‹ Bibliotheque militaireChapitre 584 sur 614 · SURPRISES DES PLACES · texte numérisé non relu

SURPRISES DES PLACES

Une place de guerre est très rarement emportée de vive force par surprise, soit par escalade, soit par pétards, soit enfin par quelque autre manière; mais elle se peut dn-esdrprise, si elle se trouve investie ou dans un temps que sa garnison aura été considérablement affaiblie par la sortie de ses troupes pour quelque expédition, ou parla faiblesse de bi

mrotriÈBBS.

9Sti

M par IM iMlBdiei cpii j régnent, on pAr le manqne de mnnllions de guerre on de bouche, os par réioigoement on Pimpossibilité du secours, ou lorsqu'elle est enfin attaquée dans un temps ou elle manque des choses essentielles à une bonne défense, et dans une conjoncture qui n'aura pas été prévue.

Ainsi Je ne proposerai point ici de manières pour parvenir h la surprise d'une place de guerre, autres que celles dont je viens de parler, qui tombent dans le cas de pouvoir faire dire qu'une place de guerre a été surprise, parce qu'elle a été attaquée dans un temps de quelques-uns des besoins dont Je viens de parler.

Que si pourtant un gouverneur était assez négligent dans la garde de sa place pour s'exposer à laisser surprendre une porte après son ouverture, ou à y laisser attacher un pétard pendant la nuit, ou à être emporté d'escalade, ou par le secours d'une rivière, ou par quelque souterrain qui n'est point gardé, voici à peu près la conduite qu'il faut tenir dans l'exécution de toutes ces différentes manières de surprendre une place de guerre.

En général rien ne doit être tenté sans une certitude presque sûre de réussir. Il faut donc avoir exactement fait reconnaître par des espions Mêles et capables, le terrain des environs de la place et tous les manquemens dans sa garde.

Voici les fautes qui se peuvent commettre dans la place à Touverture des portes. Si elles sont ouvertes trop matin ou avant la chute d'un grand brouillard; si on baisse les ponts-levis et qu'on ouvre les barrières sans les refermer après qu'on aura fait sortir des gens, tant à pied qu'à cheval, pour ' faire une soigneuse découverte ;

si la garde de la porte ou celle de là place a posé les armes au corps-degarde avant le retour des gens sortis pour la découverte; si on ne laisse pas la nuit un poste dehors dans l'ouvrage qui couvre la porte ; si la garde d'infanterie de la place n'est pas sous les armes, et celle de cavalerie à che^ val. Jusqu'à ce que toutes les cleft' des portes soient revenues chez le gouverneur, et qu'on lui ait rendu compte du dehors de la place; si les jours de marché on laisse entrer en foule les gens qui viennent aussitôt après l'ouverture des portes; et si pendant que le marché- tient toutes les gardes ne sont pas sous les armes.

En tous ces cas on peut exécuter une surprise de vive force, en faisant, à l'ouverture des portes, entrer assez de gens déguisés pour se saisir d'une porte et la tenir ouverte, jusqu'à ce qu'on ait Introduit dans la place un assez gros corps pour y être plus fort que la garnison, en cas que le terrain des environs ait donné le moyen de tenir ce corps à couvert proche de la place.

Que si cette place n'a point d'ouvrages extérieurs gardés de nnff qui en couvrent la porte, et qu'elle n*aît point de fossés, qu'enfin on pnisse aborder la porte sans être découvert par les sentinelles, on peut attacher un pétard dont l'effet peut être suivi par une colonne d'infanterie partagée par divisions, avec des ofiiciers sûrs à la tête de chaque division, qui auront été instruits des postes auxquels ils doivent marcher, et les occuper à mesure qu'ils entreront dans la place. On doit, à la tête de chaque division, placer des soldats avec des haches et des serpes, pour couper ce qu'il sera nécessaire de couper, comme herses ou autres empêchemens. Il faut aussi empêcher '

STEATAfiiMBS, ITC.

qii'aiicmi soldat ne quitte son rang oo se débande pour piller.

Que si par quelque endroit de la place négligée pour la garde« on peut approcher de la muraille assez basse pour être escaladée, ce lieu étant reconnu pour la hauteur des échelles par le dehors, et le dedans pour la commodité de se mettre en bataille, il faut arriver de nuit avec un grand silence, placer les échelles le plus près les unes des autres qu'il est possible ; faire monter avec diligence ; se former sur le terrain reconnu en dedans de la place ; avoir ses troupes partagées par divisions comme il a été dit, et les faire toutes marcher en même temps pour occuper les postes nécessaires i l'exécution de l'entreprise; se saisir delà porte la plus voisine, l'ouvrir aux troupes qui seront restées dehors, empêcher qu'elles ne se débandent en y entrant, etdes conduire avec ordre et silence sur les places de la ville ou elles ddvent se former, pour empêcher la garnison qui voudra prendre les arnes« de se former et de se commun!* quer.

Dans toutes les surprises il faut, le plus diligemment qu'il se peut, se saisir de la personne du gouverneur, des ofBciers-majors et commandans des corps, dont il faut savoir les demeures bien précisément, parce qu'eux pris, il ne se pourra plus donner d'ordres pour repousser les troupes entrées.

Lorsque la surprise est faite A la faveur d'une rivière on des conduits souterrains, le même ordre pour les mouvemens doit être tenu. Si on arrive par eau, il faut, en approchant, se labser aller au courant, saos ramer que pour aborder.

Si c'est par des souterrains, il faot avoir, par des intelligences dans la

place, quelque grand couv^ où Y ou ait pu faire entrer un nombre d'honmes à la sortie du défilé, pour delà les faire marcher aux lieux qui leur au* ront été ordonnés, comme il a été dit ci-dessus. Que si la garnison est kgée dans des corps de casernes, c'est là où les troupes entrées doivent marcher d'abord, et s'en rendre maîtresses.

J'ai dit qu'une place de guerre pouvait être surprise de plusieurs manières : soit de vive force, lorsque la fortification ne la met pas hors d'insulte, on que quelque accident imi»évu a détruit une partie de sa fortification ; soit par des intelligences avec le dedans de la phice ; soit enfin par la négligence du service, ou lorsqu'elle se trouve investie dans un temps où elle manque de garnison suflBsanto pour la défendre, de vivres ou de munitions de guerre.

J'ai proposé des maximes coiaines pour se garantir des surprises , autant qu'il est possible à un gouverneur de le faire par ses attentions pour le dedans ou pour le dehors de sa place. Ainsi je ne rapporterai ici que quelques exemples qui feront connaître quelles ont été les fautes qui, de mon temps, ont été faites contre les règles que j'ai proposées pour se garantir de toutes les espèces de surpsises dont je viens de parler.

Les places les plus exposées à être insultées de vive force, sont celles doat les fortifications ne sont point revêtues, parce que si la fortification de terre n'est point entretenue, et que les fossés n'en soient pas à fond de cuve, on fort fangeux, il n'est pas impossible de surprendre ces places de vive force, lorsqu'on peut se porter devant avec assez de secret pour que l'ennemi ne soit point averti de l'entreprise.

F£lIQ€lBA£â.

Surprise 4# Loo eo 1670.

Le premier exemple que i*ai va d'une pareille entreprise heureusement exécutée, est celle qu'en 1676 H. de la Brétesche, alors colonel d'un régiment de dragons en garnison à Maëstrich, fit sur Loo, place espagnole gnr le Démer.

II savait que la garnison de cette place de terre était assez faible, et qu'elle se négligeait dans sa garde du dedans et sur les attentions du dehors, 86 confiant en l'éloignement où elle se trouvait de nos places, et dans les eaux dont elle était entourée.

Sur toutes ces connaissances, M. de la Brétesche forma son projet et sa disposition. Il arriva avec ses troupes avant le jour autour de la place ; entra dans le chemin couvert; mit dans le fossé de petits bateaux d'osier, ou plutôt de grandes mannes couvertes de toiles cirées, et fit passer une partie de son infanterie, réservant le reste pour faire feu sur la garnison qui voudrait s'opposer à cette attaque.

L'infanterie passée coupa la fraise et monta sur le haut du bastion. L'infanterie restée passa, dés qu'elle vit que celle qui était passée était maitresse du haut du bastion ; après quoi M. de la Brétesche étant plus fort dans le dedans de la place que la garnison qui avait été surprise, il s'en rendit le maître, et conserva la place au roi jusqu'à la paix de Nimègue.

Cet exemple de la surprise d'une place de guerre non revêtue, justifie la vérité de mes règles pour se garantir de pareilles surprises de vive force, dans une place qui n'est pas revêtue.

Surprise de Gand en 1678.

En l'année 1678 le roi surprit l'in-

vestiture de Gand, sans quoi il ne loi aurait pas été possible d'en former le siège, par la difficulté de sa circonval* lation, si l'ennemi avait eu le temps de s'y porter pour l'empêcher.

Le dessein de ce siège fut couvert par des démonstrations et des nurayemens de troupes sur les places eniie»

mies qui étaient le plus éloignées de celle-ci. Le roi porta même sa personne jusqu'à Metz, pour faire mievx croire à ses ennemis que c'était Luxembourg ou Namur qu'il voulait «ttarquer.

Cependant toute son armée de Flandres était en mouvement, «t paraissait avoir dessein sur Ypres. Ces trois pla» ces en même temps menacées furent ainsi les objets d'attention de nos ennemis, qui n'imaginèrent pas qu'a la fin de l'hiver il fût possible de faire la circonvallation de Gand, par la diffi«culte de la communication des quartiers.

C'est ce qui fit réussir cette entreprise, qui est dans l'espèce des places qu'on peut dire avoir été surprises, parce qu'elles ont été attaquées dans le temps quelles étaîeat dépourvues ou d'une garnison suffisante, ou des autres choses nécessaires à leur défense.

Surprise de Savillao en 1691.

Le troisième exemple d'une surprise de place qui a réussi par l'enlèvement de sa garnison, mais qui fut abandonnée sur t le - champ, parce qu'elle était hors de portée de pouvoir être gardée, est celui de la surprise de Savillan au mois de janvier 1691.

Je commandais cet hiver à Pignerol; et M. le duc de Savoie, dans l'établissement des quartiers d'hiver de ses troupes, avait mis ses quatre compa-

MO

STRATAGÈMES, ETC

gnies de gendarmes dans Savillan, on la garde se faisait par des compagnies de bourgeois et de milices. Je connaissais la place pour l'aroir plusieurs fois visitée la campagne précédente; et je savais que du côté de la porte de Carmagnole il y avait un bastion de terre attaché à la muraille de la ville, où 11 y avait une porte qu'on se contentait de fermer la nuit, sans y laisser de gardes.

Sur ces connaissances, je résolus d'enlevar cette gendarmerie si peu attentive à se faire garder. Je pris pour cela le temps d'une forte gelëe, parce qu'il fallait passer le fossé du bastion qui était plein d'eau. J'introduisis dans Savillan un espion de confiance, qui, la nuit marquée pour l'eiécution, avec de petites tenailles, arracha en dedans delà ville les clous qui tenaient la serrure de la porte de la muraille à laquelle le bastion était attaché en dedans de la ville.

Je fis tue si grande diligence avec huit cents chevaux et cinq cents hommes de pied en eroupe, que j'arrivai deux heures avant le jour auprès de ce bastion. Après avoir fait reconnaître le bastion et la porte qui était à la muraille de la ville, pour savoir si mon espion avait exécuté ce que je lui avais ordonné , je fis passer mon infanterie sur la glace du fossé, la mis en bataille sur la place, me saisis du corps-de-gaMe de la porte, la fis ouvrir à la cavalerie, et rassemblai sans opposition ces quatre compagnies de gendarmes, que je ramenai tout entières dans Plgnerol, quoique M. de Savoie eût pu, s'il avait soupçonné ou découvert mon dessein, tomber sur moi avec quatre fois plus de cavalerie que je n'en avais. Je fis ainsi en trente heures de temps, plus de vingt-huit lieues, et passai et repassai troisrivièrcs, dont le PÔ en était une.

Je ne rapporte cet exemple d'une action que j'ai exécutée, que pour assurer la règle que j'ai donnée sur cette nature d'expédition, en disant que la réussite ne dépend pas seulement de la négligence de l'ennemi pour se garder, ni même de la justesse des mesures prises pour l'exécution de l'entreprise, mais encore bien plus du secret de la marche pour y porter les troupes, et de la diligence pour le retour, lorsque la place qu'on a surprise ne peut être gardée.

Surprise de CrémoDe en 1703.

Le quatrième exemple que je rapporterai sur cette matière est un événement, quoique sans succès, dont le récit ne laissera pas d'étonner. C'est la surprise de Crémone au commencement de l'année 1703.

Cette ville était la place d'armes de notre guerre de Lombaf die, où M. le maréchal de Villeroi avait établi son quartier général pendant Thiver. Il y tenait un fort gros corps d'infanterie et de cavalerie, qui, outre cela, était couvert par un corps considérable commandé par M. le marquis de Créquy, dont les quartiers étaient entre TOglio et le Pô, sur lequel nous avions un pont au-dessous de Crémone.

La tête de ce pont, du côté du Modenais et du Parmesan était couverte d'un ouvrage qui était gardé par la garnison de Crémone, pour sa sûreté contre un corps de l'armée de l'emperetir qui hivernait dans le Hodénais. M. le prince Eugène, avec te reste de l'armée de l'empereur, occupait des qaarliers entre rOglio, l'Adda et le Mincio.

Dans cette disposition générale, ce prince conçut le dessein d'enlever Crémone par surprise. Il avait des intelligences dans ié dedans de la place,

FBCQUIËRES:

par lesquelles it était instruit que la présence da général, de plusieurs officiers généraux, et de la puissante garnison qui y était, n'en rendait pas le senrice plus régulier ni la garde plus exacte, et qu'elle s*y faisait a?ec une négligence entière pour le dedans et pour le dehors.

C'était H. le comte de Rével, lieutenant-général, qui était chargé du commandement particulier de la place en ce qui regardait les troupes française?^ car il y avait d'ailleurs un gouverneur espagnol.

On ne faisait sortir personne de la place pendant la nuit; on ne faisait, dans le dedans, ni ronde sur les remparts, ni patrouille de cavalerie et d'infanterie dans les rues; on sft contentait d'avoir des corps-de-garde aux portes et Sur les places , sans que ces eorps-de-garde se communiquassent pendant la nuit par des rondes , ni même qu'ils eussent des sentinelles sur le rempart au-dessus des portes , pour voir si quelque chose en approchait. Enfin on était dans Crémone sans aucune attention pour le service ordonné dans toutes les places.

Un prêtre qui desservait une petite église un peu détournée du grand commerce de la ville , avait sa maison proche de cette église. Joignant la cave de sa maison passait un aqueduc qui portait les eaux des rues dans les fosses de la ville. H y avait dans Crémone un nombre considérable de ces sorties, dont aucune n'était grillée. Ce fut sur l'avis que ce prêtre en donna , que M. le prince Eugène disposa son entreprise.

Il Introduisit dans Crémone, par ces aqueducs, jusqu'à six cents hommes, que le prêtre cacha dans sa cave et dans cette église, qui n'était pas journellement fréquentée. 11 fit encore

entrer pendant le jour un nombre considérable de soldats déguisés en paysans, qui ne ressortaient pas le soir, et étaient recueillis par ce prêtre ou par quelques autres conjurés.

Cet expédient était aisé, parce qu'il n'y avait point de consigne aux portes, et qu'on ne s'informait jamais si ce qui était entré pendant le jour dans la ville en était sorti on resté.

Une partie de ces hommes avait des instrumens propres à rompre des serrures , et les autres des outils propres à abattre de la maçonnerie.

Deux portes de la ville du côté de rOglio furent choisies par M. le prince Eugène pour introduire le gros de ses troupes. L'une de ces portes , savoir celle qui était la plus proche de la maison du prêtre, avait été condamnée et murée ; au-dessus de cette porte, sur le rempart, il y avait un petit corps-degarde oâ l'on tenait seulement un poste de huit ou dix hommes, qui, par la nétilijîence du service pour les rondes , n'avait point de sentinelle devant la porte du corpsde-garde.

Ainsi les ennemis s'étant saisis sans bruit des hommes qui dormaient paisiblement dans le corps-de-garde , firent travailler leurs maçons h abattre le mauvais mur de la porte, sans être découverts par les rondes, parce qu'il ne s'en faisait aucune.

L'autre porte dont on se servait le jour pour le commerce de la ville , avait un corps-de-garde en bas, et la garde de cette porte était plus nombreuse , mais sans aucune attention pour les sentinelles , parce que Tofficier n'avait point à répondre à des rondes. Il n'y avait point de sentinelle en haut à la herse pour, en cas de besoin , la faire tomber ; nul poste audehors de la port^ , pas même une

STIUTAGKM£S, iSTC.

seotioelle en haut au-dessoB de la porte pour voir sur le grand chemin qui y conduisait.

M. le maréchal de Villeroi, qui était allé visiter les quartiers du haut de rOglio, repassait par Milan, où il eut avis que M. le prince Eugène faisait des mouvemens dans ses quartiers les plus éloignés de FOglio.

Cela l'engagea à revenir à Crémone le soir qui précéda Texécution de la surprise; non pas qu'il eût aucune pensée que ces mouvemens pussent regarder Crémone, nuiisbien les quartiers que le marquis de Créquy occupait le long du bas Oglio, dans les* quels M. le maréchal de Villeroi lui mandait d'être fort alerte, parce que M. le prince Eugène occupait le poste d'Ustiano, sur l'Oglio, vis-à-vis de Crémone.

Le marquis de Créqui, de son cAté, avait fait savoir à M. le maréchal de Villeroi que tous les quartiers de M. le prince Eugène étaient en mouvement, et que des espions l'assuraient que c'était pour un dessein sur Crémone.

M. le maréchal de Villeroi avait aussi appris d'ailleurs que les quartiers que les ennemis occupaient dans le Modénais étaient en mouvement; mais il crut que ce pouvait être pour exécuter quelque dessein sur Plaisance , dont il donna avis à M. le duc de Parme; ainsi on voit que ce maréchal pensait à tout, hors a être surpris dans Crémone.

A la vérité ce général, chargé de toutes les affaires, peut être excusé d'avoir ignoré la négligence dans le service des troupes qui étaient dans son quartier, puisqu'il en avait chargé M. le marquis de RéveK

Enfin , à l'heure de l'exécution de cette entreprise, M. le prince Eugène passarOglioàUstiano, à six lieues de

Crémone, sans que M. le maréchal de Villeroi, ni aucun de nos généraux en eussent aucun avis, par toutes les négligences pour le dehors dont j*ai parlé ci-dessus, qui, dans cette drconstance, ne peuvent être excusées, parce que, puisque Ton savait que tons les quartiers des ennemis ra-deli de rOglio étaient en mouvement, il fallait au moins avoir des partis de ca* Valérie sur Ustiano,qui était le seol pont que les ennemis eussent sur TOglio, afin d'être informé si M. le prince Eugène passait cette rivière.

Mais cette petite et triviale attention négligée , ce prince se trouva devant les deux portes de Crémone avec un corps de cavalerie et d'infanterie d'environ sept mille hommes, sans qu'on en eût aucun avis.

Les hommes introduits par l'aqueduc, ou qui étaient entrés déguisés en paysans, et qui étaient cachés chex le prêtre ou ailleurs, se saisirent sans bruit du corps-de-garde qui était à la porte dont on faisait usage , l'ouvrirent, et introduisirent une colonne d'infanterie et de cavalerie, qui marcha jusque sur la grande place, où il y avait une garde d'infanterie et une de cavalerie aussi négligentes sur la régularité du service, que celle de hi porte surprise, et qui, par conséquent, fut encore saisie sans bruit..

La seconde colonne des troupes ennemies qui avait été conduite devant la porte murée, fut introduite par une partie des hommes tâchés chez le prêtre, lesquels s'étaient saisis du petit corps-de-garde qui était sur la porte , qu'ils avaient ensuite démurée avec leurs outils de maçons et en avaient rangé les matériaux , pour ouvrir un passage commode A l'infanterie destinée a entrer par cette porte.

Cette infanterie , après son iatro-

PBUQCIÉRES.

dnction dans la place, devait, suivant les ordres donnés ponr la conduite de la surprise, marcher le long des remparts h gauche, pour aller se saisir de la porte du PA et de sa garde, l'ouvrir ensuite, pour faire entrer dans la place un autre corps de troupes qui était au bout du pont du côté du Modénais, et qui dans Tordre donné pour la surprise, ne devait attaquer la garde qui était dans l'ouvrage qui couvrait le pont, qu'à un signal qui devait se faire de la porte du PA, après que l'on s'en serait rendu maître.

Par ce que je viens de dire , on voit un corps ennemi de sept mille hommes au milieu d'une place de guerre maître de deux portes , et la cavalerie en bataille sur les places de la ville et se promenant librement partout, sans qu'il y eût encore un seul homme éveillé, ni qui eût donné l'alarme.

Cependant un incident que M. le prince Eugène n'avait pu prévoir, 6t manquer un projet si bien concerté et si heureusement conduit jusqu'au moment de le croire exécuté.

Le marquis de Crenan, directeur de Vinfanterie, arrivé de Milan avec M.

le maréchal de Villeroi, voulait voir ce matin-là une partie de l'infanterie. Il avait, pour cet effet, ordonné que les bataillons qui se trouvaient logés du cAté de la porte du PA , fussent sous les armes un peuavantle jour, pour commencer à les voir à la petite pointe du jour.

Quand les nuits sont longues, il est aisé de se tromper sur l'heure de l'approche du jour. Ces bataillons se trouvèrent donc sous les armes auprès de la porte du PA plus tAt qu'il ne leur avait été ordonné. Les troupes ennemies qui venaient le long du rempart pour se saisir de la porte du PA, trouvant ces bataillons sous les armes, crurent la surprise découverte et les chargè-

rent. Cestronpes chargées sans savoir par qui, tirèrent aussi de leur cAté; elles se reconnurent ensuite pour ennemies, et ce feu commença un combat qui éveilla tout le monde.

Les bataillons que M. de Crenan devait voir après ces premiers, logés fort loin de ceux-ci, commençaient à se remuer dans leurs casernes, et Turent bientAt prêts; quelque cavalerie que M. le maréchal de Villeroi avait commandée le soir précédent pour aller du cAté de Plaisance, se trouva aussi prête à monter à cheval.

Toutes ces troupes marchèrent aux ennemis qui étaient en bataille sur les places, qui en occupaient même les avenues, et qui ne croyaient plus que rien leur pût résister, d'autant plus qu'elles avaient pris M. le maréchal de Villeroi, qui était monté à cheval au premier bruit, l'intendant de l'armée, et beaucoup d'autres of- Gciers apparemment livrés par leurs hAtes.

M. de Crenan, sorti de chez lui, s'était heureusement jeté à la tête de quelque infanterie, avec laquelle il marcha à la petite place, qu'il fit abandonner aux ennemis, qui se retirèrent à leur gros qui était sur la grande place, ce qui donna moyen aux troupes du roi, logées dans les quartiers éloignés, de se rejoindre.

On combattit ainsi par toute la ville, par la seule bonne volonté des trou-, pes et celle des officiers particuliers; car M. le maréchal de Villeroi était pris, comme je viens de le dire, et M. de Crenan avait été blessé à mort dans les charges qu'il avait faites. Deux des colonels même de ces régimens qui s'était trouvés sous les armes à la porte du PA, avaient été tués.

Cependant la mort de deux officiers des ennemis fut cause que M. le prince

STRATAGÈMES, BTC.

Eugène se trouva, quelques heures j après, forcé à abandonner son entreprise et à sortir d'une ville, après avoir cru pendant plusieurs heures en être le maître.

L'ofBcier général des ennemis qui conduisait la colonne qui était entrée par la porte démurée, était chargé de faire le signal de la porte du Pô, pour avertir les troupes qui venaient du Modénais d'attaquer Touvrage qui couvrait le pont; H avait seul cet ordre, et était chargé des fusées qui devaient être le signal. Cet officier ayant été tué raide par le feu des bataillons que le hasard avait fait trouver sous les armes à la porte du Pô, ne put ( ommuniquer à un autre officier le secret dont il était seul chargé; de sorte que le signal ne fut point fait, ni le pont attaqué dans le temps qu'il aurait dû l'être, pour que le corps du Modénais passant le Pô, en cas qu'il ui\ pût être introduit par la porte du Pu, dont les ennemis ne purent jamais se rendre maîtres, pût au moins entrer dans Crémone par l'une des deux portes occupées par les ennemis, en faisant le tour de la ville par le dehors.

L'officier général même chargé du cx)mmandement des troupes, qui devaient attaquer l'ouvrage qui couvrait le pont, et qui avait aussi seul le secret de l'entreprise, ayant eu la jambe emportée d'un coup de canon tiré de Touvrage, ne fut plus en état de donner aucun ordre, de sorte que l'on eut le temps de défaire le pont.

H. le prince Eogène, d'ailleurs, fort affaibli dans le dedans de la ville par les pertes de ce long combat, devait raisonnablement craindre que H. le marquis de Créqui, averti de ce qui se passait à Crémone, n'y marchât sur-le-champ avec toutes ses troupes, et ne l'empêch&t, par ce mouvement, de ressortir de la place et de se retirer.

Ainsi cette crainte bien fondée, détermina ce prince à songer à la retraite pendant qu'il croyait en avoir encore le temps. Il Gt donc retirer ses troupes du centre de la ville vers les deux portes dont il était encore le maître, ce qu'il ne put exécuter que par la perte de presque toute l'infanterie qu'il avait menée avec lui et de beaucoup de cavalerie. Il emmena pourtant avec lui M. le maréchal de Villeroi, M. l'intendant, et plusieurs autres officiers pris dès le commencement de la surprise.

Par ce récit, on doit demeurer convaincu qu'il ne faut jamais se négliger dans aucune des attentions ordonnées pour le service des places, ni par rapport au dedans, ni par rapport au dehors ; car si dans Crémone le hasard seul n'avait pas fait trouver sous les armes les bataillons trop tôt prêts pour la revue qu'ils devaient faire, et cette cavalerie commandée aussitôt prête i monter à cheval, il est certain que la place aurait été prise, et les troupes qui y étaient, enlevées par un corps inférieur, parce qu'elles n'auraient pu se mettre en étal de faire la moindre résistance.

Sl£SUS(3i.DES.

EXTRAITS DE CESSAG.

Pes Embuscades y de la manière de les dresser et de les ieit».

On forme une embuscade pour attaquer un convoi, pour arrêter un courrier, pour faire prisonnier un officier de marque, pour battre une troupe qui yient assaillir son poste, enfin pour enlever des partis ou des fourrageurs.

Le secret, nous l'avons dit plusieurs fois, est rflme de toutes les entreprises militaires, mais surtout de celles qu'on veut faire réussir par le moyen d^une embuscade : toute embuscade éventée n*est plus dangereuse pour celui contre lequel elle est dirigée, et peut même tourner contre celui qui l'a dressée. L'officier qui aura projeté de former une embuscade, gardera doue le plus grand silence sur l'objet de son entreprise ; il arrivera çu lieu de sa destination, sans avoir communiqué son projet qu*à un ou deux officiers; il choisira avec soin les soldats qu'il mènera avec lui : ils doivent avoir une fidélité éprouvée, une grande bravoure, enfin toutes les qualités que nous avons exigées dans ceux que l'on doit mener à la surprise d'un poste.

Quoiqu'une troupe qui en surprend une autre ait beaucoup d'avantage, la force d'une embuscade sera néan-

moins presque toujours égale à celle du détachement qu'elle voudra assail^ lir : si elle était moins forte, les soldats qui la composeraient ne combat* traient point avec cette confiance, garant assuré de la victoire, et la re-^ traite pourrait devenir funeste. Pour décider quelle doit être la force d'une embuscade, on connaîtra donc exactement quelle est la force et la qualité de la troupe qu'on veut battre ; et on acquerra toutes les autres connaissant ces dont nous avons parlé.

La cavalerie est plus difficile à embusquer que l'infanterie. Les embuscades dressées près du chemin que doit tenir l'ennemi, seront donc composées, en grande partie, de bonne infanterie; celles que l'on formera à une certaine distance de sa route, seront, en grande partie, tirées de la cavalerie, à cause de la rapidité des mouvemens de cette arme.

Aussitôt que le détachement destine à dresser une embuscade est formé, le commandant en chef le divise en autant de parties qu*il le croit nécessaire. S'il veut attaquer un convoi, il partage sa troupe comme nous l'avons vu précédemment; et s'il veut arrêter un courrier ou un officier-général, il la

STRATAGÈMES, ETC

forme en deux divisions ; il multiplie le nombre de ses divisions, quand il doit attirer rennemi dans le piège par le moyen d'une escarmouche ; il donne à chaque division un commandant particulier ; il les instruit tous de la conduite qu'ils doivent tenir pendant la marche; mais il ne leur donne les ordres relatifs à l'embuscade qu'au moment où il les y place.

Après avoir divisé sa troupe, le commandant en chef lui fait subir l'inspection générale dont nous avons parlé déjà.

Si, en allant dresser une embuscade àl'ennenu, vous négligiez de prendre les précautions qui peuvent vous em- ]>ècher de donner dans celle qu'il aura lui-même formée, vous commettriez une imprudence, qui pourrait être pu- Bie par la perte de l'honneur ou par celle de la vie. Quand vous irez dresser des embuscades, vous prendrez donc toutes les précautions que la prudence militaire vous suggérera; les principales seront de faire précéder le corps de votre embuscade par des éclaireurs et par une avant-garde; de le faire suivre par une arrière-garde et par des éclaireurs ; d'ordonner à l'avant-garde et à ses éclaireurs de faire halte à quelque distance de l'endroit où vous voudrez vous embusquer ; de diriger la marche de votre détachement depuis le camp jusqu'à l'endroit où vous devez faire la dernière halte.

Quand vous serez arrivé à l'endroit où vous devez faire halte, vous assemblerez les chefs des diSérens détachemens qui doivent agir séparément; vous leur communiquerez votre plan, et vous leur donnerez les ordres que vous croirez nécessaires au succès de votre entreprise. Pendant que vous tiendrez conseil, vous ferez fouiller avec soin tous les endroits où vous

devez vous embusquer : aussitôt que les éclaireurs vous auront averti que l'endroit désigné est libre, vous vous remettrez en marche, et vous disposera votre embuscade selon l'objet que vous aurez en vue. S'ils vous avertissent aa contraire que les ennemis vous ont prévenu, ou qu'ils ont paru en force dans les environs, vous les ferez reconnaître par des officiers intrépides, mais sages : si ces derniers confirment le rapport des éclaireurs, vous vons retirerez, à moins que vous n*ayet combiné une attaque mixte, c*est-idire, à moins que vous n'ayez assez de monde pour battre l'ennemi, sans avoir besoin du secours de la surprise.

Si vous attendez un ctmvoi, vous choisirez pour vous embusquer un des endroits que nous avons désignés prédenunent.

Si vous voulez vous emparer d'un courrier, vous placerez l'embuscade dans un lieu où le chemin soit difficile, ou même entièrement gâté; vous choisirez de préférence le penchant d'une colline ; en un mot, un terraio qui ne permette pas au courrier de vous échapper par la vitesse de sa marche. Il en sera de même si vous attendez un officier-général.

Les déGlés entre des bois, des collines, des marais, sont très propres aux embuscades : on les tend encore avec succès dans des jardins, des parcs, des ravins ; derrière des haies épaisses, des maisons, des villages; proche des rivières dont les bords sont escarpés, remplis de joncs ; et enfin dans les champs couverts de hautes moissons.

Parmi les problèmes que l'on peut proposer relativement aux embuscades, le plus difficile à résoudre est celui-ci : quelle distance doit-il y avoir entre l'endroit où l'embuscade est placée, et celui où elle doit combattre?

€BS8AC.

Si ces dem points sont trop voisins, on est facilement découvert; s'ils sont trop éloignés, l'ennemi a le temps, ou de s'évader, ou de se remettre de sa frayeur, et de prendre l'ordre le plus favorable pour combattre.

Ou peut et on doit placer les embuscades de cavalerie plus loin du champ de bataille que celles d'infanterie. On le doit, parce qu'il est plus diflicile d'embusquer la cavalerie que l'infanterie; on le peut, parce que la rapidité de la marche de la cavalerie lui permet de franchir aisément l'es^ pace qui la sépare du champ de bataille. On peut cependant dire, en général, que deux cents ou trois cents pas sont la distance la plus ordinaire et la plus convenable.

Moins vous restez dans l'endroit où vous avez formé une embuscade, et moins les partis de l'ennemi, ses espions, les paysans du voisinage, ou les hommes de votre détachement qui lui sont vendus, ont lé temps de l'avertir des embûches que vous lui avez dressées. Vous combinerez donc votre marche de manière à n'arriver au lieu de l'embuscade, que quelques instans avant le moment où vous devez attaquer; il vaut cependant mieux arriver plus tôt que plus tard. Lorsque vous arrivez trop tôt, vous pouvez, en prenant beaucoup de précautions, éviter d'être découvert; et lorsque vous arrivez trop tard, l'opération est presque toujours manquée; vos troupes, n'ayant pas le temps de se poster et de se rasseoir, sont en désordre au moment de l'attaque. En entrant dans votre embuscade pendant la nuit, vous pourrez vous dérober plus facilement aux paysans, aux espions. Les jours de brouillard sont encore, par la même raison, très favorables aux embuscades.

Autant que vous le pourrez, vous entrerez dans l'embuscade par ses derrières, ou an moins par ses flancs : ainsi, vos traces ne vous décèleront point. Si vous êtes forcé par le terrain d'entrer dans l'embuscade en passant par son front, vous ferez de grands détours, plusieurs marches et plusieurs contre-marches : ainsi vous pourrez réussir à tromper l'ennemi. Vous pouvez encore lui faire perdre la trace de vos pas en la faisant disparaître. Pour cela, dans les terrains sablonneux, vous ferez traîner après vous des branches d'arbres garnies de leurs feuilles ; elles égaliseront le terrain : dans les terres fortes et humides, vous emploierez au même usage un tronc d'arbre en forme de rouleau. Ces deux derniers moyens ne nous paraissent pas très bons ; ainsi vous les remplacerez autant que vous le pourrez, par un des trois premiers dont nous avons parlé.

Aussitôt que l'on est entré dans une embuscade, on place des sous-officiers ou des sentinelles affidés sur des arbres, ou sur des endroits élevés : de là ils peuvent, sans être découverts; voir ce qui marche vers l'embuscade et ce qui en sort. On doit prendre avec ces sentinelles les précautions détaillées, les choisir parmi les personnes du détachement qui ont la vue très bonne, et qui savent juger avec facilité et justesse de la véritable force d'une troupe. Elles doivent, par leur position, découvrir tout ce qui marche vers le détachement, pour l'en avertir par quelques signaux de convention (a), et tout ce qui sort de

(a) Si le» lenaneUet font postées sur des arbres» on en place vne autre an pied de l'arbre; la première fait part, à toÎx baise, à la seconde de ce qa*elle Toit. et celle-ci ra en préveitir le commandant de rembotcade.

STAATilCiilllf, ETC.

ren^boscade pour en averlir les pelotons observateurs.

Après qu'on a placé l'embuscade et posé les sentinelles, on pose les deux pelotons observateurs; ils doivent être placés vers les extrémités de l'embuscade,' en dehors des sentinelles. Ils seront composés de cavaliers ; ils auront l'ordre d'arrêter les paysans, les voyageurs, de s'emparer des petits partis ennemis, et de prendre les déserteurs. Ils ne doivent jamais, après une course, ni diriger leur marche directement vers Tembuscade, ni entrer par son front, mais regagner leur poste, en rentrant par ses flancs ou par ses derrières : s'ils sont obligés de rentrer par le front de l'embuscade, ils doivent, par leurs marches et leurs contre-marches, détourner l'attention des paysans et des espions ennemis.

Ces pelotons ne sortiront de leur poste pour arrêter un paysan ou voyageur qui passera par hasard, proche de l'embuscade, ou qui tiendra une route opposée à celle qui mène vers l'ennemi, que dans le cas où Ion pourra croire qu'il a aperçu l'embuscade ; ils ne doivent de même courir sur un petit parti ennemi, que dans le cas où ils remarqueront en lui cette attention extraordinaire, et cet air troublé qui annonce qu'on a fait quelque découverte importante. Dans ce cas, ils l'attaqueront à l'arme blanche avec toute, la rapidité et la vigueur possible, et ils ne rabandonneront qu'après en avoir pris ou tué tous les soldats. Quant aux déserteurs, ils ne leur feront aucun quartier ; ils les poursuivront sans rel&che jusqu'à ce qu'ils s'en soient emparés.

Le poste des pelotons observateurs doit être inconnu à toute la troupe.

On ne doit jamais permettre aux d'allumer de?

feux, de quitter leurs armes, de s'éloigner de l'endroit où elles sont, de parler, de fumer, etc. On leur fait cacher «vec soin celles de leurs armes qui peuvent réfléchir les rayons du soleil.

Pendant le jour, la moitié des troupes embusquées est en bataille»

et l'autre moitié a la permission de s'asseoir et de dormir ; pendant là nuit tout veille. On doit empêcher les hommes embusqués de s'endormir pendant la nuit; la plupart des hommes qu'on éveille en sursaut sont incapables, dans les premiers instans , d'entendre et d'exécuter les ordres qu'oo leur donne, et peuvent par conséquent porter le trouble dans une embuscade.

Quand on a formé une embuscade et qu'on a quelque grand projet en vue, on doit bien se garder de se montrer, afin de se rendre maître d'un petit détachement, d'un petit convoi ; pour faire une prise légère, on perdrait l'occasion d'en faire une considérable : avant de se déterminer à donner, on examinera donc avec attention si l'objet contre lequel on va marcher peut dédommager de celui qu'on at^tendait ; encore faut-il, pour se permettre cette conduite, n'avoir reçu qu'un ordre vague d'aller en embuscade ; car si le général avait fixé l'objet de l'entreprise, la circonstance, même la plus avantageuse, ne devrait pas déterminer k faire le plus léger changement aux ordres qu'on auraft reçus. Les militaires doivent se souvenir sans cesse de ce vers de Voltaire :

Qai fait plos qu'il ne doit ne sûc H* 91e servir.

Quand on aura passé la nuit 4ipa une embpscade, ou qu|ind il aura piv pendant toute la journée, on preadri

CSII4€.

\e» précaotiQQS dont aous avons parlé précédemment.

Une embuscade placée dans un défiléf doit y laisser entrer antant d'ennemis qu'elle croit pouvoir en battre :, ce calcul ne doit cependant pas être fait par une valeur présomptueuse.

Aussitôt que la tête de la colonne des ennemis est proche de la première partie de l'embuscade, celle-ci se montre, et ferme la sortie du défilé ; une seconde coupe la file, et sépare ce qui est entré dans le défilé d'avec ce qui n'y est pas encore; une troisième tombe sur le milieu de ce qui est compris entre ces divisions : des troupes ainsi divisées et entourées, sont bientôt forcées de mettre bas les armes.

Pour les forcer à se rendre plus vite, on leur donne le choix entre la mort et une capitulation honorable.

Quand le défilé est formé par des montagnes, on place l'embuscade ou sur le derrière de la hauteur, ou sur le penchant qui domine le défilé. Dans tous les cas, le détachement qui doit fermer la sortie du défilé, doit être le plus voisin de l'endroit où il doit combattre ; les autres ne doivent se montrer que lorsque celui-ci a commencé l'attaque. C'est par son feu que le premier détachement avertit les autres parties de l'embuscade qu'il est temps de donner.

Un bois qui borde un chemin est favorable pour l'établissement d'une embuscade : on se gardera bien de placer les troupes trop proches de la lisière du bois, parce que les partis ennemis ne manqueraient pas de les découvrir. Gomme la crainte ou la paresse empêchent ordinairement les éclaireurs de pénétrer très avant dans répaisseur des bois, l'embuscade sera en siireté quand elle sera i la distance indiquée ci-dessos.

On doit, daps cette circoiiitaiipe, placer les sentinelles et les pelotons observateurs conune nous l'avons dit précédemment.

On fera accommoder le chemin qui mènera de l'endroit où l'embuscade sera placée, jusqu'à celui où elle devra assaillir l'ennemi; s'il se rencontre dans cet intervalle de petits ravins ou des fossés, on les comblera, ou bien on y construira de petits ponts à la manière des habitahs du pays.

Il vaut mieux, dans les bois^ former plusieurs petites embuscades qu'une seule ; plusieurs colonnes qui se montrent en même temps, en imposeqt davantage à l'ennemi qu'upe seule cchlonne, quelque profonde qu'elle soit.

De toutes les espèces de bois, je^ taillis sont les plus favoral^les aux embuscades.

Les haies peuvent servir à embusquer des troupes, lorsqu'elles sont a^hsez hautes et assez fournies pour que des soldats placés derrière, ^ genoux ou assis, ne puissent pas être découdverts par les cavaliers ennemi:» qui passent dans les environs. On fuit des trouées dans les haies qpi cachent une embuscade, afin que les soldiits puissent se porter avec facilité sur l'objet qu'ils doivent assaillir : il ne suiBt pas que le front de la troupe embasqaé^ derrière une haie soit couvert, il fai|t que ses Qancs le soient aussi.

On partage les embuscades qui sont dressées derrière une haie, sqiv^pt l'objet auquel elles sont destinées ; on place les sentinelles et les pelotons oliservateurs comme nous l'avoua dit plus haut.

Un jardin, un verger et un parc ne sont propres aux embuscades qn'aiitant qu'ils oflrent, par les murs pu les haies qui les enceignent, par les charmiUea qui tes entourent* ou pfur 1'^

MO

snATAGims, ne.

painenr des bosquets qui les composent, une cloison que l'œil ne pent percer. Ces embuscades agissent comme celles qui sont dressées dans les bois. Un ravin qui est crensé dans ane plaine qne Tennemi doit traverser, ou qui borde un chemin qu*il doit suivre, est favorable pour une embuscade, quand 11 est assez profond pour que des soldats à genoux ou assis ne puissent pas être vus de loin. On dispose les troupes dans le ravin, suivant l'objet auquel elles sont destinées, et on emploie pour qu'elles ne soient pas surprises, les moyens que nous avons donnés plus haut. On doit encore pratiquer des rampes sur les deux tains du ravin, afin que les troupes puissent en sortir avec facilité, soit pour assaillir l'ennemi, soit pour faire retraite.

Si l'ennemi doit cAtoyer le bord d'une rivière, on peut former une embuscade au milieu des arbres ou des joncs qui en bordent la rive. Ces embuscades se conduisent comme nous l'avons dit plus haut.

Si les bords de la rivière sont relevés, et si l'eau laisse découverte une plage un peu considérable, on peut encore former une embuscade en cet endroit. On suit, dans cette circonstance, les principes que nous venons de donner pour les ravins.

Quand l'ennemi est obligé d'envoyer chercher de l'eau, ou abreuver ses chevaux à une rivière qui est à une certaine distance de son camp, on peut former une embuscade ou sur le bord de la rivière, ou derrière quelqu'autre objet favorable à une opération de cette nature. On doit, dans cette circonstance, mener seulement de la cavalerie, tomber sur l'escorte avec rapidité, et s'occuper plus à prendre des chevaux qu'à faire des prisonniers : il

en est à-peu-près de même quand oa attaque des fourrageurs.

Quand l'embuscade est destinée contre un ennemi qui veut passer une ri- «vière, on la dispose comme nous Tenons de le dire, et elle se condnil comme nous l'avons indiqué plus haut.

Lorsque les chemins creux traversent ou côtoient la marche de rennemi, ils peuvent être considérés oomme des ravins; lorsqu'ils tiennent lieu d'un chemin ordinaire ils doivent être regardés comme des défilés.

Quand un chemin sur lequel on doit assaillir l'ennemi est bordé de fossés^ on construit des ponts sur ceux qui sont du cAté par lequel on doit arriver. Si on ne peut construire des ponta, on comble ces fossés, ou 'au moins on y pratique des rampes. Quant aux fossés qui sont creusés sur le cAté opposé à l'attaque, au lieu de les combler, on les rend encore plus larges et plus profonds.

Une digue ou une chaussée élevées au-dessus du niveau de la campagne, un fossé dont les terres sont relevées en talus, peuvent encore favoriser une embuscade ; on met ses troupes ventre à terre sur les revers de ces objets, et là on attend en silence que l'ennemi approche. On emploie, pour sa sûreté personnelle , les moyens dont nous avons parlé précédemment.

On peut dresser une embuscade dans une maison, ou derrière une maison, dans un village ou derrière un village.

Sait-on que l'ennemi doit passer à portée d'une maison isolée, on y fait entrer sa troupe ; on place des sentinelles ou sur le toit de l'édifice ou sur des arbres du voisinage; on attend en silence que la moitié de la troupe en* nemie ait dépassé la maison ; on en

CBS8AC.

Mi

sort alors avec impétuosité, et od attaque avec yigaeur. Dans cette circons* tance, il faut craindre que Tennemi , averti de votre projet, ne vous attaque dans la maison où vous vous êtes embusqué, et ou il sera difficile de vous défendre. S'il n*ose vous assiillir, et qu'il poste un faible détachement visà-vis la porte par laquelle vous devez sortir, il vous met dans Vimpossibilité de troubler sa marche. Le petit détachement qui a masqué la porte ne craint même pas d'être entamé en se retirant; vous ne pouvez sortir qu'en défilant , et il fait sa retraite sous la protection d'un corps de troupes que vous n'aviez espéré vaincre qu'en le surprenant. Il vaut donc mieux dresser une embuscade derrière une maison que dans son intérieur.

L'embuscade qu'on dresse derrière une maison n'offre aucune difficulté nouvelle : le grand objet dans les entreprises de ce genre, c'est de s'assurer une retraite, et ici on le peut avec facilité.

Si l'ennemi doit traverser un village dont les habitans vous sont dévoués, vous pouvez embusquer votre détachement dans les maisons et dans les rues voisines de celles qu'il doit suivre. Comme les troupes qui traversent les lieux habités marchent ordinairement avec assez peu d'ordre, et sur un front très peu étendu, vous parviendrez aisément à prendre ou à battre celle que vous aurez laissé entrer. En supposant qu'une embuscade placée dans un village peut être heureuse, nous calculons, il est vrai, sur une des plus grandes fautes que l'ennemi puisse commettre : c'est celle de marcher sans être précédé par des partis chargés de bien fouiller tous les lieux qu'il doit traverser. Mais en guerre surtout, une grande partie des succès est

due aux fautes des adversaires (a). Oo ne doit jamais compter Je le sais, sur des fautes si grossières; mais on peut hasarder une entreprise de ce genre contre un chef imprudent, ignorant ou négligent, surtout si l'on a assez bien médité son opération pour n'a« voir rien à craindre dans sa retraite.

Si l'ennemi doit tourner un village, ou passer dans les environs, on peut lui dresser une embuscade couverte par les n^aisons ou par les jardins de: ce village. Ces embuscades doivent, avoir un succès plus heureux que celles dont nous venons de parler; elles sont d'ailleurs soumises aux ré* gles générales que nous avons établies plus haut.

Quand les blés sont assez grands pour couvrir un homme à genoux ou assis, ils peuvent servir à cacher une embuscade. Celles que l'on forme dans les champs sont presque toujours les meilleures; l'ennemi ne soupçonne guère qu'on ait pu en dresser dans ces endroits. Pour ne point faire naître la méfiance de son adversaire, on entre toujours dans le champ par ses derrières ; on reste à cent cinquante ou deux cents pas du chemin ou du passage de l'ennemi ; on place les hommes à quelque distance les uns des autres, et on leur recommande de ne point fouler le blé qui les sépare; on prend du reste, pour la sûreté de l'embuscade, toutes les précautions que nous avons détaillées précédemment : on sent bien que ce genre d'embuscade n'est propre qu'à l'infanterie.

En rase campagne, vous poovex

(1) On félicitait le célèbre duo de Malboroogh sur lei Tictoires; il répondit : Eit-ce que TOUS ne savei pM d'où Tienneiit Met snccéit J'ai fait cent ùntM ; mm en ont dit eent et une.

Mi

STRATAGéMBS, ETC.

dresser une embascade en cachant à rennemi la véritable force de vos troupes. Pour cela, vous pouvez, 1« placer votre infanterie derrière votre cavalerie; 3« mettre de l'infanterie ventre à terre derrière un petit corps d'Infanterie en bataille ; 3* enfln marcher assez serré pour que l'ennemi croye n'avoir affaire qu'à une troupe peu considérable.

Bans la plupart des embuscades, la cavalerie peut porter les fantassins en croupe jusqu'à ce l'on soit arrivé à une petite distance de l'endroit où l'on veut se poster ; ils mettent pied à terre, se forment derrière la cavalerie, attendent l'approche de l'ennemi. Quand il est à une demi-portée de fusil, la cavalerie fait un mouvement de conversion à droite et à gaudie ; l'infanterie fait une décharge bien ajustée, fond sur les soldats ennemis avec impétuosité ; et s'ils prennent la fuite, là cavalerie achève leur défaite, en criant : victoire (a) !

Dans la seconde espèce d'embuscade, on doit observer de placer l'infanterie qui est en bataille sur un terrain plus élevé que l'infanterie qui est ventre à terre.

Quand on veut dresser une embuscade pour arrêter un courrier, on la place comme nous l'avons dit; on divise en deux parties le détachement qu'on destine à cette entreprise; on en met une division sur la crête de la hauteur, et l'autre plus bas. Si Ton a dressé l'embuscade dans la plaine, on place les deux divisions à deux cents pas l'une de l'autre:

si, dans cet intervalle, il se rencontre un chemin que le courrier puisse

(a) Plas d'une fols, for le champ de bataille, l'éloqueiice des mots: tU9l tnet vielofrtS pieê&énl a produit autant d'effet <iue les baïonnettes.

enfiler, on a l'attention de couper ce chemin par des fossés larges, profonds, et cependant assez éloignés de la route pour qu'on ne puisse pas apercevoir les i^oupures. Si on ne peut couper le chemin, on l'embarrasse avec des troncs et des branches d'arbre ; on détruit, autant qu'on le peut, les passages qui communiquent dans les champs voisins. La première embuscade se montre, aussitôt que le courrier l'a dépassée de quelques pas ; elle se porte avec rapidité sur la route; et tire en même temps quelques coups de fusil sur le courrier et sur l'escorte, tant pour diminuer le nombre des ennemis que pour avertir la seconde embuscade: à ce signal celle-ci paraît, marche au-devant du courrier, combat l'escorte, et la force de se rendre. Dès que l'escorte a mis bas les armes, on s'empare du courrier; on le fouille avec beaucoup d'attention; on empêche qu'il ne jette ou qu'il ne déchire ses dépèches; on fouille aussi les hommes qui l'escortaient ; on les désarme, et on reprend aussitdt le chemin de l'armée dont on est détaché, amenant avec soi le courrier et ses dépêches, et laissant son escorte derrière avec une garde capable de la contenir.

Tout en ayant des égards pour la prisormiers, on les surveillera avec soin.

Les cavaliers qu'un parti de cavalerie aura fait prisonniers, seront monta sur les plus mauvais chevaux du détachement; on enlèvera la bride au cheval et les éperons au cavalier. Si un officier d'infanterie fait un parti de cavalerie prisonnier, il fera marcher les cavaliers à pied, et confiera les chevaux à ceux de ses soldats qm* seront blessés, malades, faibles, ou à ceux qui seront le plus exercés dans

CfeftSAC.

Vnt de eondnire un cheval. Pendant la marche on placera les prisonniers vers le centre du détachement, et on destinera déni petits partis pour marcher sur leurs flancs. Si l'ennemi paratt vers le flront de la marche, on (éra passer les prisonnier^ vers les derrières. Pendant Fescarmouche, on obligera les prisonniers de s'asseoir ; on les avertira que le premier qui Se lèvera sans en avoir reçu un ordre exprès, sera fusillé.

Une embuscade destinée à s'emparer d'un officier-général, se poste, se divise et se conduit comme celle qui est destinée à prendre un courrier. Quant A la manière dont on doit en agir avec les personnes qu'on a prises, nous renvoyons à ce que nous avons déjà dit. Êtes-vous averti que l'ennemi doit tenter pendant la nuit de surprendre le poste que vous occupez, vous pouvez espérer, en lui dressant une em« buscade, de le battre, ou au moins de lut ôter Tenvie de poursuivre son entreprise. Instruit du chemin qu'il doit tenir, de l'heure à laquelle il doit arriver, de la manière dont il a disposé sa marche, vous allez vous placer dans un endroit favorable à une embuscade. Pour n'être ni découvert ni surpris, vous prenez toutes les précautions que nous avons détaillées précédemment; vous partagez vos troupes en cinq ou six divisions ; vous laissez A l'ennemi le chemin de la retraite ouvert, et vous vous ménagez le moyen de vous retirer vous-même en sûreté, en cas que vous n'ayez pas tout le succès dont vous vous êtes flatté. Vous placez là plus considérable de vos divisions en travers du chemin que l'ennemi doit tenir : cette division est ta plus rapprochée de votre poste, toutes leè antres sont sur le flanc de U lùaréhë M du eôtë de votre retraite ;

vous les mettez assez proches les unes des autres, pour qu'elles n'aient affaire qu'à une quantité de troupes qu'elles puissent battre. L'ennemi approche; il passe devant les quatre ou cinq premières divisions, sans que celles-ci se découvrent; il marche et donne enfin au milieu de celle qui est en travers du chemin. An premier coup de fusil que celle-ci tire, les autres embuscades se montrent, marchent à l'ennemi en faisant feu et en poussant de grands cris: aus<:itdt qu'elles l'ont joint, elles ne tirent plus, et font usage de l'arme blanche. Quelle troupe attaquée en même temps par sa tête et par ses flancs, au milieu d*ui1c nuit obscure, sur le bord d'un bois épais, ignorant par qui elle est assaillie, occupée de projets de conquête, et marchant avec peu d'ordre, parce qu'elle ne croit avoir rien à redouter ; quelle troupe, dis-je, ne sera pas alors mise en fuite? Dans celte circonstance on doit se garder de pousser trop les fuyards; on doit avoir pourvu à sa retraite, avoir posté assez avantageusement ses troupes, et calculé assez bien leur marche pour qu'elles regagnent leur poste avant que l'ennemi oit pu l'attaquer, quand bien même il aurait suivi un autre chemin.

Si deui chemins difTérens peuvent conduire l'ennemi à votre poste, vous vous porterez sur celui qu'il devra naturellement suivre, et vous placerez un détachement sur l'autre, aQn d'être averti à temps pour rentrer dans votre poste avant qu'il soit attaqué.

Quand on a dressé une embuscade auprès de laquelle l'ennemi ne doit pas passer, et vers laquelle il faut par conséquent l'attirer, on envoie de petits détachemens sur tous les chemins et vers tous les endroits où l'on es* père lé rencontrer; aussitôt que ces

sTBÀTAeiins, btc.

détachemens voient qu'ils ont été aperças, ils commencent à se retirer lentement et en ordre : pour animer l'ardeur de Tennemi et pour lui ôler toute méfiance, ils ont le soin de faire balte de temps en temps. Dès le premier instant ils ne se retirent pas vers la véritable embuscade ; ils prennent un chemin opposa, mais qui a Tair de les mener vers un endroit propre à une embuscade. Bientôt, cependant, ils changent de route; cette incertitude ajoute à l'ardeur de l'assaillant ; l'idée d'embuscade s'efface de son esprit. 11 s'abandonne à la poursuite de ceux qui se retirent ; ceux-ci , a mesure qu'ils approchent davantage de Fembuscade, offrent plus de désordre; et quand ils sont à sa hauteur, ils prennent la fuite. L'ennemi , trompé par cette manoeuvre, poursuit les fuyards le plus vite qu'il le peut.

Quand le petit détachement a dépassé les premières troupes de l'embuscade, il se rassemble, et fait feu pour avertir les troupes embusquées: celles-ci se conduisent alors comme nous l'avons dit plus haut.

Pour attirer l'ennemi et l'engager à donner dans une embuscade , on peut faire courir le bruit que tel jour, i telle heure , on attend , ou qu'on fait partir un convoi précieux. On fait partir en effet ce jour-là quelques voitures; on leur donne une escorte ordinaire. Celui qui la commande a l'ordre de se retirer vers l'embuscade, dès le moment où il sera découvert, mais de faire sa retraite avec assez de lenteur pour exciter l'ardeur de l'ennemi. L'assaillant joint bientôt le convoi ; l'escorte l'abandonne après avoir dételé les chevaux ; le vainqueur s'occupe à piller les voitures, à les atteler de nouveau. Dans ce moment, l'embascade se montre, l'escorte reparaît.

et l'ennemi surpris est bttta on fait prisonnier.

On peut remplacer un convoi |iar un troupeau de bœufs ou de moirtons^ qu'on envoie paître à portée d'un postCf ou d'une ville ennemie. L'escorte des troupeaox se conduit comme celle du convoi.

Les détachemens qui sont envoyés pour attirer l'ennemi dans une embuscade, doivent suivre, dès qu'ils sortent du camp , un chemin différent de celui que doit tenir le cinrps qui va s'embusquer.

Toutes les fois que l'ennemi aura été averti que vous lui avec dressé une embuscade , vous pourres* renoncer à votre projet. Votre adversaire ne se mettra pas en marche, on bien il prendra assez de troupes pour ne point craindre votre attaque , et il marchera avec assez de précaution pour n'être point surpris.

Vous vous retirerez encore toutes les fois que votre embuscade aura été découverte par des paysans que vous aurez poursuivis en vain , et surtout quand vous serez dans un pays dévoué à votre ennemi. En effet, vous attendriez vainement; le convoi, le courrier, etc., auront pris une autre route; peut-être même votre adversaire vous aura-t-il dressé lui-même une embuscade du genre de celles dont nous nous sommes occupés.

Vous lèverez aussi votre embuscade, quand quelque parti ennemi que vous aurez poursuivi vainement, aura rôdé long-temps autour de votre poste. 11 en sera de même, quand quelqu'un de vos soldats, brave et intelligent, aura déserté, sans que les pelotons observateurs s'en soient aperçus, ou sans qu'ils aient pu l'arrêter.

Il sera prudent de vous retirer encore, quand vos sentîncdies vous ayant

CB8AAC

a?erti de rarrirée de rennemi, vous aurez reconnu, très distinctement, qu'il est beaucoup plus fort que vos espions ne vous l'avaient dit, et qu'il marche avec précaution ; vous lèverez, en un mot, votre embuscade , toutes les fois que le grand avantage que vous eût donné la surprise aura été rendu nul, ou par la force très supérieure de l'ennemi ou par la décou* verte qu'il aura faite de vos projets.

Quant à la manière de faire votre retraite dans les occasions où \ous lèverez une embuscade, nous croyons l'avoir suffisamment expliquée. Nous dirons seulement ici qu'à l'instant où vous commencerez à marciier, vous dépêcherez , à la hûte, des ordonnances vers les postes de votre parti qui sont les plus voisins, aGn qu'ils viennent au-devant de vous, pour arrêter la poursuite de l'ennemi : cette dernière observation s'applique généralement h toutes les retraites.

Quoique vous ayez été découvert par un parti ennemi, par des paysans, ou trahi par des déserteurs, vous pouvez cependant former encore une nouvelle embuscade , et espérer qu'elle sera heureuse; vous n'avez, pour cela, qu'à vous rapprocher du camp ennemi. Votre adversaire, persuadé que vous vous êtes retiré, ou que vous êtes toujours dans votre première position, marchera, sans précaution, jusqu'à ce qu'il soit près de l'endroit où il vous croit tapi; profitez de ce désordre, et vous vaincrez. Dans cette circonstance , comme dans toutes les autres , n'oubliez jamais surtout que vous avez une retraite à faire.

La manière la plus sûre de ne point donner dans les embuscades, consiste à être persuadé que l'ennemi a profité de tous les objets favorables, et à marcher avec toutes les précautions que m.

la prudence peut suggérer. Vous re« doublerez d'attention et de soins, quand vous marcherez la nuit, et pendant des brouillards épais; ces deux circonstances sont, conune nous l'avons vu, très favorables aux embuscades. Vous ne passerez jamais au pied d'une montagne ou d'une colline, sans en avoir fait reconnaître les penchans et la hauteur ; auprès d'un bois, sans l'avoir fait fouiller ; dans un chemin creux, sans que vos éclaireurs en aient examiné les environs; à portée d'une digue ou d'une chaussée, sans qu'ils en aient visité les revers; dans les environs d'une maison ou d'un village, sans vous être assuré que l'ennemi ne l'occupe pas, etc. Pour que toutes ces reconnaissances ne ralentissent pas trop votre marche, vous aurez le soin de pousser vos éclaireurs en avant, et vous prendrez la précaution de les lier avec vous par le moyen de quelques postes intermédiaires.

Si vous êtes assez heureux pour découvrir, avant de quitter votre poste, que l'ennemi vous a dressé une embuscade, vous pouvez ou différer l'exécution de l'entreprise que vous aviez méditée, ou suivre un autre chemin que celui que vous aviez projeté de tenir, ou augmenter assez le nombre de vos troupes pour ne point craindre d'être attaqué , ou enfin dresser vous-même des embuscades à renne-> mi {a) : les trois premiers moyens n'ont

(a) PaallD, général d*Othon, initruit par des déflertean de Tannée de Cécinna que ce général lui a dressé une embascade, euToie nne partie de ses troopes s>mbosqaer prés deeeUe des ennemis, et il nurehe tTec !• reste comme s*il n'arait eu aucun avis. L*année de Cécinna fat taillée en pièces, parce qu'elle perdit courage dés le moment où Tembuscade do général d'Othon se montra.

8TRATA6ÉMBS, ETC.

besoin que d'être indiqaés. Entrops dans quelques détails relativement au quatrième.

Quand vous serez instruit delà force de l'embuscade que l'ennemi a préparée et de l'endroit où il l'a placée, tous pourrez employer un des moyens que nous avons détaillés, ou bien en* Toyer d'avance, et avec le plus grand secret, un fort détachement s'embusquer dans le voisinage de l'embuscade de l'ennemi. Le convoi ou le courrier partiront à l'heure qui aura été précédemment prescrite. Aussitôt que Tembuscade de vos adversaires se montrera, la vdtre quittera sa retraite, marchera avec la plus grande vitesse, et tombera sur les derrières des ennemis, au moment où ils seront aux mains avec l'escorte du convoi, ou du courrier ; celle-ci, ranimée par votre présence, redoublera d'efforts ; le combat changera nécessairement de face, et vous serez, sans doute, vainqueur.

On peut encore tenter avec succès de surprendre un ennemi embasqué, en se présentant par les derrières de son embuscade, en lui faisant croire que l'on est un surcroît de forces qoe son général lui envoie; ou en employant, tant pendant le jour que pendant la nuit, quelques-uns des stratagèmes dont nous avons eu occasion de parler dans le cours de cet ouvrage.

Si l'on est déjà en marche, quand on apprend que l'ennemi a dressé nue embuscade, on peut, ou faire retraite, ou changer de route, ou suivre la même, en prenant les précautions que la prudence exige, ou, ce qui est mieux encore, aller attaquer les troupes embusquées jusque dans leurs postes. Dans cette circonstance, on prend la précaution de mettre en lieu de sûreté le convoi qu'on était chargé de conduire. L'embuscade, frappée de votre intrépidité, sera déjà vaincue par la crainte.

EXTRAITS DE SANtA'-CRVK.

DSS SltôTJSOADSS.

Des fini ordinairef des etnbnicades. — De quelle sorte et de quel nomltre de troapes il faat composer les embuscades.

Toute action qui est la snite d'tttie embuscade, peut se nomnfier surptise.

Mais on ne réussit pas toujours aussi bien par une autre sorte de surprise, que par tine embuscade : car il n'est guère possible de surprendre lea ennemis, surtout cpiandiis lùarchent de jour dans leur propre pays, si à la faf eur de l'obscurité de la nuit vous ne yous Biettez en embuscade sur leur paasage.

Les embuscades servent pour entêter les bestiaui, qui eu certaine saison de l'année passent d'une province à l'autre. En ce cas il en faut former plusieurs en un même temps et sur divers chemins ; parce qu'après les enlèvemens qui auront été faits le premier jour, les ennemis prendraient de^ mesures pour empêcher que les troupeaux qui passeraient dans la suite, ne fussent insultés.

Lorsqu'il n'est pas aisé de faire plusieurè embuscades à la fois, dùnt chacune soit aussi forte que la troupe des ennemis qui peut survenir, il suffit de les composer de petits partis de cavalerie, et de donner ordre à tons les eommaudans de faire retraite jusqu'à un certain endroit désigné, où le gros de vos troupes est demeuré caché : ce qui vaut une seconde embuscade ,

comme vous le Verrez dans la suite.

Le détachement qu'on fait de phn sîèurs partis, qui après s'être avancés là miit dans l'intérieur du plays enne^ mi, enlèvent en revenant tous les be^ tiaux qui paissent chaque jour daiÉs ces contrées, regarde mdins le sujet des embuscades 4 que celui des courses*

Lea diverses embuscades que j'ai proposé de faire en un mènle temps, servent pour enlever les marchandisds et les passans^ la veille ou le lehde«main d'une faire, et de certaines fêtes, oA il survient un grand concours de peuple des lieux voisins.

Qu'il y ait dans chaque endbuacade cinq ou rix soldats vêtus en paysans ou en bourgeois du }>aysy afin qu'on rie voie pas de loin l'habit d'ordonnance lorsque les soldats sortent de Tenibuscade pour enlever les passans; eér jusqu'à ce que quelques-uns ddb passons s'échappent, les troupes de l'embuscade peuvent continuer d'agir, cofume je le ferai voir un peii plus bas.

Formez une embuscade^ lorsque par de bons espions vous abrêz avis du jour que doit être en mardie, et du chemin que doit tenir un convoi de chevaux de remonte, de soldats de recrue, de vivres, de munitions, d'armes, etc., escorté de moins de troupes que celle que vous pouvez mettre en embuscade.

MB

STEATAGBiite, BTC.

Les avis qae vous recevrez par avance de vos espions ou des personnes avec qui vous êtes en intelligence, voQS donnent la facilité de pouvoir enlever dans une embuscade un général ou un prince ennemi , qui se détache de son armée pour reconnaître quelque terrain ou quelque place, ou pour tout autre motif.

Si vous avez dans l'armée ennemie quelqu'espion qui ait assez d'intrigue pour être instruit et vous donner avis quel jour, par quel chemin, et avec quelle escorte les ennemis doivent envoyer au fourrage, vous pouvez former l'embuscade prés de ce chemin. Si la distance et le chemin le permettent, il vaut beaucoup mieux vous mettre en embuscade prés de l'endroit où le fourrage se doit faire, pour sortir et attaquer les fourrageurs, lorqn'ils seront déjà dispersés ; tandis que vous ferez avancer le gros détachement contre l'escorte , que vous trouverez sans doute en ordre de bataille. Mettezvous toujours en embuscade dans les endroits plus éloignés que ceux qui seront battus par les ennemis, qui ont coutume de former la chaîne dans l'enceinte de laquelle se fait le fourrage.

Quelquefois on met en embuscade dans différons endroits de petits partis de cavalerie ; et lorsque les fourrageurs sont dispersés, chacun de ces partis sonne l'alarme l'un après l'autre, afin que les ennemis, qui ne savent de quel côté est la véritable attaque, rassemblent leurs gens; et comme ils perdent ainsi le temps, la nuit arrive avant que le fourrage soit fait : ce qui les obligera d'envoyer une seconde fois au fourrage; car plus on fatiguera leur cavalerie, plus elle s'affaiblira et se détruira.

Lorsque l'armée va prendre îcs

quartiers, ou lorsque les troupes en sortent pour aller au printemps former l'armée, on peut dresser des embuscades contre ces troupes.

Ordinairement les embuscades pour prendre langue sont composées d*un petit nombre de la plus légère cavalerie, de paysans armés, ou de fantassins fort agiles sur les montagnes ou dans un pays coupé par des haies» des ravins, ou des bois épais. On ne doit pas permettre aux prisonniers desquels on veut prendre langue, de s'entretenir ensemble, de'peur qu'ils ne vous trompent par quelque faux avis qu'ils concerteront entre eux.

On détache aussi quelquefois à Faventure, de petits partis pour faire des prisonniers, ou pour enlever de petits convois des ennemis, entre l'armée et les villes de )enr plus gros conmierce.

Il faut pour l'une et l'autre de ces expéditions, qu'il y ait avec ces partis de très bonsguides qui sachent tous les petits ponts, tous les ruisseaux, les passages des marais, et les sentiers des bois afin de pouvoir se retirer par des chemins inconnus aux ennemis.

Quelques auteurs établissent pour règle générale, que les embuscades doivent être composées d'un nombre de troupes plus grand que n'est celui des ennemis qu'on attend dans la même embuscade. Cette règle peut être fausse de deux manières : 1® lorsque les ennemis marchent par des défilés, à la sortie desquels il est certain qu'un plus petit nombre de soldats les battra aisément; 2» lorsque les ennemis ont i une certaine distance un corps supérieur de troupes pour vous couper la retraite.

Si vous ne fondez pas la sûreté de votre retraite sur la force de vos corn* battans, mais uniquement sur leur adresse et sur leur vitesse, composez

SANTA-CHUt.

rembuscade de votre cavalerie la plus légère, et du nombre seulement qae vous croirez nécessaire pour défaire la troupe ennemie contre laquelle Tembuscade est formée ; mais si vous êtes supérieur aux ennemis en nombre de cavalerie, et s'il ne se rencontre point de déBlés sur votre retraite, alors, quoique le gros de leur armée soit plus considérable que le vôtre, vous devez former l'embuscade de toute votre cavalerie, pour battre celle des ennemis qui peut venir au secours ; car leur infanterie ne pourra faire obstacle à la retraite de votre cavalerie, ou de vos dragons.

Quand la retraite peut être courte, et par un chemin rude, Tembuscade se compose déplus d'infanterie que de cavalerie : mais si la retraite doit être longue et par un chemin plein et découvert, je ne voudrais d'autre infanterie que celle que la moite de ma cavalerie peut porter en croupe ; tandis que l'autre moitié, débarrassée de ce poids, couvrirait mon arrière-garde.

Si votre dessein est d'incommoder les ennemis par de petites embuscades, mais fréquentes , le chevalier Melzo, dans ses RègîesmUUaires^coïïselWe d'en former de temps en temps une grosse, afin que le général ennemi craigne de faire des détachemens contre vos partis.

La marche pour les embuscades se fait secrètement et ordinairement de nuit, de la même manière que pour les surprise. J'ajoute qu'il faut faire défense de mener des chiens qui aboient la nuit au moindre bruit qu'ils entendent, ce qui peut faire découvrir votre mar- .che ou votre embuscade par les partis ennemis , qui , à Vaboiement des chiens, s'approcheront pour reconnaître le poste où ils l'entendent.

Ce fut par cet inconvénient que

l'embuscade que M. de Gevaudan avait dressée en 1703, contre les fana* tiques, dans le territoire d'Uzès, fut découverte, et n'eut aucun succès.

Vous ne permettrez pas que, dans la marche pour une embuscade, il y ait des chevaux qui hennissent, ni des jumens, des mules, des chevaux hongres, parce qu'ils feront hennir presque tous les chevaux entiers.

On lit dans les Commentaires de César, que le hennissement d'un cheval fit manquer une embuscade.

Ne vous embarrassez que le moins que vous pourrez de volontaires et de valets : ils embarrassent plus qu'ils ne servent, parce qu'ils ne trouvent point de poste qui leur convienne. Ils ne peuvent s'empêcher d'aller toute la nuit et tout le jour d'un côté et d'autre ; et ne comprennent pas de quelle importance il est de demeurer cachés, et d'obéir aux ordres; surtout les volontaires, qui ordinairement sont de jeunes gens sans expérience. Quant aux paysans et valets , ils ne font pas difficulté de s'écarter pour voler.

Vous préviendrez vos troupes que si, à l'endroit de l'embuscade, il part quelque gibier, personne ne doit courir après, ni tirer dessus ; parce que ce désordre, qui est suivi ordinairement de grands cris, et le bruit du coup de fusil, pourraient faire décou* vrir l'embuscade.

Vous avertirez aussi qu'on ne laisse aucun cheval détaché ; parce que s'il vient à s'effaroucher par quelque accident, il se met à courir, et alors, tant le cheval, que le soldat ou le valet qui va le chercher, pourraient donner connaissance de l'embuscade aux partis ennemis, ou aux paysans, qui les verraient des montagnes voisines.

Don Bernardin de Mendoza, dans sa

STRÀTAGËIfBft, ^TC.

TMqriepratipe de (a guerre, et le chevalier Melzo, dans ses Règles mililaires, CQnaeillent que si yqus avez à passer un petit terrain sablonnjeux, afinqi^e lesennemis ne découvrent pas votre embuscade, par la piste ou la trace des homnaes et des chevaux, vous devez mettre des fantassins à l'arrière-g^rde, qui marchent en traînant par derrière des rameaux, ou une sorte dje rouleau, qui efffce la trace, 91 cp petit passage eçt sur 1^ bou/e.

Tâchez d'entrer 4^1 rj^m)>uscade par un petit endroit où il n^ ;r.este aucune tracje.

Lorsqjae vous quitterez le chemin, faites continuer la marche dans ce même chemin par un parti qui marchera sur un plus grand front que les troupes qui vont s^ mettre en embuscade, et se retirera ensuite par un autre côté. S'il est nécessaire que ce parti revienne à l'embuscade, il commencera sa contre-marche de quelque endroit où le terrain se trouvera dur, et la continuera avec moins de front que celui qu'il a tenu en pliant.

Quelquefois les anciens ont fait ferrer à revers les chevaux qui faisaient l'arrière-garde.

De ^*heure et def lieux propres pour les emboscadei.

N'arrivez pas à l'embuscade beaucoup auparavant l'heure que les ennemis y viendront donner, parce qu'en moins d'heures, il peut survenir moins d'accidens qui la fassent découvrir.

Melzo dit que vos soldats se laisseront gagner par le sommeil, s'ils arrivent trop tôt à l'embuscade, inconvénient qu'il faut tacher d'éviter dans une embuscade, ainsi qu'on le verra un peu plus bas.

Le nom d'embuscade porte son ély-

mologie, puisque c'est ordinairement dans les bois que les troupes se cachent, surtout quand elles sont en dombre, et qui par conséquent ne sauraient se cacher facilement dans quelqu'aotre endroit.

Les grandes embuscades, faute de bois, se forment dans les vallons ; ^y aot soin d'en mettre de fort petites sur les éminences voisines, pour arrêter les chasseurs, les travailleurs et les passans qui, de ces hauteurs, pourraient découvrir vos troupes, et en porter la nouvelle aux ennemis.

Gonune il est à présumer que, parmi plusieurs paysans et plusieurs travailleurs, il peut y en avoir quelqu'un qui découvre votre embuscade, et qui s'échappe pour en aller donner avis, il serait à propos de ne pas mettre Tenn buscade auprès des chemins trop fréquentés, ni auprès des champs où il y a des paysans qui travaillent à la terre.

Ne vous fiez pas sur ce que les ravins et les bois cacheront bien vos troupes, car elles ne garderont jtimais un silence tel que vous le souhaiteriez. Les chiens, quejes paysans mènent ordinairement avec eux, découvriraient l'embuscade, si elle n'est pas plus loin que jusqu'où les chiens ont coutume de s'écarter do chemin pour chasser.

On forme très commodément les petites embuscades dans les grottes djcs montagnes, et dans ces enceintes de murailles qui servent à enfermer les troupeaiix et les ruches à miel, et qui, en plusieurs pays, se trouvent dans des endroits déserts.

Les maisons de campagne, quoiqa'babitées, leurs basses-cours, et leurs jardins fermés de murailles, sont propres aussi pour les embuscades qui ne sont pas nombreuses ; pourvu que des moatagnes qui sont voisines et fréquentées, on ne puisse pas voir ce qui s'y passe.

Je suppose que de nuit vous surprenez tous ceux qui logent dans ces maisons de campagne^ sans permettre ensuite qu'aucun d'eux en sorte.

Dans un pays affectionné à votre prince, on peut mettre une grosse embuscade dans un bourg ou dans un village, ainsi que le chevalier Meizo dit l'avoir heureusement pratiqué avec le comte Henri de Bergh, pour surprendre un détachement de Hollandais, qui devait marcher tout près du village où ces deux officiers d'Espagne se mirent en embuscade.

Les ennemis ont toujours quelque espion dans les lieux qui sont sur la frontière; ainsi, quoiqu'un de ces lieux où vous devez mettre votre embuscade, soit fidèle à votre souverain, saisissezvous des passages pour empêcher que personne n'en sorte. Pour réussir dans cette surprise, faites avancer de nuit un parti qui investisse le lieu ; et si c'est de jour, que les soldats de ce parti, vêtus en paysans, marchent un peu loin les uns des autres, et qu'ils s'approchent autant qu'il faut pour occuper toutes les avenues nécessaires, avant que de ce lieu on découvre votre détachement.

Pendant que ce détachement se tient caché dans le lieu, vous laisserez des sentinelles tout à l'entour; et vous ferez publier une défense, sous peine de la vie, de passer au-delà de ces sentinelles.

Sur le clocher, ou la tour la plus %autç du lieu, vous mettrez un officier en sentinelle, qui, avec de bonnes lunettes d'approche, observera et vous fera savoir par quel chemin et en quel nomlNre les ennemis viennent; afin que vous commenciez de mettre en bataille vos troupes dans les rues, qui ne seront ni enfilées ni dominées par le chemin que les çnnemi^ tiennent.

Page 1