On y faille signe de la croix
3. L'évêque souffle sur le chrême. Les luthériens et les calvinistes traitent cette cérémoniide ridicule et de superstitieuse, mais sans raison, puisqu'elle se fait à l'exemple de Jésus-Christ , qui souffla sur ses apôtres pour montrer que l'Esprit saint de.scendait en eux,
4. L'évêque et les prêtres saluent le chrême en fléchissant le genou , et en disant : A^esanctutu chrisma ; ce que les liérétirpies traitent encore de ridicule et d'idolàtre , puisqu'il est ridicule , disent- ils , de saluer une cho e inanimée , et que c'est une ich»làtrie de l'adorer. •Niais il est absolument faux qu'on adore le saint -chrême. La génuflexion n'est pas un signe tlu culte d«' latrie ; on s'agenouille par res-
pect devant les hommes. D'ailleurs , riiouneur qu'on rend au saint-chrème se rapporte à Dieu. Pour ce qui est de l'usage de s'adresser aux choses inanimées , rien de plus commun dans les auteurs sacrés et profanes.
C'est ainsi que David disait :
Laudate eum sol et luiia ; saint André , sah'e cnix pretiosa ; Fortunat , en parlant du jour de la résurrection , salve f es ta clies toto vcnerahilis œvo , etc. Sainte Paule salua aussi Bethléem en la voyant ; et saint Grégoire de ÎSazianze , quittant Constantinople , dit adieu à la chaire , au temple , etc. ( Voyez Coxfirma- Tiox. )
On appelle à Bourges le chrême de Bourges , la juridiction spirituelle de l'archevêque , dans le détroit de laquelle il a droit de distribuer le saint-chrême aux curés.
CHRÊMEAU , fascia , petit bonnet qu'on met sur la tète des enfans qu'on baptise , après qu'on leur a appliqué le saintchrême
CHRÉTIENS, cliristiani. On appelle ainsi ceux qui sont baptisés et qui font profession de croire en Jésus-Christ. Saint' Luc nous apprend au verset 26 , chapitre 1 1 des Actes des Apôtres , que ce nom fut donné pour la première fois dans Antioclie aux disciples de Jésus-Christ. Tous les écrivains ecclésiastiques , à l'exception peut-être de Tertullien et d'Eusèbe de Césarée , croient que cela arriva sous le règne de l'empereur Claude, avec
cette différence que Baronius le rapporte à la première année du règne de cet Empereur , au lieu que M. de Tillemont, Péarson et Ussérius ne le rapportent c[u'à la troisième année de ce même règne. Il paraît, parles Actes des Apôtres , que le nom de chrétiens fut donné aux fidèles à peu près dans le même temps qu'arriva la famine que le prophète Agabe avait prédite ; et comme cette famine arriva , selon Baronius , la seconde année de Claude , il faut rapporter le nom de chrétiens donné aux fidèles à cette même année ou à la suivante , mais non à la première. Yoici le texte de saint Luc : Annwn totum cojiuersatL sunt (Paulus et Barnabas) in ecclesid, et docuerunt tiirbam multam, ita ut cogiiominarenturprimumAntiochice discipuli cliristiani. In his autem die bus supen'enerwit ah Hierosoljmis Proplietœ Antiochiam et surgens ; unus ex eis Jiomine A g abus , signijicabat per spiritumfamem magnam futur ain in universô orbe terrarwn , quœ facta est sub Claudio. {Act., 1 1 , 26 et seq.)
On trouve dans le premier tome des Origines et Antiquitates christianœ , du père Mamaclii , des recherches fort curieuses touchant les noms que l'on donnait autrefois aux chrétiens. Il en distingue de deux sortes ; les uns honorables et glorieux , c'étaient ceux que les chrétiens se donnaient à euxmêmes pour se distinguer des païens ; les autres odieux et hon-
teux j c'étaient ceux que les païens , ou ceux qui s'étaient séparés de la communion dp l'Église , donnaient aux vrais fidèles pour les rendre méprisables et haïssables. Nous rapporterons ici les uns et les autres de ces noms , parce ([ue la connaissance en peut être utile aux lecteurs. Ils apprendront des noms honorables que les chrétiens se donnaient anciennement, quelle était leur foi , leur tempérance , leur chasteté , leur cliarité , leur piété , la pureté et l'intégrité de leurs mœurs ; et les noms honteux et odieux que leurs ennemis se plaisaient à leur prodiguer feront connaître jusqu'à quel point ils étaient attachés ù leur relip,ion , puisqu'ils aimaient mieux souflVir toutes sortes d'opprobres que de l'abandonner.
1. Les juifs ou les païens qui embrassaient le christianisme , furent d'abord appelés disciples , pour marquer qu'ils avaient été instruits par Jésus-Christ ; car c'était un usage reçu parmi les juifs, que ceux qui s'étaient mis sous la discipline d'un maître pour prendre ses leçons, se nommassent disciples. Le nom de disciples fut donc donné aux premiers chrétiens, parce qu'ils faisaient profession de suivre la doctrine de Jésus -Christ leur maître , et de marcher sur ses traces , en conformant leurs lUŒurs à sa vie et à ses préceptes.
2. Onlesapi^la aussi fidèles on ^crojans , parce qu'ils croyaient
en Jésus-Christ , et qu'ils recevaient tous ses dogmes et tous ses mystères.
3. On les nommait élus, parce qu'ils avaient été divinement choisis par les juifs ou les gentils pour embrasser la religion chrétienne. Saint Paul les nomme Its élus de Dieu, electôs Dei , au chap. 8 , verset 33 de son Épîtrc aux Romains ; et saint Pierre les nommesimplemente7wj,e/ec^o.5", dans sa première Êpître ,chap. i ,
4. Les chrétiens s'appelaient saints et frères ; saints, parce qu'ils avaient été sanctifiés dans le sang de Jésus-(^hrist , et qu'ils étaient appelés à la sainteté ; frères,parce qu'ils n'avaient, comme ils n'ont encore , qu'un même père qui est Dieu , une même mère qui est l'Eglise, un même Saint-Esprit dont ils sont nés, un même Baptême dans lequ<l ils ont été régénérés, Etc. C'tst de ce nom àc frères qu'est venu celui t\c fraternité, que l'on donnait à la société des fidèles , et dont on voit d'illustres excmjilcs dans les anciens monuniens, WU que la première lettre de St. Clément aux Corinthiens, et celles de saint Cj'prien. Ce fut ce nom àe frères, usité parmi les chrétiens, qui donna lieu aux païens de les calomnier, comme s'ils voulaient cacher les crimes 1< ^ plus honteux sous ce beau nom .
parce que les païens eux-mêmes s'en servaient comme d'un voile à leurs passions infâmes.
5. Les chrétiens se nommaient conserwiteurs . consen'i , parce
qu'ils servaient un même Dieu dans la même religion. {Jpocalj-p. , cap. 6, V. 2. Lactantius, Institut, dwin. , lib. 5, cap. i6, pag. 5o4.)
6. Les saints Pères désignent quelquefois les chrétiens par le nom depetits poissons, pisciculi, faisant allusion aux eaux du Baptême , dans lesquelles les chrétiens reçoivent leur naissance et leur vie spirituelle , comme les poissons prennent leur naissance et leur vie naturelle dans les eaux. C'est pour cela que Clément d'Alexandrie exhortait les chrétiens de son temps à faire graver sur leurs anneaux la figure d'un poisson , pour les faire ressouvenir de leur origine. C'est pour cela encore que les anciens chrétiens gravaient cette même figure d'un poisson sur leurs lampes et leurs urnes sépulcrales ; figure qui sert souvent à distinguer nos sépulcres de ceux des païens. (Tertullanius , lib. de Baptismo y cap. i. Clemens Alexandr. , in Pedagogo.
Joannes Bottarius , dans l'ouvrage intitulé ; Sculture et pit^ ture sacre estratte da cimeteri di Rama, etc., edit. Rom., anno 1737, tom. i.)
7. Quelques saints Pères ont aussi donné quelquefois aux chrétiens en général le nom de gnostiques , marquant par là qu'ils faisaient profession de mépriser les biens fragiles et méprisables, pour ne s'attacher qu'aux biens solides et éternels. Ce nom fut encore donné plus particulièrement aux Ascètes et aux
chrétiens parfaits. Mais il se prit aussi et se prend encore en mauvaise part, soit pour désigner en général plusieurs hérétiques des premiers siècles , comme les Nicolaïtes , les Simoniens , les Carpocratiens , etc. , soit pour signifier en particulier les successeurs des premiers Nicolaïtes et des premiers Carpocratiens, qui quittèrent le nom des auteurs de leur secte pour celui de gnostiques.
8. Les chrétiens ont été appelés déiferes , christiferes , spiritiferes , sanctiferes , et templifères. Saint Ignace , martyr, interrogé par l'empereur Trajau sur son état et sa religion , répondit qu'il était déifere ou porte-Dieu. Saint Clément d'Alexandrie , lib. 8 , Stromat. , n. r3, donne à un gnostique ou chrétien orthodoxe , le nom de déifere ou porte-Dieu , Dewnferens. On peut voir la même chose dans saint Grégoire de Nazianze , Orat. 3 , tom. i , dans Pallade , Théodoret , saint Cyrille d'Alexandrie , etc. Que si l'on demande pourquoi les chrétiens furent nommés déiferes , on répond que c'est parce qu'ils sont les temples de Dieu , comme le dit l'apôtre , et que Dieu habitant d'une façon particulière dans les temples, c'est à juste titre qu'on nomme les chrétiens déiferes ou porte -Dieu. C'est par la même raison qu'on les a aussi nommés christiféres ou porte - Christ , parce qu'étant chers à Jésus-Christ, et lui étant unis par la Grâce , ils sont censé?
le j3orter dans leur esprit et dans leur cœur. On les nomme encore spiritiferes , pour marquer qu'ils étaient remplis de ses dons , et conduits par ses inspirations ; et de là sans doute l'ancien usage de mettre un Saint-Esprit dans les inscriptions sépulcrales des fidèles morts dans la paix et la communion de l'Église. Les chrétiens étant les temples vivans de Dieu , ils ont en eux le Saint des Saints y qui est Dieu même ; et c'est pour cela qu'on les a nommés sanctifères y et jjarce (jue Jésus-Christ est appelé le temple de Dieu, et que les chrétiens portent Jésus-Christ dans leur esprit et dans leur cœur, il était naturel de les appeler aussi /empliferes,
9. On a donné aux chrétiens le nom de petits enfans et de petits agneaux, à cause de la simplicité et de l'innocence de leur vie. Sur quoi l'on peut voir saintClément d'Alexandrie, lib. I, Pedag. , cap. 5 ; saint Isidore de Péluse, lib. 1 , epist. 207, etc.
On leur a encore donné le nom de colombes , et rien n'est plus ordinaire que cette dénomination dans les anciens monumens, la colombe étant le signe de la andeur et de la simplicité des mœurs , de la paix , de la doueur, de la chasteté , de la conemplation , de la prudence et ie l'innocence. Une autre raison le cette dénomination est , ou Darce que les clirétiens sont nembres de l'Église , qui est ippelée colombe, ou parce qu'ils ;ont parlicipans du corps de Jé-
sus-Christ , que l'on gardait autrefois dans un vase qui représentait la figure d'une colombe ; ou enfin parce qu'ils sont nés du Saint-Esprit qui descendit en forme de colombe sur la personne de Jésus-Christ.
10. On a souvent nommé les clirétiens enfans de Dieu , enfans du Très-Haut , parce que Dieu est leur père d'une façon toute particulière ; enfans de Jésus- Chris t,^ar ce qu'i\ lésa engendrés dans son sang; enfans, race d'Abraham , vrais Israélites , parce qu'ils ont succédé aux juifs , qui ont méconnu , rejeté , crucifié Jésus-Christ , leur Messie.
1 1 . Les chrétiens ont été appelés catholiques , ecclésiasti- (/iies , dogmatiques , orthodoxes.
Catholiques , ])our marquer l'universalité de la véritable Église ; ecclésiastiques , car quoique ce terme soit affecté plus particulièrement à la vie cléricale, on s'en est servi néanmoins pour désigneren général tous les chrétiens orthodoxes , parce qu'on l'a cru propre pour les distinjjuer des païens , des juifs et des héré tiques; dogmatiques , parce (jue les vrais fidèles sont attachés à tous les dogmes de la religion ; orthodoxes , parce qu'ils pensent bien sur tous les points du christianisme , soit par rapport à la foi, soit en ce qui concerne les mœurs.
12. Saint Épiphane , hœr. 29 , assure qu'on donna le nom de Jesséens aux disciples de Jésus- Christ , avant qu'ils fussent appelés chrétiens. Jessœi vocaban-
tur priusquam Chris tianorum nonien essent adepti,quim Christum credideruTit , quia Jesse pater erat Davidis. Aut ergo à Jesse , aut à îiomine Jesu-Christi vocali Jessœi fuerunt. Saint Epiphane se fonde sur un livre de Philon , qu'il suppose avoir été intitulé : de Jessœis , des lesséens , lesquels , selon lui , n'étaient autres que les chrétiens.
Mais Philon n'a point composé de livre intitulé , de Jessœis ; et si saint Épiphane est tombé sur quelque exemplaire du livre de Philon , de vitd conlemplativâ, qui fut aussi intitulé, de Jessœis, cela est venu de la faute des copistes, qui , voyant que Philon parlait des Esséens au commencement de cet ouvrage , et ne sachant quels ils étaient , se seront imaginé que c'étaient des chrétiens institués par Jésus- Christ , et par conséquent qu'ils pouvaient intituler cet ouvrage , de Jessœisj titre qui n'est pas de Philon , mais de ces copistes ignoraus ou inattentifs. En ce cas même ils auraient dû intituler l'ouvrage de Jesœis , des Jeséens , et non pas de Jessœis , des J esséens , puisque les chrétiens n'ont pu être appelés iesséens, de Jessé , père de David , plus ancien et moins célèbre que David lui-même. D'ailleurs nous ne trouvons le nom de Jesséens attribué aux chrétiens dans aucun ancien écrivain de l'Église.
i3. Il s'est trouvé des auteurs qui, sur ce que Philon nous dit des Thérapeutes , dans son livre
CHR de la Vie contemplative, ont cru que tous les chrétiens en général ont été nommés Thérapeutes.
Binghame entre autres est de ce sentiment dans ses Origin. eccL, lib. I, cap. I, § I. Pour que ce sentiment fût vrai , il faudrait , 1° que tous ou presque tous les chrétiens eussent été moines , puisque les Thérapeutes menaient tous une vie à peu près semblable à celle que les moines ont toujours menée , et qu'ils mènent encore aujourd'hui; il faudrait , oP qu'il fût certain que les Thérapeutes , dont parle Philon , eussent été chrétiens. Or, il est certain que tous les premiers chrétiens n'ont pas été moines, et il est au moins douteux si les Thérapeutes ont été chrétiens , pour ne pas dire qu'il est certain qu'ils ne l'ont point été. Que tous les premiers chrétiens n'ayant pas été moines , la chose est indubitable , puisqu'ils vivaient dans les villes et dans la société comme tous les autres ; et que suivant l'opinion la plus reçue , la vie monastique-cénobitique n'a commencé que dans le troisième ou le quatrième siècle. Quant aux Thérapeutes , voici les raisons qui laissent à douter s'ils ont été chrétiens , ou même qui prouvent certainement qu'ils ne le furent jamais.
I . Il n'est nullement croyable que Philon , qui était juif , et l'un des plus zélés pour sa religion , ait fait un discours exprès à la louange des chrétiens , et qu'il les ait loués au point de préférer leur religion à la sienne.
Quels peuples, dit-il , en parlant des Thérapeutes, parmi ceux qui professent quelque religion, leur peut'On comparer avec justice ?
Cette conduite eût certainement indisposé les juifs contre Pliilon, eux qui avaient juré une haine irréconciliable aux chrétiens ; et cependant Philon fut toujours honoré et respecté des siens.
Plus , Philon , dans son livre de migj'atione Abrahami , p. ^01 , condamne la doctrine évangélique , comme tendante à introduire des nouveautés dans la religion des juifs , et à abolir l'observation du sabbat, de la circoncision , et des autres pratiques prescrites par la loi deMoïse, dont par tout la défense ; et dans son livr», de Profugis , pag. 4^5, il donne clairement à entendre que les Thérapeutes étaient juifs , puisqu'il se plaint que quelques juifs d'Alexandrie, sous prétexte de mépris pour les plaisirs et les vanités du monde, quittaient la société civile et le gouvernement de leurs !)iens , sans s'être auparavant éprouvés dans la vie ordinaire. Il appelle même les maisons où se retiraient ces juifs pour vaquer à la contemplation, des maisons de thérapie ; ce qui est une preuve qu'il ne les distinguait point de ceux à qui il donne le nom de Thérapeutes dans son traité de la vie contemplative.
2. Philon attribue aux Thérapeutes des usages entièrement contraires h l'esprit , aux mœurs t aux pratiques du christianisme. Telles étaient dans leurs so-
lennités ces danses d'hommes et de femmes enthousiasmés , à quoi ils passaient la nuit. Telle encore leur vénération extrême pour le nombre septénaire, qu'ils appelaient un nombre chaste , toujours vierge ; et pour le cinquantième , qu'ils disaient être le plus saint de tous et le plus physique, comme renfermant en soi la vertu du triangle rectangle, principe de la génération de toutes choses. Ne sont-ce pas là des observations plus dignes de cabalistes que de chrétiens ?
Qu'est-ce encore que cette table où ils mettaient leur aliment le plus saint et le plus sacré de tous, consistant en pain levé , du sel et de l'hysope, par imitation de la table sainte posée au vestibule du Tenqile ? L'Kglise chrétienne reconnaît-elle là ses mystères, et ce qui en est l'objet? La même réflexion naît de leurs danses instituées en mémoire de ce ([ue firent les juifs après le passage de la mer Rouge. Philon nous apprend encore que les Thérapeutes n'usiiient jamais de vin, même dans leurs assemblées et dans la célébration de leurs mystères ; ils le regardaient comme un poison qui causait la démence. Que Von accorde ceci avec la doctrine et la pratique des chrétiens , qui loin de regarder le vin comme un ])oison , le tiennent pour une partie essentielle de leur sacriiice , d'après l'exemple et le précepte de Jésus-Christ leur maître. Enfin il est visible parPh ilon c(ue les Thérapeutes observaient le sabbat
8o CHR
à l'exclusion du dimanche , toujours sacré chez les chrétiens , même judaïques, comme on le voit par les Actes des Apôtres. Il est bien vrai que l'usage d'observer le sabbat , c'est-à-<lire de faire des assemblées ce jour-là , et de l'avoir en vénération, a duré' dans la plupart des Églises d'Orient jusqu'après le cinquième siècle, et s'y est maintenu jusqu'à notre temps. Mais on ne trouvera nulle part qu'elles aient jamais observé le sabbat comme la principale fête de la semaine, encore moins comme la seule.
L'autorité de Sozomène qu'on allègue pour montrer qu'en plusieurs villes et villages d'Egypte on s'assemblait sur le soir du samedi, ne prouve rien. Sozomène parle de la célébration du dimanche , qu'on commençait dès le soir du samedi ; au lieu que dans Philon il n'est question que de la solennité du sabbat.
3. Le silence des premiers Pères de l'Église , sur le sujet des Thérapeutes , prouve qu'ils n'étaient pas chrétiens. En effet , les premiers apologistes de la religion chrétienne , qui avaient tant d'intérêt à mettre en évidence la pureté et l'excellence des mœurs des chrétiens , n'ont jamais apporté en preuve la sainteté de vie des Thérapeutes. On voit au contraire qu'ils les ont toujours regardés comme étrangers à la religion chrétienne.
Saint Justin , qui avait vu les principales colonies des apôtres , et qui avait et éen Egypte, avance hardiment que les chrétiens ne
CHR différaient des autres personnes , ni par les lieux de leur demeure, ni par leur langue , ni même par leurs mœurs ; qu'en quelque pays qu'ils habitassent , ils se conformaient aux habillemens , à la nourriture et à toutes les autres manières du pays ; enfin qu'il n'y avait parmi eux aucune secte qui fît profession de se distinguer au dehors par une austérité de vie particulière. Ce saint docteur aurait- il parlé ainsi s'il eût reconnu les Thérapeutes pourchrétiens? (Bouhier, Le/^re5 sur les Thérapeutes.)
Tertullien répondant aux reproches que les païens faisaient aux fidèles , de ce qu'ils s'éloignaient du commerce du monde, avoue qu'en effet ils ne se trouvaient ni aux spectacles publics , ni aux temples des faux dieux , ni à aucunes cérémonies profanes : mais il soutient que pour tout le reste ils suivaient extérieurement le même train de vie que les autres. Nous ne sommes point , ajoute-t-il , comme ces philosophes des Indes qui habitent les bois et les déserts , et qui s'exilent volontairement de la vie commune. Pouvait - il mieux marquer combien le genre de vie des chrétiens était éloigné de celui des Thérapeutes , qui , à l'imitation des Brachmanes des Indes, s'exilaient volontairement des villes pour vivre dans des lieux écartés? (Tertullianus , m Apologet. , cap. ^i.)
Ceux qui prétendent que les Thérapeutes étaient chrétiens, répondent, i° que Philon a pu
CHR louer les chrétiens sans offenser ceux de sa religion , parce que les païens donnaient aux chrétiens le nom de juifs; que les chrétiens eux-mêmes se glorifiaient d'être appelés juifs, et qu'ils étaient en une si haute estime parmi le peuple juif , que les principaux de cette nation n'osaient sévir ouvertement contre les chrétiens , de peur de s'exposer à l'indignation et à la violence de la multitude. Mais Philon ayant toujours été en une haute considération chez les premiers de sa république, dont il était lui-même un des principaux membres , ces raisons ne peuvent nous empêcher de soutenir qu'il aurait encouru le blâme et la disgrâce des premiers de sa nation , et même d'une partie du peuple , s'il eût loué les chrétiens , parce que les premiers de sa nation , et même une bonne partie du peuple , étaient les ennemis déclarés des chrétiens. D'ailleurs, nous avons déjà remarqué ([ue Philon condamne la religion des chrétiens , loin de la louer et de Li favoriser.
2". Ces mêmes auteurs assurent que les usages que Philon attribue aux Thérapeutes n'étaient pas si éloignés de l'esprit , des mœurs et des pratiques du christianisme ; qu'ils doivent faire prononcer en notre faveur, et qu'il y avait au contraire entre les uns et les autres beaucoup de conformité. Les Thérapeutes , disent-ils, méprisaient et abandonnaient leurs biens , de même que les chrétiens ; ils chantaient
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des hymnes , ils avaient une table sacrée , des temples , des diacres, des prêtres , des vierges; ils priaient le visage tourné vers l'Orient , et usaient d'eau chaude le jour du sabbat , ce qui n'était pas permis aux juifs. D'ailleurs , le septième jour, auquel Philon dit que les Thérapeutes s'assemblaient , peut s'entendre de tout autre jour que celui du sabbat, et peut-être de celui du dimanche.
Enfin , si Philon a cru que les Thérapeutes étaient liébreux , pourquoi ne les a-t-il pas appelés Hébreux?
Nous répondons que la conformité qu'il y avait entre les usages des Thérapeutes et ceux des chrétiens n'est rien moins que sufhsante pour clirislianiser les Thérapeutes; car, i° si les Thérapeutesméprisaientetabandonnaicnt leurs biens , c'était pour les donner à leurs parens ou à leurs amis , au lieu que les chrétiens les vendaient pour ea donner le prix aux apôtres, et le distribuera chacii 11 îles fidèles, selon ses besoins. D'ailleurs, les prêtres et phdosoplies égyptiens et indiens avaient coutume d'abandonner leurs biens avant que de se mettre sous la discipline de leurs maîtres. En concluera-t-on ([u'ils étaient chrétiens?
1". De ce que les Thérapeutes chantaientdes hymnes dans leurs assemblées, il ne s'ensuit nullement qu'ils fussent chrétiens* Les brachmanes des indiens en chantaient aussi , et l'usage en était fré([uent chez les Hébreux depuis le temps de Moïse. Qu'est-
^?. CHB
ce qui pouvait donc empêcher que les Thérapeutes , qui faisaient profession d'une vie beaucoup plus austère que le commun des juifs, ne poussassent le chant de ces hvmnes bien avant dans la nuit , lorsqu'ils s'assemblaient ? Mais ces chants étaient accompagnés de danses tout-àfait indignes de la gravité des chrétiens , et qui convenaient bien plus à des bacchantes.
3". Les Thérapeutes avaient une table sacrée ; oui , mais bien différente de celle des chrétiens, comme nous l'avons déjà observé. Us avaient des temples ; disons plutôt des synagogues. Ils avaient des diacres et des prêtres .
Ces diacres , au rapport de Phi- Ion, étaient des jeunes gens qui servaient à table ; au lieu que les diacres des chrétiens étaient des hommes graves , choisis par les apôtres , et propres à prêcher l'Évangile. Les prêtres des TJiérapeutes sont ainsi nommés de leur âge , et non de leur dignité.
Philon ne parle jamais de leur ordination , non plus que de celle des diacres. Quant aux vierges desThérapeutes, c'étaient de vieilles filles qui avaient toujours conservé leur virginité ; ce qui n'était pas sans exemple, du temps de Philon , parmi les juifs.
Josephe nous apprend que la plupart des Esséens gardaient une chasteté perpétuelle. (Josephe, lib. 2 , de Bc.llo juclaïco , cap. 8.) 4**. Les Thérapeutes priaient le visage tourné vers l'Orient ; Les Esséens le faisaient aussi , au rapport de Josephe. S'ensnit-il
CHR de là qu'ils étaient chrétiens?
Les Thérapeutes pouvaient donc prier en se tournant vers l'Orient , ou à cause de ce verset du psaume 72 , timebunt t» cum sole; car c'est ainsi que lisent les Hébreux , ou à cause que les rabbins disent qu'il faut exciter l'aurore par ses prières , ou enfin parce que Jérusalem est à l'orient d'Alexandrie, si l'on a égard au lever du soleil pendant l'été.
5°. Les Thérapeutes usaient d'eau chaude le jour du sabbat ; ce qui n'était pas permis aux juifs. Les rabbins nous disent que les juifs pouvaient boire le joui' du sabbat de l'eau échauifée aux rayons dn soleil , ou même de l'eau qu'on aurait fait chauffer à un feu allumé la veille du sabbat.
6". Le septième jour, auquel Philon dit que les Thérapeutes s'assemblaient , ne peut être que le jour du sabbat, que les juifs et Philon lui - même appelaient souvent le septième jour. Sacrum, dit cet auteur, en parlant des Esséens qui étaient juifs , existîmant septimum , que ab omnibus aliis operibus abstinent.
(Philo, in lib. quocl omnis probus liber, edit. an. i6i3.)
n». Si Piiilon n'a point donné aux Thérapeutes le nom d'Hébreux, c'est que cela n'était poin t nécessaire pour faire connaître de quelle religion ils étaient ; la description qu'il fait de leur vie le donne assez à entendre. Les Esséens , dont il décrit aussi les mœurs dans son livre de omni probo quod liber sit , étaient in-
CHR dubitablenient Hébreux ; et cependant il ne les nomme point ainsi. Ne suÔisait-ilpointqu'il appelât , comme il appelle en effet , les Thérapeutes disciples de Moïse, pour faire connaître à tout le monde de quelle religion ils étaient ?
Nous avons dit en dernier lieu que le silence des premiers Pères (ie l'Église sur le sujet des Thérapeutes était une preuve qu'ils n'étaient pas chrétiens. On oppose à cette preuve le témoignage d'Eusèbe de Césarée, de Saint Jérôme, de saint Épiphanc, de Cassicn , de Sozomène, qui ont cru que les Thérapeutes étaient rhrétiens. Mais pour que le témoignage de ces auteurs pût faire impression , il faudrait qu'ils fussent contemporains , ou presque contemporains. Or, Eusèbe , le plus ancien de tous, écrivait plus de deux cents ans après les Thérapeutes, et il n'apporte aucun garant de ce qu'il avance sur leur prétendu christianisme. La seule raison qu'il en donne est la conformité qu'il a aperçue entre leur manière de vivre et celle des premiers chrétiens; ce (jui ne conclut rien , ou conclut également pour les Esséens, ou même pour les prêtres des Égyptiens, et pour les brachmanes des Indiens , comme nous l'avons montré.
Il est temps de dire quelque chose des noms odieux et honteux que les païens , les juifs et les hérétiques donnaient par liaine et par mépris aux chré- } tiens orthodoxes. Tels étaient
entre autres les noms à^ athées , parce que les chrétiens méprisaient les dieux des païens ; ceux de magiciens , de sorciers , de prestigiateurs , parce que les païens attribuaient à la magie les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples ; ceux de Grecs et d'imposteurs ; de Grecs , par dérision , et à cause que les chrétiens portaient ordinairement le manteau à la façon des philosophes grecs , et non la robe des Romains ; imposteurs , tomme si les chrétiens voulaient tromper les hommes parleur doctrine et leur manière de vivre. Ou les appelait aussi sophistes , séducteurs , superstitieux , mauvais démons , auteurs d'une religion étrangère et barbare, pour de semblables raisons ; et parce que les chrétiens méprisaient généralement la mort, et mouraient sans crainte au milieu des plus cruels tourmens , les païens les nommaient déses[)érés , bestiaires, parabolaires,irtrmc^j////y, seinaxii^biatJumati . Par ces noms de bestiaires, chez les Romains, aide parabolaires, chez les Grecsy on faisait allusion aux bestiaires qui combattaient contre les bêtes, parce que les chrétiens aimaient mieux être exposés aux bètes les plus féroces, que de renoncer à leur religion. Les noms de sarmentitii et de setnaxii viennent de ce qu'on brûlait quelquefois les chrétiens attachés à un pieu environné de sarments, et long d'un tkmi-axe, c'est-à-tlire d'environ six pieds, dit Binghame , lib. i , Orig. ,