SER V
il en écartait le souvenir. . . '
Mais la chose désormais n'est '^
que trop certaine à l'impie qui I
la contestait, n'est qu" <i"op ;|
présente au mondain qui 1 ou- |
liliait .. L'un, je dis l'impie , |
tout à coup au milieu de soir|
tourment devient fidèle ; mais ]
comment ? comme les démons. 5j
11 croit , ou plutôt il voit, et;
en voyant, il est saisi d'épou-j
vante, Ciedunt et contremiscunt. S
Il voit, et par l'expérience per-."!
sonnelle qu'il en fait , ce qu'il ,^
traitait auparavant de paradoxes^
insoutenables , il n'a plus dej
peine à reconnaître comment ^
un Dieu souverainement bon'
peut faire éternellement souffrir
une créature qu'il a formée ;;;
parce qu'étant souverainement^
bon, c'est pour cela même qu'il^
doit haïr souverainement le pé-J
ché; et qu'autant qu'il hait le!
péché et que le péché subsiste ,\
il le doit punir... L'impie com-'
prend cela. Mais ce qui lui est
incompi'éhensible, c'est de s'être;
aveup,lé sur cela... 0 enchante-;
ment! ô illusion I ■
L'autre, je dis le mondain , cef
mondain toujours distrait de^
vérités delà foi, devient attentif ji
mais pourquoi ! pour considérer'
à loisir son malheur, pour en me-;'
surer toutes les dimensions ^
pour en découvrir la durée san^
bornes. Il n'y pensait pas lors-4
qu'il y fallait penser.... Lter-<fi
neilement il y pensera : éternel**
lement il comparera cette ombré^
après laquelle il courait, mai»
qui passait dans un instant ; ei
cette éternité malheureuse qui
SËR ne passera jamais. Éteriiellcmentil opposera l'un à l'autre, et dans le désespoir où le jettera l'un et l'autre , éternellement il s'écriera : ô moment ! ô éternité !
Concluons, chrétiens : voilà ce que le fils de Dieu nous a voulu si souvent marquer dans son Évangile, sous l'idée de ce ver de conscience , qiy fait un des plus grands tourmens de l'enfer. Voilà en quoi il consiste ; dans ces deux vues réunies ensemble , toutes contraires qu'elles sont. Où en suis-je,et qui m'a conduit là ? Nul autre que moi-même. Mais comment et pourquoi m'y suis-je réduit?
pour des biens incapables de me contenter ; et pour des biens que la mort devait sitôt m'enlever. Remords d'autant plus cruel qu'il est éternel. . . Puissiezvous , chrétiens , le craindre autant qu'il méri te d'être craint, ce ver rongeur qui ne mourra point. Puissiez- vous dire, comme le prophète : Hœc recordaius sum. (Ps. 4ï-) Je me suis soutenu de ces grandes vérités , et partout je les ai eu présentes.
Je m'en suis souvenu au milieu du monde , pour me préserver de ses illusions , pour me fortifier contre ses tentations , pour me relever de mes chûtes, pour me retirer des voies de perdition où je marchais : Hœc recordaius sum. Je m'en suis servi dans mes tiédeurs pour me ranimer dans mes relâcheniens , pour me réveiller et pour prévenir les suites funestes où ils
pouvaient m'entraîncr. Hfcc recordaius sum, et ejfudi in me animam meain : car à ce souvenir, mon âme a été tout émue.
J'en ai tremblé; je me suis humilié devant le Seigneur ; je lui ai présenté le sang de son fils ; je suis encore allé plus avant, et cette crainte chrétienne m'a porté à de saintes résolutions.
Je les garderai par la grâce de mon Dieu , je les renouvellerai chaque jour , et m'y conformerai. Ainsi la pensée de l'enfer , mais une pensée vive , mais une pensée efficace et solide nous ramènera dans le chemin du salut, si nous l'avons quitté ; nous y affermira, nous y élèvera jusqu'à ce que nous parvenions au terme de la félicité éternelle.
(Le père Eretonneau, Jésuite, dans son sermon sur l'enfer, tome 2 du carême. T'ojez le père Bourdaloue , tome 2 du carême; le père Giroust; le père Dufay ; le père Pallu ; le père Cheminais ; l'auteur des sermons choisis , dans son homélie sur le mauvais riche; le père Gaspard Terrasson , dans son sermon sur l'enfer, ou le mauvais Riche, tome 2 du carême, etc. )