‹ Bibliothèque sacrée (volume 2)Chapitre 109 sur 171 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Des conditions essentielles pour la TaUdilc des permissions d^entrcr dans la clôture.

Le concile de Trente , sess. 25,

CLO de ReguL, ch. 5, marque clairement deux conditions essentielles pour que les permissions d'entrer dans les couvens de religieuses soient valides : la première , qu'il y ait une véritable nécessité ; la seconde , que ces permissions soient données par écrit.

Hors les cas de nécessité , les entrées , quoiqu'avec permission , sont donc illicites. Les con« ciles postérieurs à celui de Trente et difierentes règles de religieuses , réduisent tellement toutes les entrées aux cas d'une nécessité véritable et évidente , que , sans cela , les évèques eux-mêmes et les autres supérieurs de religieuses ne peuvent entrer dans la clôture , ainsi que l'a déclaré expressément le concile d'Aquilée en iSgô. On peut voir aussi là-dessus la décision de la congrégation des cardinaux , du 9 août i5']5; et la bulle Dubîis , de Grégoire xm , du 23 décembre i5oi , et la bulle Salutare, de Benoît xiv.

Une véritable et évidente nécessité est donc la règle unique que doivent suivre les supérieurs pour entrer dans la clôture des religieuses, comme pour accorder aux autres la permission d'y entrer, et parce qu'il y a plusieurs sortes de nécessités auxquelles se réduisent tous les cas des entrées permises , il est nécessaire de les expliquer ici , en distinguant , d'après saint Thomas , les théologiens et les canonistes , quatre sortes de nécessités ; savoir : V extrême, la

CLO très-grande, \a grande et la t)iorole.

La nécessité extrême et urgente, c'est quand il y va de la vie , du salut de l'àme , ou de la ruine du monastère , s'il n'y est remédié par l'aide des externes:

par exemple , pour éteindre un incendie qui ne peut être éteint par les religieuses; pour confesser ou médicamenter une religieuse qui est tombée subitement dans une maladie tendant à la mort.

La très - grande nécessité est celle qui tend probablement à l'extrémité , s'il n'y est remédié au plus tôt par les externes, comme une maladie violente et dangereuse , la rupture des portes, des serrures et des murailles de la clôture par des brigands ou par les eaux.

La grande nécessité est celle qu'on peut supporter à la rigueur , mais avec une grande peine et incommodité : par exemple , une religieuse est fort malade , mais sans danger de mort ; absolument elle pourrait se [»asser de médecin , mais elle souffrirait beaucoup et long-temps; une cheminée est tombée , ou jiourrait à la rigueur s'en passer, néanmoins avec une grande incommodité.

La nécessité murale est celle (pi'on peut souflVir sans un grand (létriment , mais non sans des peines et incommodités que les ]>ei'Sonnes prudentes , expérimentées et de bonne conscience jugent communément que l'on n'est pas obligé de soulTrir : par

CLO 2Gf

exemple , une religieuse ([ui a la fièvre peut absolument aller au confessionnal pour s'y confesser , ou au parloir pour s'y montrer au médecin et recevoir ses avis ; mais il est probable qu'en prenant l'air sa fièvre augmentera, ou qu'il lui surviendra quelque mal. Le verrou d'une porte est détaché , ou quelques ferremens d'une porte sont tombés ; les sœurs pourraient les fermer avec des chevilles ou de quelque autre manière ; mais cela ne serait ui solide ni commode. Les censiers et fermiers entrent pour délivrer leurs grains sur les greniers ; il leur faut de l'assistance pour mesurer et pour recevoir ces grains; il serait méséant aux religieuses de se dévoiler pour aider ces villageois : il y a donc nécessité morale de faire entrer alors quelques domestiques fidèles et int(-Uigens. Il en est de même dans les cas ci-dessus rapportés ou semblables.

L'instruction des jeunes filles à titre d'écolières externes ou de pensionnaires , et les retraites spirituelles des personnes plus âgées, avec le .soin des malades, ont paru si iinportans à l'Eglise, et se faire si utilement dans les monastères de religieuses qui peuvent s'en charger par leur institut , ou par privilège du Saint-Siège , qu'on regarde ces avantages comme faisant aussi une nécessité morale , et que l'entrée des externes dans la clôture ne la viole point pr conséquent.

La seconde condition essentielle pour la validité des permissions d'entrer dans la clôture , c'est qu'elles soient données par écrit , selon le décret du concile de Trente et l'édit de Blois , sans quoi elles seraient nulles. Il est encore nécessaire que ces permissions soient par écrit , afin qu'elles se donnent avec plus de réflexion , et qu'il y ait pour le supérieur moins de risque d'être surpris. Ces permissions seront générales pour tous les besoins communs ordinaires que l'on peut prévoir ; mais il y en aura de spéciales pour les cas extraordinaires.

C'est aux évèc[ues seuls cpi'il appartient de donner permission d'entrer dans la clôture ou a en sortir, comme on le prouve entre autres par le concile de Milan , tenu par saint Charles en î 082 , et par la déclaration de Louis XV du 10 février 1742.

Ainsi , quoique les grands-vicaires des évéques soient ordinaires , ils ne peuvent donner ces permissions lors même qu'il y a nécessité , à moins qu'ils n'en aient un pouvoir spécial et par écrit de leur évêque , soit clans leurs lettres de grand-vicariat , ou dans quelque autre acte séparé.

§xv.

Des abus des entrées dans la clôture.

Les maux et les abus des entrées dans les cloîtres des relir/ieuses sont presque innombrables , comme une funeste expér.ence ne le prouve que trop.

CLO Nous n'en donnerons ici qu'un léger échantillon , mais qui suffira pour en inspirer un juste éloignement à toutes les personnes sages et judicieuses. 1° Ces sortes d'entrées donnent occasion aux externes de faire perdre bien du temps aux religieuses et de les dissiper.

2"*. Elles donnent lieu à ces externes d'apporter en dedans les affaires du dehors , et au dehors les affaires du dedans. L'un et l'autre est d'une dangereuse conséquence , et souvent troublent la paix , le repos et la tranquillité des monastères.

3°. Elles font presque toujours quelque brèche à la régularité : du moins elles détournent plusieurs religieuses de leurs exercices , même de communauté.

4°. Les personnes externes veulent tout voir et tout savoir ; elles critiquent ce qui n'est point de leur goût ; elles proposent aux religieuses leurs idées sur des changemens à faire : les unes les adoptent, les autres les combattent ; de là les schismes et les divisions.

5°. Chaque entrée gêne toujours un grand nombre de religieuses , pour une ou deux à qui elle fait plaisir.

6". Les externes se scandalisent aisément des imperfections qu'elles remarquent dans les religieuses , et les religieuses se scandalisent réciproquement des défauts des externes.

7°. Les séculières introduisent insensiblement, dans les mo-

nastères qu'elles fréquentent , le dégoût de la simplicité , de la pauvreté , de la réj^ularité ; d'où il arrive que les religieuses perdant peu à peu l'esprit de leur état, tombent enfin dans un relâchement total.

8". Lorsqu'il y entre plusieurs personnes à la fois , comme elles sont curieuses d'aller par toute la maison et d'entrer dans les cellules, on uianque ])rescjue nécessai renient à ce qui se doit pratiquer; savoir, (jue les portières ou d'autres religieuses sages, du nombre des anciennes, conduisent et gardent à vue les personnes qui entrent dans la clôture. C'est pour obvier à ces abus et à beaucoup d'autres que l'Église a fait des ordonnances si sages et si sévères louchant la clôture des religieuses.

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