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DES STRATAGÊSIES DE GUERRE

Çf qa^im ^it entendfepar ittetiquê, straU' g^f stratagème, — ApplieaUoo à la gaerra noderoe dei rases de gaerre des anciens. — BaUille de la Trebia, gagnée par Ànnibal. — Bataille de Luzzara, perdue par le prince Eugène en 1702. — Reprise de Figniéres en 1811.

Tactique, ttratégiê, êtratagéme : ces moto destinés à revenir si soavent quand on traite les questions militaires, peuvent être expliqués par les définitions et les exemples suivans.

Tactique est la direction donnée aux hommes et aux troupes dans la sphère du rayon visuel. Quand Ëpaminondas, à Mantinée, fait manœuvrer sous ses yeux l'aile dont il enveloppe Tennemi, c'est de la tactique.

Stratégie est la direction imprimée aux mouvemens militaires dans un cercle plus étendu que celui que l'oeil peut embrasser. Quand trois cents Spartiates sont détachés de Tarmée des Grecs pour occuper le pas des Thermopyles, et quand les Perses les tournent, c'est de la stratégie (a).

(«) Cette définition ne nons parait pas eemplèta. Econtons Jomini : « haatratigie, dit*il, est Tart de faire la gaerre sur la carte, l'art d^enibrasser tout le théâtre de la guerre; la tactique est l'art de combattre sur le terrain où le choc aurait lieu, d*y placer ses forces selon les localités et de les mettre en •etion «ar divers points du champ de ha-

Stratagémêesl une spéculation étar blie sur Terreur dans laquelle oo veat faire tomber son ennemi par tel avis qu'on lui fait parvenir, telle disposition qu'on prend, tel aspect qu'on donne aux objets physiques, ai| terrain, etc.

C'est un calcul sur ce que l'ennemi féru en conséquence de cette erreur oA on l'aura jeté, sur ce qu'on doit faire soir même pour profiter des mouvemens que cette déception lui inspirera.

Les exemples de stratagèmes aoot la matière de ce chapitre.

11 y a un peu plus d'un siècle que le prince Eugène imita et fut au moment de surpasser d'une manière qui nous aurait été bien funeste, une ruse de guerre d'Annibal. Celui-ci n'avait embusqué qu'un détachement, le

uille, c'est-à-dire dans nn espace de qnatn ou cinq lieues, de manière que tons les corps agissans puissent receroir des ordres et \fê exécuter dans le courant môme de l'action; enfin la logistique n* est eu fond que la science de préparer ou d'assurer Tapplication des deux autres. » On pourrait donc dire que la tactique est le combat, et que la stratégie c'est toute la guerre, avant le combat et après le combat, les sièges seuls exceptai, encore appartiennent- ils à la stratégie pour décider ceux qu'il faut faire et comme il faut les couvrir. La stratégie montre où Ton doit agir ; la logistique y amène et place les troupes ; la tactique décide leur emploi et le mode d*exécution«

STRATAGÈMES, BTC.

prince Eugène avait embusqué tonte son année : c'est en quoi cette imita* tion d'une action ancienne était pleine d'audace, de génie, et mérite d*ôtre remarquée.

J'emprunte & Folard , ou plutôt à Polybe, le récit du fait d'armes ancien, et les courtes et judicieuses réflexions dont ils l'ont accompagné. Il s'agit de la bataille de laTrebia, où le consul Sempronius fut complètement dé* fait par Annibal, à la suite et par l'effet d'une embuscade fameuse dans l'histoire romaine.

<K Annibal avait reconnu avec soin le terrain aux environs du champ de bataille et les bords en deçà de la rivière; il est bien peu de généraux qui négligent une chose si importante et d'où dépend le succès entier d'une bataille.

» Sempronius porta cependant la négligence à ce point; il s'imagina peut-être que les précautions étaient inutiles dans une plaine rase et découverte, et qu'il suffisait de la voir de loin. Toutefois , rien ne nous trompe davantage; elle nous parait souvent toute autre, lorsque nous la voyons dé près et sur les lieux.

)» Le terrain se trouve quelquefois haché et coupé de fossés , de ravinagesetde petits fonds, desquels on ne s'aperçoit qu'en arrivant sur la place même; ce qui nous oblige souvent à changer nos dispositions ou à nous précautionner contre les pièges qu'on peut nous tendre.

X» On sait assez que les bords d'une rivière sont souvent couverts et fourrés, et souvent bordés de digues et de petits rideaux de terre où Ton peut aisément cacher et embusquer des troupes. Le bon sens voulait que Sempronius fit fouiller exactement sur ses ailes, les bords dç la rivière et fort

loin ; il eût alors éventé Vi et ce petit avantage eût relevé le courage de ses soldats.

» Annibal prit mille hommes d'âMe de cavalerie et autant d'infaoferie. pour faire un détachement, et le forma d'une manière fort ingénieuse;!

choisit lui-même cent hommes de chique arme, et par chacun de ces cent, il en fit choisir neuf autres ; il les mft sous le commandement de Magon, soa frère, et ils allèrent s'embusquer dans les halliers près de la Trebia que les Romains devaient passer ; ils devalenl tomber sur leurs derrières, ce qu*ib firent en effet »

Arrêtons-nous ici. Quand il s'agit de la comparaison d'une bataille aacienne et d'une bataille moderne, il n'y a de rapport à établir que dans les dispositions préliminaires. L'actioa proprement dite, la mêlée, n'ont pfus rien de semblable : quant à l'issue de la bataille de la Trebia, on sdii combien elle fut désastreuse pour les Romains.

Voici maintenant le fait moderne que je mets en regard avec celui-ci. Le 15 août 1702, après le combat de Crostolo, l'armée française marcha i LuKzara et aux ponts que rennemi avait sur le Pô, à dessein de couper ses communications avec le Mirandolais et le Mudénois.

On n'avait point d'avis que le priiioe Eugène eût fait aucun mouvement, et on le croyait encore dans le SerraftN?.

Cependant il avait passé le Pô w^ la plus grande partie de son armée, et il était entre le Pô et le Zéro, si 1»^^ couvert de la digue du Zéro, ((a'oa n'eut aucune connaissance da voisinage de son armée.

Lorsque l'armée française fat prête à entrer dans son camp près de Lqzzara, elle se trouva sous le fen de

CARftI01l*iaSA$.

l'infanterie ennemie, qni était en batMlle sons le revers de la digne, et qni n'eut qn'à monter snr la crête ponr faire son fen ; il fallnt donc qne Farinée frantaise se formât et combattit en arrivant.

Cette journée se passa sans ancnn avantage marqué de part ni d'antre, fiiir le champ de bataille. Notre armée prit cependant Lnizara et Gnastalla, sans qne l'ennemi tentAt rien pour les sauver; ce qni marque incontestablement lesuceés final en notre faveur.

«r Le projet de M. le prince Eugène était beau, continue Feuquières, de qui je viens d'extraire le court exposé qui précède; il ne lui manqua que d'être aussi heureusement exécuté qu'il avait été judicieusement conçu; ee n'a même été qu'un hasard que M. le prince Eugène ne pouvait prévoir, qui a sauvé l'armée du roi dans cette circonstance, et ce hasard mérite d'être connu.

» L'armée de Tempereur était cachée derrière la digue du Zéro, et M.

le prince Eugène, qui n'avait pas été découvert par le corps de cavalerie qui devait précéder la marche de l'armée, parce qu'il s'était arrêté à la hauteur du front du camp, sans porter son attention plus loin, se trouvait ainsi à la portée de l'armée du roi, sans qu'elle le sût, et celle-ci, au moment d'être sorprise et accablée quand la cavalerie aurait été au fourrage, les armes en faisceaux, etc.

» Mais la digue du Zéro n'est pas droite, parce qu'elle sert à contenir les eaux de ee canal qui va du Pô au dessous de SerragUo, au Pô du côté de Révère, et qu'elle suit les niveaux de la terre pour le cours des eaux.

» Dans quelques endroits du front da camp, cette digue se trouvait si proche qu'on aide major crut ne pas

pouvoir mieux placer la garde de son camp qu'en la portant sur cette digue.

Ce fut donc en conduisant cette garde que cet officier monta sur la digue par simple curiosité de voir le pays audelà. Il y vit toute l'infanterie ennemie sur le ventre, contre le revers de la digue et la cavalerie en bataille der* rière Tinfanterie. Cette découverte donna sur-le-champ l'alarme sur toute la ligne, etc. »

Observons comme justice sur ce récit et ces réflexions : l*" que Vendôme n'ignorait point par sa faute, comme veut le faire entendre malicieusement Feuquières, le mouvement du prince Eugène ; mais par l'eflet de la trahison de M. de Yaudémont , qui était chargé d'observer l'armée autrichienne, qui devait savoir qu'elle avait passé le Pô à Borgoforte, et qui n'en avait point averti Vendôme ; 2* que l'officier de cavalerie qui éclairait l'armée n'est pas aussi coupable que l'insinue également Feuquières. II croyait voir et ne voyait réellement qu'une plaine ; car (comme le témoignent expressément les notes manuscrites d'un officier qui fut acteur de quelque importance dans cette journée), a de » l'endroit où était embusquée l'armée i> impériale, vers le côté par où nous » arrivions, la plaine allait en mon- D tant par une pente insensible; elle » était couverte d'herbes, ainsi que la » digue elle-même, et l'autre côté du 1» Zéro : tout n'était ou du moins ne y> paraissait être qu'un tapis de very> dure étendu sur un terrain uni, sans 1» aucune interruption ; et plus on ap^ D prêchait, plus on se confirmait dans » cette erreur; il était impossible » d'avoir mieux jugé les apparences » qui devaient tromper l'armée fran- » çaise, et vraisemblablement la faire » périr, »

snÀ?À6«wp», PTC.

Le maréchal de Saxe cite cette epdbQ3cade de Luzzara comme mi des pièges les plus habilement tendus de* pois que l'art de la guerre existe. On peut la considérer comme une imitation à la fois très hardie et très sage de celle d'Annibal à la Trebia. L'évé-nement tourna contre le prince Eu* gène« ici comme à Crémone ; mais les mesures étaient prises avec toute la sagacité et tout le soin que la prudence humaine peut comporter.

Un de ces effets d'une perspective 1 trompeuse jugée avec autant de succès que de sagacité, contribua beaucoup à la reprise de Figuières en 1811. Depuis quelques jours la place de Fiyuières avait été remise, par la trahison, entre les mains des Espagnols, qui faisaient tous leurs effors pour conserver cette importante forteresse, que par la même raison nous avions un grand intérêt à reprendre.

Quand le prince Eugène préparait la surprise de Luzzara, il avait pu, du moins, voir et juger par lui-même, avant l'arrivée de notre armée, l'aspect du terrain et l'ondulation qui cachait le Zéro et sa digue ; mais le maréchal Magdonald ne dut qu'à ses calculs et 4 une conjoncture extrêmement juste, l'illusion qu'il produisit sur le commandant espagnol du fort que nous entourions, autant que la faiblesse de notre armée le permettait.

Le maréchal avait moins de six mille honmies; chaque jour diminuait ce nombre ; il en bloquait huit mille, enfermés dans Figuières sou» les ordres d'un général qui n'était pas un officier sans considération parmi ses compatriotes.

ht maréchal s'était aidé pour la circwvallatîon de tout ce que le terram lui avait offert de ressources; à cer

tains emplacaaaeps ^ plus de la planimétrie, il mwmit iké des redoutes; dans d'aaCres pmirtÊm,i avait rendu absolument les ravins formés par les dant l'hiver ; quand le terrain Vm permis et n'avait pas oSerC les fibi rochoY qui en occupaient la jk grande pvtie, il avait creusé <fe Ivp fossés, liais il avait en reeoiuns à dTmh très moyens de c|èture aor les wmkm espaces oà l'on n'aurait pu trsrnlr qu'à la mine avec des peines et te longueurs ininies ; il avait fait eûOfer des oliviers et les avait liés et unis astre eux , en faisant tailler es pataà très aiguë les brandies principalei tournées du cêté de la place. L»

troncs en arrière étaient amarrés l'oa i l'autre, ou, quand cela ae pouvait, a d'autres troncs laissés sur lears racines.

En ordonnant ce travail, le maréchal avait calculé avec beaucoup ds justesse que, du haut du remps/t de la forteresse et à la distance où 1 formait cette ligne, les assiégés jiiss»raient de leur cAté ces barrières biea faibles, bien faciles à frandiir Mi écarter; qu'ils n'y verraient qa'aa moyen adopté pour mettre les raada i l'abri d'être distiactemeiit visées, et en conséquence il jugea que iesBr pagnols ne se dcmneraieat pas la pase de contrarier ce travail pur des sortis qu'ils n'auraient pu fiùre sans perdre beaucoup de monde.

En effet, ce fut seulement qasNiltf vivres commencèrent à leur nuafaer, que les assiégés résolurent de s'ouvrir la nuit un passage par les endroKs q« ne leur opposaient que ce genre d'c))^ tacles et sur lesquels ils pouvaiefit cependant frapper avec un asseï ff^ front.

Us firent donc une sortie de liflKit

CAiBioihinsAI-

^ Tinrent tenter le passage, en se jetant * avec impétuosité sor cette barrière *■ qu'ils avaient jogée d^ loin si fragile ^ et de si pen de résistance.

^ Ils en trouvèrent la difficnlté insur-

^ montable : et comme derrière ces abat- ^ tis les Français avaient leurs postes le^ '' plus considérables, dès qu'ils voulurent t ébranler et franchir cette haie factice, I ils furent assaillis d'une fusillade sous ■ laquelle il leur fut impossible, malgré b kiw iofiOuteaUbk bravoure, de reiiter I et de travaîikr.

Ils y mirent vainement toute Té- I ueigift et toute TopiniAlreté du canctère espagnol, quand ils ne sont ex- I posés qu'au fep. Us étaient sortis i fuie heure d^ matin; il eu était huit et frand jour (e'était dans rautomae) qu'ils n'avaient pas encore pu pratiquer une fapouée a faire passer troii boBMMs de Iront. Ils furent obligés de rentrer dansU place. Quelques jours après, ils se rendirent; et quand

cette garnison de huit mille hommes sortit de Figuières et mit bas les armes, il n'y avait pas de notre c6té quatre mille hommes sur pied.

On tient des commandans de la garnison espagnole, à quel point et dans quelle proportion ils avaient été trompés : les Français montant eui-mémes sur les remparts, après la reddition, ont jugé combien la déception des Espagnols avait été naturelle et excusable. Cette opératiop et ce stratagème de guerre, sont tout & fait dans l'esprit et dans la manière des anciens.

Ce genre de faits et ^études appartient exclusivement aux bons temps de la composition et de la discipline militaire ; ce n*est qu'avec des soldats vigoureux, fermes, intelligens, ee n'est que quand l'individu est compté pour beaucoup qu'il peut être question avec succès de cette partie de la guerre.

EXTRAITS DE JOHINL

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