DES EMBUSCADES DE BATAILU
Je ne parle plus ici des corps destinés à tourner l'ennemi pendanlleconbat pour le prendre en flanc ou à doi. J'entends par embuscades de bataille une disposition qui soit telle, qu'en n tirant en arrière une des ailes, ou k centre, ou même toute l'année, on engage l'ennemi à suivre , pour le faire tomber dans un piège qu*on lui aun dressé.
A la bataille d'Ascalon , les Sarrasins, au lieu de s'appuyer à des collines qu'ils avaient à leur droite , les laissèrent derrière eux , et s'en servirent pour couvrir un gros corps de troupes.
Lorsque la gauche des chrétiens viot à la charge, les Sarrasins reculèrent et parurent se retirer avec précipitation.
Le duc de Bourgogne, qui commandait à cette aile, les suivait avec impétuosité : ils l'attirèrent . bien au-delà da corps de bataille ; alors les troupes embusquées fondirent de toutes parts da haut des collines , enveloppèrent les chrétiens et les taillèrent en pièces.
Les Orientaux, peu versés dans la tactique, sont peut-être de tous les peuples ceux qui entendent le mieux l'art de dresser des stratagèmes, soit qu'ils cherchent à suppléer par là an défaut de leur ordonnance, ou queleor esprit naturellement fin et subtil les leur suggère. Rien n'est plus dangereux que ces sortes d'embuscades : on se méfierait d'une hauteur, d'oo bois où l'ennemi serait appuyé ; et l'on ne s'engagerait point au-delà sans s'en être emparé. Mais si un pardi poste se trouve derrière lui, et qu'il se mette à fuir, on croit la victoire décidée , on pousse en avant, et l'on s'enfonce, sans y penser, dans la nassn. Le Français est plus aisé qu'aucun autre à faire tomber dans ces sortes de pièges; ar-
UAIZBROY.
dent, impétueux , ennemi de toutes précautions, il ?a droit à son objet, sans soupçonner Tennemi capable d'aucun détour. Cette viracité de caractère lui a toujours été funeste, quand il n'a pas eu des chefs assez habiles pour le contenir. Yoici un autre exemple d*une armée entière attirée dans une embuscade qui fut dirigée d'nne manière nouvelle et qui paraîtra singulière.
Tboma»-Koulikan, ce fameux usurpateur du trdne de Perse , assiégeait Gangea, ville aux confins de l'Arménie, lorsqu'il sut que l'armée ottomane, forte de plus de cent mille hommes , s'avançait au secours de la place. Il lève aussitôt le siège, se rejoint à un corps que son fils commandait, et vient camper dans les plaines d'Ërivan. Il avait derrière lui des montagnes qui lui firent naître l'idée de s'assurer la victoire par un stratagème. Il fit pratiquer des mines dans les gorges et les vallées , auxquelles on travailla avec autant de secret que de diligence. L'artillerie fut placée sur des pentes de collines , couverte par des haies et des broussailles. A l'entrée des défilés on construisit de faibles retranchemens, qui ne devaient servir que pour mieux abuser les Turcs. Ceuxci s'en étant approchés , Thomas quitta la plaine où il était, et se retira vers les montagnes avec une précipitation apparente. Il envoya aussi un gros corps se poster dans un bois peu écarté de la route que l'ennemi devait tenir pour marcher à lui. La plus grande partie de son infanterie occupa le fond des gorges, et les revers (les collines. Les Turcs ne soupçonnèrent rien de tous ces arrangemens ; et prenant la retraite de l'armée persane pour une marque de faiblesse , ils se hAtèrent de l'aller attaquer.
Thomas leur détacha un corps de cavalerie de dix mille hommes, qui tournèrent le dos à la première charge et prirent la fuite : lui-même recula « abandonnant une hauteur sur laquelle il était posté. Les Turcs, toujours plus remplis de confiance, crurent qu'il ne fallait que suivre ces premiers avantages. Ils arrivèrent aux retranchemens qui furent bientôt forcés ; ils ne doutèrent point alors de tenir une victoire complète. Les Perses fuyaient; ils les poursuivirent, et s'enfoncèrent dans les défilés. Mais tout-à-coup ils sont foudroyés par l'artillerie , les mines sautent, ouvrent des abîmes qui engloutissent des bataillons entiers.
Le trouble et l'effroi se répandent :
en même temps l'infanterie des Perses fond sur eux de toutes parts, et le corps embusqué dans le bois les attaque en queue. Les Turcs perdirent dans cette journée plus de cinquante mille hommes , leur artillerie , leurs bagages, et la caisse militaire. Neuf pachas y périrent, avec le général Abdoula-Cus^erli. Thomas, après cette grande victoire , s'empara d'Ërivan et de plusieurs autres places qui^ lui ouvrirent l'entrée de l'Arménie. Il reprit cette province et la Géorgie , anciens domaines de la monarchie persane, qu'elle n'avait pu défendre dans le temps des troubles qui l'agitaient , et qu'il eut la gloire d'y réunir. •
Cette action méritait d'être rapportée pour sa singularité. Je crois que c'est la première fois qu'on ait employé des mines dans une bataille : expédient qui ne peut guère réussir que par une ruse comme celle de Thomas, et en se mettant dans une position semblable. Si une armée qui se poste pour attendre l'ennemi , peut avoir quelque avantage , c'est surtout celui de choisir un terrain où elle puisse se
STiUTAGBIISS, BTC.
ménager les moyens de le faire tomber dans quelque piège. On en trouve fréquemment des exemples chez les Asiatiques et beaucoup pli|s qu'en Europe. £n voici encore un qui est assez remarquable.
Les Persans, sous la conduite de leur roi Schac-Thomas, c'étaient emparés de Tauris, place forte de l'Arménie, et menaçaient le reste de la province. Les forces des Turcs, battus en diverses rencontres, étaient dispersées et rien ne paraissait devoir arrêter ses premiers progrès. Cependant Achmet-Pacha , qui commandait sur la frontière, ayant reçu quelques secours, assembla une armée de cinquante mille hommes, et vint camper sous les murs d'Erivan, où il se retrancha. Schac-Thomas s'approcha de lui, et Gt tout ce qu'il put pour l'attirer au combat : mais le Turc qui se sentait inférieur, ne voulut pas risquer une bataille en plaine ; il se contenta de faire sortir quelquefois sa cavalerie, et d'escarmoucher avec celle
des Perses. Pendant ctt temps , aym reconnu un terrain dont il iH>avaitUrer parti, il y fit construire uoe bato rie de quarante pièces de caooa, \m masquée, et soutenue par on cocpi d'infanterie qui ne pouvait être «perçu. Ensuite, il détacha six mille bott mes , . avec ordre de s'approcher <k l'ennemi, et de fuir à la premiéro décharge. Les Perses le^ poursaivireot, et toute leur armée s'avançait, comptant profiter aisément de ce premier avantage. Ils vinrent donner soiu la feu de la batterie , qui leur tua beaucoup de monde et les troubla. Acfamet, qui avait fait ses dispositions, prit alors son temps pour les attaquer es flanc des deux côtés. Les Perses a^ battirent avec une eitrëme vaiear; mais l'espèce d'entonnoir où ils étaieBi engagés, ne leur permit jamais de reparer leur désordre. Ils laissèrent Ufi grand nombre de morts sur le champ de bataille, et se retirèrent dans leur camp.
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