‹ Bibliotheque militaireChapitre 578 sur 614 · S. IL · texte numérisé non relu

S. IL

RaiiOBi poor et contre la conduite de Fabius. Annibal Màmé de i*ètre eofftgd dang cet détroici.

Rien ne nous fait mieux connaître que les Romains manquaient d'officiers capables, que la bêtise de celui qui abandonna si imprudemment le seul passage ouvert par où Annibal pouvait s'échapper de ces montagnes.

Il fallait que la république fût bien stérile en officiers généraux capables, puisque notre auteur dit que: « Fabius ne pensait plus qu'à voir quels postes il occuperait, par qui et par où il ferait commencer le choc. » S'il n'avait pas de meilleurs officiers dans son armée que celui à qui il conDa la garde d'un poste important, on m'avouera, que quand il n'aurait eu que cette seule raison de traîner la guerre en longueur, sans rien hasarder, elle rendait ridicules celles de ses contradicteurs.

Pompée n'en eut pas d'autres contre César que celles de Fabius, et César se trouvait dans une situation semblable à celle d'Annibal. Il n'avait ni places, ni magasins dans un pays (ont ennemi. H fallait vaincre ou se résoudre à périr misérablement, si son ennemi refusait de combattre. Pompée prétendait, en imitant Fabius, ruiner César dans un pays très propre à prolonger la guerre, et à énerver et affaiblir peu à peu les forces de son ennemi. Mattrc de la mer, il tirait des vivres de quelque cdté que le vent souffiflt; pendant que son antagoniste se trouvait dans le manque de toutes

choies* et réduit dans la nécessité de risquer le tout pour le tout avec des forces inférieures.

César sentit bien, par ce qui lui était arrivé à Dyrrachinni, que le métier de temporiseur ruinerait infailliblement ses affaires, et ferait celles de Pom-* pée, qui prenait sans doute le bon parti. César était trop habile et trop éclairé pour ne pas craindre, vu les embarras où il se trouvait, qu'il ne persistât dans son dessein, s'il était aussi absolu et aussi ferme contre les reprociies, les instances et les criailleries des officiers de son armée, que le fut l'ancien Fabius. Le projet de Pompée, qui était de traîner la guerre en longueur, était tout ce qu'on pouvait penser de plus sage et de plus assuré pour flnir la guerre avec gloire, sans s'eiposer a la honte d'être vaincu par un ennemi, qui bien qu'inférieur en nombre, le surpassait à l'égard de la valeur et de hi confiance de ses troupes, et par son habileté, qui lui fut toujours redoutable. L'on peut dire è l'égard de César ce qu'on ne dira ja* mais de Pompée : il faisait la guerre comme il voulait, et non comme il plaisait à la fortune, dont il ne reconnut jamais la puissance pour le succès de ses entreprises. Celui-ci avait donc raison d'imiter Fabius, et de regarder comme pernicieux et comme ruineux au parti de la république les conseils de ceux qui le portaient à changer de conduite. L'expérience et les règles de la guerre n'exigent point qu'on saute de la défensive à l'offensive contre une armée qu'on peut réduire par la faim ^ par la misère. Il ne fut pas en son pouvoir de suivre ce que sa longue expérience et la saine raison le portaient à faire. Sa mauvaise fortune, et la bonne de son ennemi, voulurent qu'on tas de petits maîtres très effié-

POUftD. Md

minés, très corrompus, dont il était sans cesse, obsédé, et d'ofikiers généraux, qui ne valaient guère mieux, se soulevassent contre lui pour l'obliger à donner bataille, ennuyés des travaux de la guerre, dont ils ne pouvaient soutenir le poids : les délices de Rome, dont le souvenir leur tenait au coeur, l'opinion de leurs forces, si prodigieusement supérieures à celles de César, le mépris qu'ils en faisaient faute d'expérience, la confiance qu'ils avaient en leur courage loin du danger qui s'évanouit comme une ombre lorsqu'ils le virent de près ; tout cela joint ensemble fut la source d'une infinité de cabales, de mauvais discours et de reproches contre Pompée, et son armée en fut tellement infectée, qu'on ne le regardait plus qu'avec une espèce de mépris : il était plus connu sous le titre d'Agamemnon parmi cette jeune noblesse, que sur celui de Pompée.

Moins patient et moins ferme que Fa« bius, il se vit obligé de combattre malgré lui, quoiqu'il fit mine d'en avoir envie par politique, pour donner plus de courage et plus de confiance à ses troupes, et cela ne lui servit de rien : car il fut battu de la manière du monde la plus honteuse. Fabius, dont le pou* voir était plus étendu, fut plus ferme et plus entier dans son sentiment. Il voulait ruiner l'ennemi sans rien hasarder. Il eût réussi, s'il eût été aussi absolu dans le Sénat qu'il l'était dans son armée, et Pompée eût réduit Cé« sar, s'il l'eût été autant dans la sienne. « La vertu, dit Thucydide, doit servir » à ceux qui la suivent, et non pas à » ceux qui l'abandonnent ; puisqu'on » est plus coupable pour l'avoir quit- » tée, que si on ne l'avait jamais eue. » Fabius demeura ferme dans ce qu'il s'était résolu de suivre, et laissa crier. Pompée n'eut pas la même fermeté :

STRÀTA$|ÈJa$, ETC.

ce qui fut la cause de sa niiae et de celle de la république.

Je ne sais si Tod peut légitimement accuser le dictateur d'avoir manqué de prudence et de hardiesse, et d'avoir remis au lendemain ce qu'il pouvait faire le jour même. Je n'oserais l'assurer, ni par conséquent le condamner absolument d'avoir manqué l'occasion favorable de finir la guerre par une action décisive. Il faut être bien sûr de son fait pour attaquer un grand capitaine» et des officiers généraux expérimentés et capables d'agir chacun de son côté avec toute la conduite et la valeur possible. Fabius pouvaitil compter sur l'habileté et la prudence des siens? Il parait assez qu'il n'en fit jamais nulle estime. D'ailleurs est-il bien certain, car Polybe ne le dit pas formellement, que le dictateur eût enfermé Annibaï dans ce détroit de montagnes, ou que ce fût son dessein d'achever de l'enclore, pour lui ûter le moyen d'en sortir jamais que par un traj^té semblable à celui des fourches caudines? Si c'était là son but, conune il y a lieu de le croire par sa fermeté à jésister aux instances de ses officiers généraux, qui le pressaient de s'engager dans une affaire dont l'é* vénement était incertain, et la ruine de la république très certaine, s'il venait à manquer son coup, il fit le trait d'un grand capitaine. Car enfin il vaut laieux éviter le combat contre des gens dont le salut n'est plus qu'au bout de leurs armes, et qu'on sait devoir se battre en désespérés, que de les attaquer dans un tel avantage, lorsque par des mesures bien concertées, qui demandent du temps pour l'exécution, on est assuré de les réduire par la faim et par la misère, et surtout lorsqu'on se défie de l'expérience et de la capacité <l4 plus grand nopbre des officier^

généraux, cpmme il parait que la ^o* tateur se défiait des siens. Ce ne fut donc pas sans de fortes raisons que C9 général romain demeura inébranlable dans la résolution de ne point com^ battre. «Il faut toujours persister dans son dessein, dit Thucydide^ lorsqu'oo croit n'avoir rien omis des mesures nécessaires, et se porter de tout soo pouvoir à le faire réussir, quand méma on ne réussirait pas : car les événe* mens ne sont pas plus assurés que kg pensées des hommes* C'est pourquoi lorsqu'il arrive quelque malheur, oa s'en prend d'ordinaire à la fortune. »

Fabius n'avait que faire de s'en pren* dre à cet être imaginaire. Sans dootf qu'il n'y eut point recours, mais à l'i^ gnorance et à l'étourderie, et peut*-* être à la lAcheté de ceux auxquels i( ne pouvait éviter de confier les poatei les plus importans : car s'ils firent voir par leur conduite qu'ils étaient incfr»

pables de défendre ce qui était à peîn# surmontable, auraient-ils mieux réussi dans une action générale? ^est-cf pas là une preuve qu'il fit bien d^js'eii tenir au parti de la défensive ? Dans çf cas la maxime de Thvi^ydide d'« qu'une face. Le blAme est le iwuYaip succès de cette affaire dQivent tombf^ sur tout autre que sur le dictateur. Je ne l'excuse ici que daps les choses qui le justifient pleinement. ChacHn ei| pensera ce qu'il voudra : je me garde? rai bien de faire le décisif IMessus.

Quoiqu'il en soit, il est certain quf le dessein de Fabius était grand et profond, et son intelligence dans kn défensive aussi grande qu'on puisse imaginer. Cependant le Sénat lui iv^ puta le malheureux succès de cette affaire. Les raisons que oe graad capir taine put alléguer pour sa jgsUficatioo, ne furent {^s seulement éooutéoii tant les i^imK§ de son firmes Mij«ql

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