‹ Bibliothèque sacrée (volume 2)Chapitre 156 sur 171 · XI · texte numérisé non relu

XI

§XII

SOMMAIRE

Des différentes Acceptions du mot de Communion.

De la Communion eucharistique.

De la Communion sous les deux espèces.

De la Communion pas cliale.

De la Communion des cnfans.

De la Communion des malades.

De la Communion des insensés , des énergumenes , des

sourds et muets de naissance , des criminels , des

pécheurs.

Des Effets de la bonne et mauvaise Communion. Des Dispositions à la Communion.

Des Cérémonies de la Communion.

Des Superstitions ou Abus de la Communion. De la Communion qu'on/ait pour les autres , soit morts,

soit vivans.

Des différentes acceptions du moi de Communion.

Le mot de communion se jnend, i° pour la créance uniforme de plusieurs personnes ([ui les unit sous un même chef, dans une même Église. 2° Pour la société de tous les membres de VÉglise , militante sur la terre , souffrante dans le Purgatoire , triomphantedansleciel; 3°pour le commerce de suffrages, de prières, de mérites, de bonnes œuvres, qui règne entre tous les membres de l'Eglise ; 4° pour l'union des fidèles entre eux par

le moyen des Sacremens , de la grâce, de la charité , de tous les dons surnaturels ; 5" pour l'union des églises particulières entre elles, qu'elles entretenaient autrefois par des lettres qu'elles s'écrivaient mutuellement , et qu'on appelait lettres de communion ; 6° pour la réconciliation à l'Église ; 7° pour le sacrement de Pénitence, (ju'on a quelquefois appelé communication , communion , parce qu'il rétablissait les pénitens dans le droit de communier, qu'ils avaient perdu par le péclié ; 8^ Pour la participition à la sainte Eucharistie.

De la Communion eucharistique.

La communion eucharistique est la participation au corps et au sang , cà 1 ame et à la divinité de Notre-Seigneur Jésus- Christ , vrai Dieu et vrai homme, réellement présent dans le sacrement de l'Eucharistie. La communion eucharistique est ou réelle, ou spirituelle , ou ecclésiastique , ou laïque. La communion réelle est celle par laquelle on reçoit véritablement et par la bouche du corps une hostie consacrée. La communion spirituelle consiste dans le désir de communier réellement , quoiqu'on ne reçoive pas actuellement le corps de Jésus-Christ. La communion ecclésiastique, c'est la communion telle que les prêtres la reçoivent. La communion laïque , c'est la communion telle que les laïques la reçoivent. On appelait autrefois communion étrangère , une certaine peine à laquelle les canons condamnent les évèques et les clercs coupables de certaines fautes. Cette peine consistait en ce que l'on n'accordait la communion à ces clercs que comme on la donnait aux clercs étrangers. Un prêtre, par exemple, réduit à la communion étrangère , avait le dernier rang parmi les prêtres et avant les diacres , comme l'aurait eu un prêtre étranger, qui aurait passé avec des lettres testimoniales de son évêque.

De la CoJ7imunion sous les deux espèces.

On entend par la communion sous les deux espèces, la communion qui se fait en recevant l'espèce du pain et l'espèce du vin. La communion sous les deux espèces n'est ni comraarfdée ni défendue par Jésus-Christ, aux laïques et aux ecclésiastiques qui ne sacrifient pas , puisqu'on ne trouve ni précepte , ni défense à ce sujet, ni dans l'Écriture, ni dans la tradition.

Ces paroles de Jésus - Christ , chap. 6 de saint Jean , si 7)0uè ne mangez la chair du Fils de Vliomme , et si vous Jie buvez son sang , vous n'aurez pas la vie en vous ; ces paroles, dis-je , ne renferment point un précepte de communier sous les deux espèces , 1 " parce que la particule conjonctive et doit se prendre pour la particule disjonctive ou , vel , comme il arrive souvent dans l'Écriture , et en particulier dans le vingt-neuvième verset du chap. Il de la première Épîtie de saint Paul aux Corinthiens , ces paroles de l'apôtre , celui qui mange et qui boit indignement , mange et boit son jugement , devant s'entendre dans le sens disjonctif, ou, vel, puisqu'il est évident que celui qui communierait indignement sous unt seule espèce ne mangerait pa> moinssonjugement que s'il communiait sous les deux ; 2° parce:

que quand la particule et ii'aupoint ici la force de la disjonc-

COM live ou, on poiiirait accomplir ces paroles pau la communion sous une seule espèce , puisque le corps et le sang de Jésus-Christ y sont renferme's , et que Jésus- Christ n'a point commandé de recevoir sa chair et son sang par ces deux actions distinctes, jnanger et boire séparément les deux espèces ; et qu'au contraire , il a attaché l'effet de l'Eucharistie à l'une ou l'autre espèce indifféremment , lorsqu'il a dit : celui fjuijne mangera vivra à cause (le moi ; celui qui mangera de ce ])ain vivra éternellement. (Joan. , 6, 58, 5g.) Pour ce qui est de cesautrcs paroles de Jésus-Christ, présentant le calice à ses apôtres, buvez-en tous , elles ne regardaient que les apôtres qui en burent tous, comme le dit saint Marc,ch. i4, et qui accomjdirent ainsi le précepte de leur maître.

(Juoitpie la communion sous les deux espèces n'ait jamais passé pour nécessaire, elle a élé en usage el même commandée en certains ti-nips et en certains lieux dans ri^glise. Pendant les quatrespreinieris siècles , les fidèles communiaient, même publiquement, sous une seule ou sous les deux espèces , selon leur volonté. Dans le cin(juième siècle, vers l'an 445, le pa pe sa i n t Léo n-le-G ra n tl commanda aux fidèles de prendre les deux espèces , quand ils < ommunieraient public juement, afin de découvrir les Manichéens «<jUi ne communiaient que sou-^ l'espèce du pain , parce qu'ils détestaient le vin , comme l'ou- V rage du mauvais principe , e t r | u i

se cachaient en se présentant à la sainte Table avec les catholiques, à la faveur de la liberté qu'ils avaient de ne communier que sous une seule espèce. Cette discipline de communier sous les deux espèces , établie par saint Léon, ne fut point universelle, et ne dura qu'autant que l'hérésie des Manichéens en Occident.

Après le cinquième siècle , on en revint à l'ancienne liberté de communier , même publiquement , sous une ou deux espèces.

Dans la suite , l'usage du calice s'abolit insensiblement et comme par degrés, sans aucune ortlonnance de l'Ilglist;, jusqu'au temps de Pierre de Dresde et Jean llus , (jui excitèrent des troubles sur cela en l'oiième , prétendant que l'usage du calice était absolument nécessaire. Le concile de Constance, commencé l'an i4' î»

réprima ces iiéréticiues, en défendant aux minisires de. l'autel , sous peint; d'excommunication , «le communier les fidèles sous l'espèce du vin. Tel est l'usage présent de l'Fglise : on ne communie plus ((ue sous la seule espèce du pain. Il y a cependant quehiues exceptions à cette règle. Les prêtres sont obligés de communier sous les deux espèces quand ils disent la mes e; mais (|uand ils communient sans dire la mes^, ils ne peuvent recevoir que l'espèce du pain. A Home, le diacre et le sous-diacre de la messe papale communient sous lesdeu.\ espèces La même chose se faisait à l'abbaye de Cluny et à celle de Saint-Denis en France ,

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par les diacres et par les sousdiacres qui servaient à l'autel les iètes et les dimanches, par tous les religieux de Cluay, le jour de l'ouverture du Chapitre général de leur Ordre , par les Rois de France, le jour de leur sacre, etc.

Le concile de Eàle accorda aussi aux peuples du royaume de Bohème la communion sous les deux espèces. Pie iv, ayant usé de la même indulgence envers quelques peuples d'Allemagne , fut obligé de révoquer cette concession par l'abus qu'on en fit.

Les raisons qui ont porté l'Église à ordonner la communion sous une seule espèce sont , i°. la coutume générale qui s'en était introduite par tout l'Occident.

Il était juste de faire une loi d'une coutume si sagement introduite. 2° Le respect pour la sainte Eucharistie , qui était souvent profanée par l'effusion du sang de Jésus-Christ à terre , malgré toutes les précautions qu'on prenait pour l'empêcher. 3° La difficulté d'avoir du vin en certaines provinces. 4° Le grand nombre d'abstèmes qui ne pouvaient pas même souffrir l'odeur du vin. 5° Le dégoût qu'on avait de boire dans une même coupe, ou de sucer les uns après les autres à un même chalumeau.

6° L'opiniâtreté des hérétiques, qui prétendaient que les deux espèces étaient nécessair(^ au salut. Voilà les principales raisons qui ont engagé l'Eglise à abroger la communion sous les deux espèces ; et tout fidèle est obligé de croire :

COM 1". Que l'Église a eu droit de retrancher l'usage du calice ; qu'elle l'a fait pour de justes raisons , et qu'elle pourrait le rétablir si elle voulait, n'étant qu'un point de discipline soumis à sa disposition ; 2° que la communion sous une seule espèce renferme toutes les grâces nécessaires au salut , puisque cette seule espèce contient Jésus-Christ tout entier ; 3" que la communion sous les deux espèces n'est nécessaire pour le salut , ni de nécessité de mojen , ni de nécessité de précepte divin. ( Voyez le concile de Bâle , celui de Constance et celui de Trente , sess. 24; le traité de la communion sous les deux espèces, de M. Bossuet; et celui du P. Thomassin ; la Théologie morale de Grenoble , de M. Genêt ; la Théorie et pratique des Sacremens , t. i , p. 36i .

M. Collet, Moral, t. 9 , pag. 260 et suiv. )

§iv.

De la Communion paschale.

Dans la ferveur de l'Église naissante , il n'y avait point de j)récepte ecclésiastique de communier; mais les fidèles communiaient tous les jours de leur propre mouvement. Cette première ferveur s'étant ralentie , il fallut obliger les chrétiens à communier. Le concile d'Agde, dans le sixième siècle, leur ordonna de communier trois fois l'année ; savoir , le jour de Noël , de Pâque et de la Pentecôte. Le quatrième concile de Lalran , tenu sous Innocent 111 l'an i ?. i ^).

COM pnr son canon , omnis iilriusque àcxiis , restreignit ce précepte à la communion annuelle, faite dans sa paroisse pendant la quinzaine de Pâques, à commencer depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à celui de Quasimodo inclusivement.

En vertu de ce précepte , ol)servé depuis ce temps dans toute l'Église, tous les fidèles qui ont atteint l'âge de discrétion sont obligés , sous peine de péché mortel , de la privation de l'entrée de l'Église pendant leur vie, et de la sépulture ordinaire des chrétiens après leur mort , de communier une fois l'année , pendant la quinzaine de Pâques, à leur propre paroisse , ou à l'église qui leur tient lieu de paroisse , à moins qu'ils n'aient une permission expresse de leurs évèques ou de leurs curés, ])our communicraillcurs,ou que leurs confesseurs ne jugent à propos deleur différer l'absolution, pour les disposer à la communion , à laquelle ils ne sont pas suffisamment préparés.

La cathédrale , selon l'usage ordinaire , ne tient pas lieu de paroisse, mais les évèques peuvent étendre le temps pasclial, et il y a des diocèses où tout le Carême est réputé temps paschal, par rapport à la communion.

On excepte de cette règle , quant à l'obligation de communier dans sa paroisse , i ° les chevaliers de Malte , lors même qu'ils demeurent ordinairement dans l'étendue de quelque paroisse particulière hors de leurs

commanderies , parce qu'ils sont de vrais religieux , exempts de la juridiction des évèques et soumis aux seuls supérieurs de leur Ordre. 1° Les domestiques qui demeurent dans le dedans des lieux réguliers des monastères de religieux et religieuses, qui sont de leur famille et qui vivent sous leur obéissance; mais non pas ceux qui demeurent au-dehors des monastères dans les basses-cours. (Sylvius, Résolut, var., verbo Exemptio. Pontas, Sitpplém., part, i, au mot Chevalier , cas. I, et au mot Monastère, cas. I.) Quand une personne a deux domiciles , elle doit faire sa communion paschalc dans l'une des deux paroisses où elle se trouve à Pâques. (Saint Antonin , Paludanus , Pontas, au mot CoMMUMov, cas '?.'].)

Les pèlerins et les autres voyageurs satisfont au précepte de la communion pascliale, en communiant dans la paroisse du lieu où ils se trouvent.

Quand une personne prévoit (ju'elle ne pourra pas communier à Pâques , elle doit prévenir le temps paschal en communiant auparavant. La raison est que quand on ne peut pas accomplir un précepte quant à l'accessoire , on doit au moins l'accomplir quant à la substance ; or , de communier à Pâques précisément n'est que l'accessoire du précepte qui ordonne la communion , et la substance de ce précepte est de communier une lois l'année , scmel in anno , dit le quatrième concile général de

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La Iran. Sùigulis annis , dit le concile de Trente. (Sylvius, in 3.

part, sumni. S. Thomœ , q. 80, art. II, quœ.sito 3.)

Quand une personne a négligé de communier à Pâques , l'obligation de communier continue pour elle , après le temps paschal , et elle doit s'en acquitter au plus tôt, sous peine d'un nouveau péché mortel , parce qu'il n'en est pas du précepte de communier à Pâques comme de celui d'entendre la messe un jour de fête ou de jeûner un jour de jeûne. Le précepte d'entendre la messe, ou de jeûner les jours commandés est une charge attachée à ces jours , omis diei , lesquels étant passés , le précepte cesse ; au lieu que l'obligation de communier n'est pas fixée au temps paschal, comme une charge de la qumzaine , après laquelle cette obligation cesse ; cette quinzaine paschale n'est <[ue l'accessoire du précepte de la communion ; c'est le terme audelà duquel on ne peut différer la communion sans péché ; mais supposé qu'on l'ait différée , l'obligation de communier subsiste toujours quant à la substance, parce que le ])rincipal subsiste quoique l'accessoire ait passé.

Or, le principal de la communion paschale, c'est de communier une fois l'année , et l'accessoire , c'est de communier dans la quinzaine de Pâques. (Navarre, M annale y cap. 21, n. 45. Sylvius , in 3 part. snmm. S. TJioniœ, q. 80 , art. 1 r, qiiœiilo 4- ) Quand une personne a com-

munie pour satisfaire au précepte dans sa paroisse, elle ne peut pas communier par dévotion le jour même de Pâques dans un couvent. (Navarre , Azorius Sylvius, etc.)

Il y a même des diocèses .

comme à Paris et à Langres , où cela a lieu pendant toute la quinzaine de Pâques. {Rituel paris . .

pag. 63.)

On ne satisfait pas à la communion paschale par une communion sacrilège. Le pape Innocent XI eu 1679, et le clergé de France en 1700, ont condamné la proposition suivante qui avançait cette erreur : Prœcepto communionis anîiuce satisfit per sacrilegam corporis Domini nianducaiionem.

De la Communion des en/ans. \

On donnait autrefois la communion aux enfans dans l'Église grecque et dans la latine. Cet usage, qui subsiste encore aujourd'hui chez les Grecs , a cessé chez les Latins dès le douzième siècle. L'usage présent de l'Eglise latine est de ne donner la communion aux enfans que quand ils sont parvenus à l'âge de discrétion. Cet âge n'est pas déterminé au juste par l'Eglise ; il est laissé à la prudence des pasteurs, qui doivent admettre les enfans à la communion lorsqu'ils h trouvent bien réglés et suffisim ment instruits pour communici utilement. Supposé ces dispositions , on doit les faire commi; nier des l'âge de dix ou onze au

selon saint Thomas, in 4, clist. 9, q. I, qiiest. 4 in corp., et saint Charles Borromée, Act. eccl.

médioL, part. 4 7 Instriict. de sacr., toni. i, pag. 601. On peut même , supposé toujours les dispositions suffisantes , les faire comniunier dès 1 âge de sept à huit ans, lorsqu'ils sont à l'article de la mort. (Conférence d'Angers., juillet 1704, q. 4,p.3go.)

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