‹ Bibliotheque militaireChapitre 583 sur 614 · DES SURPRISES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES SURPRISES EN GÉNÉRAL

Une maxime géoérale est d'entre- (rendre toujours avec secret, avec nne connaissance parfaite ^e l'entreprise méditée, de la diligence dans la marche* de la vivacité dans Texécntion, et de beaucoup de prévoyance dans la retraite.

Le secret doit être gardé avec soin, même à l'égard de ses propres trouipes, de peur qu'il ne soit révélé à l'ennemi par quelque déserteur.

. Il doit aussi être couvert par quelque démonstration qui, en cas qu'elle parvienne à la connaissance de l'ennemi, détourne son attention du vérifie projet, et la lui fasse porter sur un objet différent de celui qu'on veut exécuter.

On doit avoir une exacte connaissance du pays qui conduit à l'objet de l'entreprise; de sa situation; de sa force naturelle; de celle des troupes ennemies sur lesquelles on veut entreprendre; de leur négligence ou précaution à se garder, et de la protection qu'elles peuvent recevoir, soit par le voisinage de l'armée, soit par celui des places ou quartiers voisins, parce que de toutes ces connaissances dépend la réussite du projet.

La marche vers l'objet de l'entreprise doit être faite avec un grand secret et beaucoup de diligence, et son prétexte couvert de quelque dessein apparent.

L'exécution doit être faite avec Yivacité et sans confusion, de manière que chaque commandant d'un corps ou d'un détachement soit, en arrivant, conduit précisément au lieu par où il doit attaquer, et instruit de ce qu'il faut qu'il fasse, soit que l'on réassiase dans l'entreprise, soit que le succès en soit malheureux par quelque accident imprévu.

La retraite , soit que l'on rénasiiae , soit que l'on ait manqué l'entreprise, doit aussi être faite avec toutes les précautions requises que je ne puis prescrire ici, parce qu'elle dépend de trop de circonstances différentes, et qu'il est à présupposer qu'un homme qui se trouve chargé d'une entreprise, a été jugé capable de la bien conduire.

Le général doué d'un esprit vif, cherche continuellement les moyens de multiplier les petits avantages sur son ennemi, parce que par là il se prépare à réussir dans un grand événement, n forme des pratiques secrètes contre les places et armées ennemies; il surprend, s'il peut, une place, un gros quartier, un convoi, un fourrage, un passage, une garde, une colonne de bagages, une armée même entière, soit dans sa marche, soit dans son camp.

Par les pratiques secrètes qu'il a dans une place, il sait la force de sa garnison, son exactitude ou sa négligence a se garder , l'état de ses magasins de guerre et de bouche^ et le ca«

FBUOmilIBS.

raetére d'esprit de ceux qiti y cornnandent; sur toutes ces connaissanoes, il forme son entreprise, et n'oublie rien de tout ce qui peat la rendre heureuse.

Par celle qu'il a dans les années, il en connaît le yéritable état ; le nombre et k qualRé des troupes et de l'artillerie; son abondance pour les rirres et les foQftages ; ses précautions dans ses marches, dans ses campemens, dans ses contois, dans ses fourrages et dans m garde. Sur toutes ces connaissances, il forme son dessein pour entreprendre ce qui hii parait le plus aisé à èiéeuter ; et il réussit, quand il a les lalens dont je viens de parler.

Ce que ron peut dire en général, c'est que celui qui a le plus d'esprit et dé vues, est celui qui embrasse mien tmat son projet ; qui prévoit mieux tous les petits obstacles qui pourraient faire manquer ou retarder son expéiitîon, afin de les surmonter ; qui est le plus vif dans le moment de l'expé- Mlon, parée quH avait trat prétu ; et qui est le plus précautionné dans sa retraite, lorsque son entreprise est de' nature à ne pouvoir rester dans le Neu oà il a exécûlé son projet

SUBPMSBS DES POSTES.

On doit priver fennemi autant qu'il .est possible , des postes fortifiés à la htte, soit pour eouvrfa* un pays, soit pour la sûreté de ses convois , parce que leur perte est toujours de conséquence.

L'enlèvement de celui qui couvre le pays établit sûrement les contributions, et donne aux partis les moyens de pénétrer et de revenir en sûreté.

L'enlèvement de celui qui couvre les

convois entraîne souvent la perle, et cause toujours la diiicolté à les iaké arriver au camp, et souvent ansai k nécessité d'abandonner une entrer prise, ou un pays pour ae rapproohev des lieux d'où l'on doit tirer sa wbsia^t tance.

Ces sortes de poètes ne doîieBt jiH mais être attaqués impunément; fl faut, suivant leur forée el leur situar tion, être muni de tout ce qui en peut rendre l'événement brusqueet proa^« parce qu'il ne ftiut pas seulement ka enlever avec vivacité, mais il faut qb« core avoir compassé te tenq[M de l'es* pédition, do naniàre ^'on ail eeW de les détruire et de se retirer sève-« ment, ou de ks mettre en étaid'ttre conservés.

C'est en ces occasioM qu'on se sert de pétard, lorsque l'ennemi a néglige de couvrir les barrières ou piNrt^ de quelques ouvrages eilériem qial soient hors d'insulte, ou que k froBi qu'on attaque est pettt et peut èkt embrassé, et ka gens qui aon* sur ki murailles ou remparts aeeabks par n^ feu supérieur ; la commodité du pétard pour son transport est £|C4k-

On peut aussi se servir de quelques pièces de canon pour rompve leï partes ou emporter les psfissadea etpann pets dont on pourrait avoir ooiivertka postes, et qui n^anraient pas sufAsam^ ment d'épaisseur pour résister m ea^ non.

On Mt aussi des enlèvemens par escalades, lorsque ces postes sont slnn* plement fermés de murailles basses ek sans flancs; lorsque les troupes qui sont dans ces postes se négligrât poof la garde de nuit dans ks Keux où eltetf peuvent être escaladées, ou qa'elki n'ont pas assez de rondes.

On les enlève aussi en tes attaquan»

de toutes parts, quand ces postes ne»

STBATAGèan», ETC.

sonteonrerts qne d'un rimple retrancfaeinent de terre, et quand on peut le dire arec ane grande supériorité de fen, on en surprenant une porte à la pointe dn jour, lorsque ceux qui sont dans ees postes les ouvrent sans observer les précautions prescrites en pareil cas, et qu'A se trouve par hasard quelque lieu prodie de la porte où Ton ait pu s'être embusqué.

On les surpreiMl aussi par une intel- Ugenoe, soit avec les habitans peu affectionnés, et qui ont observé que la garnison se néglige ou est trop faible» soit par la corruption de quelques gens de la garnison, qui livrent une portée rennemi.

Après avoir dit quelles sont les manières différentes de réussir dans cette espèce de surprise, tant par rappcrt à la différente situation et force des postes, ou aux précautions que l'ennemi aura prises pour leur conservation, il paraît nécessaire de rapporter quelques exemples de ces postes ou manques, ou enlevés par surprise ou de vive force.

Entreprise deBodengrave en ie72.

Dans l'année 1672, M. de Luxembourg, qui commandait rarmée dn roi festée dans les conquêtes de Hollande, cheicha toujours avec attention * les Hioyens de pénétrer dans le cœur du pays, in ne le pouvait faire qu'à la faveur des glaces, parce que le pays était inondé, et les digues coupées par des postes bien fortifiés par leur tète.

Ce général prit donc le temps d'une fdée pour pouvoir prendre à revers les principaux postes des ennemis à Bodeugrave et à Suivamerdam. Son entreprise lui réussit parfaitement; mais un dégel subit l'obligea à se retirer, et même à abandonner à son re«

tour les postes qu'il avait enlevés «u ennmnis, parce qu'ils étaient ouverts de leur cêté.

De cet exemple, il faut tirer instruction considérable pour la \ nière de fortifier des postes sur des digues quand le pays a pu être inondé des deux cAtés des digues. Dans cette occasion, les Hollandais avaient fait une faute qui aurait causé la perte i tière de leur république, n'ayant ] eu autant d'attention pour fortifier ces postes de leur côté, comme de celui par lequel M. de Luxembourg pouvait les aborder. En voici les rdsons.

Ces postes ainsi fortifiés par lev tête seulement, étaient exposés à être insultés dès que la gelée serait aaaei forte pour soutenir le poids des troupes qui marcheraient sur la glace.

Ainsi les derniers postes de ces dignes du côté de la Hollande par de-là le pays inondé, se trouvant aussi aisément insultés que ceux de la tête, a est certain qu'une gelée aurait rendu, si elle avait duré, M. de Luxembourg maître de toutes les grosses villes du dedans de la Hollande.

U ne fallait pas même pour o^ que la gelée, durit plus long-temps qa'il n'en aurait fallu pour faire arriver les troupes jusqu'à ce pays, qui n'était point inondé, et qui était à une fort petite distance du Ueu où le dégd les prit.

Ainsi je conclus qne dans une constitution de pays pareille à celle dont je viens de parler, les postes qu'cm veut fortifier sur les digues, le doivent être également de deux côtés, parce qu'il ne leur suffit pas d'être bons tant qu'il ne gèle point, il faut qu'ils soient en état de résister assez tong-temps pendant un temps de gelée, pour en pouvoir raisonnablement espérer la fin avant qu'ils soient forcés.

vmvniÊM.

La seile raisoA que l'on pent âraneer contre mon gentinent, est qn'mi poste ainsi fortîOé ne pent être gardé par nn enoew, lorsque, par un dégel imprévn, il est obligé de se retira avant qne d'avoir en le temps d'acoomBMNler ces postes dn c6té qu'ils soat restés onverts^P comme ce qni est arrivé, dans l'occasion dont je parle, le proBve; mais cette raison ne peut être lK>nne qne contre un ennemi qui ne peut avmr pour objet qne de faire une course. Contre un ennemi qui peut penser à envdiir un pays et à s'y maintenir, cette raison n'est point reeevaUe.

Car dans cette occasion, si la gdée avait dmé, il est cectain qne M. de Luembonrg se serait rendu mattre de la Haye et de Leyde, et des autres grosses villes de la Hollande, toutes sans défense, et qu'il s'y faisait avancer toutes les troupes qui étaient dans les provinces d'Owerissel et d'Utrecht.

Surprise de KreiUheim en 1688.

En Tannée 1688, après la prise de Philisbourg, je ftas envoyé avec un corps de troupes à Heitbron pour commander sur le Neckre, et établir des contributions dans la Franconie et la Souabe, entre le Mein, leRégnitz et le Danube.

La plupart des troupes de ces deux cercles étaient en Hongrie, où elles servaient l'empereur. Il en était pourtant resté assez dans le pays pour empêcher les partis de pénétrer bien avant ; cependant je mardiai avec huit cents hommes de pied et neuf cents chevaai jusqu'à une petite ville du pays d'Anspach, nommée Kreilsheim.

J'y trouvai deux bataillons des troupes du cercle de Franconie, et je n'aurais pu forcer ce poste entouré de murs

avec un assez bon chtteau; mais le colonel, qui commandait cette infanterie ayant été assez imbécile pour venir me parler hors de sa place, sans prendre ma parole de l'y laisser rentrer, je le retins, et l'obligeai d'ordonner à sa garnison de se rendre prisonnière de guerre, ce qu'elle fit.

Cet exemple de la surprise d'un poste n'est rapporté ici que pour faire connaître que quand il est nécessaire de se rendre nuttre d'un poste, toutes sortes de moyens y doivent y être era« ployés, pourvu qu'ils ne déshonorent pas celui qui les emploie, comme l'aurait fait dans cette occasion le manque de parole à ce colonel, s'il me l'avait demandée.

Cet enlèvement de Kreilsheim sert aussi à faire connaître combien aisément la terreur se met dans un pays qui se croit couvert par des postes qui lui sont enlevés par la vigilance ou l'adresse du général diargé de pénétrer dans le pays ennemi.

Surprise de Nenbonrs sur Lenti en 1689.

Au mois de janvier 1680, après que M. de Montclar eut levé avec trop de précipitation les quartiers qu'il avait pris dans le duché de Whrtemberg, je restai pour commander dans Phorz« heim sur Lentz. Je me trouvai fort resserré par les quartiers que les ennemis prirent dans le Wirtemberg, et principalement par les postes qu'ils établirent dans les villes de Meubourg et d'Entzwahingen sur Lentz, auniessus et au-dessous de Pliortzheim. Je surpris et enlevai ces deux postes, et je les détruisis de manière que les enne« mis n'osèrent plus se rapprocher de moi.

Ainsi mon quartier de Phortzhehn devint si libre, que je conlra^nis le

8TR»Tâl>ÉiW», BTC.

dnehié 4a Wirtenèerg à «Mtinaer le Huemeot de la contrîbatkm dont il vwUît se diqieiifler par la protectioD 468 troupes împérialei, la dtopoMtioB 4e leur poste, et la faiblesse de la gar QîsoD qui était dans Phortzheim.

Gonune Tenlèveioeat de ces deu postes a été exécuté d'une manière particuliàre et même instructive , je le xappocterai ici.

Neobourg est à trois lieues de Pbor* tzheim, dans le fond de la Tallée de ^ntz, sur le boïd de cette rivière; la ville est entourée d'une bonne nm* taille bors de l'escalade, avec «n cbA* teau en dedans de l'enceinte de la ville. U y a deux portes à cette ville, l'une du côté de Phortzheim, l'autre au côté opposé à celui-ci, sur le bord de la rivièrç, sur lamelle il y a un pont ouvert,

Les enn^Bis y avaient mis cinq Cients hommes de pied et cent cinquante dragons. Cette garnison était fort précautionnée pour sa garde du côté de Pliortzheim, mais assez peu du c^ de l'autre, porte par où elle ne croyait pas avoir à craindre, à cause de la difficntté des chemins pour y abprder ; et pendant le jour eil» tenait «ur une hauteur à vue de la, porte de Phortzheim, un parti de vingt dragons qui se. retirait dès qu'on le faisait pousser, et se replaçait dès que l'on sç retirait ; de sorte qu'il ne pouvait S9^Mrt pendant te jour, un homme de Phditebeim qu'il ne fût vu de ce parti.

La porte de Neuboprg du côté de Lentz, qui tenait au pont couvert, n'était point k pontrtevis, et n'avait aucun ouvri^e qui la couvrit ; il y avait seulement une sentinelle au-dessus de la porte; et un corps-dof arde de quinze ou vingt hommes en bas. U se faisait pourtant aqr la mpcaille de fort fré- <Bientes rondes.

Bar toutes ces nnwiÉiaBiiisss de la Minière dont se oewluiaaîeBt ces incommodes et f Acheux voisins pour lev garde, je fis ma dispdsîiiMi pour cnle«ver ce poste par la porte de Leals, parée qm c'était le côté où la \ son était te moins attentive. J'a la fin du jov, afin qae le pwtîde éragoaa ne me vit point sortir; aprèa quoi je marchai avec six cents hôm^ mes par dea chemiBS détoomés, qui me cûndaisatent à cette porte et Lentz«

M tombait ane qaantite pradigicaif déneige ; cepeadaat ma marche fat si secrète et si diUgente, que j'arrivai i màinit auprès de ce peut eowevi de LenlB ; j'e^tmi avee bmu détockemeat sur le pottt; et tersque je fba décon** vert par bi seniiBeUe qui était aiMteasua de la porte, je lui répoadia aa al* lemaad, ne disant un parti d'an rè* gimant qae je savais être en quailier dans le Wirtemberg , et revenir de te guerre du côte du fort Louis, et je demandai i enbrert n'en pouvant pins de froid.

L'officier de garde airertî par la aen- Unelle, monte en bimt auprès 4'ellet et vint me paitfer, en attendupt qjuTit eût envoyé avert^^ le cQ^nmadant qm logeait dans lecbAteau, assea^ loio dii cette porte. Pendant cette coaveiMr* tion, on attechait paisibiemeat le pé^ tard, dont l'officier de te garda ne s'aperçu); que lors^i'îl fot prêt à jouai:* Il fit tirer sa, sentinelte et fit battra Fa^ larme par son tamboor, mais trofi terd; car la porte fut forcée dans la moment, et je me trouvai en bataUte avec tout mon détechement sur tei place, avant que personne de la garnison fût en étet de défense. BIte ftt entièrement passée au fil de l'épée, en représailles de ce qae les isap^ rjaux avaient atasaaccé un lieoteaaptî

ifBQQimvn-

l^oi, ptayîem bwrci «f rà» ks «vgàr ppi» et Iwr tYOÎr doDpé qoirtier.

On Uwiâ dana cette ville eaviroD trois cent» cbevânx, qoi faient distribnés tu eevelleri et dri^^ws de Pbortikeliii ; q^ «w je fis Mter la i(Sle en ne retirent, afio <|iie les eo- MBiii M s'y pomnt rétabUr.

L'e^Leviple de renlèweneat et de h destnictiQO de c^ poste eet^apporté kî avec les wconstances dont je viens 4e parler, pour faire voir qu'il ne sniBt pas à QQ officier qui cooMqiuide dans un poste de cette nature, de s'y croire en s&reté, en prenant toutes les précautions raisonnables pour se garantir d^ surprise par la t£te de aon poste du côté de ses ennemis; mais fa'il faut <)u'il ait les mftif es attentions pour le (Àté qui lui parait le moins exposé, et surtout qu'il ne se laisse jamais wprocher la nuit d'assez près, pour qu'où puisse attacha un pétard i une pcqrte qui est découverte, et qui n'a intérieurement ni herse ni proteotiott«

Car si l'officier de garde troif confiant n'était pas entré en conversation Vm UKN, et s'il n'avait pas sonffert fne^ sous préteite de me garantir de la neige, je me fusse mis tout contre la perte, fvec mes pétardiers, je n'anrais pi| faire attacher le pétard, et enleier tout ce poste sans être décou- Viertet sans perdre consîdérahlement d'honiuMi, am lieu qu'il n'y eu «it que 4flui de tjués.

SârpriM d'Entzwahingen dam la même année.

Quant an poste d'Entzwahingen sur ^tz au-4essi^ de Phortzbeim, petite ville située dans un pays ouvert, sa fs^iiison étail; de cinq cents chevaux et de cen| ciaqiiaAte hopun^ de pied;

et cette garnison avait^ camp ceia de NeuboBig, pendant le jouir w part»

sur une bautenr .proche de Phofts<< heîm, pour observer tentée qui auiail pu en sentir.

Après avoir remonté avec les cher vaux pris 4ensNeidiourg, tout ce qM j'avais de cavdiers et de diugoM à pied, je marchai i Entsvahingen dès là nuit suivante. J'envoyai ma cavalerie par l'autre c6té de Lentz, pour emp^ cher que celle des ennemis» ne p4t se sauver en passant la rivière, pendant que j'attaqôertts les deux porte» avec mon infanterie, dont l'une était du cdté de PhorUheim, et rairtre du cAté de Heilbron, et je marchai à mes deux attaques avec six cents hommes de pied partagés en deux corps.

Ces deux portes étaient sans pont* levis, et moins bonnes par leur cona^ troction que celle de Neuboufg ; ellea étaient pourtant couvertes d'un redet palissade, capable de contemr envîroB quinze houunes, qui, la nuit, se reti-* raient dans la ville ; et ce redan faisait, seulement pendant le jour, la proteo^ tion de la garde de la porte.

N'y ayant, comme je l'ai dit^ quq cent cinquante hommes de pied» je jqgeai bien que les gardes des pointes seraient faibles, et qu'il fallait abordeif ces deux portes avec vivacité. Je fia donner des haches aux gens détacbé% qui, protégés du feu de l'infanterie eurent bientôt rompu les barnèr^et les portes ; de manière qpe les troupes entrées en bon ordre malgré la nuit, toute la garm'soa fut encore pas» sée au 61 de l'épée pour la même rekprésaiUe; plus de six cents çtieviBX furent pris et amenés dans Phortzheimi et la ville piUée et brûlée.

La raison qui m'engage à uq détail aussi exact, est pour Csire cPWAttrf que comme il est presque^ JmpîîsriUe

tTRATà«Émi, ne.

que deu postes ooeupés par un ennemi se ressemblent parfaitement dans leiir situation, dans la nature et la fsrce de leur garnison, et dans ses attentions pour sa sûreté , il est de la prudence de se conduire différemment dans leur attaque ou leur enlèvement, eomme les ezemples que je rapporte sur la matière de cet article le prouveront arec évidence, puisqu'il se trouve une conduite toute différente dans Texéeution de ces deux entreprises.

Svrpriie du châteto d'Orbatsan en laso.

A la fin de Tannée 1690, M. de Savoie ayant mis dans le château d'Orbassan, à une lieue de Turin, une eom* pagnie de son régiment des gardes pour couvrir sa promenade du cours de cette ville, et celle de sa maison du Yalentin, eette compagnie, quoiqu'à la vue de Turin, et soutenue de la cavalerie qui était en garnison dans cette ville et dans Montcallier, fut surprise et enlevée la nuit par moi. l'en pétardai la porte, quoique j'eusse été découvert, et malgré le feu des ennemis et les si* gnaux qu'ils faisaient pour avertir qu'ils étaient attaqués.

Voici quelle fut la disposition que je fis pour enlever ce poste avec sûreté dans le retour et pendant cette expédition. Je partis dePignerol à l'entrée de la nuit avec huit cents chevaux et cinq cents hommes de pied. De cette cavalerie j'en détachai cinquante maîtres, pour aller jusque sur le bord du PA vis-à-vis de Montcallier, afin d'être averti en cas que la cavalerie de ce quartier montât à cheval pour venh* me combattre dans ma retraite; et quand je fus auprès d'Orbassan, j'envoyai le reste de ma cavalerie se mettre en bataille le plus près de Turin qu'il lui serait possible, afin de s'op*

poser à ce qui iortifait la nuit de eette place pour venir au secours de ce poste. Pour moi je restai afec moo infanterie, que je plaçai avec un grand silence auprès du château, pour soutenir le pétardier «t entrer de forée dans le château après l'effet du pétard. Le pétardier ayant été tué par la sentinelle qui était à une fenêfaie auprès de la porte, et la garnison éveillée, elle fit un grand feu et des rignaux ; ainsi il n'y avait plus de temps à perdre pour exécuter cette eqtreprise avec sûreté pour le retour. Je fus donc moi-même obligé d'attacher le pétard, n'ayant trouvé personne qui le sût faire.

La compagnie entière, forcée dans la première cour, ne voulut point s'exposer à l'être dans le principal corps de logis, et se rendit prisonnière de guerre.

On voit, par le rédt de l'enlèvement de ce poste, une disposition toute différente de celles dont j'ai parié ei^essus, pdsque les oMsures prises pour la sûreté de l'exécution de cette surprise du château d'Orbassan, n'ont été que contre ce qui pouvait venir à son secours, et non pour s'assurer contre la garnison qui était enfermée.

Ce qui confirme ma maxhne de se conduire, dans cette espèce d'entreprise, suivant ce qu'elle est en diemême et suivant ce que Ton a à crain^ dre du dehors ; car il est certain que si j'avais été battu dans ma retraHe après avoir exécuté mon entreprise heureusement, j'aurais, avec raison^ été accusé d'imprudence dé l'avoir formée sans avoir pris les mesures nè^ cessaires pour assurer ma retraite contre des corps de cavalerie supérieurs au mien, qui pouvaient venir de Turin et de Montcallier,

FBi^anitesir

MK

âorpriie 4e Lomvm iêaê It niAae année.

Ce mèiDe hi? er j'enlevai dans Lu- Berne on baUiHoii du régiment de Locbes, réfngiéa français qne M. de Savoie y avait envoyés pour couvrir les Vaudois, qui vonlaient se maintenir dans le fopd de la vallée de Luzerne. L'enlèvement de ce poste s'exécuta d'une manière différente des autres dont j'ai parlé, pwee que la situation en était différente.

La viUe de Luxerne avait été brûlée au commencement de, la campagne précédente, et ses murailles rasées; les décombres formaient donc une espèce de retranchement autour de cette habitation détruite. Ce bataillon crut que dans une saison aussi rigoureuse dans les Alpes qu'elle l'est au mois de janvier, il pourrait se maintenir dans ces débris, pourvu qu'il y fût fort vigilant pour se garder, et que malgré le grand froid il passât toutes les nuits sous les armés, avec des rondes continuelles qui. écoutaient s'ils entendraient quelques bruits de troupes au dehors du côté de Pignerol. Mais instruit de toutes les attentions de ce bataillon, je pris un grand détour pour l'enlever.

Je me trouvai entre le pied de la montagne et Luzerne à une heure après minuit. J'attendis dans un grand silence que la vigilance des rondes se ralentit un peu; ce qui m'ayant paru sur les deux heures, je marchai par six endroits à ce mauvais retranchement qui fut forcé, et tout ce bataillon passé au fil de l'épée.

Luzerne était presque inabordable de trois côtés, au moins on n'y arrivait que par des sentiers à marcher seulement deux de front, et sur ces sentiers il y avait des retranchemens gardés. 11 fallait donc» pour faire cet

enlèvement avec sucoàs et détraîre ce bataillon, qu'il n'eût pas le temps de se retirer à la montagne, dont le pied n'était pas à plus de cent pas de la ville ; ce qui serait arrivé, si on l'eût attaqué du cûté de ces sen« tiers. Ainsi ce fut sur la connaissance de la situation de ce poste et de la manière dont il était gardé, que je fis la disposition de ma marche et de mon itoque, qui se fit entre la mon^ tagne et la ville par où l'ennemi n'avait pu croire qu'il pût être attaqué.

Cette surprise fut donc comme un assaut général donné sans que l'ennemi pût être préparé i le recevoir, et dont la nuit favorisait l'approche des troupes et l'exécution.

Jusqu'à présent je n'ai rapporté que des exemples de surprises de postes qui ont eu un succès heureux* Dans le récit que je vais faire, on en verra un qui n'a point réussi, et dont je dirai les raisons.

Entreprise sur YeiUane en 1601.

Au mois de janvier 1691, M. de Catioat qui, dans ce temps-là, était à Suze, voulut surprendre et enlever le poste de VeiUane, où M. de Savoie tenait une garnison d'infanterie dans le château, qui était assez bon pour sa situation, et un régiment de dra* gons dans la ville, qui n'était pas hors d'insulte.

Ce poste est dans la vallée de Suze, et pouvait être attaqué en même temps par le côté de Suze, et par celui de Rivoli. M. de Catinat se chragea d'y marcher par le côté de Suze avec un nombre de troupes et deux pièces de canon de campagne; et m'ordonna d'y marcher par le côté de Rivoli avec un nombre de troupes et deux pièces de canon,

vSBO

STftATA«É]IS8, ne.

Pour que cette entreprise pttt avoir Ane héareose rénsdite, il Mait qu'elle f&t exécutée avec beancoap de dili* ^nce et de justesse dans les mesures prises, parce que M. de Savoie pouvait, en peu d'heures, rassembler beaucoup plus de troupes pour venir secourir Teiliane, qu'on ne pouvait y en avoir mené pour l'attaquer. Ainsi èe fut le manque de justesse dans le moment de l'exécution qui fut cause que Tentreprise ne réussit pas.

La disposition de M. dé Catinat était t^e que je vais le dire: les deux Corps qui partaient de Suze et de Pignerol marchaient par deux côtés si dîfférens, que ne pouvant se communiquer ni dans leur marche ni sur le point de commencer leur attaque, ils devaient tous deux et en même temps altequer Yeillane à la pointe du jour, parce qu'il ne fallait pas par une attaque successive, donner le temps i ce régiment de dragons, que Ton voulait enlever dans la ville, de se retirer dans le chftteau.

Je me rendis à l'heure qui m'avait été marquée ; j'attaquai et emportai la ville de Yeillane de mon côté, qui était celui de Turin et le plus éloigné du château; mais M. de Catinat s'étant amusé en chemin à faire relever une de ses pièces de canon qui avait versé, et ne s'étant pas trouvé à l'heure marquée pour attaquer par le côté de Suze, une partie des dragons logés <iu côté du château eurent le temps d'y entrer avec leurs chevaux, et la garnison du château de prendre les armes; de sorte que l'exécution de l'entreprise tirant en longueur, et M. de Savoie ayant eu le temps d'y arriver avec un corps considérable sur les quatre heures du soir, il fallut se retirer, après avoir été maîtres de la ville pendant sept à huit heures.

Je Itas même obRgé de me servir de la nuit pour passer avec mes troupes au travers de la ville sous le fea du ehftieau, et de reprendre ma marclie A Pignerol par la montagne, parce que M. de Savoie me barrait le retour par la plaine.

Cet exemple fera connaître que dans l'exécution de cette espèce d'enlèvenaent de postes, qui ne se peut faire que par des troupes qtd partent de différens endroits, et qui ne peuvent se communiquer pendant leur marche, ni même dans le temps qu'elles doivent commencer de concert l'attaque du poste <pi'on veut enlever, il faut être exact à ne point manquer de se rendre au lieu et att moment marqué pour celui de l'attaque, sans quoi il est presque sAr que l'entreprise ne peut avoir un heureux succès.

J'ai souvent vu prendre dés postes pour assurer des convois; mais conune ces postes se doivent toujours couvrir de l'armée et ne doivent jamais être hasardés, je n'en ai point vu enlever.

Le poste de Popéringue pris en l'année 1708 par quelques bataillons de l'armée de M. de Harlboroug, pourrait être de cette espèce : il était fort hasardé, aussi fut-il enlevé.

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