‹ Bibliotheque militaireChapitre 586 sur 614 · DES CORPS EMBUSQUÉS · texte numérisé non relu

DES CORPS EMBUSQUÉS

Lorsqu'on ne croit pas pouvoir vaincre à force ouverte, on y supplée par l'adresse et la ruse. On proGte de quelque lien propre à cacher un corps de troupes, et l'on fait en sorte qu'il puisse prendre l'ennemi à dos pendant le combat.

Aucun capitaine n'a été plus fécond en stratagèmes qu'Annibal, et ne les a employés plus heureusement. Il déGt Scmpronius sur la Trébie, au moyen d'une embuscade qu'il lui tendit. Elle était composée de mille chevaux et de mille hommes de pied, qui furent placés dans des ravins et des broussailles à portée de cette rivière qui séparait les deux armées. Les Numides s'approchèrent des Romains pour les attirer au combat. Le consul, trop vir et imprudent , les suivit , passa la rivière après eux, et vint pour attaquer Annibal qui l'attendait en bataille. C'était au cœur de l'hiver : les Romains, qui étaient partis de leur camp sans avoir repu, fatigués et transis de Troid, pouvaient à peine se servir de leurs armes. Leur cavalerie fut d'abord mise en désordre par les Numides, ensuite enveloppée par celle des Carthaginois bien plus nombreuse, et par l'infanterie légère. Le consul voulut faire sonner la retraite ; mais les troupes de l'embus-

cade, è'étant levées tout-à-conp, k chargèrent à dos ; de sorte quMI fut investi de toutes parts, sa cavalerie diéfaite, et son infanterie obligée de combattre en rond. Il n'échappa qu'on gros de dix mille hommes , qai perça et se retira à Plaisance ; presque (ont le reste fut taillé en pièces.

Minutius, qui partageait le commandement de l'armée romaine avec Fabius, donna à Gérunium dans un piège à peu près semblable. Annibal avait à la tète de son camp une sommité qu'il parut ne disputer que faiblement. Mh nutius, aussi présomptueux et emporté que son collègue était circonspect et prudent, marcha, avec la partie de l'armée qu'il commandait pour sVn emparer. Il bravait Annibal, qu'il croyait trop faible pour s'y opposer, lorsqu'il se vit attaqué de front et pris en même temps à dos par des troupes embusquées dans des creux et des ravins. Toute l'armée romaine y eût péri^ si Fabius avait voulu le suivre; mais comme il prévoyait ce qui pourrait arriver, il s'était seulement tenu préi i marcher ; il vint à propos à son secours et le dégagea. Minutius eut la sagesse de reconnaître sa faute et son incapacité ; il remit le commandemeot à Fabius, et se contenta du titre dégénérai de la cavalerie.

Une autre fois Annibal surprit les

MAIZBROT.

consuls Grist^iniis et G. Màrcellus. Il négligea d'occuper une colline couverte de bois qui était entre les deoi armées;, 4|uoiqu'il fAl arrivé le premier. Mais comme il jugeait ce lieu propre à dresser une embuscade , il envoya de nuit des Numides, qui, pendant le jour, •e tenaient cacbés à la faveur des bois, et dans des creux qui étaient aux environs. Lesgénéraux romains ne prirent i|u*une escorte de deux cent vingt che* vaux pour le venir reconnaître : en approchant de la hauteur, ils furent attaqués par les Numides qui fondirent sur eux en même temps que d'autres leur coupaient la retraite. Màrcellus fut tué, etCrispinus dangereusement blessé, eut beaucoup de peine à regagner son camp. Annibal tendait souvent de ces embAches dans des plaines , où il De laissait pas de se trouver certains lieux propres à se couvrir ; ce qui les rendait très dangereuses, parce qu'on s'en méfiait moins. Il étudiait avec soin les caractères de ceux qu'il avait en tète et \em% capacités : lorsqu'il les connaissait vains , ardens et faciles à piquer, comme Sempronius et Fiaminius, il les faisait donner tôt ou tard dans quelque piège.

Il est arrivé plusieurs fois qu'on a détaché la nuit ou le jour, avant la bataille, un corps destiné avenir tomber pendant le combat sur les derrièl^s de l'ennemi. Cet expédient a manqué plus souvent qu'il n'a réussi ; en voici la taison. Il faut combiner la marche de ee corps, de manière qu'il arrive à point nommé lorsque l'aflaire est engagée. La difficulté des chemins , des obstacles imprévus, un orage qui grossit des ruisseaux et forme des torrens, l'arrêtent ou le retardent. Ses guides peuvent l'égarer; il peut se faire encore que l'ennemi en soit instruit et lui tande une embuscade. Cinq cents

hommes qui en attaqueront deux mille dans cette conjoncture, les battront infailliblement, parce que celui qui, comptant surprendre, se trouve luimême surpris, est toujours déconcerté.

D'ailleurs, pour peu que le général ennemi s'en doute, il se garantira aisément de cette attaque en renforçant son corps de réserve.

Je ne voudrais former de ces sortes d'entreprises que dans le cas où les troupes n'auraient pas un grand circuit à faire. II faut qu'elles partent la nuit, et se trouvent postées avant le jour à couvert d'un bois, d'une colline ou dans des ravins d'où elles débou* chent lorsqu'elles entendent que le combat est commencé : on doit aussi prendre toutes les précautions d'usage, pour éviter que quelqu'un n'aille instruire l'ennemi. Les Français furent ainsi défaits en Italie par Narsès, au moyen d'un corps de cavalerie qui les tourna h la faveur d'un bois. A la malheureuse journée de Maupertuis, lé prince de Galles avait mis six cents cavaliers anglais derrière une colline, qui parurent subitement sur le flanc de l'armée française dont ils achevèrent la déroute.

Pendant la bataille de Villa-Vidosa, un corps de cavalerie de douze cents chevaux espagnols arriva et tomba sur les derrières de l'aile droite des ennemis, qui fut mise en déroute. Ce corps n'avait pas été destiné d'abord à cet objet ; il avait été détaché trois jours auparavant pour enlever un régiment de cavalerie autrichienne, qu'on savait être séparé de l'armée. Le général Staremberg, qui se retirait en Castille, étant revenu sur ces entrefaites pour dégager un corps qu'il avait laissé dans Brihuéga, et qui s'y trouvait investi , M. de Vendôme se vit forcé à une bataille. Celte cavalerie, commandée par

OU

STRATAGÈMES* ETC

M. de BracamoDte, ne l'avait pas encore rejoint; il trouva sa situation propre à exécuter cette manœuvre, et il lui en envoya Tordre. Marins se servit aussi de la même ruse contre les Teutons. Il y avait sur leurs derrières des creux et des ravins couverts de ronces et de buissons , où il embusqua trois mille hommes qui les chargèrent en queue, pendant qu'il les pressait de front, ce qui lui donna une victoire complète. Marins avait fait partir ce corps la veille : il fut heureux d'avoir affaire a des Barbares qui ae portèrent point leur vue jusqu^à l'imaginer capable de ce stratagème. S'ils se fussent avisés de l'en soupçonner, ils auraient pu avoir bon marché de ce détache* ment.

Nous avons une facilité de plus que les anciens pour faire réussir des attaques éloignées et sans correspond dance ; parce que le bruit de la mousqueterie et du canon sert de signal pour avertir les troupes de l'embuscade. Néanmoins, il y a toujours beaucoup d'inconvéniens d'être obligé de faire un trop long circuit. On tire rarement. Le chevalier de Belie-Isle l'éprouva à la Siette, où, pour tourner les Piémontais, il s'égara pendant la nuit.

On trouve dans les instructions du roi de Prusse, un corps détaché qui se jette dans un bois , et des hussards qui le tournent pour envelopper une des ailes de l'ennemi. Mais l'on voit ici une communication ; ces troupes étant destinées à soutenir l'attaque de son ordre oblique, à la droite duquel elles se rejoignent. D'ailleurs ce prince n'est point de l'avis des gros détachemens, qui s'éloignent de l'armée pour tourner les derrières de l'ennemi.

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