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TOUS êtes cependant obligé de donner des ordres qui pourraient faire soupçonner vos desseins, vous inventerez des prétextes plausibles, afin de donner le change, non seulement à vos ennemis, mais même à vos propres troupes.
L'hiver est la saison la plus favorable aux surprises : comme les nuits sont alors très longues, on a le temps d'arriver devant le poste avant le point du jour ; et comme elles sont froides, elles rendent les gardes paresseuses.
L'obscurité et le vent qui accompagnent ordinairement les nuits d'hiver, favorisent encore les attaques par surprise; pourvu qu'il ne fasse point trop de pluie^ car ce temps est funeste aux soldats.
Une nuit que la lune éclaire jusqu'au moment où l'on est très proche de l'endroit que l'on veut surprendre, est celle que l'on doit choisir de préférence : la clarté que la lune répand, rend la marche facile ; et la grande obscurité, réelle ou relative, qui suit immédiatement le coucher de cet astre, est avantageuse pendant l'attaque.
Des brouillards épais, qui empêchent de distinguer les objets un peu éloignés sont encore très favorables aux surprises.
Quand les fossés d'un poste que vous voulez attaquer sont pleins, vous pouvez, pour le surprendre, choisir une nuit où le froid en a gelé les eaux.
Au défaut de ces circonstances avantageuses, vous choisirez la nuit qui succédera à une fête tumultueuse, où la garnison aura reçu quelque gratification; où elle aura été relevée; où l'ennemi aura remporté quelque avan* tage mémorable ; où il aura fait des réjouissances publiques ; où, sous l'espoir d'une trêve, d'une paix prochaiin.
ne, il croira pouvoir impunément' manquer de vigilance; enfin, le moment où quelque autre corps de votre armée attaquera l'ennemi, par un cAté opposé à celui par lequel vous voulez surprendre le poste.
C'est ordinairement deux heures avant le point du jour, que Ton commence une attaque par surprise; on calcule donc sa marche de manière à arriver dans les environs de la place trois heures avant ce moment : on a ainsi le temps de faire ses dispositions pour l'attaque, et de réunir le détachement; car, malgré toutes les précau-.
tiens possibles, on laisse toujours quelques tralnenrs.
Si cependant le poste que l'on veut surprendre est assez voisin d'un corps, ennemi, pour en recevoir des secours très prompts, on part assez à temps pour avoir terminé son entreprise, et commencé sa retraite, avMt l'arrivée du jour.
Quand les ennemis relèveront leurs' gardes au point du jour, vous attaquerez avant cet instant : vous ne commencerez cependant jamais votre attaque avant l'heure où la garnison et les habitans seront couchés et endormis, à peu près avant minuit.
L'infanterie passe par les chemins les plus difficiles, marche sans beaucoup de bruit, s'embusque avec facilité, combat sur tous les terrains, exige peu d'approvisionnemens : l'infanterie doit donc dans les attaques par surprise obtenir la préférence sur la cavalerie : il est néanmoins prudent de mener quelques détachemens de cavalerie, tant pour achever de mettre en déroute l'ennemi qui a été ébranlé et rompu par l'infanterie; que pour faire des prisonniers, porter des ordres, et éclairer les mouvemens des ennemis extérieurs ; on emploie en-»
STRATAGiMIlS , ETC.
oM'e la oftfalerie avee avantage, quand il s'agit de faire one marche trèa précipitée : dans ce cas, diaqne cavalier porte on fantassin en cronpe.
Les hommes qae l'on doit mener à une surprise, peuvent dtre divisés en dnq classes : 1* descombattans ; ^ des hommes destinés à protéger la retraite ; 8* des guides; k^ des ouvriers ; G^ enfin, des interprètes.
Le nombre des combattans que l'on mènera à une surprise, sera calculé sur la force de la garnison que l'on voudra lurprendre, sur les secours qu*dle pourra recevoir du dehors, sur le nombre et les dispositions des babitans qui seront renfermés dans le poste, sur les défilés que l'on devra garder, sur les attaques vraies ou fausses que Ton voudra former, et sur les diveisions que Ton voudra faire.
Le dioix des hommes destinés à former l'attaque d'un poste, est d'autant plus essentiel que le succès de l'entreprise en dépend. On n'y mènera jamais des hommes faibles, malades, etc.; c'est pour cela qu'on marchera par détadiement. Les soldats enrhumés doivent encore être bannis avec soin; leur toux, qu'ils ne pourraient contenir, avertirait les sentinelles auprès desquelles ils passeraient.
Les hommes insubordonnés seront aussi exclus de ce genre d'entreprise, dont le succès dépend d'un grand ordre et d'une obéissance ponctuelle:
tout déserteur ennemi sera éloigné. II en sera de même de tous les soldats étrangers, et même nationaux, dont la fidélité ou la bravoure seront suspectes.
On n'aura pas besoin d'apporter autant de soin dans le choix des tronpes destinées à former la réserve et à garder les défilés, que dans celai des sol-
dats destinés à combattre : on ne fera cependant entrer dans ces deu corps aucun soldat dont la fidélité et la bra-* voure soient douteuses.
Les guides que l'on doit mener à une surprise, et qui sont des haMtans du pays, peuvent être divisés en trois classes : T guides pour les chemins, 2° guides pour les environs du poste, 3^ guides pour rintérieur de la place.
Vous rassemblerez un assez grand nombre de guides, qui connidssent parfaitement les chomins de l'endroit que vous voulez surprendre, pour pouvoir en donner deux à chacun des gros pelotons, qui, ayant une destina-tion différente de cdie du corps du détachement, devra tenir une route particulière.
Chaque guide marchera séparément, et sera confié è un ou deux sous-oflB^ ders qui en répondront personnellement : un des guides marchera à la tète, l'autre au centre de la troupe.
Vous leur promettrez de grandes récompenses s'ils vous conduisent bien; vous leur ferez entrevoir une mort assurée, s'ils vous égarent ou s'ils vous trompent.
Avant de confier aux guides la con^ duite des divers détachemens, tou^ vous assurerez qu'ils ont en eflTet les connaissances propres à cet objet. On voit souvent des hommes qui, éblouti par l'espérance de fairequetque profit, même modique, se persuadent qu'ils possèdent telle ou telle connaissance, et qu'ils sont capables de s'acquitter de tel ou tel emploi,
I^es meilleurs de tous les guides, sont les officiers qui ont ai^ le commandant du détachement à faire la reconnaissance du poste; ils doivent marcher à la tète des colonnes. Les connaissances qu'ils auront acquises étant rectifiées par celles des guides,
tttf n'iMMrei ft tMMît bl de tous
Lès fuMel f&Oit les iniVirons da tK>ste, d^ytrent ettt» doublés, comme «Mi dM eheifdiis: H Thn est tué, il est remplacé par Tautre. D'ailleurs ils s6 Sttlryeitaetit âiutuellément.
Les gtiiflés pow les environs de la place, doivttat vous conduire à une brèche, Va à t|uèlqu'autre partie du poste que vous devez attaquer : on «ta agit àvèc cent-ei, cotnme Àvec ceiii Qtit dolteht girïdet les colonnes peu- (bbt là liiàrche.
QuAfld ôtt h pénétré dâttS la place, on & besoin de guides pour conduiire lès diflfSt-ens détachemetis à la porte des casernes, à celle de la citadelle, chez les officiers généraux ou particullerit, Sur les plaèes, etc. Ces guides doivent être doubles partout, et traités comme ceuï dont ûotts avons parlé pfécédëmmëût.
Il est difficile de eholsir autant de guides, dé les rassembler, de les inten'oget', sans compromettre son secret ; Votis emploierez donc, dans cette clrcohstatice, les mémeS précautions que pour interroger les espions, les déserteurs et les prisonniers.
Tous vous garderez bien de rassembler les guides avant Vinstant où vous aurez besoin de leurs services ; vous vous contenterez de savoir où vous pourrez les prendre à l'instant où Ils VOUS seront nécessaires : une fois que vous les aurez rassemblés, vous ne leur permettrez plus de parler à personne. Les espions qui vous auront aidé a reconnaître le poste, les prisoûnîers et les déserteurs, pourront encore vous servir de guides. Vous prendrez, avec ces différentes personnes, des précautions plus grandes encore qu'avee les guides ordinaires; vous aurez rattëntion de ne donner qu'un
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guide de cette espèce à chaque détachement, et de prendre des renseignemens des otBciers qui auront fait la reconnaissance, et des paysans dont vous serez sûr.
On n'a pas besoin de faire remarquer que les guides pour les chemins peuvent servir pour les environs, ainsi que pour Tintérleur du poste, et que ceux qui réunissent toutes les connaissances nécessaires, pour ces divers objets, sont les meilleurs.
On conduira à une surprise des serruriers, pouf enlever les portes, et baisser les ponts-levis ; des charpentiers, pour couper les palissades et tes fraises; et des maçons, potif démolir les portes que Vennemi a murées : ces différens ouvriers peuvent être remplacés avec avantage par des soldats adroits ou exercés dans ces didSrens métiers. Les ouvriers ordinaires sont difficiles & rassembler en secret; ils travaillent maladroitement, parce que rimage du danger est sans cesse présente à leurs yeux ; Ils s'évadent toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion ; et ils embarrassent quand on en vient aux mains: les soldats au contraire sont toujours utiles, et avec eux on n'a aucune des craintes dont nous venons de parler.
On rassemblera aussi un assez grand nombre d'hommes qui parlent bien la langue de l'ennemi , pour en donner deux à chaque détachement particulier.
Ces interprètes sont destinés à répondre au qui vive, et aux autres questions que l'ennemi peut faire : on doit avoir prévu toutes ces questions, et dicté la réponse des interprètes : les soldats sont encore ici préférables aux citoyens, et les officiers aux soldats.
Comme on ne doit presque jamais faire feu dans une attaque par sur-
STaATAGÉHBS, ETC.
prise, mais fondre sur rennemi, et se joindre corps à corps , les armes blanches sont celles dont on se pourvoira avec le plus de soin ; on ne fera pas quitter, néanmoins , les armes de jet ; elles peuvent être utiles pendant la marche , l'attaque ou la retraite : on obligera le soldat à les porter en bandouillère, et on lui défendra avec grand soin d'en faire usage avant d'en avoir reçu l'ordre , surtout contre les gardes avancées.
Les armes de jet de grande portée sont ordinairement peu utiles dans une attaque par surprise : si Ton pouvait cependant faire traîner, par des hommes, une ou deux pièces d'artillerie très légères ; ou se procurer le même nombre de celles que quatre soldats portent sur un brancard, ou qu'on peut placer sur un mulet, on s'en servirait quelquefois pour enfoncer les portes , pour rompre des barrières ou des^ palissades, pour abattre une maison, etc. Si l'on ne peut se dispenser de faire traîner du canon par des chevaux, on le fait conduire par la réserve.
Il sera très avantageux de pourvoir d'armes défensives les soldats que vous aurez désignés pour monter les premiers à l'escalade , pour gravir contre le mur ou le jparapet, etc. : ces armes rendent les soldats plus intrépides.
Outre les armes dont nous venons de parler, on doit encore se munir de pétards.
Les pétards sont infiniment utiles à un officier particulier qui veut se rendre maître d'une ville , d'un château ou d'une maison ; ils servent à rompre les portes, à faire sauter les ponts, et à enlever les barrières, etc.
Quand on veut faire sauter une porte avec un pétard , on assujettit cette espèce de canon contre la porte,
par le moyen d*an tire-fonds , ou de quelqu'autre instrument du même genre; on met le feu à la fusée, et l'on se retire. Aussitôt que le pétard a fait son effet, on court à la porte pour s'en emparer.
Pour attacher le pétard à une porte, il faut exécuter son opération dans le plus grand silence, afin que les sentinelles placées dans les environs ne s'en aperçoivent pas. Nous ne donnerons point ici la manière de charger les pétards; les officiers particuliers les reçoivent tout chargés des mains des officiers d'artillerie, qui sont ordinairement accompagnés par des soldats habitués i faire usage de cet artifice.
Les outils nécessaires à un détachement qui marche pour surprendre un poste, sont des tenailles, des gros marteaux et des coins de fer; ces outils servent à faire sauter les serrures, les bandes et les verrpux des portes ; on a besoin encore des scies emmanchées et des haches pour couper les palissades, les fraises et les barrières : on portera aussi des pelles , des pioches, des pics , pour combler les fossés, aplanir ou adoucir les rampes , et saper les angles des retranchemens.
Ces différons outils seront distribués de manière à ce qu'on puisse avoir aisément ceux dont on a besoin, chaque soldat ne doit en porter qu'un.
Vous porterez encore des clous d'acier pour enclouer le canon ennemi , ou même pour enclouer le vôtre , si vous y êtes forcé par des événemens que vous devez prévoir, mais faciles à prévenir par beaucoup de précautions et une grande bravoure.
Quand le fossé de la place sera plein d'eau, vous porterez des fascines pour former un pont, ou une espèce de gué ; et quand le fond en sera va-