TROISIÈME POINT
L'état de la foi n'est qu'un état d'enfauce; l'homme parfait ne se trouve cjue dans le ciel; la vie présente est le temps de croître et de se fortifier, jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité d'une même connaissance du fils de Dieu , à la mesure de l'âge et de la plénitude , selon lac|uelle Jésus Christ doit être formé eu nous. ( Èphés.-^. ) De toutes les illusions , la plus dangereuse dans la piété , est donc de se borner à la mesure présente , de se fixer , pour ainsi dire, à l'âge où l'on se trouve, et de forcer en quelque sorte la nature de sa foi , en voulant la réduire à une jietitesse et à une imperfection, dont elle se hâte par elle-même de se délivrer chaque jour.
J'aurais ici bien des choses à vous dire , pour vous prouver cette obligation où nous sommes tous d'affermir , d'augmenter , de perfectionner notrs foi : je
SER vous la lepiéseulerais d'abord sous l'idée de ce grain dont parle Jésus-Christ, qui paraît petit dans son coinmenceuient , mais qui devient fort étendu dans ses suites et dans ses progrès. ( Matth. i3. ) Vous la verriez désignée par cette semence qu'un homme jette dans son champ ; le grain germe, l'herbe se déploie, ensnite vient l'épi , puis le blé tout formé dans l'épi , et il est dans sa maturité au temps de la mois:von. Je vous ferais .remarquer, que comme nous nesavons jamais la mesure de force et de perfection que Dieu demande d'un chacun de nous, il s'ensuit que nous devons tendre toujours à ce qu'il y a de plus ])arfait, de peur que nos œuvres ne soient pas trouvées pleines devant le Seigneur, et que , pesés à sa balance , nous ne soyons trop légers...
Mais je m'en tiens à une seule réflexion , que je tire de la conduite de nos mages. Ils eurent sans doute de grandes épreuves à soutenir , depuis le moment auquel ils furent éclairés par l'étoile , jusqu'à leur arrivée dans Jérusalem. Que d'obstacles à surjnonter I Les préjugés de la religion , l'incrédulité de leurs concitoyens , la longueur d'un voyage , l'incertitude apparente de trouver ce qu'ils cherchaient; mais rien ne les avait arrêtés : cependant j'ose dire que les grands efforts de leur foi n'en étaient qu'un léger essai. D'autres épreuves leur étaient réservées, et si leur foi
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n'y eût pas été bien préparée , bientôt on les aurait vus s'en retourner et se repentir de leur foi même. Et certes une foi qui se fût bornée à croire sur le témoignage extérieurd'une étoile, à dépendre de sa lumière , à chercher le Sauveur dans le lieu et sous l'appareil où leurs conjectures pouvaient le leur représenter : qu'aurait -elle fait cette foi , lorsque l'étoile s'éclipsa pour nos mages, qu'ils furent [)rivés de ce secours extérieur , qu'il fallut soutenir' toutes les incertitudes où cette privation semblait les réduire?
Qu'aurait - elle fait , lorsqu'il fallut se présenter à la cour d'un prince jaloux et soupçonneux , ])ublier hautement qu'il était né un roi des Juifs , déclarer qu'on venait l'adorer, et s'exposer à toutes les accusations de sédition ou de folie, que cette confession publique devait leur attirer? Qu'aurait-elle fait, lorsqu'ils virent la maison de ce Dieu, en qui ils avaient cru?
Qu'aurait-elle fait enfin , lorsqu'ils trouvèrent un enfant pauvre, abandonné de tout le monde, méconnu de son propre peuple , de ceux-mêmes qui l'attendaient ? Encore un coup, qu'aurait-elle fait cette foi ?
Eût-elle résisté à toutes les épreuves, et serait-elle devenue la matière de nos éloges , et le modèle de la nôtre ?
11 fallait donc que leur foi ,
qui n'avait d'abord surmonté
que des difHcultés communes,
se préparât à de plus grandes
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par des accroissemens insensibles,et par une fidélité toujours soutenue ; et c'est ainsi , mes frères, qu'il est dans la vie, certaines conjonctures , certains temps ténébreux , certains états d'orages et de tempêtes , où une foi commune , peu éprouvée , ne peut se soutenir. Jusque-là on est édifié , on l'estime , on la loue , on ose même espérer de nouveaux fruits et de nouveaux succès. Mais la tentation fait bientôt voir que ce n'était qu'un roseau faible, que le moindre vent devait agiter, que les fruits ne tenaient guère à l'arbre faute déracines, et que l'arbre luimême n'avait ni assez de vie , ni assez de force pour résister aux inondations. C'est ici l'une des plus fortes preuves, et qui nous intéresse davantage , de l'obligation de croître dans la foi. Il n'est pas nécessaire de chercher des exemples dans les temps les plus reculés... Combien voyons-nous de chrétiens qui dans le calme et la prospérité se distinguent par leur piété et par leur zèle. On dira d'une personne qu'elle a de la vertu , qu'elle aime son devoir, qu'elle élève bien ses enfans , qu'elle sait régler son domestique , qu'elle est charitable envers les pauvres ; tout le monde lui applaudit etla canonise par avance.
Mais attendons le temps de la tribulation , lorsqu'il surviendra quelque affliction domestique, quelque dérangement dans les affaires , quelque persécution de la part d'un ennemi ,
quelque infirmité durable ; ou au contraire, quand il se présentera quelque occasion séduisante de pourvoir un fils ou une fille au préjudice de la conscience , d'accroître sa fortune par des moyens équivoques , d'acquérir la faveur d'un grand par quelque injustice : ah ! que je crains que cette vertu tant louée, mais si peu cultivée , ne se flétrisse au premier souffle , et n'échoue au premier orage.
Hélas I on ne saurait dire combien il y a aujourd'hui de tentations auxquelles un chrétien peut-être exposé dans le cours de sa vie : souvent il en est une dernière plus forte que les autres, à laquelle Dieu nous attend , et qui décidera de notre salut. Eh ! que deviendra pour lors la foi de ces imparfaits , qui rampent toujours sur la terre , qui se fixent dans un certain état de bassesse et d'infirmité, qui ne font presque rien , et qui disent toujours , c'est assez... Je les attends lorsqu'il faudra remplir des devoirs pénibles, incommodes, inutiles pour la fortune et la réputation , lorsqu'il s'agira de renoncer à des espérances et à des établissemens où la conscience serait engagée; lorsque pour faire le bien, il faudra paraître singulier, se faire des ennemis , sacrifier ses intérêts ou sa santé ; et pour tout dire , lorsqu'il faudra mener la vie d'un chrétien, d'un homme consacré à Dieu , à la prière et au travail, d'un homme de pénitence , de dé-
lâchement et de retraite, d'un homme enfin qui n'est appliqué qu'à sa foi , et qui ne tient à lien sur la terre.
Ail ! mes frères , je dirai volontiers à ceux à qui nous verrons une vertu solide et soutenue , un désir sincère de se perfectionner , un amour persévérant de la vérité et de la justice; je leur dirai, ne vous etTrayez point , Dieu est fidèle , il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces.
Mais pour tous ceux en qui nous apercevons un caractère de relâchement et de mollesse , d'indifférence pour les choses de Dieu , de tranquillité et de repos dans une vie de dissipation, de fantaisie et d'amusemens; quoique la promesse de Dieu vous regarde aussi , leur diraije , vous serez éprouvés , vous serez tentés , mais vous succomberez, et ce sera.par votre faute.
Tâchons donc , mes frères , de nous affermir de plus en plus dans la foi , ensorte que nous vivions selon son esprit ; elle développe à nos yeux l'objet de noire espérance , elle l'étend , elle lui donne du corps 5 et ce qui est de plus , elle nous l'assure, si nous sommes fidèles à suivre les maximes qu'elle nous prescrit. A mesure que nous croîtrons dans la foi , Dieu se rendra plus présent à nous, nous nous appliquerons de plus en plus à sa vérité , nous réussirons à ne voir en toutes choses , à ne consulter que sa volonté , à avoir toujours devant les yeux
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l'éternité, les biens à venir, la récompense qui nous est promise. Plaise au Seigneur que cette étoile que je vous ai montrée aujourd'hui, vous conduise comme nos mages à Jésus- Christ, qu'elle vous porte à étudier sa religion, son Évangile, ses mystères, sa morale , et surtout son état d'enfance , de pauvreté, d'humilité, de dépendance; afin qu'après lui avoir offert vos présens, qui sont vos désirs, vos résolutions , vos actions , la conversion de vos cœurs, vous preniez désormais la route que Dieu vous marquera , et que vous puissiez tous ensemble arriver au terme de la bienheureuse éternité. ( Le père Gaspard Terrasson , dans son Aveut, tom. 4 i P- SSy et suiv.
Voyez le livre in-i2 , intitulé :
Sujets d'oraisons pour les pécheurs sur tous les mystères de Notre - Seigneur Jésus - Christ ; les PP. Croiset , Griffet, ceux qui ont travaillé dans leur goût; les PP. Bourdaloue , Massillou et Ségaud , etc.)