EUCHARISTIE
PREMIER SER310\ ABnÉGÉ.
Ubi vis paremus tibi comedere pascha ?
Ou voulez-vous que nous vous préparions ce qu ri faut pour manger la Pâque. ( Saint Matthieu, cli. 26, v. 17. )
C'est à vous , mes frères , que j'adresse ces paroles que les disciples disaient au Sauveur ; c'est
à vous que je demande quel est le lieu où nous pourrons introduire l'agneau immolé et caché dans le sacrement de nos autels :
je sollicite dans tous les cœurs une place pour le reces'oir; je viens inviter toutes les âmes à la communion de l'Eucharistie..
Eh ! n'est-ce pas le cri universel de l'Église ? N'est-ce pas ce qu'elle vous fait entendre lorsqu'elle expose à vos adorations cette victime sacrée? Cependant, hélas I les cœuis ne sont point touchés du désir de recevoir Jésus-Christ; ils ne lui offrent
jioint de place , et tandis que
Jésus-Christ s'épuise en chaiité pour se donner à eux , ils n'ont que du dégoût et de l'indifférence pour le don précieux qui leur est offert. C'est ce dégoût et cette indifférence pour la communion cjue je combats aujourd'hui; crime d'un côtétrèscomnaun , et de l'autre très-peu connu. L'indifférence pour la communion est, après le sacrilège, le plus grand excès que vous puissiez commettre par rapport à la divine Eucharistie ; etcela par deux raisons: \°. parce que c'est une des plus grandes ingi'atitudes envers Jésus-Christ; et en second lieu , parce que c'est une des plus grandes injustices contre nous-mêmes. Excès d'ingr-alitude envers Jésus- Christ dans celui qui néglige la communion ; excès d'injustice contre soi-même dans celui qui se retire avec dégoût de la communion : c'est tout le [.artage de ce discours.
SEK
PREMIER POINT
Pourcomprendre l'excès d'ingratitude où tombe celui qui néglige la communion, il faut considérer, i°. la multitude des grâces que Jésus-Christ nous offre dans r^charistie ; 2°. la nature de ces grâces ; 3°. la manière dont il nous les offre.
1°. Je dis, I '. que la multitude des grâces que Jésus-Christ nous offre dans l'Eucharistie , prouve l'ingratitude de celui qui s'en éloigne par indifférence : car l'Eucharistie est hi représenliition de tous les mystères de l'Bomme-Dieu ; elle est l'abrégé de notre rédempiion , et le trésor universel des grâces que Dieu a faites aux hommes par sou Fils.
C'est une maxime fondée sur la foi , que non-seulement nous ne pouvons être sauvés que par Jésus-Christ, niais que tous ses mystères en particulier ont été pour nous une source de salut. . .
Chacun des étals où il s'est trouvé a porté sa grâce avec soi ; chacune de ses actions nous a mérité quelque nouveau secours ; et toutes les circopstances de sa vie, de ses souffrances et de sa mort ont été efficaces pour notre rédemption.
Il fut Sauveur au moment qu'il fut conçu ; toutes les pensées et tous les mouvemens de son âme concoururent à notre réconciliation ; chaque parole qu'il proféra , chaque prière qu'il offrit à sou Père, r.liaque outrage qu'on lui fit souffrir,
SER chaque goutte de sang qu'il répandit , fut la rançon de notre délivrance.
Or, mes frères, l'Eucharistie nous représente tous ces diiFé • rens mystères et en rassemble toutes les grâces. Elle représente l'Incarnation , puisque Jésus- Christ s'y reproduit en corps et en âme. Elle nous rappelle l'état de son enfance , puisqu'il se soumet à la volonté de ses ministres qui le consacrent , le transportent , le distribuent comiue il leur plaît. Nous retrouvons dans l'Eucharistie une peinture de la vie publique de Jésus-Christ, de sa conversation parmi les hommes , puisqu'il est encore au milieu d'eux , qu'il y opère les mêmes merveilles, qu'il y guérit encore les malades spirituels, qu'il y prêche et qu'il y communique toutes les vertus. L'Eucharistie est aussi une commémoration de sa mort ; son corps et son sang y sont représentés séparés, quoique véritablement unis ; nous y voyons encore notre Sauveur exposé comme mort, quoique réellement vivant; il s'y oifre encore connue une victime de propitiation pour les péchés ; il présente ses prières à son Père avec des cris puissans: il lui demande miséricorde pour ses ennemis. Sa sépulture se trouve aussi marquée dans l'Eucharistie par le silence et l'obscurité où il demeure. Nous y trouvons sa résurrection , puisqu'il y est impassible et glorieux. Nous y reconnaissons enfin son Ascen-
SEK i35
sion, puisque c'est principalement parce sacrement qu'il nous ouvre le ciel , et qu'il nous donne droit à la gloire.
C'est ainsi , ô Pontife éternel, que par un excès d'amour vous prolongez à notre égard, jusqu'à la fin des temps , la mission que vous avez reçue de votre Père... , je vous retrouve tous les jours sur nos autels revêtu de toutes les humiliations de votre premier avènement.
J'ai , comme votre sainte mère , le glorieux avantage de vous porter et de vous concevoir dans mon sein : j'ai l'honneur, comme Siméon , de toucher de mes propres mains le Verbe fait chair; de vous adorer en qualité d'enfant, comme firent les pasteurs à la crèche; de vous accompagner jusqu'au Calvaire , comme les saintes femmes ; de me tenir aux pieds de votre ci'oix et d'assister à votre sacrifice, comme le disciple bienaimé ; de voir encore se renouveler en quelque sorte l'effusion que vous fîtes de votre sang au jour de votre mort, et de participer à toutes les grâces de ces mystères.... .\vions-nous assez pensé à celle charité excessive de notre Sauveur , ou plutôt ne comprenons-nous pas maintenant quel serait l'excès de notre ingratitude , si nous dédaignions de porter la main dans ces trésors immenses qui nous sont ouverts? Ah ! si ce fut un crime de la part de Pierre , de renoncer son maître dans le temps de sa passion , et de se priver ainsi ,
i36 SER
au moins pour ce moment , du fruit de ses souffrances et de son sacrifice ; que serait-ce si par iudiff"éreuce , nous nous privions des fruits de tous ses états et de tous ses mystères? C'est néanmoins ce qui arrive lorsqu'on néglige de se préparer à la participation de l'Eucharistie , et qu'on secoue par dégoût et par répugnance le noble devoir de s'en approcher. On refuse par là non-seulement une grâce ])articulière , une portion des trésors acquis par Jésus - Christ , et quelques effets de ses mérites et de ses souCfrances ; mais on refuse tout Jésus-Christ; on rejette tout à la fois le Rédempteur et la rédemption ; on méconnaît son Dieu, son Sauveur, son Libérateur; on le renonce daîis le temps même qu'il paraît plus et Libérateur et Sauveur ; et pour le dire en un mot, comme l'Eucharistie est l'accomp]isseme)it de tous les mystères de notre salut , et le dernier effort d^ l'amour de Jésus - Christ ; de même le mépris ou l'indi/ïêrence pour l'Eucharistie est , après le sacrilège , le dernier effort et le comble de l'ingratitude, non-seulement à cause de la multitude des grâces qui nous sont off'ertes dans l'Eucharistie, mais à cause de la nature même de ces grâces. Seconde raison qui prouve l'ingratitude de celui qui se retire de la communion par dégoût.
i". La grâce renfermée dans l'Eucharistie, est non - seulement une grâce de moyen pour
SER arriver à la fin de notre rédemption , mais elle est elle-même la fin de toutes les grâces. En effet , quelle est la fin de notre rédemption , et de toutes les grâces que Jésus-Christ nous a méritées? C'est de nous rapprocher de Dieu, de nous unir à Dieu , de rétablir cette communication intime de Dieu avec l'homme que le péché avait détruite , de ne former entre Dieu et nous qu'un même esprit et qu'un même cœur. Car c'est une vérité , et la première vérité de la morale , que notre cœur n'est fait que pour Dieu; qu'il ne peut trouver de repos qu'en Dieu; que toute sa félicité consiste à l'aimer et à le posséder.
Tout ce qui n'est point Dieu n'est pas digne de nous; notre cœur se dégrade et se rend malheureux en s'unissant à tout autre objet : en un- mot tout le désordre du cœur, c'est de vouloir posséder quelque chose qui ne soit pas Dieu, ou sans rapport à Dieu. Qu'avait fait le }>éché? 11 avait divisé l'homme
d'avec Dieu Il fallait donc
que Jésus-Christ, pour être véritablement Sauveur etLibérateur , nous rendît à Dieu, et nous fît rentrer dans sa possession. Donc si je trouve un sacrement qui opère cette union , qui me restitue tout mon Dieu , qui ne fasse de Dieu et de moi qu'un même tout , alors ma rédemption est complète, autant qu'elle peut l'être dans cette vie : dès lors je n'ai plus rien à désirer sur la terre, etjepos-
SER sède tout ce que Jésus-Christ m'a mérité par sa mission et ses souffrances.
Or, mes frères, c'est le caractère particulier delà divine Eucbaristie ; c'est sa vertu spéciale; c'est son effet propre de former entre Dieu et nous, je lie dis pas seulement une union de ressemblance et de figure , mais une union vraie, réelle et substantielle; c'est-à-dire, que la substance et la vie de notre âme se trouvent par la communion comme abîmées et confondues dans la substance et la vie de Dieu même : c'est-à-dire, que l'esprit de Dieu devient l'esprit de notre âme, que la vie de Dieu devient la vie de notre âme, et que les pensées et la volonté de Dieu deviennent les pensées et la volonté de notre âme. Je leur ai communiqué , disait Jésus-Christ à son père , après avoir donné à ses apôtres la communion de son corps et de son sang, je leur ai communiqué la même gloire, c'està-dire , le même esprit et la même vie que vous m'avez donnée , afin qu'ils soient un , comme nous sommes une même chose; je suis en eux comme vous êtes en moi , afin qu'ils soient consommés en l'unité :
Ego in eis et tu in me, ut sint consummati in wwm... ( Joan.
i7,22,23.)Parlamanducationde l'Eucharistie, le cœur de Jésus- Christ devient le nôtre , la plénitude de la divinité qui est en lui se répand jusqu'à nous , il demeure en nous et nous demeu-
rons en lui ; c'est la même vie qui passe du chef dans les membres ; c'est un tout qui est animé par le même esprit ; et le chrétien ainsi déifié par la présence de son Sauveur , ne forme plus , selon les belles et nobles idées de saint Augustin, qu'un seul Christ avec Jésus-Christ même.
0. union du cœur de Dieu avec le mien ! que vous me paraissez digne de ma reconnaissance et de mes empressemensl Le Juif se glorifiait autrefois qu'il n'y avait point de nation qui eût des Dieux si proche d'elle que son Dieu était proche de lui ; mais ce peuple ne le voyait que par des signes et dans des figures ; il adorait Dieu , mais il ne le possédait pas; son Dieu était près de lui, mais il n'était pas en lui... Il n'appartenait qu'à Jésus-Christ de se faire jour dans le cœur de l'homme , d'y introduire et d'y établir le Dieu de l'homme même ; d'ériger ce cœur en temple et en sanctuaire où Dieu habite et où il opère ; de répandre en lui l'être et la vie de Dieu , afin que Dieu lui-même fût tout en tous, Ut sit Deus omnia in omnibus ; (i Cor. i5, 28.) et c'est ce que j'ai appelé la fin de toutes les grâces , le terme de notre rédemption. Aussi l'Eucharistie qui produit tous ces effets , estelle nommée par Jésus -Christ la vie éternelle ; Qui manducat nieani carnem et bibit mewn sanguine?!! , habet vilam ceternam. (Joan. 6.)
Qu'on vienne nous dire après
i38 SER
cela qu'on peut se passer de l'Eucharistie... Voilà ce que j'appelle une énorme ingratitude , qui me dit que vous ne voulez point de Dieu ; que vous pouvez vous passer de son amour et de ses plus tendres embrassemens,.., que vous n'avez point de foi, que vous n'êtes touchés de rien ; et celte insensibilité pour les biens de la foi entraîne dans les précipices éternels. Ici se présente la troisième raison qui prouve l'ingratitude de celui qui n'a que de l'indifférence pour la grâce de l'Eucharistie : cette troisième liaison est la manière dont Jésus-Christ nous offre cette grâce même.
3°. Un homme a faitun grand festin ; Bomo quidam fecit cœnam magnam. (Luc, i40 C'est un homme , homo : ce seul mot me rappelle toute la tendresse de mon dieu ; c'est un homme qui est tout à moi, qui s*est chargé de toutes mes dettes , qui a porté tous mes péchés , qui a attaché à la croix ma condamnation ; homo. Cet homme qui est en même temps mon Créateur, mon Roi , mon Sauveur et mon Dieu , a bien voulu encoi'e me préparer un grand festin : Homo quidam fecit cœnam magnain... Il prit du pain et il dit: « Ceci est mon corps ; »
il prit le calice en disant :
« Ceci est mon sang. » (Malth. 26. ) Voilà tout l'appareil de ce grand repas. Mais ce sont ces faibles apparences qui m'invitent à aller ])rendre ma place.
A.h! si l'on exjjosait à mes yeux
SER toute la richesse qui est sur cette table, si celui qui y préside se faisait voir à moi tel qu'il est, je n'oserais m'y présenter : mais c'est du pain , et sous ce pain apparent est en mêhie temps et le Dieu qui me nourrit et la nourriture céleste qu'il me donne : c'est un pain ; le pauvre y peut donc prétendre aussi-bien que le riche... C'est un pain , et celui qui nous le donne l'a appelé notre pain ; un pain qui nous appartient , et auquel nous avons droit, Pa^e/ri nostrum. C'est un pain , nonseulement pour les jours de solennité et de joie , mais c'est un pain de chaque jour; c'est ce pain qu'il nous est ordonné de prendre et de manger, Accipïte et nianducate... Eh! que vous marquent cet autel toujours subsistant, ce tabernacle toujours dressé , celte table toujours préparée, ces ornemens exposés à vos yeux , ce ciboire, ces pains sacrés que l'on n'épuise jamais , ces ministres toujours présens ?... Que signifie cette prière que vous faites si souvent, "Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour , »
]!ar laquelle nous commençons et nous finissonstous nos offices, que nous faisons retentir hautement dans la célébration de nos mystères? Ne sont-ce pas là autant de voix qui vous crient , comme l'époux dans le livre des cantiques : Mangez , mes chers amis, venez boire dans la coupe que je vous présente, enivrezvous de ce vin céleste : Coms-
SER dite, amici , bihite et wf^brin-
mini^ charissimi ( Cant 5. )
Nous voilà donc tous invites et pressés de prendre part à ce feslin , aussi bien que les conviés de notre parabole — Voilà donc la parabole du feslin accomplie dans TEucharislie ; et votre ingratitude pour un si fjrand bienfait , achève d'en remplir toute la vérité. En vain nous vousavertissons quel'heure est venue, c{ue vous êtes attendus , que tout est prêt : Quia patata siint onmia. Vous opposez toujours des excuses frivoles : Cœperwit omnes sinml excusare. Vos intérêts temporels , les engagemens de vos passions prévalent sur le devoir de la reconnaissance. Il faudrait, pour venir communier, rompre des liaisons criminelles , corriger des habitudes d'excès et de débauche , faire des restitutions , se réconcilier avec cet ennemi , réparer tous les scandales... Il faudrait vous réformer et vous renouveler tout entier. Mais non,' il vous en coûterait trop :
vous aimez mieux qu'on vous excuse : Rogo te, habe me exciisatum... Mais ne vous y trompez pas; on ne refuse point ce repas impunément ; d'autres prendront votre place, et aucun de ces ingrats n'enti'era dans la salle du festin éternel.... Ce n'est donc pas seulement un excès d'ingratitude envers Jésus-Christ, que de négliger la communion , mais encore un excès d'injustice contre soimême.
SECOND POIMT.
En considérant dans le détail, soit les besoins de notre ànie , soit les fruits qui sont propres à l'Eucharistie , on comprend aisément qu'il faut avoir renoncé à son propre salut, pour mépriser un secours aussi nécessaire pour le salut même que celui de la communion. Je dis un secours nécessaire , de nécessité de précepte divin dans plusieurs circonstances de la vie , qui font que le fréquent usage de la communion doit être conseillé aux chrétiens ; et que ceux qui aiment véritablement leurs âmes , ne peuvent trop désirer, trop demander d'y participer souvent.
L'état de notre âme , dans cette vie , est un état de pèlerinage. Nous sommes tous étrangers et voyageurs sur la terre. Nous avons un long chemin à faire, de grands travaux à essuyer , de rudes épreuves à soutenir, des obstacles difficiles à surmonter , des ennemis redoutables à vaincre... Dans cette situation si triste et si déplorable, notre âme avait besoin d'une nourriture qui la soutînt , d'une arme et d'un bouclier qui la défendissent , d'un gage de son bonheur futur, qui la garantît de la pusillanimité et de la défiance. Or, mes frères , l'Eucharistie a ces trois caractères. Elle est une nourriture qui entretient et qui augmente les forces de l'àuje , pour mai'cher avec courage au milieu des travaux et
i4o SER
des périls de la vie ; elle est un préservatif qui la défend contre les tentations et les chutes ; elle est un gage de la gloire future, qui lui assure en quelque sorte sa persévérance et sa couronne.
1°. Je dis, 1°. que TEucharislie est une nourriture qui entretient et qui augmente nos forces ; et dès lors vous verrez si c'est aimer son âme que de lui refuser cette nourriture. Il en est de notre âme, par rapporta la vie spirituelle, comme de notre corps par rapport à la vie temporelle. Celui-ci , quoique vivant et animé quand il est entré dans ce monde, périi-ait bientôt , si on ne remplaçait pas tous les jours par la nourriture ce qu'il perd de sa substance... C'est ainsi, chrétiens , que votre âme qui renaît par le baptême, et qui ressuscite par la pénitence, a besoin encore d'une nourriture qui entretienne et qui fortifie la vie qu'elle a reçue. Hélas! on ne saurait dire combien cette vie de notre âme est faible et languissante , et dans c[uels périls on est continuellement de la perdre : notre âme même , depuis îe péché , tend , pour ainsi dire , toujours vers la mort ; le feu de la concupiscence l'altère, les passions la consument, les plaies qu'elle reçoit l'énervent et l'affaiblissent; elle n'a qu'un léger souffle dévie, que le moindre vent de la tentation peut dissiper; et cependant , malgré toutes ces faiblesses, il faut qu'elle coure
SER dans la voie pénible des commandemens ; qu'elle se roidisse contre un torrent qui l'entraîne ; qu'elle se fatigue à combattre des ennemis qui l'attaquent de toutes parts... Seriez-vous donc assez inhumain, mon cher auditeur, pour lui refuser un vin qui anime son cœur et qui le réchauffe? Seriez-vous assez injuste pour la priver d'un pain qui lui rend toutes ses forces , qui la rétablit , qui la rend saine , qui renouvelle toute sa substance ? Finum Icetificet cor hominis , vt exliilaret faciem in oîeo , et panis cor hominis confinnet... ( Ps. io3, v. i5. ) Or, mes frères , ce pain et ce vin que voti'e mère , qui est l'Église , vous présente , c'est l'Eucharistie. Jésus-Christ ne s'en est-il pas expliqué en termes bien formels? « Le pain que je dois vous donner , dit-il , c'est ma propre chair. Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en vous. Ma chair est vraiment viande, et mon sang est vraiment breuvage. Celui qui me mange vivra aussi par moi. »
( Joan. 6. )
Ainsi , mes frères , si vous me demandez ce qu'il faut faire pour avancer dans la piété , pour croître dans l'amour de Dieu , pour vivre dans un esprit de pénitence , je vous répondrai que vous devez vous approcher souvent de la sainte table ; que la communion est cette huile divine qui ferme toutes les plaies
SER de l'âme ; qu'elle l'aide merveilleusement à porter le joug de Jésus-Christ; qu'elle la console dans toutes ses peines, et que c'est principalement dans la communion de son corps et de son sang, que Jésus-Christ veut qu'elle vienne chercherauprès de lui son repos et son soulagement. V^enite ad me oinnes qui laboralis et onerati estis , et ego reficiam iws. ( Matlh. ii. ) Je vous ferai remarquer que c'est par la force de ce sacrement, qu'autrefois les martyrs ont livré leurs corps aux plus affreux supplices... Je vous dirai que tout ce que vous avez aujourd'hui de bonne volonté , de bons sentimens , de goût pour la prière et pour la parole de Dieu. . , vous le devez, pour la plupart , à la communion. Je vous rappellerai ces jours de solennité et de joie , où l'espérance seule et la pensée de la communion vous soutenaient; où pendant le sacrifice vous brûliez d'une sainte ardeur de tout entreprendre , de tout souffrir pour celui qui allait se donner à vous ; où après la communion vous faisiez mille protestations de ne jamais vous séparer du Dieu dont vous étiez les temples.
2°. Mais je veux que , sans la communion , vous ayez d'ailleurs assez de nourriture pour vous soutenir , avez-vous des armes pour vous défendre contre les attaques du démon , et pour résister à toutes les tentations auxquelles vous êtes exposés. Hélas! je ne sais quelles
sont vos armes; mais ce que je sais , c'est que vous succombez à toutes les tentations. La moindre occasion de péché vous entraîne ; un seul exemple , un simple conseil vous fait tomber dans les plus grandes fautes; il ne vous faut qu'une légère injure pour exciter en vous la colère la plus violente ; il ne vous faut qu'une petiteadversité pour vous exciter à la défiance et au murmure ; que dis-je! une simple pensée vous fait quelquefois commettre les crimes les plus honteux. Ahl si, après votre conversion , vous vous étiez mis en état de communier souvent , tous ces péchés dont il vous semble aujourd'hui si difiicile de vous défendre , n'oseraient approcher de vous : car, c'est le second caractère de l'Eucharistie , d'être un préservatif contre les tentations et les rechutes.
Lorsque l'ange exterminateur affligea les maisons des Égyptiens , ensorte qu'il ne s'en trouva aucune où il n'y eût un mort, il épargna celles des Israélites, qu'il vit teintes du sang de l'agneau qu'ils avaient immolé et mangé chacun dans leur famille. Figure bien naturelle des effets que doit produire l'agneau caché dans le sacrement de nos autels. Hélas! il n'y a presque pas aujourd'hui dans le monde une maison où il n'y ait un mort ; quelquefois dans une même maison tout est mort par le péché , tout est ravagé.
L'exécuteur des vengeances di-
iqz SER
vines, qui est le démon , porte le glaive partout ; c'est une désolation universelle ; le crime s'introduit dans tons les cœurs , et nous ne voyons plus f|ue des âmes qui périssent misérablement. Ali ! si elles avaient été dignes de manger l'agneau , si tous les cœurs avaient été marqués du sang de cette victime , qu'ils nous auraient épargné de larmes! L'ennemi n'eût osé attaquer ces âmes , et elles n'eussent point été frappées d'une plaie mortelle.
Comprenez donc une bonne fois quel est le bien dont vous vous privez quand vous négligez la communion. Vous dites quelquefois qu'il est bien difficile de se sauver dans le monde ; que les tentations y sont si fortes et si fréquentes , qu'on se lasse d'y résister — Mais que n'agissezvous conséquemment ? Vous êtes toujours exposé aux tentations : que n'avez - vous donc toujours avec vous le Sauveur qui vous ^léfendrait contre elles? Vous devriez être tout couvert du sang de l'agneau :
Jésus- Christ devrait vous êire aussi présent que le glaive que porte le soldat ; et jamais le démon ne devrait vous attaquer , que vous ne puissez lui montrer en vous son vainqueur et son destructeur. C'était le conseil que donnait saint Ambroise :
Ayez toujours, vous disait ce père , le corps de Jésus-Christ , afin que l'ennemi voyant votre âme si bien gardée , s'enfuie et se relire. Nous sortirons , dit
SER saint Chrysostôme, de la table eucharistique comme des lions qui exhalent le feu, et qui se rendent redoutables aux démons ; et David, par un esprit prophétique , rendit grâces à Dieu de ce que la table qu'il lui avait préparée, était comme un retranchement et un asile qui le mettait à couvert de tous les efforts de ses ennemis : Pavasti in conspectu ineo mensani adversLis eos qui tribulanl me.
( Ps. 22 , v. 5. )
3°. Enfin l'Eucharistie est un gage de notre immortalité et de la gloire que nous attendons.
«( Celui , dit Jésus -Christ , qui jnange ma chair, je le ressusciterai au dernier jour; » comme s'il eût voulu dire qu'en nous donnant son corps , il voulait en même temps nous donner le germe de la vie glorieuse — L'Eucharistie, disent les pères , est un remède d'immortalité , un antidote contre la mort; et saint Cyrille nous avertit que c'est par l'union de nos corps avec celui de Jésus-Christ , que nous recevons le principe de la \ie incorruptible que nous attendons dans le ciel.
Me voilà donc , pour ainsi dire, payé par avance , lorsque je reçois Jésus-Christ : son sang qu'il me communique est comme l'obligation et l'engagement du salaire qu'il m'a promis. Il est vrai que quand je pense à la justice et à la sainteté de mon juge, je n'attends que condamnation et que mort... Mais si je suis muni de moii Sauveur , de mon
Rédempteur , si j'ai soin (]e communiquera soacorps,si mon âme se trouve noyée dans son san^j précieux , et si j'ai le bon- Jîeur de faire cette grande action avec des dispositions saintes, et d'en conserver le fruit , alors je serai hardi à comparaître devant lui; je défierai, si j'ose le dire , sa justice de frapper sur moi ; et j'étalerai tous mes droits , fondés sur le gage précieux que je représenterai.
Mais pour vous , qui vous privez si volontiers de ce gage...., quels sont vos droits , pourrait vous dire le Père céleste , si vous paraissiez aujourd'hui devant lui.
Montrez vos titres , vous diraitil ; je ne vois pas avec vous mon Fils ; vous n'êtes pas marqué à son sceau; je ne vous reconnais pas, retirez-vous de moi. Tant il est vrai que c'est être cruel envers soi - même , c{ue de se priver , par indifférence , des grâces de la communion. Conclurons-nous qu'on doive s'en approcher sans préparation ?
Non : et si j'avais entrepris de traiter des dispositions à la communion , je vous aurais fait voir que parmi ceux qui commuuientfréquemment, ilen estplusieurs qui ne sont pas même disposéspourcommunier rarement.
Quelle est donc la conclusion que je veux tirer? c'est que le désir le plus familier de notre cœur doit être de communier; que nous devons faire tous nos efforts pour nous rendre dignes de participer fréquemment à nos saints mystères ; que c'est à
cette fin que vous devez raj)porter toutes vos prières, toutes vos confessions, toutes vos bonnes œuvres , tous vos travaux , tout le règlement de votre vie.., que se déterminer ])ar pure |>aresse à ne point communier, et pour éviter les préparations qu'il faudrait y apporter, c'est une faute qui peut avoir des suites terribles..., que selon la doctrine des saints, nous devons tendre à vivre tous les jours de manière que nous puissions être dignes de communier tous les jours : Sic vive , lit qiiotidie nierearis accipere , dit saint Ambroise.
Voilà, mes frères, le précis de mon discours. Tout autre conséquence qui préjudicierait au respect qu'on doit à ce sacrement , qui irait à justifier ces communions d'habitude qui se font sans zèle , sans discernement, sans préparation, sans changement de conduite, je la désavoue , je la réprouve. Je finis en vous adressant ces paroles de Jésus - Christ à Zachée : hâtez- vous de venir à moi ; car je veux aujourd'hui habiter dans votre maison : Festinans descende^ quia hodie in domo tua oportet me manere.
Cet homme s'était distingué par son zèle à voir le triomphe de Jésus-Christ entrant dans Jérusalem : le fils de Dieu voulut le récompenser en l'honorant de sa présence.Nous vous voyons également accourir avec joie dans nos temples pour adorer Jésus-Christ caché dans l'Eu-
i44 SER
charistie , lorsqu'on l'expose à votre foi et à votre piété. Mais cela ue suffit pas pour répondre à la charité de votre Sauveur.
Il vous dit par ma bouche, que non-seuleinent il veut être vu et adoré, mais qu'il veut être reçu et devenir votre nourriture. Hâtez-vous donc de lui préparer la maison de vos cœurs.
Hâtez-vous de vous convertir , afin que Jésus - Christ s'étant rendu maître de vos âmes par la communion de son corps et de son sang, il les rende éternellement heureuses par la communion de sa gloire. (Le père Gaspard Terrasson, dansson sermon de la communion, Carême, t. 3.)