AMOUR DES ENNEMIS
SECOXD SEKMON ABREGE.
Ego autem dico vobis : Diligite
inimicos vestros.
Et moi je vous dis : Aimez vos
ennemis. (Matth. 5.)
Pardonner les plus cruelles offenses et aimer ses plus mortels ennemis; non, il n'ya qu'tjn Dieu qui puisse faire de pareils commandemens , et il n'y a qu'un chrétien qui puisse les accomplir. . . Il n'appartient qu'à la religion, au milieu des plus sanglaiis outrages , de triomphei- de tout l'homme , de désarmer son bras et de fléchir son cœur ; de l'empêcher de lepousser l'injure par l'injure; de l'obliger même à venger ses déplaisirs par des bienfaits, et à traiter en ami son persécuteur; car voilà les deux obligations que le christianisme impose à tout chrétien oflensé. Deux sortes de personnes y contreviennent; le vindicatif et l'indifférent. L'un refuse à l'ennemi le pardon, comme trop diflicile à 'a nature ; l'autre lui disjiUle son amitié comme accessoire au
précepte. Je ne puis lui pardonner, dit l'un ; et moi , dit l'aut<e, je ne suis pas obligé de l'aimtir. Que fait la religion ?
Elle adoucit au vindicatif la difficulté du pardon par l'attrait d<^s motifs qu'elle lui propose :
premier point. Elle réduit l'indifférent à la nécessité de l'union par retendue des devoirs qu'elle lui prescrit; second point.
PREMIER rOlNT.
Pardonner est un devoir moins difficile qu'on ne pense, parce que la religion en adoucit la difficulté par l'attrait <!e> motifs qu'tlle propose. Première difficulté; la grandeur de l'offense :
la religion la diminue et la change en bienfait. Seconde difficulté; le caractère de la personne qui a offensé : l'esprit de vengeance nous la rend odieuse, et la religion en fait un objet respectable. Troisième difficulté ; les inconvéniens auxquels on craint de s'exposer en pardonnant : à ces craintes frivoles la religion substitue de solides espérances. Quatrième difficulté ; les maximes et les lois du monde qui condamnent à l'infamie *[uiconf[ue ne se ven{;e pas : la religion à la place du cliin»érique honneur de la venge^mce , nous fait trouver dans le pardon une gloire véritable.
i". La grandeur de l'oifense :
la religion la diminue et la change en bienfait. Je ne viens pas contester le sujet de vos douleurs, je conviens avec vous que l'offense dont vous voi^^
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plaignez est une offense cruelle, atroce ; mais vous êtes chrétien, et comme chrétien, vous ne pouvez ignorer que les souffrances, de quelque nature qu'elles soient et de quelque part qu'elles viennent, sont toujours des effets d'une aimable providence; c[u'elles ont pour principe la volonté de Dieu , et votre salut pour fin; qu'elles portent avec elles un double avantage, échange de peines, et titre de récompenses. Vous êtes chrétien : vous savez donc mieux encore que David, c[ue, par un traitement que vous ne vous êtes pas attiré , c'est Dieu lui-même qui permet les insultes de c[uelque audacieux Séméi , pour vous faire expier ici vos révoltes criminelles. \ous savez donc encore mieux que Job que, parles mains de quelque avide usurpateur, c'est Dieu lui-même qui vous dépouille d'une abondance d.ingercuse, pour vous réduire à une indigence méritoire. Vous savez donc encore mieux que Susanne, que, par la langue envenimée de quelque hardi calomniateur, c'est Dieu lui-même c[ui souffre c{ue votre Jionneur reçoive une atteinte sensible , pour faire briller un jour avec plus d'éclat votre innocence.
Vous savez donc encore mieux que Josepli , que, par une conduite impénétrable, c'est Dieu lai-même qui permet que votre propre sang se soulève contre vous , vous abandonne et vous trahisse , pour vous élever au comble du bonheur. Vous savez
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comme les pvemir.rs fidèles que ceux qui vous inquiètent et qui vous désolent, vous donnent en vous faisant souffiir,';l'occasion de mériter. Vous savez, comme les'apôtres, que'ceuxqui, pardes cruautés moins sanglantes, mais plus durables ([ue celles des tyrans, vous donnent mille fois
se présentent à mon esprit, eti je n'en vais aucun des deux qui excite l'indignation, et qui inspire la vengeance. L'injure qui vous afflige? Mais c'est pour vous un exercice de pénitence et une épreuve de vertu ; pail conséquent c'est un grand bienJ Dieu qui la permet? Mais c'est; le coup de la mort, vous ou- à votre égard un Sauveur et un> vrent le chemin à l'immortalité, Père, et par consé([uent c'est< et vous en assurcntlacouronne. un bienfaiteur. L'un et l'aulra Vous savez comme les martyrs, retient dans le respect et réduid que ceux qui , par une rage égale au silence. !
à celle de leurs bourreaux , déploient sur vous tous les efforts t!e leur malice , et voudraient y voir fondre à la fois tous !c« maux , ne font qu'accumuler trésor sur trésor, et entasser sur vous tous les biens de l'autre vie. Vous savez enfin comme
2". La seconde difficulté duil pardon, c'est le caractère de h4 personne qui a offensé. L'esprit de vengeance nous la rend odieuse, et la religion nous i ii; fait un objet respectable. Onj veut, dites-vous, on veut ques je ne baisse pasl'objet du monde^
Jésus-Christ, que ceux qui, par le plus digne de mon aversion ;." un acharnement, si vous voulez, un ingrat comblé de mes bien-s.'
aussi cruel que celui des Juifs , vous dépouillent, vous déchirent , vous crucifient, vous mènent par la route du calvaire au faîte de la gloire.
Vous savez ces vérités, et vous cherchez à vous venger encore I Mais de quoi vous venger, je
laits , dont il abuse ; un periidei qui se sert de ma confianc^ pour me perdre , un barbare y cjui de gaîté de cœur, m'égoige!
et m'assassine. Vous vous Irom-i pez, cet ennemi , ce monstre de!
nature à vos yeux blessés, est?
un chrétien , c'est-à-dire, quej
vous prie? de ce qui a fait le c'est l'objet des recliercLes d<
mérite et la félicité des plus Jésus-Ciirist, l'ouvrage de ses^
grands saints ; de ce qui devrait miséricordes , le prix de ses tra-i
faire, sans l'offense de Dieu et le vaux, le prix de son sang et dei
péché de votre frère, l'objet de sa vie. Que dis-je? c'est son sangl
vos plus ardens désirs : de ce inème,c'est sa vie; puisque non
qui doit être éternelleuient , si content de les avoir donnés une^
vous vous en vengez, U matière fois pour le racheter, il les luîji
de vos regrets; et si vous lepar- donne encore pour le nourrir.";
donnez, le sujet de vos actions C'cSt un chrétien : c'est-à-diro ,|
de grâces. . . Quoi que vous puis- que c'est le frère de Jésus-Christ,| siez dire , deux objets seulement<piFi!s de Dieu par adoption,]
SER SER 107 roinme lui parnalure ; le mem- sur ses lèvres firent place aux bre de Jésus-Christ uni à ce sacré caresses. Il les rassura, il jura chef par le lien de la foi; le qu'il serait désormais leur sonsubstitut même de Jésus-Christ, tien, leur protecteur et leur qui lui transporte sur vous tous père. Est-il père, plus père pour ses droits, qui se tient fait, tout vous, que ce divin Sauveur, que ce qu'on fait au prochain, et la foi vous représente dans vos qui vous déclare en ternies for- frères, sollicitant leur pardon, mels que de quelque manière Saint Paul espéra d'obtenir de qu'on y attente, c'est Ictoucber Philémon la grâce d'un esclave à la prunelle de l'œil ; sur quoi fugitif , eu lui déclarant que le ferez-vous donc tomber votre coupable était son disciple , son haine, où vous ne trouviez pour fils bien-aimé, et un autre luisauve-fjarde le caractère et le même. Ah! qu'est-ce que saint sceau respectable de Jésus- Paul au prix de Jésus-Clîrist , Christ? faites votre ennemi tel qui vous crie par la voix de son qu'il vous plaira : tel qu'il est , sang , dont il a arrosé, baigné , Dieu le souffre , Dieu le proté- pénétré votre ennemi ? Songez ge, Dieu le couvre ; il efTace tout que* c'est sur la même croix que ce qu'il oilVe d'odieux , il divi- je vous ai l'un et l'autre rachenise tout ce Cju'il a d'humain , tés; que vous êtes tous deux se mêle et se confond tellement sortis libres dénies plaies... Paravectout ce qu'il est, que vous donnez-lui donc, non pas pour ne sauriez l'attaquer sans ren- lui , mais pour moi... Le cruel '. contrer par tout Jésus-Christ l'inhumain 1 le barbare? qu'un qui vous arrête et qui vous crie, chrétien , qui , pour attemdre comme à Saùl : C'est donc moi le cœur d'un ennemi , perce le que vous poursuivez? /i^o irw2 cœur de son Sauveur, qui se qiiem tu persequeris. jette entre deux pour le défen- Non, disait David , je ne puis dre. Que peut-il alléguer pour me résoudre à tuer Saùl , parce justifier sa vengeance? qu'il est l'oint du Seigneur. ..Ah! 3". Les inconvéniens auxquels mes frères, cet ennemi pour qui il s'exposera en pardonnant? votrereligion vousdemande grà- La rt^ligion y substitue de solice, est pour vous le Sauveur lui- des espérances. On abusera de même et le Christ: Quia Chris- ma facilité, dites-vous; on se tus Dominus est.lucshb.vcsàiiio- prévaudra de ma clémence : on seph lui disant que leur père m'offensera avec plus de liberté, mourant les avaitchargés de ve- cjuand on verra qu'on peut nir lui demander l'oubli de leur m'offenscr avec impunité. Troicrime, à ce doux nom de père, sième dilliculté : les suites du la tendresse s'empara ^e son pardon... Est-il bien vrai que cœur, ses yeux se r<^mplirent de pardonner une injure , c'est plears,et les reproches expirans s'exposer à en recevoir mille?
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Est-il bien prouvé que l'iionime vous êtes bien avec Dieu? Per-.;
le plus modéré soit toujours le sécuteurs, ennemis, advei-saires,îl
moins ménagé? Est-ce un moyen vous m'allez devenir aussi chers J
bien sûr de vivre tranquille, que vous me paraissez haïssables^,
que de se rendre redoutable? Tels seraient sans doute vos sen-!
On suspend, si vous voulez; timens, si le monde n'y oppo-!
mais on grossit l'orage ; et , tôt sait ses lois et ses maximes. Der-1
ou tard , on n'en sera que plus nière difliculté du pardon. Les|
infailliblement accablé. Une of- maximes et leS lois du monde.*
fense remise aurait éteint ou du 4°- Vous nous objeclez lesj
moins assoupi les querelles : une maximes du monde pour auto-j
vengeance poursuivie les nour- riser vos vengeances. Mais pre-J
rit et les éternise. C'est ce que nez garde, souvent vous vou^;
l'expérience nous apprend tous imposez des lois que le monde'
les jours. Quoi qu'il en soit , ne vous impose pas lui-même ;i
votre religion vous apprend que car, i°. vous appliquez le.s maxi-l
c'est pour vous un avantage d'à- mes du monde sur la vengeance
voir quelque choseà pardonner; à toutes sortes d'offenses. Coin-,
car enfin vous êtes pécheur, et bien en estait qu'au jugement]
dans les alarmes que doivent même du monde , il est ridicule»!
vous causer vos péchés, quelle de relever, ou glorieux de par— ,i
plus grande assurance pouvez- donner? 2°. Vous étendez ce^
vous avoir des miséricordes di- maximes du monde à toutes-i
vines que celle que Jésus-Christ sortes d'ennemis. Combien etii
lui-ménie a attachée au pardon est-il c[ue le monde vous permet;
des offenses? C'est là que Da- de mépriser? Combien d'autre^
vid et tous les saints l'ont qu'il vous conseille de ména-1
chercliée ; c'est là que vous ger? Combien même qu'il vou»1
la trouverez vous- morne... Ah! avertit de regagner? 3*^. Vousj
mon frère , cette précieuse assu- voulez enfin «jue ces lois et cesi^
rance de la miséricorde de Dieu maximes du monde oblig'MiCl
ne prévaut-elle pas aux terreurs tous les états et toutes les con-ii
chimériques que peuvent don- ditions. Connaissez - vous biei»^
ner les suites d'une trop grande le monde quand vous parlez d&
indulgence? Bien loin de crain- la sorte ? Hommes destinés par
dre de pardonner, de peur de vos emplois à rendre la justice ,>
vous attirer de nouvelles offen- ces maxinies du monde ne vousij
sens, n'ctes-vous pas tenté de dé- regardent pas : c'est vous dé-,;
sirer de nouvelles offenses, pour grader que de les suivre. Le;]
avoir toujours de c'uoi pardon- monde sait bien le dire. Iîoni-»i
ner, et vous assurer de plus en mes d'figliso. enfans privilégiés
pins de votre paidon ? Ne dites- d'une Mère pacifique , le montif^j
vous pas au moins dans une vous iai.sse là-dessus en pleine!
sainte impatience de savoir si liberté; et s'il redoute trop l'K-j!
SER SER 109 vangile pour î>'y somuethe, il le aussi ferme sur les intérêts du respecte au luoius assez pour prince et dans la cause de Dieu , trouver mauvais que sur cela , qu'humble et patiente dans vocomnie sur bien d'autres cho- tre propre cause et sur vos inses, vous ne le pratiquiez ])as , térêts personnels. Alors sans vous qui le j)rèche?. Hommes doute vous pourrez pardonner, retirés du monde et qui faites sans que votre honneur en soufprofessiou de vertu, à peine le fre. Que dis-je? Vous pardonmonde vous pardonne-t-il vos nerez avec un surcroît de gloire, plus justes défenses? Comment Le monde vous respectera, le vous persuadez-vous qu'il vous monde vous admirera, le monde passera vos vengeances et vos reconnaîtra que dans votre paanimosilés? Ajoutons à tous ces tience même , vous êtes plus hommes une autre moitié du brave par le généreux effort monde entier , je veux dire les d'une vertu chrétienne, que personnes dusexe, à qui la ven- ceux qui ne le sont que par le geance ne sied pas. Réduisons lâche ressort d'un vil respect donc les choses à leur juste va- humain. Mais, après avoir monleur, et ne parlons qu'à ceux tré que la religion adoucit au que l'honneur, après une injure vindicatif la difficulté du parreçue, engage selon les lois du don par l'attrait des motifs monde, aux éclats et aux périls qu'elle lui propose, faisons voir de la vengeance. Lois injustes à l'indifférent qu'elle le réduit et cruelles, de s'exposer {K»ur un à la nécessité de l'union, par l'éfaux point d'honneur à la mort tendue des devoirs qu'elle lui ou au meurtre I prescrit.
Mais n'y aurait-il donc pas ^^^^^^^ p^^^^^ moyen d'obéir sur ce point à
Jéius- Christ, sans que le monde La religion réduit l'indifféy trouvât à redire ? Oui , et le rent à la nécessité de l'union voici ce moyen ; c'est de vivre par l'étendue des devoirs qu'elle toujours au milieu du monde , lui prescrit. L'indifférent se recomme vous devez , en vrais tranche sur la perfection du chrétiens... Vivczavant l'offense conseil , sur l'obscurité du préde manière à faire preuve éga- cepte, sur la pratique des plus lement et de votre courage et gens de bien, sur le peu de coude votre foi ; comportez-vous séquence de ses légères froideurs, dans l'offense d'un air tout en- et sur l'utilité même de ses sages semble et si généreux et si chré- indifférences. Mais la religion tien, que l'on sente tjue c'est en lui apprend que l'amour des vous, non la timidité qui reçu- ennemis est pour un chrétien , le, mais la religion qui par- 1°. un précepte intimé avec donne. Soutenez vos démarches toute l'autorité d'un Dieu ; 2°. après l'offense, par une conduite un précepte expliqué dans le
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détail le plus exact de l'Evangiîe; 3°. un précepte établi , soutenu des plus graves exemples du Sauveur ; 4°- un précepte porté sous les peines les plus grièves de la vie présente , et les plus inévitables ciiàtiuicns de l'autre. C'est ainsi que la religion détruit les prétextes sur lesquels on se fonde pour persévérer dans les aliénations secrètes, beaucoup plus fréquentes, et souvent plus funestes pour le salut, que l'aniinosité et la veogence. Reprenons par ordre chaque article.
I". Précepte intimé avec toute l'auforilé d'un Dieu. Dites, tant qu'il vous plaira, que la loi portée en faveur des ennemis , a , comme les autres lois divines , ses obligations de précepte , et ses pratiques de conseil ; que de ne passe venger, de ne pas haïr, de ne pas vouloir du mal , c'est là précisément le capital et l'essentiel : mais que de servir, d'obliger, de chérir ceux qui nous desservent, c'est là ])urement le plus parfait et l'accessoire. Je vous confondrai toujours par CCS paroles de Jésus- Chrisl : « Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis...» Car ce n'est pas à dire simplement, moi, votre Sauveur, mort pour l'amour de vous, pécheurs, jevousdeniande l'amour de vos ennemis, pour prix de mon sang ; moi, votre père commun, je vous en conjure, en faveur de mes cnfans et de vos frères; moi, votre bienfaiteur continuel , je n'attends que ce peu de reiour pour
SER tant de bienfaits inestimables...
Mais, c'est-à-dire, moi qui ai droit de vous commander, sans vous rendre raison de mes comniandemens ; moi , descendu du ciel , et envoyé de mon père pourvous donner des lois; moi , Fils de Dieu , égal à Dieu, Dieu moi-même*, je vous dis: Aimez vos ennemis ; je le veux, je l'ordonne, je l'exige; et c'est à cette épreuve, comme la plus difficile, que je reconnaîtrai votre obéissance et votre soumission. Ego nutem , etc. Le précepte de l'amour des ennemis est donc un précepte intimé avec toute l'autorité d'un Dieu ; c'est encore un précepte expliqué dans le détail le plus exact de l'Évangile.
2°. Il ne me suffit pas, dit Jésus-Christ , que vous cessiez de haïi'; je veux que vous commenciez à aimer sincèrement et de cœur : Diligile ; en voilà l'intérieur et l'esprit. Il ne me suffit pas que vous pardonniez du cœur et du fond du cœur ; je veux que vous en donniez des marques, et que la réconcilialion soit aussi publique que la rupture a été éclatante : Honore invicem prcevenientes.
(Rom. 12, To. ) En voilà les dehors et l'édification. Il ne me suffit pas que pour le bien de la paix vous ne parliez plus de guerre ; je veux qu'il ne reste ni dans votre cœur ni sur votre front la moindre altération ni la moindre froideur : Esiote henigiii et mlsfricordes. (Kphés.
4, 32. ) Eii voilà la preuve et
SER SE R 1 , t rassurance. Il ne me suHlt pas ayez déjà reçu dans vos bonnes que vous vous contentiez de ne grâces l'inyrat qui vous paie de point faireetdcne]>asvoul()ir de vos bontés par de nouvelles ofnial à celui qui vous en veut ou fenses. Comme vous vous êtes qui vous en fait, je veux que vengé de ses offenses par de vous lui désiriez du bien , que nouvelles bontés, ne vous lassez vous lui en fassiez même dans point de ce combat cliaiitabîe : l'occasion, et que jamais un ce que vous avez déjà fait jusennemi ne soit exclu ni de vos qu'à sept fois , faites-le jusqu'à prières ni de vos bienfaits : septante fois sept fois; c'csl-à- Oraie ^ bene facile. ( Maltb. 5, dire, tout autant de fois que '^4- ) En voilà les devoirs et la l'occasion s'en présente : Non pratique. Il ne me suffit pas que dico ùbi septies , sed iisquc sep- /ous vous comportiez de la tuagiès spptiès ; en voilà le ;orte dans de léjjères oiTcnses ; nombre déterminé et la cone veux que vous en usiez de damnation de vos impatiences. néine dans les calomnies, dans Le précepte de l'amour des enes violences, dans lesinfidélités, nemis, précepte par conséquent "ans les persécutions : Cahnn- exiilinué dans le détail le plus iantibiis et perseqiicntlùiis vos : exact de. l'Évangile; précepte n voilà l'étendue et la condam- établi et soutenu des plus graation de vos réserves. Il ne me ves exemples du Sauveur, utfit pas que dans le froid et 3°. Voulez - vous connaître , ans l'indifférence vous attcn- dit saint Augustin , toute l'éiez tranquillement l'occasion tendue de vos devoirs à l'éj'rard ivorable d'une réconciliation de ceux qui vous offensent ? Alommode; je veux que vous la lez à !a croix: Fide pendent ew; lercbiez et que vous la fassiez consultez-en la victime : yîudi aître : Kade réconciliai i : en precantem ; prenez ses oracles oilà les avances et les con- pour lois , et son autel pour lit imnations de vos délicatesses, de justice : Et lanqunm de trine me suiïït pas que vous bimali prœcijnentem. Or , 3 és\xs DUS proposiez de vous réconci- crucifié se contente-t-il de parer un jour avant la mort , ou donner à ses bourreaux ? Non , XQ vous attendiez à le faire que mais il les aime jusqu'à prier , ras vous soyez acquitté d'obli- jusqu'à plaider, jusqu'à s'im-
Itions plus pressantes; plein de moler pour ceux qui l'immo-
e et de santé, avant même lent lui-même.... Mon père,
le de vous présenter à l'autel, s'écrie-t-il , je vous demande
réunion doit être faite : /îe- en mourant une preuve de ten-
rque nninus ante nltare : en dresse. Pardonnez comme je
)ilà la promptitude et la cou- pardonne, aimez mes ennemis
imnalion de vos délais. Il ne comme je les aime, prencz-lcs
e suffit pas enfin , que vous pour vos enfans comme je les
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prends pour mes frères : Pater, dimitte. kh\ chrétiens, ce que Jésus-Christ dit à son père en suppliant, ne vous le dit-il pas en maître? Mon fils, je vous demande en mourant une preuve de votre obéissance ; pardonnez aux autres comme je vous pardonne, aimez vos ennemis comme je vous aime , prenez-les pour frères comme je vous prends pour enfant : Fili , diinitle. Qui doit plutôt se rendre , ou Dieu à la prière de sou Fils, ou vous au commandement de votre père? Cependant Dieu , tout offensé qu'il est , n'y résiste pas ; et vous , pécheur, tout réconcilié que vous êtes , vous y résistez ?... Quoi! le souvenir du Sauveur mourant sur le Calvaire pour tous ses ennenemis, et en particulier pour vous, fera dans le cœur de Dieu non-seulement expirer la haine, mais revivre la tendresse? Et ce même souvenir n'obtiendra de vous qu'une inaction stérile et un infructueux pardon ? Dites tout ce qu'il vous plaira pour justifier votre conduite, colorez-la des plus beaux i»rétextes ; ce seul exemple vous confondra toujours : et Dieu aura droit de vous faire ce terrible l'eprochc de l'Évangile , auquel il n'y a point de réplique : Serve neqitnm. ( Malth. i8, 32. ) Dur et fier disciple du plus miséricordieux , du plus généreux et du plus aimable maître : n'ai-je donc fait que vous pardonner ?
Va ne vous ai - je pas encore aimé à sa prière? Ne deviez-
SER vous donc pas, comme il vous l'avait appris, ajouter au pardon des offenses l'amour des ennemis? Nonne ergo oportidt et te nùsereri conservi iid ? Non , non , dit saint Paul , il n'est point dans le christianisme d'autre règle de charité que Jésus-Christ. Si vous voulez; donc vous réconcilier en chrétien, imitez son exemple; pardonnez aux autres comme il vous pardonne, et aimez -les comme il vous aime ; ou tremblez à la vue des peines sous lesquelles est porté le précepte de l'amour des ennemis.
4°. S'il en est un seul sur la terre que vous ne regardiez pas comme votre frère en Jésus- Christ , plus de père pour vous dans le ciel. Si dans ses besoins pressans , il ne trouve pas en vous un ami secourable , votre Sauveur n'est plus sauveur pour vous dans les pressans besoins du salut. Si vous renoncez à tout commerce avec lui , l'Esprit- Saint renonce à toute liaison avec vous. Si vous refusez de le voir, le Seigneur consent à vous priver pour toujours de son aimable présence. Les chaires évangéliques ne sont plus faites que pour vous condamner. Les tribunaux sacrés ne sont plus ouverts pour vous absoudre. L'agneau sans tache ne s'immole plus pour vous sanctifier. Vous-même vous vous cN communiez du sacrement adorable de nos autels. Et malheur à vous, toutes les fois que vous récitez la prière la plus com-
îviune des fidèles , vous prononcez votre condamnation , vous acquiescez à votre réprobation , et vous acceptez ce qu'il y a de plus funeste dans la damnation éternelle. Pardonnez-moi, Seigneur, dites-vous, comme je pardonne : c'est donc à dire , selon vous, puisqu'en pardonnant , il me suflit de ne point haïr, et que je ne prétends pas aimer; je veux bien n'être jamais l'objet de votre amour , ô mon Dieu ! pourvu que je ne sois point l'objet de votre haine.
Quelle prière ! ou plutôt quelle imprécation!... Ah! chrétiens, dans des accès de ferveur vous voudriez quelquefois , pour être tout à Dieu , faire quelque acte héroïque de vertu ; vous enviez aux saints les occasions si belles qu'ils ont eues de mériter , d'acquérir leurs couronnes. Vous regrettez presque les anciennes persécutions de l'Église, persécutions si salutaires aux premiers fidèles. Eh I profitez bien de celles qui sont inséparables de la vie. Faites triompher la charité de vos froideurs. Que l'amour de Jésus-Christ vous porte à l'amour de vos ennemis ; et je vous réponds de sa part d'un éminent degré et de sainteté sur la terre , et de gloire dans le ciel. ( Le père Segaud , dans son sermon du pardon des injures, tome I du Carême. Voyez M. Pelletier , chanoine de Pieims , dans son livre sur l'amour du prochain; le père Âvrillon, minime, et le père Pallu, jésuite , dans leurs traités sur le même
sujet ; le père Texier , dans ses huit discours sur cette matière ; le père Bourdaloue, dans son sermon pour le vingt-unième dimanche d'après la Pentecôte ; le père la Rue, dans son sermon pour le mardi de la troisième semaine de Carême ; le père d'Orléans, dans son sermon de la réconciliation ; le père Hubert de l'Oratoire , dans son sermon sur le pardon des injures. )