Ge dernier se voyant très^inié
lieur à son ennemi » soit par la grandeur ou le nombre des vaisseaux» résolut de tout tenter. Avec sa galère à cinq rangs» il fondit le premier sur
celled'Octaviusqui était a quatre rangs; et le choc fut si vif» les deux galères s'entre -choquèrent avec tant de violence» que celle d'Octavius y perdit son éperon. Le combat s'allume vivement sur tous les autres points» et particulièrement dans le quartier des généraux ; en effet» chacun courant ausecours du sien » la mêlée devint très-sanglante vers cet endroit resserré. Plus les vais^ seaux avaient de facilité d'en venir à l'abordage » plus aussi ceux de Vatinius l'emportaient sur leurs adversaires : car avec un courage digne d'admiration»
nos soldats ne balançaient pas à s'élancer de leurs navires dans ceux des ennemis ; et rendant par ce moyen les armes égales» comme ils étaient beaucoup supérieurs en valeur» ils ne manquaient pas do réussir. La galère à quatre rangs de rames que montait Oclavius fut coulée à fond» ainsi que plusieurs autres que nous perçâmes de nos éfOiOM : on en prit quelques-unes » et les soldats de l'équipage furent en partie égorgés» et en partie précipités dans la mer. Octavius se réfugia dans sa chaloupe que firent couler à fond le grand nombre de ceux qui s'y jetèrent après lui : cependant» tout blessé qu'il était » il atteignit encore à la nage son brigantin ; et la nuit ayant fait cesser le combat» il profita du temps orageux pour s'enfuir à force de voiles : il fut suivi par quelques-uns de ses vaisseaux échappés heureusement au péril.
47. Après ce glorieux exploit» Vatinius donne le signal de la retraite» et entre avec sa flotte victorieuse dans le môme port d'où son rival était sorti pour le surprendre. Il lui prit» dans cette action» une galère à cinq rangs»
deux à trois» huit à deux» plusieurs rameurs» et resta le lendemain dans le même lieu pour y réparer ses vaisseaux et ceux des ennemis dont il s'était
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rendu matlre. Le troisième ]Ottf , il lira vers rUe de Lis&i, parce qu'il croyait qu'Odavius s'y était réfagié. H y avait dans cette lie une ville très-considérable ei très^affectionnée à Ociavius : mais à l'arrivée de Vatinius, ses habitans vinrent , en posture de supplians , se soumettre à lui) et lui apprirent qu'à la faveur d'un bon vent, son ennemi» avec qudques petites galères qui lui vrestaient» avait tiré vers la Grèce» d'où il devait passer en Sicile» et de là en Afrique. Vatinius ayant ainsi terminé en peu de temps et d'une manière si glorieuse les affaires de l'Illyrie» paciflé œtte province qu'il remit à Gornificius» et chassé la flotte ennemie de tout ce détroit > se relira» couvert de gloire, à Brindes avec sa flotte et son armée dans un état florissant.
48. Tandis que César tenait Pompée assiégé près de Durazzo» qu'il triomphait à Pbarsale» et qu'il se trouvait en grand péril dans Alexandrie, péril que la renommée exagérait encore , Gassius LonginuS) qu'il avait laissé en Espagne, avec le litre de propréteur , pour gouverner la province ultérieure»
soit par cette perversité qui lui était ordinaire» soit qu'il eût conçu de la haine contre ce pays» où il avait été blessé en trahison durant sa questure»
avait beaucoup augmenté par sa conduite l'aversion que ces peuples nourrissaient contre lui. 11 pouvait facilement s'en apercevoir» et d'après sa propre conscience qui le portait à croire qu'on lui rendait haine pour haine, et par les preuves et les témoignages qu'ils ne pouvaient s'empêcher de lui en donner; de sorte que pour s'en dédommager, il s'efibrça de gagner l'affection des troupes. Ainsi , aussitôt qu'il put les réunir» il promit cent sesterces à chaque soldat ; et peu après ayant prisArmetma en Pprtugal» et s'étant
rendu nialtre du mont Antitto , oA s'étaient retirés les habitans de cette ville» il leur en donna encore cent»
pour y avoir été proclamé hnperator, il leur prodiguait aussi en partièulier beaucoup de largesses » qui pour le pré» sent paraissaient augmenter l'amour des soldats envers lui» mais qui danà le fond tendaient insensiblement à re^ lâcher la discipline militaire.
49. Après avoir mis ses l^ons et quartier d'hiver» Gassios se rendit l Gordoue pour y tenir les états de h province. Là » il résolut d'acquitter, aut dépens du pays qu'il accabla d'impAts»
les dettes qu'il avait contractées dank cette ville; et selon la coutume des prodigues, sous le spécieux prétexte de faire des libéralités , il tirait des pett^ pies beaucoup au-delà de ce qu'9 devait exiger. Il taxait les riches; et non-seulement il souftrait qu'ils lui apportassent ces sommes, mais même il les y contraignait : le moindre sujet de mécontentement suffisait de plt6 pour tirer de l'argent des personnes opulentes; et quelque genra d'exaction qu'on pût imaginer» grand ou petit»
honnête ou sordide» on en profitait dans la maison et au tribunal de gouverneur. Quiconque avait quelque chose à perdre était d'abord cité, ou mis au nombre des coupables. MûA sans compter la perte de son bien , oa avait continuellement à craindre de plus grands maux encore.
60. Il arriva, pour ces raisons» que Longinus tenant dans son gouvernement la même conduite qu'il avait eue pendant sa questure, tous les peuple de la province se révoltèrent une seconde fois contre lui. Quelques-uns même de ceux qui lui étaient le plus attachés les entretenaient dans cette aversion ; et bien qu'ils eussent leuir part du t^illagé» ils ne laissaient pad db
eVBRKC D*ALttATfDRlB.
haïr ooldi «u iMNii duquel ils se perniellaient toaM ees rapines» parce qu'ils ne sataieiil gté qu'à eux-mêmes do buiifl dont Ils proâlaient , et metlaieni sur le compte de Gassiiis tout ce qu'ils ne pootaient prendre. Il leta une cinquième légion; la haine que l'on aTait contre lui s'accrut de cette nouvelle levée » et de la dépense qu'elle coUta. Enfln il forma un corps de trois mille ehevant ; ce qui augmenta d'une manière exorbitante les charges de la province.
Si. Sur ces entreMies, il reçut des lettres de César, qui lui ordonnait de passer en AfViqne avec ses troupes , et de traverser la Mauritanie pour se rendre dans la Numîdie , parce que le roi Inba avait envoyé de grands secours à Gn. Pompée» et qu'il ne doutait pas qu'il ne lui en envoyftt encore dé plus considérables. Ges lettres lui causèrent le plus vif plaisir, i cause du moyen qu'elles lui fournissaient d'aller piller de nouvelles provinces, et de s'enrichir des trésors d'un royaume extrêmement fertile. Il passa donc en Portugal , pour y rassembler ses légions et ses auxiliaires. Cependant il chargea des afSdés de lui tenir prêts cent vaisseaux et des vivres, ainsi que de faire le budget et la levée des sommes dont il avait bëtoin , afin que rien ne l'arrêtât à son retour. Il fat plus prompt que l'on ne s'y attendait, en ne reculant devant ni travaux , ni peines, surtout lorsqu'il s'agissait de satisfaire ses désirs.
52. Rassemblant son armée , après avoir établi son camp près de Cordoue, il bit connaître aux siens les ordres qu'il a reçus de César, leur promet à chacun cent sesterces lorsqu'il serait arrivé en Mauritanie, et ajoute que la cinquième légion doit rester en Espagne. Ensuite il entra dans Cordoue; et le même jour vers midi» lorsqu'il se
rendait au palais, un certain Mlnntius Silo attaché à L. Racilins lui présenta une requête, à titre de soldat qui lai demandait quelque grâce. Puis ayant passé derrière Racilius ( celui - ci marchait à côté de Cassius ), comme pour attendre la réponse à son placet , lor^ qu'il vit le moment favorable , Je la main gauche il saisit le gouverneur, et de la droite il lui donna deux coups de poignard. A cette action il s'éleva un grand cri ; et tous les conjurés accoururent. Munatius Flaccus passa son épée au travers du corps d'un licteur qui était près de Longînus, et blessa le lieutenant Q. Cassius. T. Vasius et L. Mêrgilio viennent avec la même assurance seconder Flaccus leur compatriote : car ils étaient tous d'Avila. L. Licinius Squillus se précipite également sur Longinns qu'on avait terrassé ) ot lui porte quelques légères blessures.
6S. D'un autre côté, on accourt à la défense de Cassius; car il avait toujours à sa suite plusieurs braves , et un grand nombre de vétérans armés de dards, et qui lui servaient de garde. Ceux - ci arrêtèrent le reste des conjurés qui venaient à la suite des autres pour consommer l'assassinat ; parmi eux se trouvèrent Caipumius Salvianus et Manilius Tusculus. Minutius , voulant fuir, fut accablé de coups de pierres qui volaient de toutes parts , et conduit à Calsios qu'on avait transporté chez lui. Raciltus, ignorant si le gouverneur était tué , se retira chez un de ses amis qui demeurait dans le voisinage, pour aitendre des nouvelles positives. L. Larérensis, persuadé de sa mort, court au camp, ivre de joie ; il félicite les soldats indigènes, et ceux de la seconde légion , auxquels il savait que CassiUs était particulièrement odieux : aussitôt ils relèvent sur le tribunal, et le
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NIRTttm.
saluant en qualité de préteur, car il n'y avait dans ces deux liions aucun homme, soit du pays, soit étranger naturalisé dans la province par un long séjour, tels que tous ceux de la seconde légion , qui ne partageât la haine gênéraie des habitans contre le gouverneur.
A r^ard de la trentième et de la vingt et unième légion , après les avoir levées depuis peu de mois en Italie , César les avait données à Gassius ; et la cinquième venait d*è(re formée tout récemment dans le pays.
54. Sur ces enirerailes, on vint prévenir Latérensis que Gassius était vivant. Celte nouvelle Tarfligea plus qu'elle ne le troubla; prenant aussitôt son parti , il vient lui faire visite, instruite de ce qui s'était passé, la trentième légion se rendit à Cordoue pour secourir son général , et la vingt et unième suivit son exemple. Elles y furent aussitôt jointes par la cinquième. Il ne restait donc plus dans le camp que deux légions; la seconde craignant de demeurer seule, et que par là ses aentjmens ne fussent découverts , imita les trois auires. Quant à celle du pays, elle tint ferme, et rien ne put l'ébranler.
55. Cependant Gassius fait arrêter les complices du meurtre , et renvoie la cinquième l^ion au camp, ne retenant auprès de lui que trente cohortes.
Par la déposition de Minutius, il apprend que L. IVacilius, L. Latérensis et Annius Scapula , personn<ige des plus distingués du psiys, en grand crédit dans la province , et qui n'était psis moins de ses amis que Latérensis et Racilius, se trouvaient au nombre des conjurés. Su vengeance ne Tut pas différée, et il les fil de suite mourir. En même temps il livre Minuiius à ses affranchis pour qu'il subisse la torture, et lui joint Caipurnius Salvianus , qui par ses âveux grossit le nombre des
conspirateurs ; quelques - uns pensent que c'était avec fondement, d'autres prétendent qu'il y fut contraint. Ou condamna L. Mergilio k la même peine.
Squilius nomma plusieurs autres eom* plices , que Gassius punit tous de mort, à la réserve de ceux qui se rachetcroil à prix d'or : car il traita publiquement avec Caipurnius pour dix mille serterces, et avec Q* Sextius pour cinquante mille. Quoique l'on ne doutât point qu'ils ne fussent justement punis, néanmoins la mort et les supplices qu'ils s'épûi^naient par leur argent prouvèrent que le gouverneur n*élaic pas moins jaloux d'assouvir sa cupidité que sa vengeance.
56. Quelques jours après ^ Gassius reçut des IcUres de César, qui lui apprenaient la défaite de Pompée et sa fuite. Celte nouvelle ne lui donna qu'une joie mêlée d'aflliction : la victoire, il est vrai, lui faisait plaisir, mais en même temps la fin de la guerre lui ôtait le moyen et ki licence de piller et de rançonner les peuples : aussi éiait*ii dans l'incertitude de savoir ce qu'il devait préférer, ou de n'avoir rien à craindre, ou de pouvoir se per* meure tout impunément. Dès qu'il fut guéri de ses blessures , il fit venir tous ceux qui s'élaient engagés à lui payer certaines sommes, leur signifia de les acquitter, et augmenta les impositions des personnes qui lui parurent taxées trop bas : en même tem|is dans les levées qu'il avait fait faire, soit parmi les citoyens romains, soit au centre des villes et des colonies de la province, quiconque avait de la répugnance à entreprendre une campagne au-delà de la mer* il l'en dispensait pour de l'argent. Par là il gagna des biens immenses « mais il s'attirait encore plus de haine. Ensuite il fit la revue de toutes ses troupes, et envoya ver» le détroit
CUKAAE D AUSXÂ7IDRIK.
les légions el les soldais auxiliaires qu'il détail conduire en Afrique; pour lui»
il se rendit à Séville, afin de voir la floue qu'on y équipait. Là il séjourna quelque temps, parce qu'il avait fait publier dans toute la province un édil enjoignant à ceux qui n'avaient point payé leur taxe 9 de venir le trouver dans celte Tille; cet ordre répandit partout l'alarme.
57. Sur ces entrefaites» L. Titius, alors tribun de la légion indigène , lui mande que le bruit courait que la trentième» conduite par Q. Cassius, général, vers le détroit» s'était mutinée dans son camp auprès de la ville d'illora; qu'après avoir tué quelques centarions qui s'opposaient à son départ, elle était venue joindre la seconde légion qui marchait vers le détroit par une autre route. Sur cette nouvelle »
il part de nuit avec cinq cohortes de la vingt et unième l^on , et y arrive le matin. Après y être resté ce jour-là » pour voir ce dont il s'agissait, il se rendit à Garmone. Il y trouva la trentième et la vingt et unième légion , avec qmitre cohortes de la cinquième» et toute sa ca\(^lerie rassemblée : il y apprit que lo légion composée de troupes da pays» après avoir enlevé près d'Obueola quatre cohortes» était venue trouver h deuxième» qu'elles s'étaient jointes Memble» et avaient mis à leur tête T. Tborius d'Alcala. Assemblant aussitôt son conseil , il dépèche Harcellus à Goidoue pour la contenir dans le devoir, et envoie Q. Gassius , général , à Séville. Au bout de quelques jours, il reçoit la nouvelle que In garde urbaine de Cordoue s'était révoltée contre lui , et que Marcellus, soit volontairement»
ou de force (car on en parlait diversement), avait traité avec les mutins,' ainsi que deux cohortes de la cinquième ^gion qui était en garnison dans cette
place. Furieux de ces soulèvemens, il décampe , et le lendemain arrive à Ségi»* vie, ville située sur le Xénil. Là, ayant harangué ses troupes pour s'assurer de leurs dispositions, il connut que si elles lui restaient fidèles, ce n'était pas pour lui » mais par l'attachement qu'elles portaient à César» et que pour réduire cette province sous son obéissance, elles ne reculeraient devant aucun péril.
58. Cependant Thorius amena les anciennes légions près de Cordoue ; et pour que le commencement de la révolte ne parût venir ni de sii part, ni de celle des siens, el en même temps afin d'opposer à Cassîus , qui semblait agir au nom de César, uneaulorilénon moins imposante, il déclara publiquement que c'était pour Pompée qu'il prétendait recouvrer celte province. Peutêtre agit il aussi de la sorte par haine pour César et par amour pour son adversaire, dont le nom pouvait beaucoup auprès des légions que Varron avait commandées : mais on ne peut avoir que des conjectures sur les motifs qui le guidaient. Au moins est- il constant qu'il se couvrait de ce prétexte» ei ses soldats en faisaientsi peu mystère» qu'ils portaient écrit le nom de Pompée sur leurs boucliers. A leur approche tous les magistrats de Cordoue, suivisdes mères de ûimilles les plus distinguées et de leurs enfans, sortirent en foule au devant d'eux» pour les prier de ne point piller leur ville comme une place ennemie, protestant qu'ils étaient tous dans les mêmes seniimens que le reste de la province au sujet de Cassius» et demandant pour unique grâce qu'on ne les forçât pas à s'armer contre César.
59. Touchées des prières et des larmes d'un si grand nombre de personnes » voyant qu'elles n'avaient pas besoin du nom et du souvenir de Pompée pour poursuivre Cassius, é^^
Hiarius-
lemenl on horreur aux deux partis» et qu'il n'y avait pas moyen d'engager Harcellus ni les citoyens de Ciordoue à trahir César, CCS troupes ari*acheni le nom de Pompée de leurs boucliers, meuent à leur tête Harcellus qui se déclarait hautement pour le vainqueur des Gaules y le proclament préteur, se joignent à ceux de Cordoue, et viennent camper sous ses murs. Deux jours apr^, Gassius prit aussi ses positions à quatre milles de cette ville, sur une hauteur au-delà du Guadalquivir. De là il prie par ses lettres Bogud , roi de Mauritanie, et M. Lépidus, proconsul de l'Espagne ci lérieure, de venir promptement^ en considérallon de César, au secours de sa province. Cependant il entre en ennemi sur les terres de Cordoue, les dévaste, et incendie les habitations.
60. Témoins de ces ravages et d'une telle indignité , les légions qui avaient pris Marcellus pour leur chef courent à lui en foule , le supplient de les mener au combat, et de leur permettre d'engager l'action, plutôt que d'éprouver la douleur et la honte de voir piller sous leurs yeux, et désoler par le fer et le feu , ce que les habitans de Cordoue avaient de plus cher et de plus précieux. Persuadé qu'une bataille, quel qu'en fût l'événement, tournerait toujours en pure perte à César, miais qu'il n'était pas en son pouvoir de s'y opposer, Marcellus fait passer le fleuve à ses légions, et les dispose à combattre. Ensuite , voyant que Gassius tenait son armée rangée sur la hauteur à la tête de son camp, et qu'il ne descendait pas dans la plaine, il persuade à ses troupes de se retirer dans leurs retranchemens. H se mit donc en devoir de leur faire repasser le fleuve. Gassius, qui lui était très-supérieur par sa cavalerie, la détacha contre Tarriére-garde
des légions au moment où elles effao
tuaient leur retraiie, et leur Gt essuyoc une perte considérable sur les bordf du fleuve. Harcellus comprit par ce) échec le désavantage el le péril qu'il y avait à traverser le fleuve en présence de l'eimemi : il transporta son camp plus loin, et pendant plqsieurs jours les deux armées se tinrent en balaiile, sans néanmoins en venir aux mainf à cause de la difliculté des lieux.
61. Marcelin^ l'emportaii de beaut coup &i infanterie : car il n'avait qui| des légions de yétéraos éprouvés dans plusieurs combats : Gassius comptait plus sur la Gdélité de ses troupes quQ sur leur valeur. Les deux camp$ étaient voisins l'un de l'autre; et Marcellus s'étant saisi d'une position propre k bâtir un fort, dont il pouvait se servir pour ôier l'eau à l'ennemi^ Gassius, qui craignait de se voir investi et comme assiégé dans un pays où tout lui était contraire, et où on le détestait, sortit de son can^p la nuit en silence, et ga^ gna au plus vite Monte-Mayor, villQ qu'il croyait dans ses intérêts. Ucamp^ si proche de cette place , que oomm^ elle était située sur une haute oioniav gne, son camp se tiroi^vait paiement défendu par la nature du terraip et par les murs de la ville. Harcellus l'y suj^, et campe en face de lui le plus pr^ qu'il put de Monte-Hayor; ensuite, apr£; avoir reconnu les lieux > il se vit foro^ de prendre le parjli le plus conforme s ses vœux, c'est-à-dire de ne point ef venir aux mains (ce qu'il n'aurait 0 éviter si l'occasion s'en fui offerte, tap^ ses troupes étaient animées), ^ d'eu^r pêcher Gassius de se répandre dans h campagne, afin qu'il ne fit plus éprour ver ses fureurs à plusieurs autres villes» comme aux habitans de Gordoue. Dsnp cette vue, il construit plusieurs fort; d'espace eu espace dans des pgsiç^ $09*
GUEHEE l»AU»UNDRIE.
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veiiables, les coMinue loul auiour de Ja ville y et par là bloque à la Tois la place et le camp de Gassius. Avant que tous ces ouvrages fussent achevés , celui-ci mit toute sa cavalerie en campogne^ pei^uadé qu*eUe pourrait lui être d'uo grand secoun^ ai elle empâcbait Maroellus d envoyer au fourrage et aux vivres » au lieu qu'elle deviendrait pour lui non-seulement inutile , mais encore très^embarrassante, si, se trouvant investi et assiégé» il élait contraint de la nourrir.
62. Peu de jours après» le roi Bogud, ayant reçu les lettres de Cassius» arrive avec ses troupes» et se joint à lui ainsi qu'une légion qu*il avait amenée»
et plusieurs cohortes auxiliaires composa d'Espagnols: car» dans les troubles civils, rien de plus ordinaire que de voir les peuples se partager entre les différens partis. Ainsi à cette époque quelques villes d'Espagne tenaient pour Cassius; mais le plus gr^d nombre favorisait Maroellus. Bogud et ses troupes approchèrent des fortifications extérieures de ce général ; on s'y battit vivement de part et d'autre ; et la fortune ineoostante » selon sa coutume »
donna souvent la victoire tantôt à Cassius» tantôt à son adversaire; on ne pat cependant parvenir à chasser Marcellus de ses lignes.
65. De son côté» Lépidus arriva de la province citérieure avec trcnte«cinq cohortes tirées des légions» un grand nombre de cavaliers et d'autres troupes auxiliaires» dans l'iniention de travailler sans partialité à mettre d'accord ensemble Gsïssius et Uarcellus. A son arrivée» Marcellus va le trouver sans balancer» et lui confie ses intérêts. Cassiusi au contraire» se tint renfermé dans son camp, soit qu'il crût mériter plus d'égards^ ou qu'il craignit que son rival n'eût prévenu contre lui JUpidus
par ses déférences. Ce dernier ^eni camper devant IIonte*lIayor » et agit de concert avec Marcellus. 11 défend ami deux partis de combattre » invite Cas* sius à venir le trouver» et lui donne parole qu'il ne lui sera fait aucun mal» Après avoir long-temps balancé sur c$ qu'il doit résoudre» et sur la confiance qu'il peut meure en Lépidus» Cassius, ne voyant enfin nulle ressource pour lui» s'il persistait à vouloir demeurer dans son camp» demande que lit ligne de circonvallation soit comblée» et qu'on lui permette d'effectuersa retraite. Déjà on élait convenu d'une trêve» déjà 09 avait commencé à combler les tranchées d'où étaient sortis leurs défenseurs» lorsque Bogud avec ses troupes vint attaquer un des foits de Marcellus qui était voisin de son camp » sapi que personne s'y attendit » ni en e<U conr naissance» excepté peut-être Cassius (car on doute fort qu'il n'en fût pas informé). Le roi Barbare y fit un grand massacre ; et si Lépidus indigpé d'uw telle perfidie n'y était secouru prompte^ ment» et p'eût arrêté cette boucherie • on essuyait une perte encore plus ooii'* sidéraUe,
64. Le passage étaii donc ouvert h Cassius » Maicelhis et Lépidus joignait leur camp » et se dirigent teus deux à la fois sur Cordoue avec leurs troupes»
tandis que Cassius et Bogud prepneet le chemin de Carmone. Dans ces cifc^nsunceç» on apprend que Trébooius»
nommé gouverneur de cette proviooe en qualité de proconsul » est sur Je point d'arriver. A cette nouvelle» Cassius met ses légions et sa cavalerie en quartiers d'hiver» ramasse à la bâte toutce qu'jl avait» part pour Malaga» et s'embarque malgré la mauvaise saison , afin » disait-il hautement» de ne pas se livrera la merci de Trébonius» de liépidus et de Marcellus. 3es amis proclamaient, de
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leur cOléf que celait pour éviter la honte de traverser d'une manière peu honorable une province , dont une partie I avait abandonné; et les autres prétendaient qu'il craignait qu*on ne lui enlevât les richesses immenses qu'il avait acquises à Torce de rapines. Il partit donc par un temps assez favorable pour l'hiver : s'élant arrêté à Tembouchure de l'Ëbre pour y passer la nuit, H s'éleva bientôt une violente tempête , malgré laquelle il fil voile , croyant pouvoir continuer sa route ; mais il trouva au sortir du fleuve des flols terribles qui l'y repoussaient ; de sorte que ne pouvant ni retourner à cause du rapide courant de la rivière, ni résister aux vagues amoncelées qui venaient fondre sur lui Jl périt avec son vaisseau. 65. De l'Egypte, César passa en Syrie, Qû il apprit par ceux qui vinrent le trouver de Rome , et d'après les lettres qu'il reçut de celle ville, que la république était en proie à une foule d'abus et de désordres , et que dans les affaires on ne consultait ni les lois ni la justice, soit à cause des troubles occasionnés par la division qui régnait entre les tribuns du peuple, soil par suite de l'ambition et de la mollesse des tribuns mîliiaires et de ceux qui , se trouvant à la tête des légions, avaient introduit dans la discipline plusieurs innovations dangereuses et tendant à lui ôler toute sa force; de tek excès (il le sentait bien) réclamaient nécessairement sa présence.
Cependant il crut convenable de laisser les pays et les provinces où il était organisé de manière à ne plu^ redouter de guerre civile , à faire respecter aux peuples de ces contrées les luis et les ordres du peuple romain , et à les affranchir de toute crainte de la part des ennemis extérieurs ; c'est ce qu'il espérait pouvoir prompiement exécuter en Syrie, en Cilicie et en Asie, provinces
alors toul-à-faît paisibles. Il ne se flattait pas de trouver les mêmes facilités en Bilbynie et dans le Pont ; car il n'a» vait point appris que Pharnace eût abandonné ce royaume ; et il ne pouvait même s'imaginer qu'il en voulût sortir, tant il était fier de l'avantage qu'il avait remporté sur Domitius Calvînus. 11 s'ar* rêta dans presque toutes les grandes villes, accorda, tant en public qu'en particulier, des grâces à ceux qui en méritaient, prit connaissance des anciennes contestations et les régla ; reçat l'hommage des rois, des satrapes, des gouverneurs de la province et des pays voisins, les diargea de veiller à la coo* servation et à la défense de leur goa« vçrnemcnt, et les renvoya pleins des meilleures dispositions pour lui et pour la république.
66. Après avoir passé quelques jours dans cette province, il laisse à Sext. César, son ami et son parent , le commandement des légions et de la Syrie; et sur la même flotte qui l'avait transporté, il se rend en Cilicie , et convoque toutes les villes de ce canton à Tarse, la plus considérable el presque la plus forte de toute la Cilicie. Là» ayant mis ordre aux^aflaires de cette contrée et des états voisins, le désir qu'il avait de voler au combat ne l'y retient pas Jong-temps; il traverse à grandes journées la Cappadoce , reste deux jours à Hazaca, et vient visiter l'ancien et vénérable temple de Bellone à Comane en Cappadoce; ce temple est l'objet d'un culte si respectueux, que le prêtre de la déesse passe chez cette nation pour la; seconde personne de l'empire, n'ayant au-dessus de lui en majesté, en pouvoir et en prérogatives, que le roi seul. Il conféra cette dignité à Lycomède , personnage des plus illustres de la Bithynie, issu des anciens rois de Cappadoce, mais dont le dioit incon^
GUERRE D ALEXÂNDIIIE.
tttlMe sur celte couronne s'était trouvé interrompu , depuis que par le malheur ëe ses ancêtres elle atail été transférée dans une autre maison ; Lyconiéde rédamait ce haut poste. A l'égard d'Ariobaraane, et d'Ariaratbe son frère»
qai tous deux avaient bien servi la république » il conBrma le premier dans h possession du tr6ne qu'il occupait; et, pour qu'Ariaralbe, son héritier, n€ fût pas tenté de remuer et d'exciter les i nquiétudcs d'Ariobarzane » il le soumit à son frère et le mit dans son entière dépendance : ensuite il poursuivit sa marche avec la même diligence qu'il l'avait entreprise.
67. Comme il approchait du Pont etdes frontières de la Galatie, Déjotarus, alors tétrarque de presque toute cette province ( ce que les autres tétrarques prétendaient ne lui être dû ni par les lois ni par la coutume) , mais à qui l'on ne disputai! point du reste le titre de roi de la petite Arménie, que lui avait donné le sénat , Déjotarus vint se pré» saiter à lui dépouillé de toutes les marques de sa dignité, et non -seulement ^ habit de simple partiailier, mais nêmede crimind : il le supplia de lui pardonner si, s'étant trouvé dans un pays où César n'avait point dé troupes , il avait été contraint de suivre les drapeaux de Pompée et de le secourir; que comme il ne devait pas être juge des différends du peuple romain^ il avait obéi aux ordres qu'on lui donnait.
S8. César dans sa réponse lui rappela les nombreux services qu'il lui avait rendus , et les décrets qu'il avait &it publier en sa faveur durant son consulat : il lui fit sentir aussi que, malgré sa justification, il ne pouvait excuser son imprudence; qu'un homme tel que lui , aussi sage et aussi habile, n'avait pas dû ignorer quel était le mallre de Rome et de l'Italie, où étaient m.
le sénat et le peuple romain , la république , enfin quel consul avait succédé à L. Lentulus et à C. Marcellus. il ajouta que cependant il voulait bien lui pardonner en considération de ses services passés, de leurs liaisons et de leur ancienne amitié, de son rang, de son âge , et à la prière de ceux des amis de ce prince qui s'étaient rendus en foule auprès de lui pour solliciter sa grâce. Il lui dit que, dans la suite, il prendrait connaissance des contestations qu'il avait avec les autres tétrarques; puis il lui rendit les marques de sa dignité, et ordonna de lui amener la légion composée de ses sujets , qu'il avait armée et disciplinée à la romaine, et d'y joindre toute sa cavalerie, dont il avait, besoin pour la guent;.
69. Lorsqu'il fut entré dans le Pont , il y assembla toutes ses troupes, qui étaient en petit nombre et peu exercées au métier des armes; car, excepté la sixième légion , toute composée de vétérans , et qu'il avait amenée avec lui d'Alexandrie, mais tellement diminuée par les travaux et les périls qu'elle avait essuyés, qu'à peine formait-elle mille homm», plusieurs soldats avaient péri soit par la difficulté des chemins sur terre et sur mer, soit dans les fréquentes batailles qu'ils avaient données. Le reste ne consisuit qu'en trois légions, celle de Déjotarus, et les deux qui s'étaient trouvées au combat où Phamace, comme nous l'avons dit, avait défait C. Domitius. Des ambassa* deurs du roi de Pont vinrent le trouver, et le prièrent d'abord , de la part de leur maître, de ne point entrer sur son ter* riloire en ennemi, l'assurant qu'il était prêt à obéir en tout à ses ordres , et lui représentant surtout qu'il n'avait jamais voulu donner aucun secours à Pompée contre lui , comme avait fait Déjotarus auquel il \enail de pardonner.
70. César répondit que Pharnace n'aurait point sujet de se plaindre de son équité, s'il exécutait sa promesse.
En même temps , il avertit atec douceur les envoyés^ selon sa coutume»
de ne pas lui opposer la conduite de I^jolaruS) ni trop m prévaloir de ce que leur maître n'avait pas secouru Pompée ; qu'il n'y avait rien od il ne se ponit plus vokNitiers qu'à âJre grâce; mais que pour les injustices commises envers les provinces «I le public, il ne pouvait les excuser» mftme dans ceux qui lui avaient rendu quel-»
que service; que celui de n'avoir point secouru Pompée avait été plus avantageux à Phamace, qui avait évité par là d'être vaincu , qu'à lui-mêtne à qui les dieux immorteli avaient accordé la victoire; qu'il oonsenlait done à lui pardonner les ii^ures atroces et lés trattemens barbares que les citoyens romains avaient reçus de lui dans le Pont, parce qu'on ne pouvait les ré* parer; qu'il lui était inapossible en ei&t de rendre la vîe à ceux qu'il avait iait massacrer» ai la virilité à ceux qu'il avait mutilés , supplice plus cruel que la mort pour des Romains; maie qu'il sortit du Pont siv-leMdiamip ; qu'il leralt en liberté les fsmiiles des reeeveurs des deniers publies, et qu'il resti&uàt aux citoyeiw romains et nui alliés ge qu'il leur avait enlevé : qu'il pour* rait ensuite lui envoyer les présens que les généraux de ftorae» après leurs ekploiis » avaient coutume de recevoir des prinœs et des peuples amis» car Pbai^ naœ lui avait envoiyé une couronne d'or. Après celte réponse, il eoi^édia ks ambassadeurs.