‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 12 sur 77 · ENFER · texte numérisé non relu

ENFER

SECOND SERMON ABRÉGÉ

Dixit illi Abraham : Fili, recordare quia recepisti bona in vitâ tua , nunc autem crucia-

ris.

Abraham lui répondit : Mon fils, souvenez-vous que vous avez été comblé de biens pendant votre vie; mais maintenant vous souffrez. ( En saint Luc, ch. 16.) Souffrird'excessives douleurs,

c'est un mal et un grand mal :

mais ce qui doit le rendre plus sensible, ce qui doitl'aigrir et le redoubler à un point où il devient intolérable, c'est le reproche qu'on est forcé de se faire continuellement à soi-même que tout ce que l'on souffre on se l'est attiré à soi-même , et pour des biens indignes de soi... Et voilà le cruel sort du riche réprouvé de notre Évangile. Il voit d'une partàquoiil est condamné ; il voit d'autre part, pourquoi il y est condamné; et dans l'un et l'autre il considère deux choses, leur nature et leur durée. Ces biens de la vie où il avait attaché son cœur, et pour lesquels il s'est fait condamner, ce ne sont en eux-mêmes que de faux biens ; et dans leur suite ce ne sont que des biens périssables et temporels : au lieu que ce supplice où il est condamné, et dont il ressent toute la rigueur, c'est dans sa nature un mal extrême, et dans sa durée un mal éternel. Voilà sur quoi il ne peut assez gémir, et ce que tant de mondains enveloppés dans le mêuie sort ne cesseront jamais aussi de se reprocher. Voilà ce qu'ils auront toujours devant les yeux , et ce qui pourrait suffire pour leur tourment et pour leur enfer. Car de là ces deux comparaisons si douloureuses et si désolantes :

remarquez-les ; c'est tout le fond et tout le partage de ce discours.

Pour des biens en eux-mêmes les plus frivoles et les plus vains , s'être attiré un mal ex-

tréme dians sa nature , le mal le plus réel , le souverain mal :

première vue qui tourmente le réprouvé, est le sujet de ma première partie. Pour des bienspérissables dans leurs suites , et temporels , s'être attiré uu mal sans bornes dans sa durée , un mal éternel ; seconde vue qui tourmente le réprouvé, est le sujet de la seconde partie.

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