‹ Bibliothèque sacrée (volume 2)Chapitre 101 sur 171 · IV · texte numérisé non relu

IV

De la situation et forme des bdtimens des monastères , de leurs grilles , des tours , des parloirs , du chœur, des sacrifices y du confessionnal, etc.

Les évêques , dans les conciles et dans leurs ordonnances particulières , la congrégation des cardinaux établie pour les affaires des réguliers , aussi bien ([ue les instituteurs, fondateurs nu réformateurs de religieuses, ont marcjué en détail et avec étendue la forme de leurs bàtimens, de leurs grilles, des tours, des parloirs, des sacrifices, etc.

Voici en abrégé ce qu'ils ont prescrit :

i". Autant qu'il sera possible , les monastères seront tellement situés (jue les religieuses ne puissent voir immédiatement dans les rues , et que les séculiers ne puissent les voir dans leurs chambres ou leurs jardins. Si par nécessité , les appartemens des religieuses ou leurs greniers ont ainsi des vues immédiates sur les rues , ou sur des maisons séculières , elles ne se présenteront jamais à ces fenêtres pour regarder ce qui se passe au dehors , et même on y mettra des espèces de hottes qui empêchent de recevoir la clarté autrement que par le haut , ou des jalousies dont les ouvertures n'aientqu'un pouce de diamètre, afin que les personnes de deliors ne puissent

24o CLO

voir ce qui se passe dans l'intérieur du monastère, ni les religieuses ce qui se passe au dehors.

Les règlemens faits en lÔSg et 1592, par la congrégation des évèques et des réguliers , y sont exprès.

a". A cet effet , le chœur des religieuses prendra ses jours sur la clôture ; il sera séparé de l'église ou chapelle extérieure par un mur , dans lecpel il y aura une grande grille de fer, dont les mailles n'auront c[u'environ deux pouces de diamètre. Au milieu de cette grille ou à côté , il y aura une petite ouverture pour la communion , dont le volet sera d'un fer médiocrement épais , et se fermera exactement à la clef , chaque fois après cette cérémonie. Endedans de la grille du chœur , il y aura aussi des volets qui se fermeront à la clef, et ne s'ouvriront que pendant les offices divins ; et même alors on tirera un petit rideau , afin d'empêcher les externes de voir les religieuses au chœur, et on ne l'ouvrira que pour l'élévation des saints mystères , pour la bénédiction et l'exposition du saint-sacrement pendant les sermons , les cérémonies de vêture, de profession, et semblables ; mais alors les religieuses tiendront leur voile baissé jusqu'au dessous du menton.

3**. Dans chaque monastère il n'y aura pas jdus de deux parloirs ; ils seront construits de telle façon , que la partie qui est du côté des religieuses ne prenne

point jour sur le dehors du monastère , et celle du côté des externes , sur le dedans. Pour en faire la séparation, il y aura dans cliacun deux grilles bien scellées dans le mur, dont une au moins sera de fer ; elles seront éloignées l'une de l'autre de six pouces au moins. Les mailles de chaque grille n'auront que deux pouces en carré , ou même un pouce et demi. Les règlemens de la congrégation que nous avons cités portent que les grilles seront toutes deux de fer ; qu'elles seront éloignées de deux palmes ; que les mailles en seront si étroites , que la main d'une jeune fille ne puisse y passer, et que de la grille il sorte des doux de fer pointus, en sorte que les externes ne puissent en approcher le visage. Les chambres des parloirs intérieurs et extérieurs seront toujours fermées, excepté quand il s'y trouvera quelques religieuses, avec la permission de la su-»

périeure.

4°. Le cabinet qui servira de confessional sera fermé , de même que les parloirs. On y placera une petite grille de fer, dont les mailles soient si étroites, qu'on ne puisse y passer un doigt ; il y aura par-dessus une double toile épaisse , clouée sur un châssisdormant de bois ; ou une plaque de fer -blanc percée de petits trous , sur laquelle il y aura une petite toile , clouée de même sur le châssis. Dans les occasions presssantes où le confessionnal étant occupé , il faudrait confesser dans un parloir , on ne le

CLO fora jamais, à moins qu'il n'y ait entre le confesseur et la pénitente , soit religieuse ou pensionnaire , un châssis de toile assez épaisse , pour qu'on ne puisse voir au travers , ni être aperçu.

5". Dans le mur de la chambre des tourières, il y aura un tour de bois fort , revêtu de bandes de fer, d'une grandeur convenable, accommodé de façon qu'on ne puisse voir au travers , surtout au dedans, par-dessus , ni par-dessous, ni aux côtés. Tl rouleia sur un pivot l)ien solide ; il sera partagé })ar une ou deux planches bien clouées, ou tenues dans des rainures, afin que personne ne puisse y passer; il y aura un crocliut en dedans , afin (pi'on ne ])uisse le tourner sans la permission des tourières, il y aura aussi un volet au-dedans, ([uc l'on fermera à deux clefs , <le jour et de nuit. Il y aura aussi au-dessous ou à cùté , à un demipied de terre , une ouverture longue d'environ quatre ou cinq pieds, et haute de cinq ou six pouces, pour y passer des choses qui ne pourraient passer par le tour. Cette ouverture sera munie d'un- volet et de deux serrures , qui le fermeront trèsexactement. La petite grilli- qui sera à 1^ chaml>re des tourières, aura un châssis couvert d'une toile , et il ne s'ouvrira que pour voir des marchandises et choses semblables, ou pour parler aux domestiques de choses nécessaires, ou à f[uelques personnes qui n'auraient que quelques mois à dire. Il v aura de même

CLO 2.\i

à la sacristie un tour et un tiroir, pour passer les ornemens des prêtres et de l'église ; à côté il y aura une ouverture large de trois pouces , et haute suffisamment pour y passer les devans d'autels. Les infirmeries seront placées de façon qu'elles prennent jour sur l'église; on y mettra une jalousie, afin que les infirmes et les convalescentes puissent entendre la messe , sans ce])endant voir les séculiers ni en être vues.

Les portes (pii donnent sur les deliors seront très-épaisses, sans fente ni autre ouverture pariaquelle on puisse voir du deliors ou du dedans, et les portières n'yparaîtront que le voile baissé.

La porte ordinaire de clôture sera beaucoup moins grande que celle (jui sera destinée pour passer les voitures qui amèneront dans la cour les grosses provisions ; et lorsque les choses pourront être transportées par les tourières externes , aidées des sriurs converses, on ne laissera point entrer d'autres externes pour les porter au-dedans du couvent ou les y aller chercijer.

Pour ce qui est des murailles des jardins, cours et basse-cours, (jui forment la clôture , la plupart des réglemens fa i t s là<lessus, ordonnent qu'elles auront au moins vingt pieds de hauteur, et défendent d'y appuyer des appentis, des arbres en éventail, ni lies treilles , et d'en approcher des arbres à haut-vent qu'à la distance de dix à quinze pieds.

Les habitations des domestiques externes ne seront point

contiguës au monastère, ou du moins elles seront beaucoup surpassées par les murs de la clôture, afin qu'on ne puisse passer d'un toit à l'autre. Si ces habitations sont sous celles des rebgieuses, il y aura entre deux une voûte ou un bon plafond. Le corps de logis destiné pour le logement des pensionnaires sera entièrement séparé de celui des religieuses , et n'aura aucune communication , du côté des lieux réguliers , que par une porte qui sera toujours fermée à la clef, et dont la préfète et la tourière auront une clef , en sorte que les pensionnaires ne puissent aller dans les appartemens des religieuses, ni celles-ci entrer chez les pensionnaires , sans permission expresse de la supérieure.

Des erreurs et des abus sur la clôture, dans les cas de brèche ou de renversement des murs extérieurs et de construction de noui^eaux bdtimens.

Les religieuses ne peuventaller là où vont les externes , ni les externes là où vont les religieuses , quoique les portes du monastère soient ouvertes ; d'où ilsuit qu'il en est de même quand quelque mur de clôture est ouvert , rompu , ou même tout-àfait renversé. C'est le sentiment de Sylvius, deGibert, de Pontas, du rédacteur des conférences d'Angers , et de beaucoup d'autres bons auteurs appuyés sur cette maxime , quihie nous ap~ parlient pas de juger là ou la loi ne le fait pas, (Sylvius, HesoL ,

CLO var. 5 , Monasteriuin. Gibert , Institut. , partie i , chapitre 63.

Pontas , au mot Monastère. Conférences d'Angers , sur les Cas réservés. )

Les Pères du concile tenu à Avignon en i-25 l'ont bien compris t « Puisqu'on voit, disent-ils, s'accroître tous les jours l'opinion erronée de plu- . sieurs qui croient qu'on ne viole pas la clôture des moi^astères de religieuses quand l'entrée en est libre , soit parce que la porte se trouve ouverte par hasard , ou parce qu'une partie des murs est renversée , le concile voulant en même temps guérir cette erreur et prévenir les dangers qui en résultent , déclare , pour la sûreté des consciences, que, selon l'intention des souverains pontifes, tous ceux qui ont ainsi violé la clôture dans les cas susdits ont encouru les censures et autres peines portées par le Droit. C'est pourquoi il exhorte , dans le Seigneur^ tous les prédicateurs à faire connaître aux fidèles combien la susdite opinion est frivole et erronée , et à leur inspirer le respect dû à la clôture des vierges consacrées à Dieu ; de même que tous les prêtres chargés de la direction ou confession des religieuses , à les avertir qu'elles encourent les jnêmes censures et autres peines, si elles consentent ou connivent à la violation de la clôture dans les cas susdits. »

Cela a été aussi cxprcsst'iiicnl marque clans les ordonnances synodales ou statuts de beaucoup de diocèses du royaume , entre autres de Caliors en i638 et 1673, de Cominges en i6-'i , d'Agen en 1678, de Toul en 1617 et 1711 , de Chcàlons-sur- Marne en 1684 » ^^^ Grenoble en 1 690 , de Paris en 1697, d'Autun i'u 1705, de Sisteron en 1710, «l'Avignon en 17 12 , de Lecloure en 1728 , etc.

C'est donc une erreur populaire de croire que la brèche d'une muraille peut donner légitimement lieu à la rupture de la rloture. Il en est de même dans les cas de construction de nouveaux bàtimens ,soit d'une église ou d'un dortoir, et de tout autre, dans l'intérieur du monastère, qui donne lieu à l'ouverture de Li clôture. Dans tous ces cas , soit de brèche , soit de construction , les raisons c[ui ont lait ordonner la clôture et prohiberVapproche des religieuses ne subsistent pas moinsques'iln'yavait ni brèche, ni construction nouvelle. Cependant , pour retenir les esprits indisciplinés, dans ces cas de brèche et de construction de nouveaux bàtimens, les religieuses doivent femierau plus tôt ces ouvertures avec des planches, en attendant qu'on les réUibli^se en maçoimerie.

Page 1