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prit et le cœur de tous les fidèles entrent dans l'esprit de cette grande victime immolée sur nos autels et rendent au Père éternel l'adoration qu'il mérite, par celle qu'il reçoit de son fils auquel ils s'unissent... Car l'adoration n'est autre chose qu'un anéantissenîent intérieur devant la majesté divine.
Voilà ridée de l'adoration en esprit et en vérité. C'est dans cette disposition que nous devons considérer ces mages de noire l^vaugile, prosternés aux ])ieds de Jésus-Christ naissant, dans lequel ils découvrent les principaux mystères de la religion, et les grandes vérités de la foi : c'est pour cela que ce jour solennel porte le nom d'Epiphanie, c'est-à-dire, manifestation; parce que les secrets dont le peuple juif avait été le dépositaire, commencèrent d'être manifestés aux nations , dans la personne de ces princes miraculeusement éclairés. Aussi joignent-ils aux donsniystérieux qu'ils font à Jésus-Christ, les actes les plus parfaits de la religion dont ces présens sont les symboles : ils reconnaissent par cet or qu'ils lui présentent ,'^cetle royauté souveraine qui le rend maître absolu de toutes les créatures... Par cet encens qu'ils lui offrent, ils rendent un hommage éclatant à sa divinité; ils adorent le Dieu caché sous les apparences de l'homme... Leur foi leur fait découvrir toute la majesté d'an Dieu dans cet enfant , toute la cour céleste dans l'étable ; et
SER éblouis de tant de clartés divines qui les environnent , ils tombent la face contre terre en adorant ce Dieu revêtu de notre chair : Et procidenles adoraverunt Dewn.
(Mdtth. 2.)
Le prosternement extérieur du corps doit être accompagné de l'humiliation intérieure de l'esprit qui, comparant son néant avec la grandeur infinieduDieu qu'il adore, redouble sa vénération à mesure qu'il reconnaît sa bassesse. Ajoutons au néant de la nature celui de la grâce , qui est le p'ché dans lequel nous sommes conçus, et que nous portons au -dedans de nousmêmes comme un fonds d'iiumiliation. Pénétrés de ces sentimens, toutes les fois que nous adorons Dieu, rentrons à la vue de cette majesté redoutable dans le néant, et la poussière dont nous sommes sortis. Imitons ces rois idolâtres qui, convertis par la grâce de Jésus-Christ, reconnaissent f[ue toute leur grandeur n'est rien par rapportàla sienne :
ils lui sacrifient leur puissance , leurs richesses , leur élévation; et l'on peut dire que tous les titres de leur royauté renfermés dans les présens mystérieux qu'ils lui offrent, entrent dans l'hommage de l'adoration qu'ils lui rendent. Dites-lui au fond du cœurrO mon Dieu! je reconnais que je ne suis de moi-même , qu'un vermisseau de terre tiré de la corruption , encore plus souillé dans l'âme par le péché , que dans le corps , qui a été conçu dans l'iniquité : vos
SER mains m'ont formé et pétri de jDoue, et ont animé ce limon dont je suis sorti, d'un esprit capable de vous glorifier et de vous adorer... Recevez donc , ô Seigneur I l'hommage de mon esprit, de ma volonté, et de toutes les puissances de mon âme : souffrez que par l'adoration imparfaite que je vous rends sur la terre, je mérite l'adoration parfaite à laquelle vous m'élèverez dans le ciel.
Mais l'adoi'ation en esprit doit élre accompagnée de l'adoration en vérité. Celui-là adore Dieu en esprit et en vérité , qui fléchissant le genou devant ce souverain Être, est véritablement résolu de ne rien faire qui démente les marques extérieures de vénération qu'il lui rend.
C'est pour cela que le prophète ne dit pas que son corps soit courbé contre terre , mais que son âme soit attachée au pavé du Temple : Adhœsit pavimento anima mea ( ps. ii8 , 25); parce que le corps ne doit rien faire autre chose que suivre l'action de l'âme dans les devoirs de la religion. De sorte que celui qui a l'orgueil dans l'esprit , pendant que son corps est dans une posture humiliée devant Dieu , n'est pas un adorateur en esprit et en vérité, mais en idée... C'est ce qui a fait dire au prophète , que c'est la préparation du cœur que Dieu exauce.
{Ps, 10, 17.) Pour nous apprendre que pour adorer Dieu en vérité, il faut avant d'entrer dans le temple , purifier son
cœur de tout le levain du vieil homme ; que c'est aller insulter Dieu jusque sur son trône, que déporter au pied des autels des pensées profanes , des désirs criminels , des affections corrompues; que les vœux des impies sont en abomination devant Dieu , et que le culte apparent qu'ils lui rendent , n'est qu'hypocrisie et que mensonge. C'est le sens de ces paroles de Jésus- Christ. Tous ceux qui , la face ])rosteruée contre terre , me disent, Seigneur, Seigneur I ne sont pas ceux qui m'adorent véritablement; mais ce sont ceux, qui font la volonté de mon Père. Vous savez , ô mon Dieu!' combien peu vous avez de véritables adorateurs à cette marque : nous vous croyons souvent honoré dans ces solennités publiques, si vénérables en apparence par le concours des peuples; mais pendant qu'ils vous honorent des lèvres, peut-être queleu r cœur est bien éloigné de vous.
Nous voyons dans les rois mages et dans Hérode l'exemple de la vraie et de la fausse adoration. Ces rois d'Orient sont des adorateurs en vérité, qui mettent sincèrement toute leur grandeur et toute leur puissance aux pieds de Jésus-Christ, Ils s'en retournent dans leur patrie par une voie qui les éloigne d'Hérode , et qui leur fait rompre tout commerce avec les ennemis du Sauveur... Ils obéissent aux ordres de l'auge qui leur annonce les volontés de Dieu :
de princes idolâtres qu'ils
étaient , ils deviennent les premiers prédicateurs de Jésus- Chrijit. Toute leur vie n'est qu'une méditation profonde des grands mystères qui leur ont été révélés, et qu'un renouvellement continuel de l'homuiage qu'ils viennent de rendre à ce nouveau roi de gloire. Tels doivent être les adorateurs en esprit et en vérité; il faut qu'ils joignent les actes de la religion au culte de l'adoration; qu'après avoir reconnu Jésus-Christ parla soumission de leur foi, ils l'honorent par l'accomplissement de la loi ; qu'après s'être convertis à Dieu par la lumière delà grâce, ils consultent les ministres sacrés sur la conduite qu'ils doivent garder après leur conversion ; qu'au lieu de passer, comme font tant de chrétiens infidèles, de l'étable de Bethléem à la cour d'Hérode, de l'humilité de Jésus-Christ aux vanités et aux pompes du démon , ils marchent par des chemins tout difTéreus de ceux qu'ils ont suivis ; que non contens de rendre des hommages à Dieu, ils lui en attirent de toutes parts, par la sainteté d'une vie exemplaire ; parce que c'est dans cet accord de la vie avec la créance , des actions avec les paroles, des prosternemens extérieurs du corps avec la vénération intérieure de l'àme , que consiste l'adoration en esprit et en vérité.
Celle qu'Hérode feint de rendre à Jésus-Christ , est au contraire pleine d'artifice et de
mensonge ; il ne veut chercher ce nouveau roi que pour le perdre , il couvre la plus noire des perfidies sous le voile des hommages trompeurs qu'il veut lui rendre ; il est un adorateur de Jésus-Christ en paroles, mais il est son persécuteur en effet...
Voilà , dit saint Grégoire , l'i mage de tous les faux adorateurs qui ne méritent pas de trouver Dieu , parce qu'ils ne le cherchent pas dans la sincérité de leur cœur, et que tout le culte apparent qu'ils lui rendent n'est que déguisement et hypocrisie. Voulez-vous les reconnaître, dit Jésus-Christ? jugez-en par les fruits qu'ils produisent ; confrontez leurs actions avec leur adoration , les feuilles avec les fruits, ce qu'ils font avec ce qu'ils disent. Cruel Hérode !
c'est en vain que tu te déguises ; le sang innocent que tu as versé, ne fait que trop voir l'horrible dessein que lu avais formé :
Sanguis innocentium quem fu~ disli , allés tatiir qiiid de puero voluisii. En vain cette personne se prosterne au pied des autels , et reçoit Jésus-Christ à la sainte table, avec toutes les marques de la piété la plus fervente :
Voulez-vous la connaître? jugez-en parles fruits d'une communion si sainte en apparence: vous la verrez un moment après s'emporter avec fureur contre des domestiques , éprouver la patience d'un mari par des bizarreries insupportables, semer la discorde dans sa famille par despréférences injustes, sacrifier
des filles sans vocation , à une clôture forcée , pour satisfaire des vues d'ambition et d'orgueil : elle a Je'sus-CIirist dans la boucLie et le venin des aspics sous les lèvres; le Dieu d'amour dans le sein et le cœur plein de fiel et d'amertume... Ah I son adoration était fausse et sacrilège, lorsqu'elle paraissait si religieuse et si véritable. Ce n'est pas dans les temples faits de la main des hommes que Dieu habite , et qu'il cherche ses véritables adorateurs : le temple de Dieu est au-dedans de nous ; c'est dans notre cœur que Dieu reçoit l'hommage de l'adoration en esprit et en vérité, par une pureté de conscience sans tache, ou par l'humiliation d'une pénitencesans déguisement. . . J'approuve ce vêtement modeste , cette posture humiliée , cet extérieur édifiant; mais ce ne sont là que des feuilles; voyez si vous avez les fruits. Prenez garde que Dieu ne trouvant rien de réel dans un appareil de religion si pompeux , ne vous frappe de sa malédiction, etnevous dessèche jusques dans la racine, comme le figuier de l'Évangile...
O Seigneur I qui nous avez créés pour recevoir de nous l'hommage de l'adoration, donnez-nous ce que vous demandez de nous : faites-nous de parfaits adorateurs de votre divinité sur la terre , pour nous en rendre d'heureux et éternels contemplateurs dans la gloire. ( L'abbé du Jarry, tom. i, des mystères , page 293, et suiv.)