HENRIETTE SONTAG
O, ces doux chants roulant en molles cascatelles,
En flots capricieux, Viennent-ils, viennent-ils des sphères immortelles ! Ces doux accents brodés en magiques dentelles.
En tissus gracieux?
Est-ce le rossignol qui gémit et module
Sa plainte dans le bois.
Ecoutée à demi de la vierge crédule Qui se trouble, et sourit à lamant qui ladule
Et la met aux abois ?
Est-ce une femme, ou bien est-ce un ange qui chante ?
Ou, parmi les lilas Parmi les blancs lilas, est-ce la voix touchante ? —
Je ne le sais, hélas !
Jamais accent plus beau n a frappé mes oreilles.
Et mes rêves jamais.
Du trésor de tes vers déployant les merveilles, Tu n as de chants si frais bercé mes longues veilles
O Muse que j'aimais I Et voilà qu'elle fait silence, la voix tendre,
Que de jours, que de jours.
Pour l'admirer, encor, nous serons à l'attendre ! — Oh ! cet accent jamais il ne faudrait l'entendre,
Ou l'entendre toujours !
RAMEAU, musicien français du siècle dernier.
Chanson sur les disputes musicales des partisans de Rameau, Gluck et Piccini.
Oui, par malheur, voilà comme De ce trio qu'on renomme.
On veut nous prouver qu'en somme Un seul membre a de bons droits.
Ventre bleu ! Cela m'assomme ; Partageons plutôt la pomme ; Pourquoi ne voir qu'un grand homme Où nous pouvons en voir trois.
VERDI (G.), célèbre compositeur italien.
Verdi par-ci, par4à, toujours ! ça m'hroripile ; Ce Parmesan partout a pu se faufiler.
Parmesan, grâce à toi le macaroni file. A Parme, ô Verdi, fais toi donc filer,
AGRICOLA, attaché à la Cour de Marguerite d'Autriche.
Bien finiray par un tel chant produire
D*Agricola dont la Musique fait luire
Le nom plus clair cent fois que vif argent.
(La plante du Désiré, par le Miaire des Belges).
GOIINOD (Charles), compositeur français.
De Gounod Tœuvre nouvelle Brille en Mai soixante sept, Roméo suit tout son zèle, A venir avant Juillet.
(Composé lors de la i^^ représentation de Roméo et Juliette, le 27 Avril 1867J
SCHUBERT (Franz), compositeur allemand.
Schubert heiss ich, Schubert bin ich, Und als soichen geb' ich mich ; Was die Besten je geleistet»
Jch erkenn es, ich verehr' es, Aber stets bleibt's ausser mir.
Selbst die Kunst, die Krànze windet, Blumen sammeit, wâhlt und bindet ; Ich kan ihr nur Blumen bieten, Sichte sie und — wàhlet ihr ; Lobt ihr mich — es soll mich freuen, Schmàcht ihr mich — ich muss es dulden. Schubert heiss ich, Schubert bin ich, Mag nicht hindern, kann nicht ladén ; Geht ihr gern auf meinen Pfaden, Nun wohlan, so folget mir !
Grillparzer.
DENELLE (M"«), cantatrice du théâtre de Lille en 1781.
Après ravoir vu jouer le rôle de la Reine de Golconde.
Vous chantez avec art, et votre douce voix
Eveille dans mon âme un sentiment bien tendre,
L'indifférent, s'il ose vous entendre,
Jeune Denelle, a bientôt fait un choix
Qu'il fut heureux, celui, qui la première fois
Livra vos sens à Tamoureuse ivresse
Que toujours avec tant d'adresse
Vous venez porter dans nos cœurs !...
S'il est jaloux, pourtant, le mortel est à plaindre.
Il m'a semblé le voir parmi vos spectateurs.
Il se disoit, en répandant des larmes ;
Elle sait, hélas ! trop bien feindre.
Par M. le comte FRANÇOIS DE (NEUFGHATEAU).
LANCÉ (Henri), chanteur à TOpéra, né à Lyon en 1733, mort à Vincennes, en 1802.
On prétend qu'il a reçu 25 louis pour ne plus chanter dans lopéra Adèle , musique de Delà Borde et Berton, et on a fait une chanson à ce sujet que Ton trouve dans la correspondance du baron de Grimm :
On peut laisser Armand, on ne Taime plus guère: On peut laisser Le Gros brailler ; Mais Larivée il faut Tôter, G'est Fami du parterre.
Le sot prit la parole
Pour conformer cela, Mais à ce pauvre drôle Deux fois la voix rata :
Enfin, s'écria-t-il, faite que Larrivée Laisse son rôle au plat Durand,
Et vous verrez dans cet instant Adèle abandonnée.
Quoiqu'il chante bien faux et soit même un peu grêle, Allons, qu'on ne m en parle plus.
Qu'on lui donne deux cents écus, Et qu'il nous quitte Adèle :
Aussitôt Larrivée
Six cents francs a reçu ;
Depuis cette journée
On ne la plus revu.
J AN SON (J. B.), violoncelliste habile, mort le 2 Septembre i8o3.
Tes sons rapides et flatteurs,
D'Orphée et d'Amphion retracent les merveilles :
G'est peu d'étonner les oreilles,
Janson, tu maîtrises les cœurs
DE LA DiXMERIE.
DE BÉRIOT (Charles), célèbre violoniste belge, mort à Bruxelles, en 1870.
De Bériot donna un concert à Louvain le vendredi 25 Septembre 1825, au profit de pauvres. Un artiste lui adressa l'impromptu suivant :
Apollon ta donné sa lyre Pour accompagner les neufs sœurs ; Tu fais passer jusqu a nos cœurs L enthousiame qui t'inspire.
Grétry sourit à tes accords Et ce maître de Tharmonie Promet à tes heureux efforts La palme qu'on doit au génie.
Des vertus et d'un beau talent, Quelle plus touchante alliance I Bériot, c'est en nous charmant Qu tu consoles l'indigence.
ROUSSEAU (J. J.), célèbre auteur.
Le R. P. de Rose-Croix, religieux cordelier, a fait répitaphe suivante à l'occasion de sa mort :
Mortel, avec respect contemple ce tombeau I D'un trésor précieux il est dépositaire, Le sage avec douleur lui redemande un frère, Et les arts gémissans y cherchent leur flambeau.
Enfin, mêlant science, politique.
Philosophie, et théâtre et musique.
Tu prétendis. Singulier Potentat, Régler l'ochestre et réformer l'état ; Et ta conduite, où l'on peut voir du faste, De tes écris fut toujours le contraste.
(Aux mânes de J, J. Rousseau. Genève, 1780, in- 12° 23 pages.)
LUSI.Tel est le nom d'une jeune actrice âgée de 11 ans et qui joua le 28 Juillet 1761 sur le théâtre de la Foire St-Laurent à Paris, dans l'opéra: Georget et Georgette{i), musique de Charles G. Alexandre.
M. Harry de Guerville, l'auteur des paroles, lui adressa les vers suivants :
Jeune Lusi, d'un cœur reconnaissant Daigne agréer un hommage sincère, Je te dois tout : ce n*est qu'en l'avouant
Que je pourrai me satisfaire.
J'ai vu sur toi se fixer tous les yeux : Ce sont tes traits formés pour plaire, Qui du public ont arrêté les vœux.
A tes talents, comme à tes charmes.
Egalement on rend les armes :
L'action semble naître au gré de ton désir, La naïve candeur sur ta bouche est errante Et de ton doux sourire la grâce séduisante
Parût la mère du plaisir :
En même temps on m'a dit qu'au Parterre, Souvent on surprenoit au rang des spectateurs, Le Dieu qui règne dans Cythère S'amusant à dicter cent éloges flatteurs : On a su le connaître à la flamme immortelle, Dont ses yeux à ta vue ont brillé chaque jour : L'instant où triomphe une belle Devient la fête de l'amour (2).
(1) Paris, chez M. Duchesne.
(2) On lit dans le Journal encyclopédique :
i< La pièce n est rien; mais M>^* Lusi, actrice âgée de 1 1 ans, a joué le rôle de Georgette^ avec tant de finesse, tant de grâces et tant de vérité, que cette pièce a attiré tout Paris. L*auteur lui dédia son ouvrage. »
DE VICQ (i) (Pierre), mort en i5i8 à Courtrai.
In tumulo Petrus de Vico conditur isto Nobile cui nomen Musica sacra dédit Pannonos Reges coluit Gallos et Hiberos Omnibus ob çantum gratus et ipse fuit.
HÉROLD (Ferdinand), mort à Paris en i835.
Jeune d'âge et vieux de succès,
Il meurt à quarante ans
Et son dernier accord fut son dernier soupir. Hérold, prends ton essor vers une autre patrie! Tu trouveras là-haut, réunis par le sort, Cimarosa, Weber, ces enfants du génie, Comme toi morts au printemps de la vie, Et comme toi triomphant de la mort !
LÉON HaLÉVY.
LE PATOUART (2), ordinaire de la chapelle du roi à Paris.
Appollon enchanté du goût de Patouart, Lui dit : tu réunis tous les charmes de lart, Délicat, et fini, tu scais toucher, surprendre ; Qui t'entend une fois, voudroit toujours t'entendre.
Par M. Fix.
(Vers pour mettre au bas du portrait de Fauteur, maître de violoncelle, dessiné par M^^^ Françoise Deschamps.)
(1) Pierre De Vicq, inconnu jusqu'ici, naquit en Flandre. Chanoine de la cathédralede Courtrai, il mourut en i5i8, et fut un musicien qui eut de la célébrité.
Cette épitaphe se trouvait placée dans Téglise de Courtrai.
(3) Cet artiste publia un recueil de chansons et 6 sonates pour violon.
FEL (Mlle), artiste attachée à l'Opéra de Paris, en 1775.
Toi, dont la voix tendre et touchante
Semble être Torgane des Dieux,
Toi, dont les talens précieux
Te rendent plus intéressante
Que la Divinité charmante
Qui jadis brillait dans les cieux?
Aimable Fel, embfeUis un ouvrage
Qui n'a, pour plaire et pour être admiré.
Que ces talens dont Tunique assemblage
Enlève et force le suffrage
Du censeur le plus éclairé.
28 Décembre 1775.
(En lui renvoyant les paroles du Retour du Printemps, ballet en i acte.)
ORLANDI, chanteur italien.