‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 11 sur 77 · ENFER · texte numérisé non relu

ENFER

PREMIER SERMOIV ABRÉGÉ.

Discedite à me, maledicti, in ignem aeternum. {Matlh. 26.)

Retirez-vous de jnoi, maudits, allez dans un Jeu éternel.

Quel arrêt ! ah ! mes frères, peut-on l'entendre sans frémir?

Je ne suis pas surpris qu'une si grande vérité blesse la délicatesse des mondains : ce qui lu'eiFraye, c'est de voir dans le sein de la religion des cœurs qui y sont insensibles. Qu'un ministre du Dieu vivant élève sa voix pour annoncer ses jugemens et ses vengeances; qu'il ouvre les portes de l'abîme pour y faire envisager , dans toute leur noirceur, ces vases d'ignominie qui sont plongés dans l'amertume... Ces vérités saintes ne trouvent de toutes parts que des cœurs en garde contre leurs impressions salutaires; et tout le fruit qu'on eu retire , c'est de philosopher froidement sur la réalité des peines éternelles.

Grand Dieu 1 était-il donc réservé aux chrétiens de faire voir jusqu'où peut aller la dureté du cœur de l'homme? Mais pourquoi , dit-on . nous troubler par des idées que la raison désavoue? Dieu n'est - il pas trop grand pour s'embarrasser de ce que font les hommes, trop juste pour venger par un supplice sans fin , quelques faiblesses d'un moment, et trop compa-

tissant pour perdre sans retour de faibles créatures, qu'il ne fit jamais à dessein de les rendre malheureuses? D'ailleurs on ne voit personne revenir de cet autre monde dont on nous parle tant : qui peut donc rendre témoignage de ce c[ui s'y passe ?

Tel est le langage de l'incrédulité, et tels sont ses sopliismes.

Je les réduits à deux sortes : les uns sont tirés des perfections de Dieu ; les autres du défaut de témoignage. Je ferai donc voir ï°. que sans démentir ses divines perfections , Dieu peut condamner l'homme pécheur à des peines éternelles ; 2". que Dieu nous a donné des témoignages authentiques et plus que suffisans pour convaincre tout esprit équitable, qu'il condamnera en effet le pécheur réprouvé à des peines éternelles. En deux mots : l'éternité des peines n'a rien d'opposé aux perfections divines : l'éternité des peines est fondée sur des témoignages divins.

PRE?.I1ER POIXT.

La grandeur de Dieu , sa justice, sa clémence; tels sont les titres qu'osent pi-oduire les faux sages pour assurer au vice le séduisant attrait de l'impunité.

lo. Sa grandeur. Dieu est trop grand, disent-ils, pour s'embarrasser de ce que font les lionimes : heureux par lui-même , que lui importe que de vils atomes se réjouissent ou se brisent ? Premier sophisnve du li-

bertin, confondu depuis deux mille ans par ces paroles du prophète Isaïe (ch. 40 5 v. 27)!

« Israël ! oses - tu le penser ?

» oses-tu le dire? ô Jacob! le » Seigneur ne connaît pas mes » voies ; un Dieu si grand ne se » met ])as en peine d'observer » mes œuvres, et moins encore » de les juger. » Qiiare dicis Israël et logiieris , o Jacob : abscondita est via mea à Domino , et à Deo meo judiciiim meum ii'ansivit ? Peuple insensé , ne l'as-tu pas appris de tes pères, que le Seigneur est l'Éternel ; qu'il a créé toute l'étendue de la terre , et qu'il s'assied sur le globe du monde pour observer ce qu'il renferme. Lève les yeux, et considère quel est celui qui fait marcher toute l'armée des étoiles dans un si bel ordre, sans qu'il manque rien à leur harmonie, tant il excelle en sagesse et en puissance. Contemple ces merveilles, et répondsmoi , peuple dur et indocile :

si un Dieu est présent à la nature pour l'animer dans toutes ses parties , sans voir ce qui s'y passe? Peut-il être au milieu de vous sans s'apercevoir de ce que vous faites? Vous reléguez le Seigneur votre Dieu dans un sanctuaire éloigné, où vous vous persuadez qu'il s'enveloppe de sa félicité propre, indilTérent à tout autre chose. Mais ne savez-vous pas que c'est de lui que vous recevez l'être, le mouvement, la vie?... Quoi! des actions échapperont à la connaissance de celui à qui elles

SER doivent tout ce qu'elles ont d'activité ? Non , non , l'œil du Seigneur veille sur le mal , vigilavit Doniinus super malitiam.

(Dan.g,i 4.)

Dès que vous concevez un Dieu infiniment parfait, vous concevez un Dieu qui ne peut lien ignorer. , un Dieu qui voit vos pensées les plus rapides, vos projets les plus dérobés, vos œuvres de ténèbres les mieux ménagées, et qui les voit sans en être plus occupé. Car voilà ce qui vous séduit, hommes faibles; parce que le détail immense des actions et des projets des hommes vous paraît quelque chose de fatiguant et d'incommode, vous croyez qu'il ne convient pas à un Dieu de s'en donner le soin et la peine ; mais à qui donc me faites-vous ressembler , dit ce même Dieu?

Pensez-vous que je sois comme l'homme qui se fatigue et s'épuise ? Ah !... Celui dans la main de qui les forces se multiplient , le Dieu fort ne se lasse point , parce qu'il ne travaille point, non deficiel ^ neqiie laborabit. En lui tout est action el tout est repos , semper agens, semper quietus , dit saint Augustin... Isai. 4o, 28. Aiig. conf.

1. 4- ) llsuiïït à Dieu de se connaître lui-même pour tout connaître. Ne dites donc plus qu'il est trop grand pour s'embarrasser des choses de ce bas monde :

dites plutôt qu'il est trop immense pour n'être pas présenta tout ce que font les hommes ; trop sage pour se dissimuler

leurs crimes , el trop juste poiir les laisser impunis.

1°. Mais serait«il de la justice de condamner à des supplices éternels pour quelques faiblesses d'un moment ?-ne doit-il pas y avoir une juste proportion entre le délit et la ])eine? Second sophisme fondé sur la justice divine, que l'homjne téméraire ose mesurer sur ses pensées.Pour le confondre, le Saint- Esprit s'est contenté de nous représenter par ses prophètes , ce que la raison toute seule nous fait comprendre, que Dieu étant la justice essentielle, il n'est pas possible qu'il excède jamais dans ses châtimens; et que si la vengeance qu'il doit tirer de nos infidélités , paraissait trop sévère à la raison humaine , nous devons être convaincus que l'on ne pourrait en adoucir la rigueur , sans blesser les droits de la souveraine raison.

Enfans d'Israël , vous avez dit : La voie du Seigneur n'est pas juste. Ecoutez - le donc , maison de Jacob : « Est-ce ma » voie qui n'est pasjuste, ou ne » sout-ce pas les vôtres qui sont » corrompues ? Toutes les âmes » sont à moi ; l'âine ([ui péchera » périra elle-même : l'impiété » de rim|jîe retombera sur sa » tête. {Ezech. 18., 25.) Je ne n me porte pas de moi-même à » la colère, dit le Seigneur; mais » si quelqu'un est comme une » ronce qui me pique et me >' déchire, ne la foulerai-je pas » aux pieds? N'y mettrai-je pas » le feu pour la consumer? Je

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» suis le Dieu qui sonde les reins » et les cœurs , et qui rend à » chacun selon ses œuvres. »

( Jérém. 17 , 10.) Ainsi parle le Saint-Esprit, pournous apprendre qu'il ne nous appartient pas de sonder ses jugemens, ni de juger ses justices : soumettonsnous , adorons , et n'entreprenons point de pénétrer des abîmes impénétrables ; Dieu est incompréhensible à quiconque n'est pas Dieu.

Cependant pour ôter à l'incrédulité tout prétexte, le Seigneur a bien voulu révéler à son église deux raisons décisives de l'éternité des peines.

La première, c'est que les réprouvés dans l'enfer ne sont plus en état de satisfaire pour leurs péchés , parce qu'on ne peut satisfaire que par les mérites de Jésus-Christ : or les réprouvés n'ont plus de part à ses mérites; il n'y a aucune société entre Jésus-Christ et Bélial , aucun commerce dé grâce entre le ciel et l'enfer; nul regard de miséricorde ne perce le cahos immense qui les sépare ; nulle étincelle do faveur ne tombe dans le lieu des supplices ; en un mot , il n'y a plus de médiateur pour les damnés , par conséquent plus de moyen de satisfaire...

Première raison de l'éternité des peines , l'impuissance où sont les réprouvés de satisfaii'e à la divine justice... Une seconde raison , c'est que les réprouvés demeurent obstinément attachés à leurs injustices.

Vous nous demandez s'il y

aurait de la justice à venger par des tourmens sans fin des faiblesses d'un moment... Mais remarquez d'abord que ce n'est pas sur le temps que se mesure l'énormité du crime ; que ce n'est pas précisément la durée d'une faute qui en fait la grièveté , et qu'un instant peut suffire pour commettre une action si criminelle, que la justice des hommes elle-même serait obligée de la punir d'un supplice éternel par l'éternelle privation de la. vie. D'ailleurs , la qualité de l'offense se prend du côté de l'objet offensé : si la majesté offensée est infinie en grandeur, l'offense est infiniment criminelle, et mérite dès lors une peine infinie , parce qu'il est juste qu'il y ait une exacte proportion entre le péché et la peine.

Enfin ne vous y trompez pas, si vos fautes ne sont que d'un moment, ce n'est que par rapport à vous et non par rapport à Dieu ; ce n'est que dans l'action crui passe, et non.dans la corruption du cœur qui se perpétue : voilà ce qui vous fait illusion. Par rapport à vous , vos fautes sont passagères , il est vrai ; mais elles sont éternelles devant Dieu , si vous n'avez soin de les éteindre dans la pénitence.

L'œuvre du péché disparaît tout à coup à vos yeux ; mais elle ne s'évanouit pas ainsi aux yeux de celui pour qui il n'y a ni passé , ni avenir. De plus , si le péché ne subsiste pas dans son acte même , il subsiste et s'im-

SER îiiortalisedans le cœur pur la corruption qu'il y répand et qui s'y conserve ; carie penchant au mal n'expire pas avec l'acte qu'il produit; au contraire , il se nourrit, il s'accroît, il se fortifie par les actes réitérés ; les actes réitérés forment l'habitude , et l'habitude se change en nature ; de manière que si le penchant au mal se trouveàla mort dominant dans notre cœur, il y dominera une éternité tout entière. Pourquoi ? <i C'est, comme dit l'Écri- » ture , que l'arbre reste du » côté où il tombe. » Ainsi le 1 éprouvé se portera toujours au mal, et se portant toujours au mal, il sera toujours dans l'ordre qu'il soit puni : voilà à quoi l'on ne fait pas attention... Au lieu que les élus étant confirmés dans la charité, leur charité devient inaltérable ; les réprouvés étant confirmés dans l'iniquité, leur iniquité devient immortelle... Pourquoi donc vous étonner d'une éternité de supplices ? le Seigneur serait-il moins juste dans ses châtimens que dans ses dons ; et s'il récompense en Dieu ne doit-il pas aussi punir eu Dieu?

3°. Mais peut-être sa bonté couvrira-t-elle nos faiblesses ; il est notre père, son cœur compatissant se laissera peut-être attendrir à nos malheurs. O hommes! jusquesà quand toujours trompés et toujours prêts à l'être, risquerez- vous votre salut sur des présomptions téméraires? Dieu est votre père,

SER 8i

il est vrai ; mais le pardon de vos fautes est une grâce que vous ne pouvez attendre que de sa pure miséricorde; vous en convenez : il faudrait donc au moins n'y pas mettre obstacle de votre part ; et vous faites précisément tout ce qu'il faut pour éloigner cette grâce — Vous ne cessez point d'offenser Dieu , et vous prétendez qu'il aura pitié de vous ? Écoutez donc ce cju'il vous répond au cinquième ciiapitre du prophète Jérémie. « Maison

> d'Israël, tu demandes que j'aie • pitié de tes malheurs; mais

sur qui pourraient tomber les ) regards de ma miséricorde ?..-

> Tous ont endurci leur front ) pour ne pas entendre ma voix ; ) ils ont dit dans leur cœur : il

> n'est point ce Dieu vengeur

> dont ou nous parle, non est ipse. » Tous ces maux dont on

nous menace pour l'avenir, ce sont des fantômes imaginés pour intimider les faibles , et des chimères qui n'arriveront jamais , non venit super nos ma' lum... « Voilà vos blasphèmes, » enfans de Juda : eh I je ne me » vengerais pas de cette race cri- «minelle? Ahl moi-même ce » Dieu puissant et terrible, voilà » que je vais changejr toutes les » paroles de ma loi en autant » de tourbillons de flammes , » verba mea in ignem. Je vais » rendre ce peuple d'infidèles » comme le bois aride propre à » être jeté au feu, et populum » istani in ligna; et ce feu allu- » mé par ma justice les péné- » trera , les dévorera sansiamais 6 ^

» les consumer, et ignis 7wrabit

» eos. »

Insensés , vous me demandez comment le feu pourra agir sur des âmes qui sont de purs esprits... Eh bien , sachez que c'est moi qui lui en donnerai la force, et qu'il ne .sera dans ma main que l'instrument de mes vengeances. Vous me demandez si je vous ai fait pour vous perdre.

Ingrats , que n'ai-je point fait pour votre bonheur ? souvenezvous des grâces dont je vous ai prévenus dès le berceau..., et que vos pertes ne viennent que de vous. Vous me demandez si un Dieu si bon pourra se résoudre à faire périr un si grand nombre de malheureux , ses créatures , son propre ouvrage.

Ehî qui êtes-vous , pour penser que vous soyez pour moi un objet?... sachez que mes élus me tiennent lieu de tout , et que cette affreuse multitude d'impies n'est à mes yeux irrités qu'un amas confus d'insectes venimeux, que leur grand nombre lui-même me presse d'écraser dans ma fureur. Calcavi eci in fur or e. meo...

Je comprends , Seigneur, que les réprouvés demeurant attachés à leurs injustices, il n'est pas possible qu'ils vous soient jamais unis, ô sainteté! ô justice incorruptible! la vérité ne compatit point avec le mensonge, et la sainteté ne s'allie point avec le crime. L'éternité des peines n'a donc rien d'opposé aux perfections divines. Ce sont même ces divines perfections

SER qui en établissent la certitude , puisque Dieu ne saurait sans les démentir ne pas éloigner de lui à jamais des créatures, à jamais injustes. Il me reste à vous faire voir l'éternité des peines fondée sur des témoignages divins.

SECOND POINT

Il n'y a poiiU de vérité qui nous soit plus souvent représentée dans les divines Écritures, que celle d'un avenir heureux pour les élus, malheureux pour les réprouvés. Plus cette vérité devait être en butte aux traits de l'incrédulité, plus le Seigneur s'est appliqué à nous l'inculquer avec force, à nous ia mettre dans un grand jour. Partout nos livres saints nous parlent de peines éternelles , de flammes violentes, qui brûleront jusqu'au fond des enfers , de feux qui ne s'éteindront jamais, de ver rongeur qui ne mourra jamais, d'étang de soufre et de feu , dont la fumée s'élèvera dans tous les siècles. Après la mort de l'impie, dit le sage, il n'y aura plus pour lui d'espérance. Morluo impio , nulla erit ultra spes. (Proverb. 1 1, ^.) Les méchaus, dit Jésus-Christ, iront dans le supplice éternel , et les justes dans la vie éternelle. Je n'ignore pas c[uc quelques-uns de ces esprits hardis à régler tout sur leurs idées, ont osé interpréter cette éternité du supplice des méchans, non d'une vraie éternité, mais seulement d'une longue suite d'années ; mais je vous prie d'obsewer que, lo? -

SER ■que le Seif^tieur dit : <i ks justes iiout dans la vie éternelle, jamais il n'est venu à l'esprit de qui que ce soit de n'entendre ces paroles que d'une étendue de plusieurs siècles. Tous conviennent que pour l'éternité du bo..heur promis aux justes, elle doit s'entendre d'une vraie et réelle éternité... Or si l'éternité du bonheur des justes , est de l'aveu de tous , une vraie et réelle éternité , l'éternité du supplice des mécbans est donc de même nature , puisque Jésus-Christ les met en parallèle, qu'il n'y marque aucune différence , qu'il se sert de la même expression pour l'une et pour l'autre, et qu'il dit positivement sans réserve ni distinction : Les médians iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle : Ibunt hi in sitppUcium œtemum , justi niitetn in vitam œtsrnam. ( Matth. 26, 46.) Si la vie des justes est vraiment éternelle , le supplice des méchans est donc véritablement éternel.

Que l'on nous répète donc encore ces vains discours : d'où vient que l'on ne voit personne qui revienne de cet autre monde ? Y a-l-on été , pour en parler? Comment donc peut-on savoir ce qui s'y passe? Fut-il jamais illusion plus frivole? Pour vous le faire sentir, j'établis deux propositions. La première, que Dieu nous ayant instruits de l'avenir par ses prophètes, nous n'avons pas besoin qu'un mort ressuscite pour nous en

instruire de nouveau. La seconde , que si l'on exige le témoi{^nage d'un mort ressuscité , Dieu ne nous laisse rien à désirer sur ce point , après le témoignage qu'il nous en a donné par son propre fils.

1°. C'est une vérité .sensible que Dieu nous ayant instruits de l'avenir par la voix de ses prophètes, il n'est plus nécessaire qu'un mort revienne de l'autre monde pour nous en convaincre ; et telle est la réponse que Jésus-Christ met luimême dans l'a bouche du saint patriarche Abraham, pour confondre le mauvais riche de l'Évangile. Vous savez que cet infortuné conjura le saint patriarche d'avoir pitié de cinq doses frères qui lui restaient encore dans le monde, et de leur envoyer Lazare pour les avertir des maux qu'ils se préparaient par leurs débauches, afin de les engager à changer de vie ; grâce qui lui fut refusée, non-seulement parce que rien ne s'accorde aux damnés, mais aussi parce que ses frères avaient Moïse et les prophètes, qui suffisaient pour les instruire, Habent Mosen et prophetas. (Luc, 16,29.) Non, non, père Abraham , .s'écria alors cet infortuné. Hélas !

mes frères ne croient ni à Moïse, ni aux prophètes; mais si quelqu'un d'entre les morts allait leur découvrir ce qui se passe dans cet hori-ible séjour, ils le croiraient , et feraient pénitence.

N'est-ce pas là précisément le langage de nos libertins? Jecroi-

rais , si je voyais quelqu'un qui fût revenu de cet autre inonde.

Voyons donc quelle fut la réponse du saint patriaiclie : Mou fils, si vos frères n'ajoutent foi ni à Moïse ni aux prophètes, il est inutile de leur envoyer un mort ressuscité, ils ne le croiraient pas davantaf^e. Que cette réponse est juste et solide î Qu'elle est bien prise dans le caractère de l'incrédule 1

En effet , si l'on porte la délicatesse jusqu'à ne vouloir pas s'en rapporter à Dieu, comment consentirait -on à s'en rapporter à un homme , tel qu'il piit être? Ou si l'on consent de se rendre au témoignage d'un mort ressuscité, cjuelle difficulté peut-on faire de se rendre au témoignage du Dieu de vérité?

Quelle raison ()eut-on avoir de se reposer sur la fidélité d'une créature, plutôt que sur l'autorité du Créateur ?... Nous savons que Dieu nous a parlé par les prophètes, et nous le savons, parce que lui-même leur a rendu témoignage par l'accomplissement de leurs prophéties , et par un enchaînement de prodiges opérés eu preuve de leur doctrine ; prodiges éclatans , prodiges soutenus pendant des siècles entiers. . Or, quand un Dieu parle , que manque-t-il à la raison pour se tenir assurée de la vérité? Vous demandez comment nous savons ce qui se passe dans l'autre vie , et je vous réponds que c'est qu'il a plu à Dieu de le révéler. Vous en voulez un témoin oculaire : mais

peut il y eu avoir de plus oculaire que celui qui chaque jour y exerce la justice? Vous en demandez un garant fidèle : mais pouvez-vous en souhaiter de moins suspect que l'esprit de vérité? Qu'est -il nécessaire d'ouvrir les tombeaux et d'évoquer les âmes ? Si un Dieu ne vous suffit pas , qui pourra jamais vous suffire?

Je conçois que l'apparition d'un mort ferait d'aboi'd sur vos sens une vive impression : vous en seriez frappés , épouvantés ; mais en seriez-vous convertis?

Saùl tomba en faiblesse à l'apparition de Samuel; mais en profita-t-il? en devint-il plus adorateur de son Dieu? en pritil de plus justes mesures pour apaiser sa colère? Ah! l'on connaît assez le génie de l'incrédule : à peine l'apparition serait-elle évanouie , qu'il la ferait passer pour un prestige ; il regarderait comme une faiblesse d'eu paraître le moins du monde alarmé ; peut-être même , par une vanité pitoyable, affecterait-il encore plus de hardiesse à douter. Ce n'est pas la raison c{ui mène à l'incrédulité, c'est la passion ; et rien ne persuade un cœur intéressé à ne rien croire.

Combien de nuages nos incrédules ne répandraient-ils pas sur une merveille aussi étonnante qu'une résurrection à la vie? Quelle discussion ne demanderaient-ils pas pour s'assurer si ce ne serait pasunemort simulée et une résurrection de

SER commande ? Quel labyrinthe enfin , avant de pouvoir mettre un événement de cette nature dans un point d'évidence capable de forcer des espi-ils qui craignent de se détromper? Quand on ose révoquer en doute le prodige de la manne , renouvelé chaque jour pendant quarante ans sous les yeux et entre les mains d'un million d'hommes, qui en étaient rassasiés, il n'y a plus de prodiges que l'on n'entreprenne d'obscurcir : et quand on porte l'impiété jusqu'à traiter l'Écriture-Sainte de chimère, non, il n'y a point d'apparition de mort que l'on ne traite d'illusion : Si Mosen et prophetos non audiunt , neque si quis résurrexerit , credent.

Mais suivons nos incrédules jusque dans le fond de leurs retranchemens ; et puisqu'ils veulent le témoignage d'un mort ressuscité, faisons voir en second lieu que Dieu ne laisse encore rien à désirer sur ce point , après le grand témoignage qu'il en a fait rendre par son ]iropre fils. Je veux donc bien m'accommoder jiour un moment à la délicatesse de ces esprits difficiles. Je suppose avec eux que pour être assuré comme il faut d'une éternité de peines , c'est peu que le Seigneur s'en soit expliqué par ses prophètes ; mais qu'il est encore nécessaire qu'il fasse parler la mort même en sa faveur ; et je leur dis : ou vous prétendez que ce prodige s'opère sous vos yeux , ou vous consentez à vous en rapporter à

des témoins dignes de foi. Si vous prétendez qu'il arrive sous vos yeux ce prodige..., chaque incrédule se croyant en droit d'exiger la même chose , il faudra donc que Dieu ressuscite des morts dans tous les royaumes , dans toutes les provinces , dans toutes les villes, partout enfin où il y aura des incrédules. Il faudra que de toutes parts la terre ouvre son sein , et la mer ses vastes abîmes, pour rendre les dépôts sacrés qui leur ont été confiés jusqu'au jour de la révélation... Il faudra même que Dieu renouvelle ces prodiges d'année en année.

Or, je le demande , serait-il raisonnable d'exiger du créateur qu'il dérangeât le bel ordre qu'il a établi dans la nature , selon les caprices de quelques esprits ombrageux ? serait-il juste d'assortir la sagesse éternelle à nos bizarreries?... Vous devez donc convenir qu'il y aurait une injustice souveraine à exiger pour croire , que le Seigneur adressât à chaque incrédule un député de l'autre monde , et que si par un excès de miséricorde , il voulait bien ajouter à tant d'autres témoignages si solides celui d'un mort ressuscité, il serait de la saine raison de s'en rapporter à des personnes sages, désintéressées, qui eussent été les témoins oculaires de cette grande mer veillc.Or, j'en appelle ici à l'équité, peut-on soubailer des témoins plus dignes de foi que les apôtres de Jésus- Christ , ces hommes sages , dé-

sintéressés , pleins de candeur et de droiture , par qui les richesses sont négligées, les honneurs méprisés , les plaisirs réprouvés? Qui croira-t-on jamais, si l'on refuse d'entendre ces illustres docteurs de la vraie vertu ? Que nos incrédules les écoutent donc enfin. » Nous vous annonçons , disent-ils hautement , non ce que nous avons ouï dire à d'autres , mais ce que nous avons vu de nos yeux , ce que nous avons touché de nos mains, ce que nos oreilles ont entendu de Jésus-Christ le Verbe de vie , qui a donné son â.ne pour nos ()échés, et qui Va reprise pour notre sanctification. »

Après cela, que reste-t-il à désirer pour une conviction pleine et entière? Que répondront au Seigneur ces téméraires indociles , lorsqu'entrànt avec eux en jugement, il leur dira comme à l'infidèle Jérusalem : Qu'ai-je pu faire pour vous que je n'aie pas fait? Vous avez demandé à être instruits sur l'avenir, et j'ai pris soin moi-même de vous en révéler le mystère. Vous ne vous êtes pas contentés de ma parole ; vous avez demandé le suffrage de quelque témoin oculaire ; et sans vous parler de plusieurs d'entre les morts à qui j'ai rendu la vie en divers temps, j'ai ressuscité mon propre fils, je l'ai remis sur la terre, afin qu'il rendît témoignage authentique de ce qu'il avait vu ; vous ne pouviez donc pas dire que nul n'était revenu de cet autre monde , dont on vous parlait. Ce

fils bien-aiiué a instruit de celte vérité des hommes très-intéressés à ne se pas laisser tromper, et à ne pas tromper les autres. Ces hommes convaincus par la force de l'évidence , ont porté la doctrine jusqu'aux extrémités les plus reculées. Tout le monde s'est rendu à leur témoignage ; témoignage qu'ils ont scellé de leur sang ; témoignage que j'appuyais encore par mes prodiges. Vous seuls osez démentir tout l'univers... Eh bien, vous saurez enfin que je suis le Dieu vengeur, mais vous le saurez avec l'affreux désespoir de n'être plus en état d'en profiter... Grand Dieu! je le reconnais , vous êtes vraiment le Dieu des vengeances... Heureux celui que vous pénétrez de cette vérité , et qui cherche moins à philosoplier sur vos jugemens , qu'à mériter que vous le traitiez avec douceur au grand jour de l'affliction. (Pacaut, discours de piété, etc. loni. i , pag. i23 et suiv.)

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