‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 18 sur 77 · EPIPHANIE · texte numérisé non relu

EPIPHANIE

PREMIER SERMO.V ABRÉGÉ

Ecce magi ab Oriente venerunt Jerosolymam dicentes : Ubi est qui natus est rex Judaeorum? {Matth. c. ?..

Voilà que. des mages Tinrent d'Orient à Jérusalem , et demandèrent : Oii est celui qui est né roi des Juifs ?)

Le mystère de ce iour renferme un fonds si riche de vérités et d'instructions chrétiennes , que les prédicateurs de l'Évangile ne savent , pour ainsi dire , quels épis ils doivent recueillir dans cette moisson si abondante qui se présente à leur zèle... Celles qui me frappent davantage , et auxquelles les saints pères se sont le plus attachés , c'est la manifestation et l'adoration de Jésus-Christ en esprit et en vérité... C'est donc, N..., de ce grand mvstère de la manifestation de Jésus-Christ, par les signes miraculeux et l'accomplissement des prophé-

ii4 SER

*^ies , joint à son adoration en esprit et en vérité, que je me propose de v ous entretenir dans ce discours. Ainsi Jésus-Christ iTjanifesté; ce sera le sujet de mon premier point. Jésus - Christ adoré ; ce sera le sujet du second point.

PREMIER POINT

Pour entrer dans le mystère de la manifestation de Jésus- Christ , il faut considérer attentivement l'étoile mystérieuse qui éclaire les mages, dans sa naissance et dans ses progrès, j". Les mages aperçoivent l'étoile dans l'Orient; 2°. ils la suivent jusqu'au lieu où est Jésus - Christ ; 3" . après avoir trouvé Jésus-Christ , à la faveur de sa lumière , ils l'adorent , et lui offrent des présens. Or ces trois circonstances de notre Évangile nous marquent la naissance, le progrès et la perfection de \a foi dans une âme.

L'apparition de l'étoile aux mages nous figure les premières clartés que la foi répand dans une âme qui consacre le premier usage de sa raison à chercher Dieu. Le progrès de l'étoile qui s'avance vers Bethléem où Jésus- Christ est né, nous marque l'accroissement de la foi dans une âme qui , fidèle à suivre ses lumières, se fixe dans la connaissance de Jésus- Christ et des plus sublimes vérités de la religion. Enfin cette étoile , qui s'arrête sur le lieu où est le Sauveur, pendant que les mages l'adorent avec une

SER vénération profonde, nous représente la perfection de la foi , qui fait produire à l'âme les actes de religion , et rendre au Verbe incarné les devoirs d'un véritable culte.

1°. Le pi'emier usage de la droite raison cjui nous instruit de l'existence de Dieu et de la nécessité de le servir , c'est en quelque sorte l'apparition de l'étoile aux mages : car comme ces sages d'Orient n'entendirent pas d'abord tout ce que ce nouvel astre leur signifiait , et qu'il fallut que la lumière intérieure de la grâce se joignît à la lumière extérieure de l'étoile , pour les engager à la recherche des mystères inconnus que Dieu voulait leur découvrir, à la faveur de ce signe céleste ; ainsi dès que le chrétien commence à se servir de sa raison , et à être frappé par la première apparition de cet astre lumineux qui lui apprend qu'il y a un Dieu, un Être souverain, principe de tous les autres , et qu'il n'en a recula vie, que pour la consacrer à son service et^à sa gloire ; dès lors , dis-je , la grâce qui l'illumine en secret , ajoutant une lumière divine aux connaissances de la raison, lui inspire le dessein de s'éclaircir des vérités qu'il doit croire , et des lois qu'il doit suivre, pour se rendre agréable à Dieu. Cette recherche inspirée par la grâce , nous est marquée par la première apparition de l'étoile aux mages. Elle est comme la première lueur du flambeau de la

foi agissante dans les âmes parvenues à l'usage de raison.

Or, parmi les hommes il y en a qui découvrent l'étoile, et il y en a à qui l'étoile se découvre.

Les premiers sont ceux qui , par les signes célestes de la grâce, et par les lumières d'une droite raison , reconnaissent que la foi et la révélation de Jésus-Christ ne peuvent venir que de Dieu ; car bien que la foi soit un don du ciel , qui ne peut être acquis par les forces naturelles de la raison , cependant elle peut être animée et fortifiée par cette raison que la grâce applique à la recherche de la vérité. Qu'estce que la foi ? c'est un tribut et un hommage que nous rendons à la vérité de la parole divine...

Or ce tribut et cet hommage ne se peuvent rendre sans la soumission de l'esprit à un oracle que l'on sait infaillible; et ce n'est que par la raison que l'on peut reconnaître l'infaillibilité de l'oracle qui nous a révélé les mystères de la religion... Ceux donc qui se servent des lumières de leur esprit , et de la force du raisonnement, pour entrer dans le mystère de Jésus-Christ révélé et manifesté au monde , pour se confirmer dans sa créance et y affermir les autres , sont ceux-là qui découvrent l'étoile ; ce sont les docteurs sacrés qui , après avoir fait et enseigné, luiront comme des étoiles dans le ciel de l'Église... Il faut donc raisonner et se servir de sa raison pour savoir si notre religion vient de Dieu; et quand nous

SER ,i5

sommes une fois éclairés sur ce point , il faut renoncer à sa raison pour croire tous les autres.

C'est pour cela qu'il y a deux choses à considérer dans celui qui croit , le motif qui lui fait embrasser la foi et qui lui en fait produire les actes; l'habitude, et les actes de cette foi même : Le motif qui nousatlache à la foi , c'est de savoir qu'elle vient du ciel , et voilà où le raisonnement est nécessaire.

L'acte de la foi , c'est de croire les vérités qu'elle nous enseigne, toutes incompréhensibles qu'elles sont , et voilà où il ne faut point de raisonnement... 11 faut donc lever les yeux vers le ciel pour découvrir l'étoile de la foi et l'origine de la religion chrétienne, cjui vient de Dieu; mais après l'avoir découverte , nous sommes obligés de la suivre comme les mages jusqu'à ce qu'elle nous conduise à Jésus- Christ.

Comme il y a des hommes qui découvrent l'étoile, il y en a à qui elle se découvre ; ce sont les chrétiens dociles , c{ui ont reçu l'habitude de la foi dans le baptême , et qui , élevés dans la religion chrétienne , ont pour elle une soumission de véritables enfaiis. L'étoile de la foi formée dans leur âme par le sacrement de la régénération , attire leurs regards aussitôt qu'ils sont en état de lever les yeux au ciel , par le premier usage de leur raison ; éclairés par ses divines lumières , ils marchent avec confiance Sous Sa conduite;

ii6 SER

la raison trouve celle vertu fondamentale du salut toute formée au-dedans d'eux , si bien que cette foi dont ils ont reçu les semences et l'habitude , produit d'elle-même les actes qui la conservent et qui l'augmentent. Heureux celui qui porte docilement ce joug dès son enfance , qui conserve dans toute leur pureté ces pures et vives clartés que la grâce baptismale a répandues dans son âme, et qui se confirmant dans la foi par la foi même , en fait les œuvres, toute sa vie , parce qu'il en a reçu le don dès sa naissance.

2». C'est l'exemple que nous donnent ces rois de notre Évangile : après qu'ils eurent aperçu l'étoile miraculeuse c[ui leur an- Donçait le Messie , ils la suivirent constamment jusqu'à ce qu'ils l'eussent trouvé. La fol, dit saint Pierre , est comme un flambeau qui nous éclaire dans un lieu obscur : c'est un astre c^ui , du haut du ciel, nous ouvre le chemin que nous devons tenir ; c'est à nous de la suivre , il faut aller toujours en s'avançant et en se perfectionnant , comme l'étoile qui précédait les mages. La foi n'est pas une étoile fixe , toujours attachée à la même place , c'est une étoile qui s'avance toujours du côté de Jésus-Chiist : comme elle vient de Dieu , elle conduit à Dieu ; elle n'est pas un ornement inutile de nos âmes , elle est le principe de la vie spirituelle qui nous en fait faire les fonctions. . .

La foi des chrétiens est une foi

vive et agissante par la charité :

mais cette charité qui est un feu dont l'activité nous fait agir , est en même temps une lumière qui nous éclaire , et qui ajoute autant de clarté à la foi , qu'elle en reçoit d'elle : la persévérance dans les bonnes œuvres répand peu à peu dans les âmes une évidence des choses du ciel , qui nous fait marcher avec une confiance entière dans la voie du salut... Cet accroissement de foi fait à peu près en elles ce que le mouvement de l'étoile fit dans les mages; car comme en suivant cet astre qui s'avançait toujours à mesure qu'ils marchaient, ils reconnurent clairement par cette merveille que Dieu les guidait, et qu'ils ne pouvaient s'égarer en suivant cette lumière divine; de sorte cp'ils étaient de plus en plus consolés et fortifiés dans le dessein de chercher le roi inconnu qui venait de naître, et qu'il n'en fallait pas davantage pour leur adoucir toutes les fatigues du long et pénible voyage cpx'ils avaient entrepris pour lui rendre leurs hommages : ainsi les âmes justes redoublent leur confiance et leur ardeur à marcher dans les voies du ciel , à mesure qu'elles sentent augmenter en elles la foi qui leur fait sentir qu'elles y marchent.

Voultz-vous donc , mes frères , vous affermir dans la foi ; soyez très-fidèles à la grâce de cette foi même; respectez au-dedans de vous cette lumière divine , qui dissipe elle-même les nuages qui

SER l'obscurcissent ; craignez de l'altérer par des raisonnemens humains, des reclierclies curieuses et. des disputes inutiles ; croyez liumblement ce qu'elle vous enseigne, et faites exactement ce qu'elle vous ordonne : vous attirerez par cette conduite , du père des lumières , ces convictions secrètes de la religion , qui faisaient courir avec joie les premiers chrétiens au martyre.

En effet, cette providence invisible qui règne dans l'ordre de la grâce , ne manque pas de donner aux chrétiens fidèles des preuves sensibles de leur foi , qui les persuadent selon les dispositions différentes des esprits.

Aux uns , c'est sa perpétuité et sa durée; à ceux-ci, c'est l'accord admirable de toutes ses parties ensemble; à ceux-là, c'est le témoignage de ce nombre infini de martyrs qui sont morts pour sa défense. Dieu qui est le principe de noti'e foi, attache à ce qu'il veut celte per- .suasion intérieure qui entraîne l'esprit ; c'est à nous d'être fidèles à sa grâce. C'est pour cela que toutes les fois que Dieu a parlé, il a joint à ses oracles des signes extérieurs qui les appuyaient... Il se tait maintenant ; il ne fait que rarement des miracles ; parce que ce qu'il a dit et ce qu'il a fait, est suffisant pour nous instruire.

Hé, quoi donc I la religion chrétienne n'est-elle pas assez solidement établie pour satisfaire notre esprit? A quoi notre raison se rendra-t-elle , si elle

ne se rend pas aux preuves de notre foi? Qu'est-ce que l'hoinme raisonnable peut demander à Dieu, pour l'obliger à croire ce que Dieu a fait pour persuader l'homme ? A la vérité. Dieu a voulu nous sauver par la voie du mérite ; et après une infinité de preuves de notre foi , nous laisser la liberté de résister ou 4e nous y rendre. Mais, voulant condamner justement les incrédules, il a rendu ses témoignages si incontestables, que tout esprit qui leur résiste, sera sans excuse dans le jour de ses jugemens. C'est alors que le voile tombera des yeux des impies, et que toute iniquité aura la bouche fermée. (Ps. io6.) Alors seront confondus tous ces aveugles de cœur, dont l'esprit de libertinage, les passions déréglées, le désir de jouir d'une fausse paix dans le crime , une indocilité superbe, ennemie du joug, auront forme' le nurige de l'incrédulité qui les couvre. Alors on entendra ces voix lamentables: Nos jnsensati. (Sap. 5,40 Ah ! n'étions-nous pas insensés de ne pas croire à la parole d'un Dieu , appuyée de tant de preuves? Quoil la créance d'un Dieu fait homme , qui a triomphé des démons et des tyrans , et changé le monde idolâtre dans un monde cJirétien , ne pourra triompher d'un incrédule qui ne lui oppose que sa malice ?

Ah! les Jérôme, les Augustin , les Ambroise , les Chrysostôme , les Grégoire et tant d'autres n'ont-ils pas assez examiné na;.

ii8 SER

tre religiou pour nous? Marchons en assurance avec de si bons guides... Suivons la trace de la foi : nous ne ferons aucune fausse démarche.

Cette foi était figurée dans l'ancienne loi par la colonne de nuée qui conduisait les Israélites pendant le jour, et par la colonne de feu qui les guidait pendant la nuit, pour nous apprendre que les plus vives lumières de la foi sont toujours accompagnées de quelque obscurité ; mais que les ténèbres les plus épaisses sont aussi toujours mêlées de clartés divines, afin que l'enlendeuient humain voie assez clair dans les choses de Dieu pour ne se pas égarer, et qu'en même temps il n'y trouve pas une évidence si manifeste, qu'elle l'empêche de se captiver humblement sous l'autorité de la parole divine. Ainsi la foi est ténébreuse du côté de la terre, mais elle est toute lumineuse du côté du ciel : quand on consulte la révélation, on devient éclairé.

3°. C'est ains;i que le mystère de Jésus-Christ est manifesté par la foi ; c'est ainsi que cette étoile qui brille dans le ciel de l'Église, conduit à ce Soleil éclipsé dans l'étable. Elle fait à l'égard des mages et de tous les gentils convertis à la foi ; elle fait, dis-je , la fonction de Jean-Baptiste et de précurseur du Messie ; elle est une voix qui crie depuis l'Orient jusqu'à l'Occident : Voilà l'agneau qui ôte les péchés du monde..., le voilà ce royaume

SER des cieux, cette porte du salut , cette entrée de la religion chrétienne ouverte à tous les hommes; ce mystère de Jésus-Christ manifesté aux nations comme aux Juifs... Entrons en esprit avec les mages dans l'étable , dans ce palais de chaume , où le roi invisible de tous les siècles n'a qu'une crèche pour trône :

tout pauvre C£u'il paraît, Salomon dans toute sa gloire n'en était que la figure... Invitons toutes les nations de la terre à louer le Seigneur, parce qu'il a accompli sur nous les promesses de sa miséricorile... Louons-le nous-mêmes sur le psaltérion à dix cordes , c'est-à-dire , comme l'explique saint Augustin , par l'observation des dix préceptes de la loi, jointe à une humble profession de la foi de Jésus- Christ qui nous a été manifesté dans ce mystère. Formons à l'envi cette musique ravissante des actions qui répondent aux paroles, et cet accord admirable d'une vie sainte avec une créance toute divine, dont l'harmonie est si douce dans l'Église, et charme, pour ainsi dire, les oreilles de Dieu niême... Brûlons l'encens de l'adoration avec la myrrhe de la mortification , dans l'encensoir d'or plein du feu sacré de l'autel , dans un esprit d'amour de Dieu , et de charité pour nos frères; car ces trois présens mystérieux , que les mages font à Jésus- Christ , renferment tout l'esprit de la religion chrétienne qui rend hommage à la divinité, à l'huma-

SER ni lé el à la royauté de Jésus- Christ par l'encens de l'adoration et de la prière , la myrrhe de l'austérité et de la pénitence, et l'or de la charité et de la ]>urelé... Bénissons Jésus-Christ notre Dieu, qui s'est manifesté à nous par la grâce de la foi , cojnme il se manifesta aux mages ; et ajiprenons de l'exemple de ses parfaits adorateurs, le p.raïul devoir de l'adoration en esprit et en vérité.

SECOND POLNT.

L'adoration est l'acte principal de la religion ; c'est un hommage que Dieu exige de toute créature raisonnable et intelligente, et qui est comme une suite nécessaire de la connaissance de ce souverain Etre...

Cette adoration faisait presque toute la religion des anciens patriarches. Dans ces premières années du monde, avant que Dieu leur eût révélé des merveilles de sa loi , et les mystères qui sont l'objet de notre créance, ces saints hommes qui marchaient devant Dieu dans l'innocence de leur cœur, n'ayant pour règle de leur conduite , que la droiture de leur conscience, et la lumière de leur raison , rendaient pour tout hommage au Seigneur , le culte de l'adoration, et lui offraient lesprémices des fruits de la terre, en témoignage de leur soun^ission et de leur obéissance. Ce culte se purifia dans la loi écrite, par les sacrifices dont Dieu voulut qu'il fut accompagné , afin

de marquer d'une manière plus sensible par la destruction des brebis et des taureaux , l'anéantissement intérieur où l'homme doit se réduire , devant cette Majesté souveraine qu'il adore . .

Mais ce culte que nous rendons à Dieu par l'adoration , a reçu son dernier degré de [)Ureté et de perfection dans la loi de grâce... C'est le propre des chrétiens d'être des adorateurs parfaits... , et ce qui relève infiniment leur adoration au-dessus de celle des Juifs, c'est qu'elle est unieàceiledeJésus-Christ même, et qu'ils sont les membres d'un clief qui peut seul adorer Dieu d'une manière proportionnée à sou excellence. Car, entrez ici , mes frères, dans les grandeurs de votre religion , et remplissezvous d'un profond respect pour sa sainteté : quand tous les anges et tous les hommes s'uniraient ensemble pour former un acte d'adoration , il serait infiniment au-dessous de la majesté de Dieu ; le culte ne peut être bien digne du Dieu qui le reçoit , si l'adorateur n'est aussi grand que l'adoré : c'est pour cela que le Verbe divin s'est incarné ; que , ne pouvant s'ijumilier et s'anéantir dans sa nature , il en a pris une capable d'humiliation et d'anéantissement, pour rendre à Dieu un culte , et lui offrir un sacrifice qui pût répondre parfaitement à sa divinité. Il lui rendit cette adoration profonde, et il consomma ce grand sacrifice sur la croix : mais depuis l'établissement de l'Église, l'es-

Page 1