‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 16 sur 77 · I02 SER · texte numérisé non relu

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vei- ; et que souvent des démarches trop précipitées et faites à tontre-tenips pourraient ne pas réussir , et aigrir peut-être davantage notre frère. Mais je dis que la charité doit régler ces mesures, et non pas la vanité:

je dis que toutes ces réconciliations qu'on a tant de peine à conclure , sont des fruits de la prudence de la chair ; corrigent les manières , mais ne touchent point au cœur; rapprochent les personnes, mais ne rapprochent pas les affections; rétablissent les bienséances , mais laissent les mêmes seutimens; en un mot , font cesser le scandale de la haine, mais n'eu font pas cesser le péché... Telles sont les démarcijes des réconciliations ; démarches vicieuses qui ne j>euvent avoir que des suites vaines et Je nul effet. Car, à quoi se terminent la plupart des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde? Quel en est le fruit? Qu'appelle-t-on s'être réconcilié avec son ennemi? Le voici.

3<». Vous nous dites i". que vous vous êtes réconcilié avec votre frère ; que vous lui avez pardonné de bon cœur ; mais que vous avez pris le parti de ne plus le voir; et là-dessus vous vivez tranquille... Or, je vous déclare que vous n'avez pas pardonné à votre frère , et que vous êtes encore à son égard dans la haine, dans la mort et dans le péché. Car , je vous demande : craint-on de voir ce qu'on aime?.., et quel est cet

SER amour que la seule présence de l'objet aimé irrite contre lui et enflamme de haine et de colère ?

Voudriez-vous que Dieu vous aimât, à condition qu'il ne vous verrait jamais? Seriez-vous content de sa bonté et de ses miséricordes , s'il vous bannissait pour toujours de sa divine présence?... Et c[uelle marque moins équivoque peut-on donner de son animosilé contre son frère, que de ne pouvoii' même souffrir sa présence? C'est le dernier excès de l'aigreur et de la haine.

Mais d'ailleurs les chrétiens sont-ils faits pour ne pas se voir?

Les chrétiens I l<^s membres d'un même corps , les enfans d'un même père , les disciples d'un même maître , les héritiers d'un même royaume, les pierres d'un même édifice, les portions d'une même masse I Les chrétiens ! la participation d'un même esprit, d'une même rédemption et d'une même justice. Les chrétiens ! sortis du même sein , régénérés clans les mêmes eaux , incorporés dans la même Eglise, rachetés tl'un même prix , sontils faits pour se fuir, se faire un supplice de se voir, et ne pouvoir se souffrir les uns les autres?... Tout nous rassemble , tout nous lie, tout ne fait de nos frères et de nous, qu'une famille , qu'un corps et qu'une âme ; et vous croyez aimer votre frère, et conserver avec lui les liens les plus sacrés de la religion , tandis que vous rompez même ceux de la société , et

SER SER io3 que vous ne pouvt-z soutTiir sa simple bienséance , un vain exseule présence. Je dis bien plus; térieur, une cérémonie inutile; comment pourrez - vous avoir c'est un sentiment réel ; c'est ua nvec lui la même espérance? Car amour effectif ; c'çst une tenjiar cette espérance commune , dresse sincère et prête à se mavous devez vivre éternellement nifester par les œuvres... Jésusavec lui, être heureux avec lui. Clnist vous commande «l'aimer Eii ! comment j)ourriez - vous votre frère ; et tandis que votre espérer d'être étenielK'ment cœur est éloigné de lui , en vain réuni avec lui, s'il vous paraît accordez-vous les dehors à la si doux de vivre séparé de lui , bienséance. Vous refusez l'esseuet si sa présence seule est pour liel à la religion ; et tout ce que vous un supplice ? Renoncez vous avez .par - dessus les pédonc aux promesses et aux es- cheurs qui refusent de voir leurs perances de la foi; séparez-vous frères, c'est que vous savez vous comme un anatlièmc delà com- contraindre pour le monde, et munjon des fidèles ; interdisez- vous ne savez pas vous faire vous l'autel et les mystères re- violence pour le salut... Vou-. doulables ; bannissez - vous de satisfaites aux devoirs de ia sol'assemblée des saints; ne venez ciété,inais vous ne remplissez plus offrir vos fions et vos prié- pas ceux de la relijpon; vous ne >es, j)uisque tous ces devoirs troublez })as l'ordre de la polirelif-rit ux , vous supposant réuni tique, mais vous renversez l'oravec votre frère, deviennent des dre de la charité; vous êtes uu dérisions , si vous ne l'êtes pas, bon citoyen, mais vous n'êtes déposentcontrevousà lafacedes pas citoyen du ciel, et votre autels, et vous annoncentdesor- condamnation est certaine... tir de l'assembléesainte, comme Voilà à quoi se terminent la uu publicain et un infidèle. plupart des réconciliations qui Peut-être nous direz-vous , se font tous les jours dans \c 2°. que vous prendrez sur vous monde. "On se revoit, mais on de voir votre frère, et que vous ne se réunit pas ; on se promet ne manquerez point aux bien- une amitié mutuelle , mais on séances; mais que du reste vous ne se la rend pas; on se rapsavez à quoi vous en tenir , et proche , mais les cœurs demcuqu'ilnedcitpasbeaucoupcomp- rcnt toujours éloignés, et les 1er sur votre amitié. Vous ne haines sont éternelles. On voit manquerez point aux bienséan- des personnes publiques, des ces! et vous croyez c[ue c'est là famillesd'un p.rand nom, garder pardonner, se réconcilier avec encore ensemble certaines mesuson frère, et l'aimer comme res de bienséance qu'on ne peut soi-même? Mais la charité que rompre sans scandale, et néanl'Evangile vous ordonne est moins vivre dans des intérêts dans le cœur. Ce n'est pas une différens, dans des scntimcus

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])ublics et déclarés d'envie, de jalousie, d'animosité iimtueUc; se croiser , se détruire , se reffarder avec des yeux jaloux , faire chacun de ses créatures les partisans de ses ressentimens et de son aversion ; partager le inonde, la cour, la ville, et établir cette opinion et ce scandale, fiu'on ne s'aime point...

Et cependant de part et d'autre , ou vit dans une réputation de piété et dans la pratique des bonnes œuvres ; oia fréquente les sacreniens ; que dirai-je ?

Les ministres de la pénitence eux-mêmes , qui auraient dû être les juges de notre haine, en deviennent souvent les apologistes, se partagent avec le public, entrent dans les anlmosités et dans les préventions de leurs pénitcns, publient l'équité de leurs querelles, et font que le seul remède destiné à yuérir le mal , ne sert qu'à le rendre plus incurable.

Grand Dieu I vous seul pouvez fermer les plaies qu'une orgueilleuse sensibilité a faites à mon cœur, en y nourrissant des haines injustes. Faites que j'oublie des offenses légères , afin que vous puissiez oublier les crimes de toute ma vie... Les injures dont je me plains, égalent-elles celles dont j'ai mille fois déshonoré votre grandeur suprême? Faut-il que le ver de terre s'irrite et s'enflamme des moindres mépris , tandis que votre Majesté souveraine souffre depuis si long-temps et avec tant de bonté, ses rébellions et ses

SFR ofCtiBses ? Vous mettez votre gloire à pardonner aux péclieurs, ô mon Dieul et je mettrai la mienne à pardonner à mou frère. Acceptez , Seigneur, ce sacrifice que je vous fais de mes ressentimens, et que j'ose compter sur vos miséricordes éternelles. ( Massilloa , sermon du pardon des offenses, tome premier du Carême.)

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