PREMIÈRE PARTIE
Oui , chrétiens, il y a des regrets dans l'enfer, les regrets les plus amers... Le réprouvé jette des soupirs profonds dans ce séjour affreux ; et le sujet de ces soupirs qui lui décliirent impitoyablement le cœur , c'est la comparaison qu'il fait des deux étals bien différens de celui où il était dans le monde, et de celui où il est au milieu des feux qui le brûlent : lorsque sans cesse cette désolante réflexion lui vient à l'esprit que c'est pour les biens de la terre qu'il s'est perdu; c'est-à-dire , que pour lie faux plaisirs, que j)our des biens frivoles en eux-mêmes, il s'est attiré le mal le plus réel dans sa nature, un mal extrême, le souverain mal... Le mauvais riche , l'image de tant d'autres, ou aussi intéressés, ou aussi orgueilleux, ou aussi voluptueux que lui , et par conséquent réservés au même jugement et à la même damnation ; ce riche tant qu'il a vécu dans le monde, séduit par une spécieuse apparence, donnait à de prétendus avantages toute son estime , et
adressait là tous les sentimens de son cœur. L'intérêt , c'était son idole; le plaisir, sa divinité, ejniiof)atur quotidie splcjidide : dif;nités , honneurs , faste , splendeur, c'est ce qui le flattait, ce qui l'enflait , induehatiir purpura et hyssn ; et sans sortir de cette circonférence , iA y renfermait toutes ses prétentions... Tel était son premier état, cet état d'opulence pendant le cours d'une vie molle et délicieuse : Homo quidam erat dives.
Mais il est enfin venu une heure , c'est celle de la mort, ou tout à coup et sans obstacle , perçant au travers d'une surface trompeuse; et en sondant le fond, il a commencé à prendre des idées bien contraires à ses premières vues, et à découvrir la vérité : Mortmis est aulem et dives. A ce triste réveil , il s'est aperçu du songe qui l'amusait, cet homme qui se croyait riche, ])uissanl, heureux; son égarement désormais trop visible l'a saisi et consterné. Il a connu le néant de ce qui lui avait tant frappé les yeux... Il l'a connu; mais cette connaissance autrefois si salutaire, s'il en eût su profiter, c'est maintenant ce qui fait sa surprise et son désespoir. Ce sont ces réflexions affligeantes qui lui font verser ces lorrens de larmes que ne peuvent dessécher toutes les flammes dont il est investi . C'est là ce qui forme dans son cœur ce ver qui le ronge, et dont il ne peut se délivrer, l'crmis
SER ecrutn non mon'lur. Car à quoi ont abouti tant de mouvemens et tant de scènes ? Qu'a-t-il trouvé ? Ah ; mes frères, la peinture en est terrible, la comparaison pleine d'horreur : etpuissiez-vous en avoir toujours la pensée vivement empreinte dans l'esprit? licou tez- moi.
Ce qu'il a trouvé? une demeure obscure et ténébreuse , un abîme jirofond, creusé de la mpin même d'un Dieu vengeur dans les entrailles de la terre et où règne le désordre et la confusion. Ce qu'il a trouvé? un feu , et quel feu ? réel , dit saint Chrysoslôme, et non en figure; allumé du souffle même du Seigneur , et le plus rigoureux instrument de sa colère. Feu vif et pénétrant, qui jusque sur l'âme exerce sa plus violente activité , et lui fait sentir ses plus cruelles atteintes. Feu pur et piquant , dont rien n'altère la force , comme rien ne l'augmente ; à qui rien ne fait perdre sa pointe, comme rien ne lui échappe dans toute l'étendue du sujet où il est appliqué. Feu dévorant... feu au-dessus de toute la nature, et qu'une vertu divine soutient sans aliment , enflamme sans lumière , fait tout embraser sans rien consumer :
Discedite maledlcti in igneni.
( Matth. 25.) Ce qu'il a trouvé ?
un tourment universel , qui dans un suprême degré réunit toutes les diverses peines dont les sens de l'iiomme peuvent être affligés : les ténèbres et la nuit, in ientbras extcriores ;\oi
fers et la captivité , ligalis pedibus el manibus ; la contrainte et la gêne , nlligate in fascicules ; les cris , les hurlemens , les grincemens de dents , fietus et stridor dentium ; les spectacles Lideux , les noires images , renient super eitm horribiles, (Job.
c. 20) le lugubre et l'effrayant spectacle d'uu lieu de torture , locum iorwentorum. (Luc, 16.)
Que dirai-je encore? ce qu'il a trouvé? une séparation éternelle de Dieu, de ce premier être , dece souverainêtre, de cet être, toute sa ressource, toute son espérance : une inimitié mutuelle et sans retour, malgré l'inclination néanmoins, et le penchant le plus naturel qui le porte vers ce premier bien , cet unique bien... Enfin ce qu'il a trouvé? un monstrueux assemblage de malheureux, livrés à leur fureur et acharnés les uns contre les autres, sans nulle raison que la rage qui les transporte, et la triste société cjui les rend compagnons de misère.
Tel est le partage du réprouvé.
Or j'ai dit que c'est en rapprochant deux objets si opposés, en pesant dans la balance le plaisir et la peine , que le réj)rouvé, convaincu par une épreuve personnelle de l'aveuglement où il vivait , s'abandonne à toule l'aigreur de son repentir... Telle est donc toujours la pensée qui l'occupe , recordare. Vous le savez, et vous ne l'oublierez jamais; et quoi ? que vous avez eu pour partage sur la terre les biens de la vie : (^uia recepisti ùona in
viuitnâ. Vous l'avez passée cette vie mortelle dans l'éclat et la grandeur ; vous y étiez dans l'abondance et dans le plaisir. C'était là vos biens , votre unique fin, et toute votre récompense.
Souvenez-vous en : recordare.
Toutes choses ont leur tour...
et c'est pour vous présentement le temps de souffrir , quia recepisti bona in vitd luâ , mine auterjL cruciaris.
Mais quel échange, juste ciel !
et pour de tels biens faut-il un tel châtiment! oui , il le faut , et l'arrêt en est juste. Recordare : mille fois par le péché vous vous êtes éloigné de votre Dieu malgré lui : il faut maintenant qu'il vous éloigne de lui malgré vous, et qu'il vous rejette de sa puissance..., délaissement, oubli total ; plus de sa part de providence qui vous regarde : ou , si c'est toujours votre Dieu , il faut que ce ne soit plus qu'un Dieu ennemi, qu'un Dieu qui vous hait , et que vous haïssiez, et qui dans cette haine mutuelle devient votre souverain malheur, comme il devait être en vous aimant et étant aimé de vous , votre suprême félicité. Ce n'est pas assez. Mille fois en vous éloignant de Dieu , vous avez cherché dans les créatures un plaisir que défendait sa loi : il faut maintenant que ces mêmes créatures servent à votre supplice. Il faut que dans un gouffre embrasé , cette âme criminelle, que cette chair idolâtre d'elle-même, de ses sens , que tout l'homme éprouve par
le feu , comment le Créateur sait employer à ses vengeances les êtres créé.s , et punir l'indigne préférence qu'on leur a donnée sur lui : Recordare quia recepisti bonain vitd tua, mine outem cruciaris...
Ah I mes frères , c'est là qu'il le reconnaît , et qu'il se le dit à lui-même, ce mondain ambitieux qui, toujours entêté de vains projets pour l'avancement de sa fortune , y avait tourné toutes ses vues et donné tous ses soins ; quel est maintenant t-ur ses brasiers allumés le fruit que je recueille de cette fausses plondeur qui m'a ébloui , et de cette flatteuse prospérité qui m'a corrompu? Quid prodest? c'estlà qu'il le connaît , et qu'il se le dit à lui-même, ce libertin voluptueux , qui , si long-temps dominé parunç brutale passion, et brûlé d'un feu profane , a tout à coup passé dans un feu mille fois encore plus ardent et plus enflammé : j'étais esclave de ma cupidité , j'étais idolâtre de mon corps; mais que dois-je maintenant juger de ces sales plaisirs dont on n'a pu par tant de sages conseils me retirer, et que Dieu s'applique spécialement àpunir par les pointes les plus aiguës, et les plus vives ardeurs des flamuies? Çuid prodest? C'est là qu'il le reconnaît et qu'il se le dit à lui-même ce riche avare , qui toujours amassant sans répandre, et prenant partout à pleines mains, avait enfin , selon la parabole de l'Évangile , rempli ses greniers et
SER accru par mille injustices ses revenus : je n'épargnais rien pour contenter une insatiable convoi ise, c'était toute mon étude, toute mon occupation ; mais quelle estime dois-je faire maintenant de ces trésors d'iuifjuité qui me possédaient plus que je ne les ai possédés ; et fallait-il pour des biens si vides et si trompeurs, sacrifier ma conscience , mon âme, mon salut ?
Quid prodest?
A quoi donc tout cela vous at-il servi? parlez encore une fois, et dites-le nous , tristes victimes que le Seigneur immole à sa colère , et sur qui il rassemble tous les fléaux de sa justice; à quoi, dis-je, tout cela vous at-il servi ? Hélas I qu'est-il besoin qu'ils nous le disent euxmêmes ? leurs gémissemens , leurs plaintes , tant de foudres, tant d'anathèmes, le ciel fermé , un Dieu ennemi , tout ce qui les environne , tout ce qui les tourmente, ne le dit-il pas assez ? Monde pervers , tu le sais , à quoi tout cela leur a servi. Ce feu , est-ce là ce qui devait compenser le bien que tu leur as enlevé? ces liens , cette prison , soot-ce là les belles espérances dont tu les avais flattés ?
Ces démons , ces monstres , cette odieuse compagnie, est-ce là le bonheur que tu leur promettais, et où tu les appelais? Quidprodesi? Ainsi le réprouvé , tantôt enveloppé dans une noire tristesse , plongé dans un morne silence , immobile , et comme dans une stupide consternation,
se dévoie intérieurement et devient lui-inênje son bourreau ; tantôt réveillé comme d'un profond sommeil , et rencontrant toujours devant ses yeux la même image de son malheur, rentre dans ses premières agitations, se tourne contre Dieu , décharge son fiel sur tout ce qui se présente. Quelles imprécations! Quels blasphèmes!
Après cela , laissons-nous surprendre à cette figure du monde qui nous infatué de son faux brillant, et qui nous enchante.
N'ayons de passion que pour les biens , les grandeurs et les plaisirs du monde... Envions la prospérité de ce riche à qni rien ne manquait ; et sans nous inquiéter d'aucune autre chose , ne soyons attentifs qu'à nous faire dans notre condition un sort honorable , doux , aisé , commode : point de gène ni de contrainte : point d'œuvres chrétiennes, ni de pénitence, c'est-à-dire , suivant l'expression de l'apôtre saint Jacques , ( c. 5), ne pensons dans la vie qu'à nous engraisser comiue des victimes pour le temps des vengeances du Seigneur... Apprenons plutôt à nous détacher de ces voluptés sensuelles , de cet orgueil mondain , de ces biens corrupteurs qui ont damné tant d'àmes , et t[ui peuvent nous damr.er nous-mêmes. Jugeonsen non par le présent où ils nous plaisent , mais par l'avenir où ils nous entraînent...
Pour des biens frivoles en euxiiiêmes , un mal extrême dans
sa nature, le sou\erain mal; première vue qui tourmente le réprouvé. Pour des biens périssables dans leurs suites, et temporels , un mal sans bornes dans sa durée, un mal éternel; seconde vue qui tourmente le réprouvé, et le sujet de la seconde partie de ce discours.
SECONDE PARTIE
Les peines de l'enfer n'ont ni relâche, ni fin. Elles n'ont point de relâche : ce sont des peines continuelles. Elles n'ont pas de fin : ce sont des peines perpétuelles... La continuité de ces peines regarde proprement l'heure présente , et nous marque qu'il n'y a pas un moment présent dans tout le cours de cette fatale éternité, où le réprouvé ne souffre toujours et avec la même violence. La perpétuité de ces peines regarde proprement l'avenir, et nous fait entendre qu'après même la plus longue suite de celte malheureuse éternité , il ne viendra jamais un moment où elles cessent, et où l'î réprouvé n'ait plus à souffrir. My.stère de réprobation ; mystère que nous ne pouvons ass(,'z méditer, et qui devient plus sensible au réprouvé, par l'application qu'il en fait aux biens périssables du monde.
Les biens du monde ont deux grands défauts. Le premier, que dans le temps même où nous en pouvons jouir, ils ne peuvent être continuels sans devenir insipides et ennuyeux... L'oreille se lasse des sons les plus harmo-
nieax ; la vue des plus beaux objets; l'esprit des plus enjouées conversations. Oa s'accoutume à tout par l'usage , et l'on n'est pas loin de s'en dégoûter, dès qu'on y est une foisaccoulumé...
Mais je dis plus , et c'est un second défaut plus essentiel que nous devons remarquer dans les biens du monde; ils finissent ; la mort les termine , et à ce dernier terme, ils nous échappent sans retour. Ainsi , que le réprouvé sur la terre ait eu le bonheur le plus constant; tout est passé désormais pour lui ; tout ce qui pouvait satisfaire ses désirs, et lui aider à charmer le temps : mais rien de tout ce qui doit servir à sa peine , ne passera. Point de relâche, point de fin ; et voilà l'autre comparaison qui fait son supplice, et qui demande une nouvelle peinture de son état , tel qu'il le connaît et tel qu'il doit être dans toute l'éternité.
lo. Point de relâche peines continuelles. Tous les maux de la vie ne viennent communément que par accès; ils croissent et ils diminuent ; et il y a des temps où le malade peut en quelque manière se remettre de ce qu'il a souff^ert, et en réparant ses forces, se disposer encore à souffrir. Mais, dans cette multitude infinie et cette monstrueuse chaîne de momens que renferme l'éternité malheureuse, tout est également douloureux. Le moment présent, c'est l'abrégé de tout l'avenir. Le second instant qui le suit, c'est la
SER parfaite image du premier. Le troisième n'ôte rien aux deux i autres qui l'ont précédé. Peur- ^ suivons, et d'un jour allons à uu j autre jour, d'une année à une | autre année, si toutefois l'éler- !
nité se peut diviser par années j et par jours; accumulons, mul- ^ tiplions, et cela sans mesure : ■ dans ces innombrables révolu- ^ tions d'âges et de siècles , c'est * toujours sans variation le même tourment, toujours le même I feu , toujours les mêmes bour- ; reaux , toujours le mêmedésor- i dre, le même effroi, les mêmes j pleurs, la même rage. Que dis- l je après tout? Est-il naturel] que la même action demeurel toujours dans le même degré ,^ ou que le même sujet, sans suc-ti comber et s'endurcir, reçoive'!
toujours la même impression?) Non, répond saint Augustin,, cela ne se peut selon la nature ; ; mais tout est possible à la sou-i veraine puissance d'un Dieu,j qui n'épargne pas les miracles^ pour le châtiment du pécheur,!
comme il ne les a pas épargnés] pour son salut... C'est donc par; un effet de cette puissance si for-1 midable , que Dieu conserve auj feu toute son activité, à l'âmej toute Sa sensibilité... Chaque!
moment renouvelle l'une et l'aun tre , et par là chaque moment a| son supplice. Point de relâche ,.
peines continuelles ; et par rap-J port à l'avenir, point de fin ,, peines perpétuelles.
20. Ici, mes frères, l'espriti se perd... On creuse les plus pro-j fonds abîmes ; on mesure d'ua]
SER pôle à l'autre les plus spacieuses contrées; on passe les plus hautes montagnes ; on s'élève par la pensée jusqu'aux plus sublimes régions où roulent les globes :élestes : mais dans l'éternité , ians cette perpétuité de peines, -omnie dans un labyrinthe tissu ie mille chemins, on se trouble, 3a se confond. On cherche, et amais on ne trouve ; on mar- :he, et jamais on n'arrive ; on :roit s'éloigner, et insensiblement on se rapproche ; on pense avancer, et insensiblement on recule ; on rentre plus avant :juand il n'y a plus , à ce qu'il 3araît, f|u'un pas à faire pour lortir. Dans ces divers circuits , Dn se fatigue, on s'épuise, et :oujours enfin l'on demeure, încore une fois continuité, point Je relâche; perpétuité, point le fin.
Faut-il pour une plus parfaite :onviction , vous représenter 'un et l'autre dans ce riche éterlellement malheureux? Appli- (uez-vous. Du fond de l'abîme, l lève les yeux au ciel. Dans :e séjour de la gloire , il aperçoit Abraham. Dirai-je quel saisissement le frappe tout à coup, ;t l'interdit à l'aspect de cette jloire où il pouvait avoir place , ;t qui devait être son partage?
Dirai-je quelle douleur le presse, ;tquel dépit, quand au milieu le cette gloire il voit Lazare, :e pauvre , ce misérable autrefois couvert d'ulcères, et qu'il laissait languir à la porte de son palais? Quelle différence d'états !
:^uel changement! l'un dans le
scia d'Abraham, où il repose ; l'autre au comble de la misère , destitué de tout , et criant d'une voix lamentable : « Père Abraham , ayez pitié de moi : » mais encore , que veut-il , et que demande-t-il ? Ah ! qui jamais eût pu se l'imaginer si l'Évangile ne nous l'eût appris? Cet opulent du siècle , ce riche qui regorgeait de biens dans la vie , en est réduit à demander une goutte d'eau. Envoyez Lazare , et qu'il mette seulement son doigt dans l'eau , qu'il en tire seulement une goutte, qu'il la fasse tomber sur ma langue pour me soulager un moment ; car je suis cruellement tourmenté dans ces flammes: Crucior in lidcjlammd. Qu'est-ce qu'un soulagement si léger ? Mais ce soulagement , tout léger qu'il est , lui est refusé ; parce que sa peine, sans le moindre soulagement , et le plus court , doit être continuelle. Ce n'est pas assez ; peines perpétuelles, ; oint de fin ; parce qu'entre lui est Abraham , c'est-à-dire , entre l'état de sa damnation et l'état de la gloire, dont jouit Abraham , il y a un cahos insurmontable : Et in his omnibus magnum cahos inter nos et vos fîr~ maliim est. Affreux cahos I et quel est- il? Le péché, disent les théologiens ; ce péché où il est mort , mais qui ne mourra jamais dans son cœur, et qui n'y devant jamais mourir, doit pour jamais le tenir séparé de Dieu , et sous les coups de sa justice. Magnum cahos.... Or,
ditcs-moi , Chrétiens , ce que doit être au réprouvé cette vue d'un mal éternel pour des biens périssables et si peu durables.
Dites-moi ce qu'il doit ressentir en rapportant l'un à l'autre ces deux termes , et les comparant :
un bonheur humain qui n'est plus , et une éternité malheureuse qui sera toujours. Voilà ce qu'il ne peut envisager sans entrer dans les mouvemens les plus furieux. Et je ne sais , mes frères , si vous concevez bien l'horreur de ces deux paroles :
Recepisti bona . nunc criiciaris. Repassons - les mille fois et lâchons de les approfondir :
Recepisti, vous avez eu les biens de la vie , vous en avez joui :
voilà le passé j mais ce passé désormais n'est rien , et jamais ne sera rien : Kunc cruciaris , maintenant vous êtes tourmenté: voilà le présent ; mais ce présent renferme l'éternité tout entière ; mais ce présent depuis qu'il a commencé d'être présent , a toujours été présent, est tou»jours présent , ne cessera jamais d'être présent. De sorte que depuis tant de siècles que le riche est mort, il a toujours été vrai, et que dans tous les siècles des siècles il sera toujours vrai de lui dire : Nunc , maintenant vous éprouvez toute l'ardeur du feu ; nunc, maintenant vous êtes irrémissiblement et excessivement tourmenté par le feu ; nunc cruciaris.
L'impie ne pouvait se le persuader... Le mondain le croyait; mais troublé de cette pensée