‹ Bibliothèque musicale populaireChapitre 44 sur 52 · GRÉTRY ET SA FILLE LUCILK · texte numérisé non relu

GRÉTRY ET SA FILLE LUCILK

LE MARIAGE d'aNTONIO.

L'opéra de M"* Lucile Grétry : Le Mariage cT Antonio (i), a obtenu à Paris, à la Comédie Italienne, un très grand succès. Il a été joué le 29 juillet 1786. Nous lisons à ce sujet dans un journal du temps :

" Son chant est facile et pur, il a de la grâce et de la finesse : on doit surtout y remarquer une manière de phraser qui annonce autant d'intelligence que de goût

Les accompagnemens ont tout l'éclat qu'ils doivent avoir pour soutenir le chant ; mais jamais ils ne lui peuvent nuire : ils sont au contraire ménagés avec tant d'art, qu'ils sont plus brillants sans altérer la pureté. On a demandé les auteurs. „

Une certaine partie du public accusait Grétry d'être l'auteur de la musique. A cette occasion il répondit la lettre suivante, que nous trouvons également dans un journal du temps :

** Si ses chants sont quelque fois déclamés avec vérité, cela provient sans doute de la manière dont je l'instruis.

Lorsqu'elle m'apporte un morceau que je juge n'être pas saisi musicalement dans le sens des paroles je ne lui dis pas : Votre chant est mauvais ; mais voicû ce que vous avez exprimé. Alors je chante son air sur des paroles que j'y crois analogues, et je donne une vérité d'expression à c e qui n'était que vague ou à contre-sens.

Je dois dire qu'ayant elle-même composé tous les chants avec leur basse et un léger accompagnement de harpe, j'ai écrit la partition

(1) Paroles de M»* de BeauDoir.

qu'elle n'était pas en état de faire. Les morceaux d'ensemble ont été rectifiés par moi ; cette composition exigeant une connaissance du théâtre que je serais bien fâché qu'elle eût acquise. „

Grétry.

Antonio chante à la fin un couplet de vaudeville, qui a été trèsvivement applaudi, et dont nous n'avons retenu que les deux derniers vers :

Il est des fleurs de toutes les saisons, Il est des talents de tout âge.

M"® Lucile Grétry, née en 1773, n'avait alors que 13 ans.

Le jeudi 22 mars 1787, (1) on représenta le second opéra de Lucile Grétry, intitulé : Toinette et Lucas, en 2 actes.

Un journal s'exprime ainsi sur cette nouvelle pièce :

" La musique a fait beaucoup de plaisir, elle annonce le talent de M"* Grétry avec plus d'avantage encore que celle du Mariage d^ Antonio, Le public a témoigné sa satisfaction en faisant répéter ce couplet, qu'on peut regarder comme un horoscope, dont le célèbre instituteur de M^^® Grétry ne peut que hâter l'accomplissement :

Jeunes rosiers, jeunes talens, Ont besoin du secours du maître Un petit auteur de treize ans Est un laurier qui vient de naître^ Il n'offre qu'un bouton nouveau, Si vous voulez des fleurs écloses.

Daignez étayer l'arbrisseau.

Quelques jours vous aurez des roses.

Après le dénouement on a très vivement applaudi un couplet qui rappelle l'âge de l'auteur de la musique de M*^® Grétry. Il y a dans les morceaux qui composent cette nouvelle production, de la grâce, de la fraîcheur et le genre de beauté qui convient au sujet. „

La 19® représentation é\x Mariage d'Antonio, eut lieu le 6 décembre avec les Méprises par ressemblance.

En 1787 on reprend le Mariage tV Antonio, et on le joue chaque fois avec grand succès.

(1) Le môme jour on représenta le Mariage d'Antonio et le Tttifleau parlant^

Il est à regretter qu'on trouve si peu de renseignements sur ces opéras dans le Dictionnaire lyrique de Pélix Clément et Pierre Larousse, publié à Paris, il y a quelques années.

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