pour lagiterrequo pour les autres déterminations , avait été remis entre ses mains , de l'avis de toutle conseil ; si César voulait leur expliquer ses prétentions, il les ferait connaître à Pompée qui , sur leurs instances , ter^ mkierait cette aflaire par lui-même; qu'en attendant ils demandaient que l'on rit une trêve et qu'on suspendit les hostilités, afin d'avoir le temps de connaître ses intentions. A oe discours, il ajouta quelques mots relativement à leurs forces et à la justice de leur cause.

47. César ne jugea pas à propos de lui répondre; nous n'en dirons point à présent le motif, parce que la chose ne le mérite pas. Il demanda de pouvoir sans risque envoyer des députés à Pompée , et qu'ils promissent de les (aire introduire, ou qu'ils se chargeassent eux-mêmes de leur réception. A r^rd de la suspension d'armes, il répondit que telles étaient entre eux les lois de la guerre, que comme avec leur flotte ils empêchaient ses vaisseaux et ses troupes de venir le joindre, il les empêcherait de même de prendre terre et de faire de l'eau ; que s'ils voulaient qu'il se relftchât sur cet article, il fallait qu'à leur tour ils lui laissassent la mer libre; et que tant qu'ils tiendraient bon sur ce point, il ne se départirait point de l'autre; que cependant les choses pouvaient rester dans le même état, sans nuire à leur projet d'accommodement. Libon ne voulut ni se charger des députes de César, ni garantir qu'il ne leur serait fait aucoo mal^ et renvoya toute cette affiiire i

CmM C1YILI. ~ LIT. III.

FiMBpée : il nlnaîM qM tar la tut* pemiofi d'armet» el pratia. virement €ésar de raccorder. Qoaiid ee dernier eot compris qu'ils n'ament d'autre fw dans celle conféienoe , que de te toostiaire tu danger pramnl et à la diselle où ib te trouyaienl » inait qu'il n'yavaii aucune espérance d'accord, A qa'ib ne faitaient aucune proposinon de paix , il ne songea plus qu'à la guerre.

18. Bibuius, n'ayani pu prendre terre depuis longtemps » éiail ïbrl in* cMamodé; le froid et la fatigue l'acca* btaîenl. Gomme on ne pouvait le soi* gner, et qu'il ne Toulait pas quitter son anploi , il ne put résister à la violence deb maladie. Après sa mort» fl n'y eut plus de oommandanl général de louie h floiie; chacun en particulier disposa de l'escadre qu'il conduisait , et la goutema selon ses caprices. Lorsque Viballius» après avoir laissé calmer le premier trouble causé par l'arrivée imprévue de César» voulut exécuter la eommission dont celui-ci l'avait chargé»

à pane en eut-il ouvert la bouche en ftéaeoce de Libon» de L. Luccéius et de Théophanes , à qui Pompée avait l'habitude de communiquer lesaflaires ks plus importantes, qu'il l'inierrompil el lui imposa silence, c Qu'ai-je besoin , s'écria Pompée » de Rome ou de la vie» s'il faut qu'il paraisse que j'en suis redevable à la générosité de César! On ne pourrait ôter cette opi-

I » si je rentrais dans l'Italie d'où je parti » sans avoir terminé glorieusement la guerre. » Après la campagne»

ce discours fut rapporté à César par des ^témoins qui l'avaient entendu. Cependant il ne laissa pas de tenter d'autres voies d'accommodement.

19. Les deux cam(j8 de César et de Pompée n'étaient séparés que par l'AspcD»el les soldats de lune et de l'autre

armée s'entretenaient souvent» sans en venir jamais à aucun acte d'hostilité:

César y envoya P. Vatinius, l'un de ses lieuienan6»^qui» du bord du Qeuve, taisait aux troupes ennemies les propositions les plus capables d'amener la paix» leur demandant fréquemment i haute voix» s'il ne serait pas permis à des citoyens d'envoyer parler de paix à leurs compatriotes ; ce que Ton ne re* fuserait pas à des fugitifs des monts Pyrénées et à des brigands» surtout quand il ne s'agissaitqued'empècher des frères d'armes de s'entre-détruiretCes discours ayant été tenus d une manière douce et suppliante» telle qu'il convenait à un homme qui parlait pour son intérêt et pour le bien commun» et ayant été reçus avec un grand silence des deux côtés» quelqu'un répondit au nom des ennemis» que le lendemain A. Varron promettait de se trouver à l'entrevue» et que» de pari et d'autre» on pouvait en toute sûreté y envoyer des députés proposer ce qu'ils jugeraient à propos; en même temps on fixa l'heure du rendez^vous. Le lendemain» à l'heure marquée» il s'y trouva un grand nombre d'individus des deux partis dans l'attente de l'événement » et tous paraissaient incliner à la paix. Labiénus » sortant de la foule» se mit à parler d'accord d'un ion soumis avec Vatinius» et à discuter sur les conditions ; mais ils furent interrompus au milieu de leur entretien par une grêle de dards lancée tout d'un coup sur eux de tous côtés.

Les soldats garantirent Vatinius en le couvrant de leurs boucliers; mais plusieui-s en furent blessés» entre auties» les centurions Cornélius Balbu8»M. Plotius» L. Tiburlius» avec quelques soldats, c Cessez» dit alors Labiénus» de parler d'accommodement ; point de paix qu'on ne nous apporte la tète de César, »

C6IÂ1I.

30. Dahice lAètAe temps » le préléuf M. GéliuB RaFus, alors & Rome, B'éttnt thàrgé de la protection de ceut qui élaiem poursuiifis pour dettes i fit» dès son entrée dans la magistratare » mettre son siège auprès de celui du préteur de la ville, Galus Trébonius, et promit de feoeToir les plaintes des citoyens qui en appelleraient à lui de l'estimation et des paiemens effectués en vertu de la sen* lence des arbitres , comme César ravait réglé avant son départ de Rome. Le décret qui les avait établis éiaii Juste > et Trébonius s'était conduit dans t'exé* cutton avec une douceur et une sagessii si appropriées aux circonstances, qu'il ne s'était encore trouvé personne qui voulût appeler de ses décisions : car pré^ tendre s'excuser de payersursa détressé, sur le malheur des temps , sur les pertes qu'on a faites ^ ou sur les difficultés de la vente, c'est déjà montrer une ftme basse; mais il y a bien plus de bassesse et d'impudence i vouloir conserver son bien sans payer ses créant ciers. Aussi , ne se 'trottva*-t*il aucun débiteur qui demandât d'èlre relevé de la sentence qui le condamnait au paie»

ment. Ceux même dont Gélius prenail les intérêts le désapprouvèrent. Cependant il n'en resta pas là ; et de peur de paraître appuyer inutilement une si honteuse cause, il proposa tine loi par laquelle il accordait un an ft ceux qui devaient pour se libérer sans payer d'intérêt.

3i« Le consul Servilius et tous les magistrats s'y opposèrent; et lorsqu'il vît le peu d'eflet que produisaient ses premières démarches, pour se concilier les esprits, il cassa cette loi, ei en fit deux autres, l'une qui dispensait les locataires de payer le loyer des maisons qu'ils occupaient , l'autre qui exemptait les débiteurs de s'acquitter tant que la guerre durerait. En même temps le

peuple , s'éiafit jelé sur C. trébontus » l'arracha de son tribunal ; il y eut même quelques personnes blessées. Le consul Servilius fit un rapport de cette affaire au sénat» qui par un décret déclam Gélius incapable de posséder eucune charge dans la république. En vertu de ce décret , le consul lui défendit l 'entrée du sénat, et le fit descendre de la tri*^ bu ne , d'oà il voulait haranguer le peuple. Couvert de honte et outré de dépit , il feignit publiquement de se retirer auprès de César, mais il fit eecrètement avertir Milon qui avait été banni pour avoir tué Glodius, et, l'ayant Appelé en Italie, où il lui restait encore quelques troupes de gladiateurs de deux dont il s'était servi dans les jeux qu'il avait donnés au peuple, il se joignit à lui » et l'envoya en avant àTorre Brodogneto, pour y soulever les habilansde la eam* pagne* Quant à lui , il se rendait ft Cas* lellusxo, lorsqu'on découvrit ses drapeaux et ses armes à Gàpoue s on vit aussi plusieurs des siens dans Naples, et l'on conjectura qu'il voulait trahir Capoue. Lorsqu'on eut découvert ses desseins, on lui en ferma les portes i alors, craignant le danger, parce que la ville avait pris les armes , et déclaré qu'il fallait le traiter en ennemi, il abandonna son projet , et quitta le che« min de cette place.

32 . Milon, de son côté, venait d'édrire à toutes les villes municipales des en*' virons, pour leur faire savoir qu'il n'a^ gissait que par le commandement et aif nom de Pompée qui lui avait envoyé ses ordres par Bibulus ; et il cherchait à gagner ceux qu'il croyait chargés de dettes. Ensuite, voyant qu'il foisait peu de-progrès à l'aide de ce moyen, il mit les esclaves du pays en liberté, et vint assiéger Conza , ville de la même centrée. Le préteur Q. Pédins y était avec une légion , Milon fut tué d'un coup de

GUIBRI CIVILS

pierre qu'on lui lança de la muraille.

A r^rd de Célius qui était parti pour aller, disait-il, trouver César, il se rendit à Torre Brodogneto, où cherchant ï corrompre quelques-uns des habitans»

et promeUam de l'argent aux cavaliers espagnols et gaulois que César y avait mis en garnison, il Tut tué par ces derniers. Ainsi furent étouffées de suile et bellement ces semences de nouveaux utmbles qui alarmaient toute l'Iialîe , parce que les magistrats étaient occupés Sur un autre point, et que les temps ne donnaient déjà que trop d'embarras.

23. Libon , étant parti d'Orco avec sa flotte , composée de cinquante voiles , vint à Brindes, et se saisit d^une Ile située à rentrée du port de cetle ville, croyant qu'il valait mieux se rendre maître du seul endroit par lequel les vaisseaux de César devaient nécessairement passer, que de fermer toutes les côtes et tous les ports. Son arrivée étant inattendue, il surprit quelques vaisseaux de charge qu'il brOlu , en emmena un rempli de blé, et répandit d'abord la terreur dans toutes nos troupes. La nuit , il mit à terre quelques soldais et quelques archers , qui chassèrent notre garde de cavalerie; enfin, il sut si bien profiter de l'avantage de ce poste, qu'il osa mander à Pompée que, si celui-ci voulait , il pouvait mettre à sec le reste de ses vaisseaux et les faire réparer; qu'avec sa flotte seule il empêcherait leS' secours de César d'approcher.

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