CRUZ
Si ce conmiandant ennemi sait spo métier, il ne passera pas auprè9 de ce lieu sans faire avancer un parti pouf prendre langue. Dans ce cas^ si votre sentinelle du clocher vous av^tit que ce parti se détache, faites retirer voi| troupes dans les rues opposées, et pas* tez seulement dans celles par où le parti entre , quelques soldats trave^-* tis, pour empêcher qa'auciin habitant n'avertisse le parti ennemi de ce qui se passe dans le lieu.
Il semble qu'en prenant toutes cee mesures, on pourrait mettre une em** buscade dans un lieu qui ne serait pes même affectionné pour votre prince»
Il sera néanmoins difficile, si le lieu est ouvert, d'empêcher entièrement les habitans de sortir, surtout de nuit. Quand même il y aurait de^ murs, m ne serait pas assez de fermer les por« tes, si l'on ne le garnissait tout autour de sentinelles et de patrouilles ; parce que dans les lieux feroiés, «pu ne sont pas places de guerre, il y a plur sieurs maisons qui donnent sur U campagne ; et des fenêtres de ces qmi* sons,'^ rien n'est si aisé que de descendre par des cordes.
Les plaines couvertes de grande }p\^ ou de bois taillis sont très commo4ee pour les embuscades d'infanterie seule; parce qu'on voit de loin en quelle n^e** nière et en quel nombre les ennemif viennent ; parce que vous pouvez sortir en ordre de bataille pour les attaftquer ; et si vous avez reconnu qu'île sont supérieurs, vous avez une re-« traite libre de tous <}6tâs. D'ailleors lest ennemis se défieront beaucoup moUnt en marchant par des plaines, q|ie s'ils marchaient par des tenrains coupés, ou par de grands bois.
Lorsque les ennemis doivent se met* tre en marche par un chemin où Ton trouve rarement de l'eau, surtout dans
9Bt
STRATAe&MBS, BTC.
une saison où il fait chand; si le terraia yoas permet de vous mettre en embuscade auprès de quelcfue fontaine, ou de quelque ruisseau, vous pouvez en attendre un heureux succès, quand même vous vous trouveriez inférieur en troupes: car les soldats ennemis, fatigués par la marche, ne manqueraient pas de se débander, comme nous le voyons arriver tous les jours en semblables occasions, sans que les officiers le puissent empêcher. Chaque soldat veut être le premier à étancher sa soif, ou à boire avant que les autres aient troublé Veau ; et comme ordinairement Teau, par son propre courant, creuse le chemin, elle fait un fossé qui oblige les troupes de défiler, et donne par-là le moyen d'attaquer la partie des troupes que Ton veut.
Alexandre avait parfaitement compris combien il est dangereux de ne pas empêcher que les troupes se débandent pour aller boire. Un jour d'été, étant suivi des ennemis, il remarqua que les soldats fixaient leurs yeux sur une rivière; et craignant qu'ils ne rompissent leurs rangs, il fit publier à son de trompe qu'elle était empoisonnée.
Don Juan de Gerceda, aujourd'hui maréchal de camp, avec quatre-vingts chevaux, battit et fit entièrement prisonnier un régiment d'infanterie anglais, étant sorti d'une embuscade pour le charger, pendant que les Anglais en désordre buvaient dans un ruisseau qu'ils trouvèrent sur leur chemin près d'Alicante.
L'eau des Gelbes coûta la vie à quatre mille Espagnols, qui, étant allés la chercher, donnèrent, en 1510, dans une embuscade de Maures.
Si vous devez vous tenir plus d'un jour en embuscade, choisissez un en-
droit où il y ait de l'eau, de peor qu'oo ne découvre vos soldats, lorsqu'ils sortiront pour en aller chercher.
Annibal choisit un endroit caché sur le bord d'une rivière, lorsqu'il fit halte pour attendre la nuit, et continuer ensuite sa marche vers Tarente, qu'il allait surprendre.
S'il n'y a point d'eau dans on endroit, où néanmoins on trouve tous les avantages du terrain pour une embuscade qui doit durer plus d*un jour»
imaginez quelque expédient, afin d'avoir assez d'eau pour les troupes, surtout si l'embuscade n'est pas composée de beaucoup de cavalerie.
Il n'est pas difficile de pourvoir les troupes de l'embuscade d'avoine, de pain, de viande cuite et de fromage pour tout le temps que l'expédition doit durer, la retraite comprise ; principalement si les officiers ont soin que les soldats ne prodiguent pas ces vivres.
Ordinairement, la plus grande attention des batteurs d'estrade est de s'avancer davantage vers l'avant-garde.
C'est pour cela qu'il vaut mieux vous mettre en embuscade à côté du chemin par où les ennemis viennent. Vous aurez encore, alors, cet avantage, de charger, avec votre front, le flanc des ennemis, qui ne saurait être soutenu ; et d'attaquer un plus grand nombre de troupes, que si vous chargiez l'avant-garde d'une armée qui défile, dont le corps de bataille et l'arrièregarde auraient le temps de faire retraite ou de se former.
J'ai dit qu'en postant l'embuscade à c6té du chemin , ce doit être plus loin que les batteurs d'estrade des flancs des partis avancés des ennemis ne s'écarteront : mais, aussi, ne tombez pas dans l'autre extrémité, qui est d'éloigner si fort l'embuscade du chemin,
SAICTÀ-CIIITZ.
qu'après 6tre sortis de Tembiiscade pour arriver aa chemin, vos ennemis aient le temps de réunir leurs troupes et de se former.
Plus Tembuscade sera loin de yos places ou de votre camp, moins les ennemis se défieront, surtout si après avoir divisé vos troupes, vous savez les rassembler secrètement de la manière queje raidit.
Il se peut que n' j ayant aucun endroit proche pour poster une embuscade, on soit obligé de la placer loin. En ce cas, il faut nécessairement faire une longue marche, ou deux de suite.
La plus grande difficulté est de pouvoir se promettre, de si loin, une retraite sûre : mais il se peut aussi que vous soyez supérieur en troupes, ou qu'il y ait une place de votre prince auprès dç ce poste, qui assure votre retraite.
Faute d*un terrain propre à cacher toutes les troupes nécessaires pour opposer à celles qui pourraient survenir, afin de délivrer celles que vous avez surprises dans Tembuscade, vous cacherez Tinfanterie à deux ou trois^ lieues plus en arrière de l'endroit où votre cavalerie est en embuscade, et sur le chemin par où elle doit se retirer : car l'infanterie ennemie, qui aura marché jusque-là, ne saurait suivre le pas de la vôtre qui est délassée ; et si la cavalerie des ennemis se détache, elle sera battue par vos deux corps, s'ils la chargent de la manière que je le dirai bientôt.
Disposition des embuscades.
Le chevalier Melzo veut qu'avant de rompre les rangs pour entrer dans l'embuscade, ou avant d'y poser les armes, on reconnaisse s'il n'y aurait point aux environs quelque embuscade
des ennemis. Le même Melzo demande que les troupes soient distribuées sans confusion dans l'embuscade , afin qu'elles puissent sortir en ordre, sans se pousser les unes sur les autres.
Dès qu'on est arrivé au lieu de l'embuscade , le commandant de chaque troupe doit la passer en revue. S'il manque quelque soldat, quelque valet, ou autre personne, il en donnera sur le champ avis au chef de l'expédition, afin qu'il examine quel parti il doit prendre. On peut de temps en temps faire la même revue.
Pour éviter la désertion des soldats, lorsqu'on est dans l'embuscade, ou pour empêcher que les maraudeurs qui s'écarteraient pour aller voler dans les maisons de campagne, ou pour enlever les troupeaux de la contrée, ne fassent découvrir l'embuscade, vous défendrez à toute personne, sous peine de la vie, de s'avancer jusqu'en droiture des sentinelles, dont vous aurez entouré toute l'embuscade. Ces sentinelles, que vous posterez doubles, et très proches les unes des autres, arrêteront tous ceux qui voudraient passer au-delà. Vous ne choisirez pour ces sentinelles que des soldats d'une grande confiance.
Annibal, dans l'embuscade où il s'était posté pour venir surprendre Tarente, prévint les officiers de ne pas permettre qu'aucun soldat quittât son poste, ni même son rang.
J'ai déjà dit qu'il faut faire défense de mener des chiens, des chevaux qui hennissent, de tirer ou de courir après quelque gibier, et de laisser des chevaux détachés. J'ajoute, que si nonobchamp ces ordres, vous voyez quelque chien dans l'embuscade, il faut sur le tant le faire attacher ou le faire tuer avec l'arme blanche, et faire attacher les chevaux qui ne le seraient pas. A
STRATAaÎE|I«S« KTC.
l'égard de ceax qui benoissept, il y a des officiers qui assurent qu'un cheval cesse de hennir en lui mettant une balle dans l'oreille. Il y a encore un autre moyen, mais la décence ne me permet pas de le dire.
Chacun sait que pour voir venir les ennemis de plus loin, et pour observer tout ce qui peut survenir, il faut poster les sentinelles dans des endroits d'où elles découvrent de tous côtés une plus grande étendue de terrain ; mais afin qu'on n'aperçoive pas de loin la couleur voyante dont les soldats sont ordinairement vêtus, ni la lueur de leurs armes et de leurs boutons de métal, ces sentinelles auront des habits d'une couleur obscure ; elles poseront leurs fusils à terre, et se cacheront elles-mêmes à travers les feuillages et les arbrisseaux de Téminence sur laquelle elles sont postées; car un homme sur le sommet d'une colline, à la faveur de la clarté de l'horizon, se voit de plus d'un quart de lieue loin. Au défaut d'un terrain élevé, vous pouvez placer les sentinelles au haut des arbres bien touffus, ou derrière un peu de broussailles, qu'on fait porter pour les cacher.
Si le poste propre pour ces sentinelle3 est si éloigné ^e l'embuscade que les avis qu'elles donneraient ne pussent être entendus, ni qu'un soldat ne pût les apporter sans courir risque de se faire apercevoir en traversant quelque campagne découverte entre l'embuscacle et les premières sentinelles les plijis éloignées, mette^eo d'autres à une moindre distance, qui soient bien cachées à la faveur de quelque ravin, de quelque rocher, ou de quelques broussailles ; afin de faire passer ainsi, de Tune à l'autre, les avis que donaent les plus avancées.
De p^or que dies avis q^ ne se-
raient pa9 clairs, ou qui seraient peu
conformes, ne vous jettent dans quelque confusion, je voudrais que roa§ choisissiez pour ces sortes de sentioelles, des officiers, des sergeos, ou des caporaux intelligens. Cela me paraît surtout nécessaire à l'égard de la sea^ tinelle la plus avancée ; c'est-À-dire de celle qui découvre le plus.
Un bon auteur conseille, peur la sftreté des places, de poser quelques sentinelles sur des éminences, et quelque»
autres à leur vue, afin que eeZ/es-d avertissent du signal que font les premières, lorsqu'elles découvrent quelque chose de considérable dans la campagne. Il ajoute : a qu'on ne doit pas prendre, pour ces premières seotinelles, des personnes au hasard; mais qu'on doit choisir des hommes habiles dans la guerre, de peur que, par ignorance, s'étant figuré quelque chose, ils n'en fassent le signal ou n'en envoient porter la nouvelle à la ville> et alarment sans sujet les babitans. »
Les sentinelles laisseront passer toute personne par qui elles croiront qu'elles et l'embuscade n'ont pas été découvertes ; mais elles arrêteront tous ceux qu'elles pourraient soupçonner de s'être aperçus de quelque chose. Si elles ne peuvent y réussir, elles en donneront d'abord avis^ afin qu'on détache un des partis dont je vais parler ; ce qui se doit aussi entepdre à Té; gard d'un déserteur qui s'échappe | travers des sentinelles.
Vous auriez à la droite, au centre, et à la gauche de votre embuscade, trois petits partis de cavalerie, afiii (Qie, sur l'avis des sentinelles, ils soient prêts à courir après les déserteurs ou après les paysans qui auront découvert l'eia»
buscade.
On aura la précaution de faire ha:* biUer en paysans les soldi^s dis m
partis, afin que si quelqu'un les découvre de loin, on les prenne pour des voleurs, des chasseurs ou des bergers.
Ne faites sortir de l'embuscade que le nombre de soldats nécessaires à proportion des déserteurs ou des paysans.
Que ces soldats, en revenant à l'embuscade, prennent un tour convenable ; afin que les partis et les paysans des ennemis, qui les auraient observés, aient moins de soupçons de l'endroit de l'embuscade.
Comme les ennemis peuvent survenir de nuit, d'un moment à l'autre, vous ferez tenir toutes les troupes éveillées. Vous observerez la même chose de jour, dès que les sentinelles auront averti. qu'elles découvrent les ennemis : car des soldats qui viennent de s'éveiller, sont peu en état, dans la frayeur d'une alarme, d'entendre et d'exécuter les ordres.
Dans l'embuscade qu'en 1710 nous dressâmes de nuit contre nos ennemis, auprès de Mora de Ebro, on n'eut pas le soin d'empêcher les troupes de dormir. Elles étaient dans un profond sommeil, lorsqu'un peu avant le jour, un cheval de don Joseph de Miranda, alors capitaine de grenadiers au régiment des Àsturies, se détacha; et, à peine se fut-il mis à courir par la campagne, que les soldats, à ce bruit s'étant éveillés, les uns commencèrent à crier aux armes, les autres à tirer sans savoir où, les autres à fuir, et plusieurs à se prendre entre eux pour des ennemis ; en sorte que l'embuscade ftat découverte avant le temps, et n'eut aucun succès.
Dans les nuits de pluie on de rosée, les soldats de l'embuscade doivent tenir leurs armes couvertes de leurs casaques. Dans les nuits froides, il faut leur permettre de se promener et de battre des pieds contre terre, ou des
SAIÏTA-CRUZ. 9(g
bras contre l^ur corps, afin cpue les fusils et les hommes puissent être en état de servir lorsque les ennemis arrivent.
NoQYeaax aris, lorsque toqs êtes informé en diemiii qoê les ennemit doîTent tenir dans QM nurehê; comment on do to»
ptnb font «ttlier dui rembmoido no do lonift détaobemono ; en quelle maAi4ve et en quel temps to» troepo| ^oi^^t sortir ponr cluxger ; en quel ces elles doi- Tont se retirer, ayant même qae les ennemis arrifont à l'embuscade.
Si la marche se ttàt par votre propre pays, vous devez, du côté opposé à vos sentinelles, jeter quelques troupeaux dispersés sur les montagnes et les coteaux qui sont à la vue de l'enbuscade, afin que Je désir de les enlever fasse, du moins, détacher des partis qui, en afiaiblissant le gros de leurs troupes, vous donnent la facilité de les attaquer avec moins de risque.
On ne laissera point de bergers à ces troupeaux, parce que si on les fiisait prisonniers, la crainte les obligerait peut-être de découvrir votre embuscade; à leur place vous mettrez des soldats déguisés en bergers, qui, en voyant venir les ennemis, feront semblant de se retirer avec leurs troupeaux ; et, lorsque les ennemis seront arrivés près, ces soldats, auxquels on aura eu soin de donner d'excellens chevaux, s'échapperont comme ils pourront.
Les exilés de la Bactriane l'exécutèrent de la sorte : ils sortirent de l'embuscade pendant que les troupes d'Attinas, gouverneur de cette province pour Alexandre, étaient en désordre, embarrassées de la prise qu'elles venaient de faire; elles furent taillées en pièces, et Attinas lui-même y perdit la vie.
STRÀTAGâVBS, BTC.
Scipion rAfricaio voulant attaquer ayec quelque avantage, lodibile, prince espagnol, fit conduire des bestiaux dans un vallon qui était entre les deux armées, et ordonna à Lelius d'être prêt à charger, avec la cavalerie, les Espagnols, lorsqu'ils s'avanceraient pour enlever le troupeau : la chose arriva comme elle avait été imaginée, etlndibile fut défait.
On peut faire donner les ennemis dans une embuscade , en gagnant des guides qui sont parmi eux, et qui, de concert avec vous, leur proposeront un chemin pour les faire tomber dans votre embuscade.
On peut aussi attirer les ennemis jusqu'à l'endroit où est votre embuscade, en détachant un parti qui enlève des bestiaux, ou qui fasse quelques prisonniers' près des ennemis. En ce cas, détachez ce parti avant que les soldats qui le composent puissent soupçonner votre dessein par quelque ordre que vous aurez donné , ou par quelque mouvement que vous aurez fait faire aux troupes, afin que, si des soldats désertent, ils ne puissent pas donner avis aux ennemis de l'entreprise que vous méditez. Les officiers du parti en auront seuls connaissance.
Vous leur prescrirez l'heure à laquelle ils doivent commencer à se montrer, de 'peur que les ennemis n'arrivent au lieu de l'embuscade, avant que vous vous y soyez posté.
Ce parti se retirera par un chemin différent de celui que vous avez tenu en venant à l'embuscade ; excepté que vous ne jugiez à propos de le faire retirer par la même route, afin d'effacer les traces que les troupes de l'embuscade ont laissées.
Ce parti ne fera pas retraite si proche de l'embuscade, que les batteurs d'estrade des ennemis la découvrent,
avant que le gros de leur armée se soit engagé.
Les sentinelles qui ont été posées près du chemin par où viennent les ennemis qui chargent votre parti, se retireront avant qu'elles soient découvertes, et le parti continuera sa fuite affectée jusque bien au-delà de l'endroit de l'embuscade, pour obliger les ennemis d'avancer davantage ; car vos troupes ne doivent charger les ennemis que lorsque le gros est vis-à-vis de votre front, pour les attaquer par le flanc, afin que l'action soit complète et moins dangereuse.
Pour éviter que l'embuscade ne soit découverte avant le temps, vous préviendrez vos troupes de se tenir tranquilles et cachées jusqu'à un certain signal, quand même elles entendraient quelques coups de fusil, ce qui souvent peut arriver, parce que le ressort d'une arme à feu s'en est allé de son repos, ou parce que des officiers ou des soldats des ennemis se seront divertis à tirer sur du gibier qu'ils ont fait partir.
Le signal sera, par exemple, d'arborer des étendards sur quelqu'éminence désignée, qui peut être vue des troupes; de faire sonner la charge par plusieurs trompettes et tambours réunis ensemble, ou tel autre bruit de guerre que vos troupes puissent aisément distinguer dans leur marche. On peut aussi, pour signal de l'attaque, tirer un certain nombre déterminé de coups de fusil d'une hauteur voisine de l'emboscade, ou faire mettre le feu à de la paille qui, à cet effet, aura été portée dans un endroit qui peut être vu de vos troupes. On destinera des personnes intelligentes pour faire ces signaux précisément au temps qu'il faut.
Lorsque les troupes de Tembuscade
SANTA'CBOC.
sont beaucoup supérieures en nombre à celles des ennemis que l'on attend, vous pouvez diviser les vôtres en deux corps, que vous posterez plus ou moins éloignés l'un de l'autre, à proportion du terrain que les ennemis, selon la largeur du chemin, peuvent occuper, depuis l'avant-garde jusqu'à l'arrièregarde, aQn que ces deux corps sortent de l'embuscade pour charger dès que les ennemis se trouveront au milieu.
Quand même vous n'auriez pas assez de troupes pour les diviser en deux corps égaux, et dont chacun fût supérieur en nombre aux ennemis, leur déroute sera toujours plus grande, si vous chargez leur avant-garde avec le gros de vos troupes, et leur arrièregarde avec un détachement. Si le terrain vous donne la facilité d'attaquer avec le front de votre embuscade tout le flanc des troupes ennemies qui défilent ; en ce cas, il est inutile de diviser vos troupes, puisqu'il vous sera encore plus avantageux de charger les ennemis en flanc.
Agésilas, roi de Sparte, ayant posté une nuit en embuscade treize cents hommes, commandés pas Xénocles, fit retraite le lendemain matin avec le reste de l'armée. Tissapherne poursuivit Agésilas, qui continua sa marche et sa retraite jusqu'à ce que les ennemis eussent passé l'endroit de l'embuscade. Agésilas faisant alors volte-face, attaqua les Perses; et, ayant donné un certain signal convenu, ces treize cents hommes de l'embuscade sortirent et chargèrent avec de grands cris l'arrière-garde de ces Barbares, qui prirent la fuite et furent entièrement défaits.
Vous ne devez pas enfermer les ennemis entre les deux détachemens dont je viens de parler, excepté que vous ne soyez beaucoup supérieur en
troupes, surtout quand, par la situation du terrain, les ennemis ne sauraient prendre leur retraite par l'autre côté ; car on vend bien plus chèrement sa vie quand on n'a point d'espoir de pouvoir la sauver par la fuite.
Si les ennemis ont un peu loin un parti considérable pour faire leur arrière-garde, il est nécessaire que vous en conserviez un en bon ordre pour opposer à celui-là, supposé qu'il s'avance pour charger vos troupes qui ont attaqué l'arrière-garde du gros des ennemis.
Lorsque le terrain, parce qu'il est inégal ou couvert de bois, ou par quelque autre obstacle, ne permet pas d'observer si les ennemis ont après eux un parti détaché , on usera de la précaution de conserver dans l'embuscade un petit corps de réserve ; les troupes postées plus avant dans l'embuscade feront la^ même chose, si un détachement des ennemis précède leur corps principal; puisqu'ils y auront à craindre que ce détachement ne fit volte-face pour tomber sur vos troupes, lorsqu'elles seront aux mains avec les ennemis.
Dans une embuscade , mettez les meilleurs tireurs au premier rang, et prévenez-les de tirer sur ceux qu'ils distinguent pour ofGcier^s^ car vous trouverez peu de résistanceX^i au désordre et à la confusion que votre attaque inopinée causera d'abord parmi les troupes surprises, vous ajoutez la perte de leurs officiers : vous pouvez donner le même ordre à ceux de vos officiers qui sont armés de fusils.
Si ces officiers, que je vous ai conseillé de mettre en sentinelle, vous donnent avis qu'ils découvrent plus d'ennemis que vous n'en attendiez, et que vous ne pouvez les battre, transportez-vous vous-mimQ à ce poste ; et
8TRATA6ÊBBS, ETC.
ri, ayec de bonnes lunettes d*approche, vous connaissez que cela est ainsi, hfttez-vous de faire retraite : car vous devez présumer que les ennemis, ayant eu connaissance de votre dessein , viennent avec plus de monde pour vous surprendre dans votre embuscade.
Vous devez aussi vous retirer d'abord, si les ennemis ont des troupes supérieures aux vôtres, à portée de pouvoir venir tomber sur vous, lorsque, malgré les précautions que vous aurez prises, il vous a déserté quelque soldat ou quelque valet, que vous n'avez pu faire arrêter, ou lorsque votre marche et votre embuscade ont été découvertes par des partis des ennemis qui en auront porté la nouvelle à leurs places, à leurs quartiers ou à leur camp.
Si après vous être retiré avec toute la promptitude que je viens de conseiller, les ennemis ne laissent pas de vous poursuivre avec un nombre supérieur de troupes, vous verrez quelles précautions il vous conviendra de prendre.
Pour ne pas laisser perdre le parti dont j'ai parlé un peu plus haut, vous détacherez cinq ou six cavaliers qui, par le chemin le plus favorable, iront lui donner avis de votre retraite ; et afln qu'ils le rencontrent, vous aurez eu soin de déterminer aux officiers du parti le chemin qu'ils ont à tenir pour aller et pour revenir.
Les paysans, qui savent tous les sentiers et tous les endroits où ils peuvent se cacher dans les ravins et les bois , échappent ordinairement, quoiqu'ils découvrent de loin une troupe supérieure d'ennemis. Les paysans, excepté qu'ils ne voient qu'on fait des détachemens pour les couper, ont coutume de se tenir caché* dams l'embuscade,
et de laisser passer les ennefnis, poor ensuite en faire prisonniers quelqoesuns, qui seront restés derrière par lassitude ou pour aller en maraude.
Huit miquelets prirent en Catalogne un aide-major de mon régiment, qui marchait avec cinquante hommes , et qui s'écarta de son arrière-garde de deux portées de fusil, pour faire de l'eau ; et lorsque le détachement s'aperçut que cet officier manquait, les miquelets étaient déjà à deml-Ueue loin.
Des embuscades contre une garnison, an camp-tolant, une arniée.
Pour faire donner dans votre embuscade une partie de la garnison d'une place ennemie, cachez au-delà de cette embuscade, plus près de la ville , un petit parti de cavalerie, qui, un matin, prendra les troupeaux de la place et les chevaux des officiers, qu'on huène paitre ; ou qui le soir à l'heure ordl^ naire de la promenade, tàehèrà d'erilever le gouverneur ou des éfBeiers, des principaux citoyens et des dames qui ont coutume de sortir,, afin de chercher le soleil ou le frais.
Pour cette dernière expédition, il serait bon d'attendre certain jour oâ, à l'occasion d'une fête, d'une foire et autre chose semblable, on va en concours de la place à quelque lieu dn voisinage ; car plus 16 parti enlèvera de personnes de distinction, plus de parens, d'amis de ces mêmes persoirnes, plus il y aura d'instances auprès du gouverneur, pour l'obliger i faire un détachement contre ce parti. Si la situation de la place ou des Henx du voisinage ne donne pas occasion à quelqu'une de ces opérations, le parti s'avancera autant qu'il pourra pour enlever les troupeaux de la emlkpagné:
SANTA-CRIJZ.
dans tons ces cas, si la garniàon de la place sort pour charger le parti, il se retirera vers l'endroit où tos troupes sont en embuscade.
Philopœmen, préteur d'Achaïe, mit en embuscade, une nuit, un gros de troupes près d'£scotîle, et détacha un parti pour faire des courses dans la Laconie, avec ordre de se retirer dès que les ennemis le chargeraient. La garnison de Pélène fit une sortie contre ce parti, et en le poursuivant elle vint donner dans l'embuscade de Philopœmen, et fat entièrement défaite.
Le parti ne doit pas se retirer trdp précipitamment ; parce que s'il s'éloigne d'abord, les ennemis abandonneront peut-être la résolution de le poursuivre : il ne doit pas néanmoins perdre de temps pour envoyer la prise vers votre embuscade; parce que si les ennemis venaient à la recouvrer, ils ne se soucieraient peut-être plus de courir après le parti.
Vos troupes ne doivent pas se mettre en embuscade fort proche de la place, afin que la retraite soit plus difficile aux ennemis qu'elles auront mis en déroute. Vous pouvez, si le terrain en donne la commodité , embusquer un corps de cavalerie, pour couper le chemin à la garnison qui aura été battue.
Je suppose que ces deux embuscades ne seront pas si éloignées l'une de l'autre que la plus reculée ne puisse venir au secours de la pins avancée ; supposé que la garnison ennemie l'eût par quelque hasard découverte, et qu'elle vint en droiture la charger.
En 1769, notre garnison de Potohercole, conunandée par Etienne Pellet, alors maréchal de camp, dressa une embuscade aux Allemands qui étaient en garnison à Orbitello. Ils sortirent au nombre de cinq cents pour venir charger un de nos partis qui parut au point
du jour, et qui fit mine de vouloir enlever des troupeaux, et ils furent entièrement battus. Il est vrai que nous leur fîmes peu de prisonniers, parce qu'ils étaient très proche de la place ; le terrain n'ayant pas permis de former l'embuscade plus loin.
Les Israélites des tribus qui faisaient la guerre à celle de Benjamin, envoyèrent une nuit un corps de troupes se mettre en embuscade près de la ville de Gaba, et avec le reste de leur armée ils parurent en ordre de bataille, et commencèrent à faire retraite dès que les soldats de la tribu de Benjamin sortirent de leur place. Lorsque les troupes sorties de Gaba furent un peu éloignées de la ville, les Israélites attaquèrent par le front, tandis qu'en même temps l'embuscade chargea par le flanc, et ayant ainsi coupé la retraite aux troupes de la tribu de Benjamin, elles furent taillées en pièces.
Ce fut par un semblable stratagème qu'Antiochus, roi de Syrie, défit la garnison d'Atabira, et se rendit immédiatement après maître de la place , n'y ayant trouvé que des défenseurs consternés, et en petit nombre.
Lorsque Lyque de Pharo, propréteur d'Achaïe, etDemodoque, général de cavalerie de la même république, mirent en déroute les troupes d'Elea, ils les avaient enfermées entre cette partie de l'armée d'Achaïe, qui ravageait le pays; et l'autre partie qui s'était mise en embuscade près de la place.
Si les environs de la place sont si fort à découvert, qu'il ne soit pas possible de mettre en embuscade un nombre suffisant de troupes, votre cavalerie peut servir d'embuscade à votre infanterie pour attirer et battre la garnison d'une place.
Si vous avez assez de troupes, et que vous ayez lieu de croire que le gouver-
MO
STAATAfiSIlBS, KTC.
neoT sera assez mal avisé poar dégarnir sa place de troupes par une nombreuse sortie , vous pouvez mettre plus près de l'autre côté de la place une seconde embuscade, qui portera les préparatifs nécessaires pour une surprise, soit pour donner l'escalade, soit pour appliquer le pétard à la place, tandis que les ennemis s'en sont éloignés , pour aller charger un parti plus considérable de vos troupes, qui a paru plus loin.
Josué surprit ainsi la place de Haï.
On peut aussi user de la même ruse à l'égard d'un lieu où il n'y a pas de troupes réglées, et dont les habitans, sans expérience, donnent aisément dans toutes sortes de stratagèmes de guerre.
Il est bon quelques jours auparavant la grande embuscade, d'en avoir formé de peu considérables, ou d'avoir fait de petites courses sur le pays ennemi , afin que le gouverneur se persuadant toujours qu'il n'y a que peu de monde, se détermine plus facilement à détacher une partie de la garnison.
De cette manière les Espagnols, en 1597, réussirent à faire donner dans une embuscade une partie de la garnison française de Boulogne en Picardie.
Quand je dis que la grande embuscade doit être précédée par de petites, j'entends qu'elles doivent être un peu éloignées : car si elles étaient fort proches, les ennemis, par leurs patrouilles continuelles et par leurs gardes avancées, vous empêcheraient de faire le coup que j'ai proposé au commencement de ce chapitre, et que je crois le plus capable de porter le gouverneur à détacher les troupes de la place.
Afin que l'armée ennemie , ou du moins un détachement de cette armée.
donne dans votre embuscade, marcheE avec votre armée vers les ennemis jisques où vous n'aurez pas lieu de craindre d'être découvert par leurs partis ou par leurs gardes avancées : là faites halte avec tout le silence possible, el détachez une bonne partie de TOtre cavalerie, qui, sans s'arrêter, enfoiice le flanc ennemi qui regarde votre embuscade, et après le premier carnage qu'elle aura fait, sans donner le temps anxennemb de la charger avec trop de troupes, elle se retirera vers le gn» de votre armée, afin que si les eonemis viennent inconsidérément à la suivre , ils tombent dans votre embuscade.
C'est de cette sorte que le duc Claude, général des troupes de Recarède P', défit près de Carcassonne, l'armée de Gontrand, conunandée par Bose et Austrobalde.
Afin que le général ennemi ne prenne pas beaucoup de précautions contre les embuscades que vous pouvez former, il faut dans diverses occasions avoir fait semblant de le craindre.
Par ce moyen, Jugurtha réussit à engager dans un mauvais pas Aulus son ennemi. Hercule Bentivoglio, chef des Florentins , fit donner dans une embuscade, et mit en déroute Jean- Paul Manfroni , commandant des Vénitiens, ayant feint auparavant de l'appréhender, pour tâcher, par la confiance, d'augmenter la négligence et la présomption de Manfroni.
Si ce général ennemi est d'un génie arrogant, intrépide, vindicatif, prenezvous y tout autrement : affectez de témoigner que vous méprisez sa Gon-^ duite; faites surtout paraître cernépris quelques jours auparavant Vexpédilion que, je viens de proposer ; afio d'éprouver si le ressentiment qu'il aara de voir que vous avez surpris une aile
SAKTA'CRUZ.
de son armée, ne le portera pas à poorsuivre, sans beaucoup de prétention, votre détachement.
Le prince d'Orange, dans son Annibal et Seipùm, observe que les hommes téméraires et violens, donnent facilement dans les embuscades. Polybe, en rappelant l'exemple de Flaminius, qui, irrité du mépris avec lequel les Gaulois le traitaient se détermina à en venir à un combat, dit : a que la témérité, la férocité, la violence, la présomption et le faste , donnent aisément la victoire aux ennemis , et font ordinairement la perte des armées ; parce que les hommes qui ont ces défauts sont exposés à donner dans toutes les embûches et dans toutes les ruses de leurs ennemis. »
Louis Meizo dit que les embuscades composées d'un grand nombre de troupes sont fort difficiles : j'en conviens ; mais, pour cela, on ne doit pas les regarder comme impossibles. Bans la guerre, les entreprises les plus difflciles sont celles qui réussissent le mieux. Hérodote rapporte qu'Hercule Ibanius , chef d'une armée de Carie , s'étant mis en embuscade dans le bois de Mylassa, trouva le moyen d'y demeurer caché jusqu'à ce que l'armée Persienne de Darius Histaspe donnât dans Tembuscade où elle fut battue.
J*ai parlé de la manière d'assurer la retraite à un détachement de cavalerie que vous aurez mis en embuscade fort loin,et qui est plus faible que le corps de troupes qui peut venir au secours de celles qui ont été surprises. A ces avis j'ajoute que si, outre les troupes bat-
tues dans votre embuscade, les ennemis en ont d'autres, quand elles seraient d'un tiers inférieures en nombre aux vôtres, vous devez incessamment vous retirer, dès que vous avez réussi dans l'embuscade.
Cette règle souffre pourtant une exception , «avoir , lorsque l'armée ennemie en a été entièrement défaite, puisqu'alors vous devez poursuivre votre victoire, pour la rendre la plus complète qu'elle peut l'être.
Ailleurs je parle au long des soins qu'il faut prendre pour attirer les ennemis à un combat désavantageux pour eux, soit en leur cachant le nombre de vos troupes, soit en vous prévalant de leur désordre, de leur ignorance ou de leur confiance, soit en ménageant les avantages que le terrain vous offre ; en un mot, je propose des expédiens pour engager les ennemis à combattre avec quelque risque ou avec quelque désavantage qu'ils ne connaissent pas, ce qui a un rapport essentiel avec les surprises ou avec les embuscades.
Je vous préviens également de ne pas tomber vous-même dans les embuscades par des avis que vous donnent des prisonniers, des déserteurs ennemis, des guides, ou des espions en qui il y a peu à se fier.
Vous devez aussi éviter que les ennemis, par de faux ordres de votre cour, ou par des lettres qu'ils forcent quelqu'un de ceux avec qui vous êtes en intelligence de vous écrire, ne vous portent à vous mettre en marche par un chemin oii les ennemis vous atten-^ dent dans une embuscade.