‹ Bibliotheque militaireChapitre 59 sur 614 · Après avoir pourvu aux vivres · texte numérisé non relu

Après avoir pourvu aux vivres

et donné assez de temps à ses troupes pour se remettre de la disgrâce de Durazzo. César, voyant leur courage entièrement raflermi , crut devoir éprouver si Pompée aurait le dessein ou la vo-' lonté d'en venir à une bataille. Dans cette intention, il fait sortir son armée de son camp, et la range en bataille » d'abord à peu de distance > et dans un intervalle assez éloigné de laplacequ'occupaient les ennemis ; mais en s'écar* tant chaque jour de ses relranchemens » et en s'approchant des hauteurs dont ses adversaires étaient les maîtres» oe qui augmentait journellement l'assurance de ses troupes. Il suivit néanmoins, par rapport à ses cavaliers, la méthode dont nous avons parlé plus haut; c'est-à-dire qu'étant très -inférieur en cavalerie, il faisait combattre avec la sienne ses meilleurs et ses plus agiles fantassins, choisis dans les premiers rangs, et qu'un fréquent etercice avait accoutumes à ce genre de guerre. Grâce à cette disposition et à la discipline de cette infanterie , mille de ses cavaliers > lorsque l'occasion s'en présentait , ne craignaient point de soutenir en rase campagne Teffort de sept mille chevaux ennemis, et ils n'étaient pas étonnés de leur grand nombre. Ils eurent même dans ces dernières affaires une rencontre avec eux dont ils se tirèrent avantageusement : ils en tuèrent quelques-uns, du nombre desquels Ait Égus , un de ces deux Savoyards que nous avons vus quitter César pour passer au service de son rival.

85. Cependant Pompée se bornait à ranger ses troupes en bataille au pied de la montagne où il était campé, dans l'espérance , à ce qu'il semblait , de voir César s'engager dans quelque poste désavantageux. Celui-ci, pei-suadé que d'aucune manière il ne pouri-ait l'ai-

Jk^ttr>re' fum- IK-Ikmmttmtty éna^fm^U»' .

GUEMLE CIVIUS

tirer aa combat» crut que le meilleur parti qu'il pt| prendre était de décam* per et d*ètre toujours en marche, eipérant par ces fréquens changemens de pœitiona» et en parcourant diveis cantons» trouver plus de moyens de se procurer des vivres; il complaît aussi.

dans ses mafches, voir se préparer peut-être quelque occasion favorable d'en venir aux mains ; ou du moins fatJgner Tannée ennemie qui n'était point accoutumée au travail» en la tenant comme dans un mouvement perpétuel. Ce parti pris» on donne le signal du départ j et on plie les tentes» lorsque César s'aperçoit que , contre sa coutume ordinaire . l'armée ennemie s'était un peu éloignée de ses reiranchemens» de sorte qu'il parut qu'on pouvait la combattre sans désavantage. S'adressant donc à ses troupes déjà prêtes à sortir du camp : « Différons pour le moment notre retraite» leur dit-il » et songeons à celle bataille » objet constant de nos vœuK : soyons disposés au combat; nous n'en trouverions pas facilement l'ooeasion dans la suite. • Il dit et fait aussitôt avancer ses troupes en bataille. 86. De son côté» Pompée» comme on le sut depuis» entraîné par les sollicitations de toute son armée» s'était déterminé à en venir aux mains : il avait même déclaré quelques joues auparavant» en plein conseil » que les soldats de César seraient défaits avant même qu'on eûtengagéTaction. Comme on s'étonnait généralement d'un tel discours : < )e sais» dit-il » que je promets une chose presque incroyable; mais connaissez mon dessein» pour que vous marchiez avec plus d'assurance contre l'ennemi. J'ai la promesse de nos cavaliers» et ils ont juré de le faire lorsqu'ils seraient proche» savoir de prendre en flanc l'aile droite de César» afin que rinfanierie l'attaquant

— i.iv. m.

en queue » elle soit mise en désordra avant que nous ayons lancé un seul trait. Ainsi nous finirons la guerre sans avoir exposé nos légions» et presque sans tirer Tépée ; ce qui nous est trèsfacile » étant si supérieurs en cavalerie. » En même temps il les exhorte à se préprer désormais au combat» et puisque l'occasion se présenuiit d'en venir aux mains» comme ils l'avaient si souvent désiré» à ne point dénoentir la bonne opinion que l'on avait conçue de leur expérience et de leur courage.

87. Labiénus prend alors la parole; et méprisant les troupes de César» pour mieux rehausser le plan de Pompée :

< Ne croyes pas» général » lui dit-il » que ce soit ici cette même armée qui a soumis la Gaule et l'Allemagne. (Présent à tous les combats » je n'avance rien au hasard et dont je n'aie été le témoin.) 11 ne reste que trè»-peu de ces troupes : presque toutes ont péri » ce qui ne pouvait manquer après tant de batailles. L'air pestilentiel qui règne en automne en Italie en a emporté plusieurs ; un grand nombre se sont retirés chez eux» et autant d'autres ont été laissés dans le continent. N'avezvous pas entendu ce qui s'est dit? de ceux qui étaient restés malades à Brin« des » on a formé des cohortes. Les troupes que vous voyez ont été recrutées des nouvelles levées faites ces der- ^ nières années dans la Gaule citérieure»

et la plupart dans les colonies au-delà du P6. D'ailleurs» tous les vétérans qui en faisaient la force ont succombé dans les deux combats de Durazzo. »

Après ce discours» il jure de ne rentrer au camp que victorieux »^t exhorte les autres à en faire de même. P(»npée»qui Tapprouve» prêle aussi ce serment» et pas un ne balança à l'imiter. Cet engagement pris en plein conseil , chacun part rempli de joie et d'espé«

CÉHAfl.

rance; ils M crojfaient déjà vaiiMfiieiirt ; persuadés qu« » dans une aflaife ausrf mipbriante» tin général auni habile n'avançait rien dont il ne fût trôa-ftssuré. 88 « UMrsque Gésat se fai approeM du camp de son adtetsaife » il remif^ qua que ses troupes étaient hingéeâ dans l'ordre suivant : Pompée se tenait à l'aile gauche , avec les deux légions que Gésat lui avait renvojfées au eoni^ ntencement de la guerre civile , suivant le décret du sénat, et qui s'appe^ laient la première et la troisième^ Seipion et les deuk légions de Syrie occupaient le œnira : celle de Gilicte, Jointe aux oobortes espagnoles qu'avâlit amé»

nées nvec lui Afranius ^ eomoie on Va dit , était placée h l'aile droite. Pompée regatdeit ces dernières iMupeë comme îa principale fbM. II ttvail placé le reste entre le centre et lesdeui ailée \ et le tout ensemble montsit à cent dix eohones» œqul biMdt quarante^einq mille hommes. De plus^ il avait eticore environ deux cohortes de vieux sol* dfttsqui, récompensés précédemment , étaient venus le Joindre i il les avait dispersées dam tome là ligtie. Les autres i aU nombre de sept , avaient été laissées à lA garde de son citmp et des forts voisins. Son ailé dfoîte se trouvait couverte d'un ruisseau dodt les bords étaient escarpés ; ce qui l'avait porté à metire toute sa bivalerie, ses Srchers et ses frondeurs à l'aile gauche.

89. Gésat, gardant toujours son orlire de bataille ordinaire, avait placé H dixième légion à l'aile droite , et à gauche la neuvième , quoique fort afftiUie par les combats de Ddnlzzo : Il lui avait adjoint ht htritième, de éorle que toutes deux n'en faisaient fl peu près qu'une , et il leur avait donné ordre de se soutenir mutuellement. Le tenire était composé de quatre-vingts éOhoHe^, qui faissiiétit en tMt vliigt*'

deux mille homnM; deux étaiéHt restées à h garde du Câintp. Antoine dOm^ mMdalt l'âite gauche ji P. Sjrtift Tatté droite, et Gn. ttofnitlttâ lé (KAitë i pont loi, il se plaça en face de Pompéei Hais, dprèK âVoli' redonilu hi dispoMtion de Tarmée eunenilë telle que noué ifenotis dé la décrire, Cfidgdafit que cette Mile droite ne fût entèlopp^ pkf li nombreuse e^xVàleHë des ennemis, H lira dé suite tmë tohorte de chActiM des légion» qui conipcMietlt h Irdstéttlé ligne, et éH fdnhft tiâé l)tU^ IKème pour l'opposer I cette cavalerie, lui dohmtnt ses ordi^ès , et Itii Èdsàul eiiti^ré qîiè daua ce jMir U fidtdré dépendait dé sa Valeur. En ihémë tempi il recommande I toutes iei troupes, et particulièrement t h trolàtèiilié ligue, de ne pas matther sàfis son Ordre, âé réservant I lé donner avec ufi étébdàrd» lorsqu'il te jttgerâit t^essAtr^é

dO. Ensuite, exhortant leA sietiê Ali combst, suivam l'iMge Mtlltain!,èl leur ayiint rap|)é1é le foutëuif des bféfittiiM dont il 1« AVaH éonibttt dità tous les (etnps, f( te^ pfétid tous A iéL moin de Tardent qtill a ttiti/ourA MAf^ quéé pour la paix; dés t^onfétiéneës de Vatiniu», et dé ctïlle de GtoditlA aiipHtt de Scipiott, ainsi quii di!s Ihttatidèb qu'il avait faites A Libon Auprès d19rcO, pour qu'il lui fflt pèrmiA d'euvoyér dëA députés I Pompée i H Ajouta tlètH n'avait jAmAis été ptodfgtié du AAflj; des sotdAts, et que JamAlA WÉ hitètttion n'avait été de priver Ia répuMi^tikè d'une de ses Armées. Api^k ce dleéOUttt, pour satisfaire tes troupe» ()ui bfûhiéth d'en venir aux mAin» , il doi^ le itf* gnal du combat.

9i . t)Ans son Artiiég, se <rotivAti ttti Volontaire notonié Cra»tinuA, t|til , t'AAtiée précédente, avait éiâ prluit^rtie de lA dixième f^on*, c'étAlt Uli flt ficiéf u tins (tn bAivOttM* h' pHtàê

GUERRE CIVIU

le signal ful«il donné» que, s'adres* Qtot aux troupes: < Suiies-inoi » s'écrie* t-il y vous qui fûtes autrefois mes compsgnons d*annes , secondes aujourd'hui YOtie chef avec le lèle que tous aves promis de déployer à son service.

Voici le dernier combat, dont le sue* ois doit lui rendre son honneur, et à iMUs noire liberté. » En même temps se tournant vers César : € Mon général , luî dit-il y je vais faire en sorte aujourd'hui que y vivant ou mort , vous ayei sujet de vous louer de moi. » A osa mois, il s'élanoe en avant le premier de Taile droite ; il est suivi d'environ «at vbgt v<riontaires d'élite de la même eanittrie.

02. Il n'y avait entre les deui armées qu'autant d'espace qu'il en fallait pour le eboc. Hab Pompée avait ordonné à ses troupes d'essuyer notre eBori sahs s'ébranler, et de laisser aitisi Iss D^rcB se rompre d'eux-mêmes.

Celait, (Ut-on, G. Triarius qui lui avait donné oe conseil , afin de ralentir pav là noire première impétuosité et notre première ardeur , et de mettre Boa rangs en désordre, pour venir cnauito sur nous serrés , lorsque notis serions entr'ouveris. Il se flattait encore fM ma pilum produiraient moins d'effet» asa soldats restant immobiles , que s'ils couraient au devant du coup.

Û oompiait aussi , qu'en doublant leur eoorse, lessoldalsde César manqueraient d'haleine et tomberaient d'épuisement :

et, il me semble que Pompée n'avaitau* CMie raiaon de penser ainsi , parce que rbonmaeest néavec une certaine ému* lalioD et «ne certaine vivacité qu'enflamme le désir de combattre. Loin de réprimer cet élan naturel, un général doit travailler à l'accrc^tre encore; et ot n'est pas sans motifs que nos ancô- MS Obi établi qu'avant la bataille on lOMerait partout de ki trompette» et

, — uv. in. 9i$

que l'on pousserait de grands cris; ils ont cru par U pouvoir jeter Tépou^nte parmi les ennemis, et augmenter l'ardeur de leurs propres troupes.

93. Cependant au signal donné, lei nôtres s'avançant , le pilum i la main» et voyant ceux de Pompée ne hm w^ cun mouvement pour venir à euX| leur expérience et la capacité qa'ili avaient acquise dans les combats pté>* cédons les portent à s'arrêter d'eux^* mêmes au milieu de leur course, poiif ne pas arriver épuisés ; et après avoir repris haleine un moment , ils eoureni de nouveau sur l'ennemi , lancent leuta traits, et mettent aussitôt l'êpée t ht main , selon l'ordre de César. Les sok* dats de Pompée se présentèrent fort bien , reçurent conrageusement M traits » soutinrent le choc des légiooa sans se rompre , et après avoir lancé leurs pilum, mirent aussi l'épée i la main. En même temps la cavalerie de Pompée qui était àl'aile (^uchê partit, selon l'ordre qu'elle en afait reçu , et vint avec tous les archers fon* dre sur la nôtre qui ne put la soutenir^ et recula un peu; celle de l'enneiAi i n'en devenant que plus vive dans sa poursuite » commençait à déployer ses escadrons pour nous prendre en flâne et nous envelopper. CéSar, s'en étant aperçu , donna le signal à la quatrième ligne composée de six cohortes. Atis^ sitôt elles s'ébranlent , et chargent les cavaliers ennemis avec tant de viviH cité, que pas un ne tint terme; touS^ lâchant pied » non-seulemeOt cèdent M champ de bataille , mais même s'eil^ fuient et gagnent les montàgnest Leur fuite laissant les gens de trait e1 les frondeurs sans appui et sans défense^ on les passa tous au fil de l'épée. M même pos, ces cohortes tombent mt l'aile gauche de Pompée dont le êëtt^ tre résistait encore à nos eflbrlfci êHeii

CÉSAR

l'enveloppent et la prennent en queue.

9\. Dans cet instant César fit avancer sa troisième ligne, qui jusque -Jà était resiée immobile à son poste; ces troupes fraîches relevant celles qui étaient fatiguées , l'armée de Pompée, qui avait d'ailleurs l'ennemi sur ses derrières » ne put soutenir le choc , et tous prirent la fuite. César ne se trompa point dans Tidée qu*il s'était formée»

que ces cohortes dont il avait composé une quatrième ligne , pour Topposer à la cavalerie ennemie, commenceraient la victoire ainsi qu'il l'avait prédit à ses troupes en les haranguant. Ce fut, en effet, par elles que cette cavalerie fut d'abord culbutée , ce furent elles qui taillèrent en pièces les archers et les frondeurs, et ce fut p<\r elles encore que l'aile gauche des ennemis fut enveloppée; ce qui commença la déroute; car Pompée ayant vu sa cavalerie repoussée, et la (erreur répandue dans oette partie de ses troupes sur laquelle il comptait le plus, se défiant du reste. abandonna le champ de bauille, et a'enfuit droit au camp , où s'adressant aux oenturions qu'il avait commis à la garde de la porte prétorienne, il leur dit à haute voix , pour que les soldats l'entendissent : « Ayez soin de pouriroir à la sûreté du camp et de le défendre avec courage, en cas de malheur; pour moi, je vais faire le tour des autres portes , et donner les mômes ordres à cet égard. » Après avoir dit ces mots y il se retira dans sa tente, désespérant du succès, et résolu néanmoins d'auendre l'événement.

95. L'ennemi en fuite, et contraint de régner les reirandiemens, persuadé qu'il ne devait pas lui donner le temps de revenir de son épouvante.

César exhorta les siens à profiler de leur avantage en assiégeant le camp.

fien quils fussent accablés de chaleur

(car le comb:U avait duré jusqu'à midi)» leur courage les mit au-dessUs de tout, et ils obéirent. Le camp était bien dé* fendu par les cohortes auxquelles on en avait laissé la garde ; et avec plus de vigueur encore par les Thraces et les autres troupes auxiliaires des Barbares : car pour ceux qui s'étaient sauvés du combat, tels étaient leur découragement et leur lassitude, que la plupart, jetant leurs armes et leurs en* sîeignes, songeaient plutôt à continuer leur fuite qu'à défendre leur camp.

Et ceux qui gardaient les retranchemens, accablés d'une grêle de traits»

ne purent tenir plus long-temps; mais criblés de blessures, ils abandonnèrent la |)lace, et, conduits par leurs centurions et leurs tribuns, ils se retirèrent tous sur les hauteurs voisines du camp.

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