‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 24 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ce n'était pas seulement un

conseil de l'apôtre, c'était un commandement exprès qu'il faisait aux Corinthiens , lorsque parlant de l'auguste sacrement du corps de Jésus-Christ, de la plus essentielle disposition pour y participer dignement, il leur disait : que l'homme s'éprouve lui-même, et qu'après avoir eu soin de se purifier , il approche ainsi de la table du Seigneur, et prenne la nourriture divine qui s'y distribue : Probet autem sc^'i ipsum Jiomo , et sic de pane illo edat et de calice hibat. ( i Cor.

1 1.) Car , poursuivait le maître des gentils , manger ce pain des anges , taudis qu'on estpécheur, c'est le profaner ; c'est se rendre coupable de la chair du Sauveur, c'est manger son jugement et sa condamnation... Paroles qui contiennent en abrégé tout le fonds de cette première partie, où j'ai trois choses à vous faire voir. i». Le crime d'un pécheur qui communie dans l'état du péché ; 2°. les suites funestes de cette communion sacrilège ; 3°. le remède dont le pécheur doit user pour se préserver de l'une et de l'autre , en effaçant la tache de son péché. Prenez garde , c'est à Jésus-Christ même , et au corps adorable d'un Dieu qu'il s'attaque par le plus sanglant outrage ; voilà son crime : Keiis erit corporis et sanguinis Domini. De là , à cette source même de la vie, il reçoit la mort et la damnation ; voilà les suites malheureuses où il s'expose : Judiciian sibi inandiicat et bibil.

Qu'a-t-ildoncà fairc?Sebien connaître , et aller , en se connaissant, à la piscine de la pénitence pour laver tout ce qu'il découvre dans son cœur d'infect et de corrompu ; voilà le remède et le moyen qu'il doit mettre en œuvre : Probet autem seipsum /zo777c». Trois importantes instructions qui demandent toute votre attention.

1°. Ce que nous marque d'abord l'apôtre , c'est le crime d'une communion sacrilège.

Vous voulez savoir en quoi il consiste. Écoutez-le , c'est que de tous les crimes il n'en est point en général de plus grief que la profanation des choses saintes; et que de toutes les profanations il n'en est point en particulier de plus criminelle que la profanation du saint des saints, qui est Jésus-Christ. Or, tel est le crime dont je parle.

Je ne prétends pas seulement que c'est profaner le temple de Dieu, le sanctuaire et l'autel àe.

Dieu. Mille fois ces profanations ont allumé la colère du Ciel, et fait descendre sur la terre tous les fléaux de sa justice; mais ici il y a plus encore, puisque c'est profaner la chair même de Jésus-Christ, Homme- Dieu, le sang même de Jésus- Christ, fils de Dieu, le sacrement même de Jésus - Christ , égal à Dieu et vrai Dieu : Reus erit corporis et sanguinis Domini. C'est, dis-je ,le profaner, et comment? par l'usage étroitement défeiidu, et par l'usage le plus justement défendu. Je

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tlis4'usagc le plus étroitement défendu : car ce qui est saint n'est accordé qu'aux saints ; et cela dans un sens» si rigoureux et si précis , que l'Église mèine , sans égard à la contrition du pécheur , lui interdit la participation du saint mystère, avant qu'il se soit humilié en la présence du prêtre , et qu'il y ait reçu la rémission de son péché, lorsqu'il peut y avoir recours.

Je dis l'usage le plus justement défendu; pourquoi? parce que c'est rassoniblaf^e le plus monstrueux, el l'alliance la plus abomin.îhle de la divinité même avec le péché ; et souvent avec toute la corruption du péché.., parce que c'est traiter Dieu en homme , et non en Dieu : en homme à qui l'on ne rend que des hommages extérieurs ; et non en Dieu, qui comme Dieu , et Dieu souverainement saint , veut être honoré en esprit, et par la préparation de l'âme , afin d'être honoré dans la sainteté même..., et il est certain que de tous les attributs de Dieu, il n'en est point dont il ait paru plus jaloux, ni sur quoi il ait exigé de la part des hommes plus de précaution que sa sainteté, comme il n'en est point pour lui de plus glorieux.

C'est pour cela que dans l'ancienne loi il recommandait tant aux prêtres de se sanctifier :

soyez saints , parce que je suis saint.

Or là-dessus raisonnons : c'était un crime pour eux de paraître à l'autel du Dieu vivant,

SER de toucher à ses vases sacrés, de lui immoler la chair et le sang des animaux avec des mains impures : que sera-ce de le recevoir lui-même avec un cœur flétri et une conscience souillée?

Je vous le demande, mon cher auditeur , que sera-ce de le recevoir , ce Dieu de pureté et la pureté même , avec les idées lascives , avec de sales désirs , avec des attachemens criminels , avec les plus sensuelles cupidités? Que sera-ce de le recevoir , ce Dieu de charité et la charité même , avec les aigreurs et les ressentimens, avec les haines et les inimitiés, avec le venin de l'envie, avec le fiel de la médisance , avec l'animosité de la vengeance et de toute sa malignité? Que sera-ce de le recevoir, ce Dieu de vérité, et la vérité et l'équité même , avec des intrigues , avec des projets dans l'âme pleins d'artifice et d« mauvaise foi , pleins de supercherie et d'injustice ?... Poussez vous-même cette morale, mes frères, et jugez-vous vous-mêmes.

Est-ce là le distinguer ce Dieu si saint; est-ce l'honorer dans .sa sainteté; ou dites-moi, si ce n'est pas le livrer entre les mains des pécheurs? Delà ce parallèle que faisait saint Chrysostôme , lorsqu'il comparait le chrétien profanateur du sacrement de Jésus-Christ à tout ce que les Juifs tramèrent contre lui de plus perfide et entreprirent de plus violent... Delà serons-nous surpris des suites malheureuses qu'attire sur le pécheur sacri-

SER iége une telle profanation du plus redoutable sacrement?

2". Suivons toujours la pensée de l'apôtre, et attachonsnous à ses paroles. De tous les analhènies que l'esprit de Dieu a prononcés, voici, j'oie le dire, l'un des plus i'oudroyans et des plus capables de répandx'e une utile terreur dans nos âmes , si ïjous n'avons pas perdu tout sentiment de religion. Car il ne faut point se flatter , ajoute le saint apôtre ; il ne faut point se persuader c[ue le plus grand de tous les crimes n'ait pas sa peine, et une peine proportionnée à sa grièveté.En conséquence du parricide des Juifs contre Jésus-Christ, tout le sang de cet Homme-Dieu, ce précieux sang tomba sur cette nation infidèle, et les frappa d'une malédiction à laquelle ils s'étaient eux-mêmes condamnés, sans le savoir, et dont ils ne se sont jamais relevés : Sanguis ejus super nos. (Matth. 27.) Et en conséquence de l'injure faile à Jésus-Christ dans son sacrement par le pécheur qui le profane , que mauge-t-il ce profanateur, et que boit-il, lors même qu'il boit et qu'il mange à la table du Seigneur? Ah î mes frères, humilions-nous et tremblons :

c'est son propre jugement qu'il mange, et c'est son propre jugement qu'il boit : Judiciwn sibi manducat et bibit. De sorte que tout est renversé pour lui, et que selon le caractère des meilleures choses, de devenir les plus pernicieuses, dès que

nous en altérons la vertu , et que nous les pervertissons , ce qui devait être la guérison des plaies de son cœur, les envenime et lui met la mort dans le sein : ce qui devait être le prix de sa rançon , le charge d'une dette toute nouvelle, et dont le poids l'accable : ce qui devait le combler de biens et des plus abondantes bénédictions du Ciel, le réduit dans l'extrémité delà misère et dans la dernière désolation : ce qui devait le rendre*sensible pour Dieu, l'éclairer et le toucher , achève de l'endurcir et de l'aveugler : ce cjui devait l'approcher de Dieu , le tenir uni à Dieu , l'en éloigne plus que jamais, et l'en sépare presque sans retour : enfin ce qui devait lui imprimer le sceau d'une heureuse prédestination pour être un jour reconnu et placé parmi les élus , lui imprime le sceau d'une éternelle réprobation , pour être confondu et rejeté parmi les démons.

Quedis-je, chrétiens, et quelle horreur? Mais de tout ce que je dis, y a-t-il rien c[ui ne soit renfermé dans la terrible menace de saint Paul ? Judiciwn sibi manducat et bibit. ( i Cor.

Nous en avons un témoignage bien éclatant : c'est celui de Judas. Ce fut dans la loi nouvelle le premier profanateur du corps de son maître et de son Dieu...

Le voilà livré à Satan, qui dès l'heure même en prend possession... 11 se lève, il se retire , il .sort , et où va-t-il ? De la table

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même où il vient de communier, il va chercher les complices de sa noire perfidie , et consommer le détestable dessein qu'il a conçu. Endurcissement bien étrange , mais suite presque infaillible de la profanation des sacremens , surtout du sacrement le plus excellent et le plus divin... Triste vérité qui ne regarde pas seulement le monde libertin, mais les plus saintes professions et les plus saints lieux, puisque nous la voyons vérifiée dans l'école même* de Jésus-Christ , et dans un apôtre, il me semble donc que m'adressant à l'un de ces chrétiens sacrilèges et profanateurs, je pourrais lui appliquer ces paroles que saint Cyprien adressait aux apostats qui renonçaient Jésus-Christ en présence des autels. Hél quoi, mon frère lui dirais-je, à l'approche du sanctuaire, la frayeur ne vous a-t-elle point saisi? Vos yeux ne se sont-ils point troublés ?

N'avez vous point senti vos genoux plier et vos pas chanceler?

Quoiqu'il en soit , savez-vous ce qui vous est arrivé ? Le comprenez-vous? Vous êtes venu recevoir de la main du prêtre la victime d'expiation ; et vousmême aux pieds du prêtre, vous vous êtes rendu une victime d'abomination ; car , ne vous y trompez pas , c'est là que vous avez sacrifié votre foi , votre espérance , votre salut , et par conséquent, que vous vous êtes sacrifié \o\xs-même. Ipse ad aras liostiœ , victima ipse venisti.

SER 3°. Que l'homme s'éprouve donc , et que ce soit une épreuve exacte et solide , forte et généreuse : Probet autem seipsum homo. Épreuve exacte et solide , qui consiste dans un retour sur lui-même, pour bien juger de lui-même , et pour voir si la disposition de son àme peut convenir à la sainteté du mystère où il veut participer. Épreuve forte et généreuse , qui consiste dans une volonté constante de faire tout plutôt que de profaner jamais un sacrement si vénérable. Double • épreuve qui retranchera les deux principes les plus ordinaires des communions indignes : l'un est une criminelle illusion , l'autre une lâche irrésolution.

S'il y a tant de communions sacrilèges, en voici le premier principe, et c'est ce que j'appelle illusion. On se croit suffisamment préparé , et on ne l'est pas , parce qu'on n'y a, ni donné le temps, ni apporté le soin, ni fait l'attention qde requiert la ])lus grande action du christianisme. On se contente d'une préparation vague et superficielle , où l'on ne veut entrer dansaucun détail de mille points qui intéressent la conscience...

On se contente d'une préparation fausse et palliée où l'on dissimule avec soi-même , et l'on se trompe soi-même. On se persuade que tel ressentiment qu'on a dans le cœur, que telle habitude et telle liaison qu'on entretient avec celui-ci ou avec celle-là , que telle liberté qu'on

se donne dans les conversations, que telles peines qui naissent sur certains divertissemens et certains spectacles, sur certaines sociétés et certaines intrigues, sur certaines acquisitions et certaines possessions , que cent choses de cette nature ne doivent point être des sujets d'inquiétude en communiant. Erreur. Il faut une épreuve plus exacte et plus solide ; il en faut une qui soit forte et généreuse.

Car, combien y a-t-il de ces conjonctures critiques où l'on profane le sacrement , non par ignorance de son état, mais par défaut de fermeté et de courage à sortir de son étati On se trouve chargé d'un de ces péchés qui coûtent tant à révéler : on l'aime malgré toute sa honte , et l'on y est attaché. Cependant arrivent des jours où il faut approcher de l'autel ; dans une maison, une fille, une femme, un domestique seraient remarqués, s'ils laissaient passer une fête solennelle, une pàque sans s'acquitter de leur devoir... Quel parti prendre? Avouer de bonne foi son désordre à un confesseur, et y renoncer constamment c'est l'unique remède ; on le sait : mais on n'a pas la force de le prendre. Après avoir balancé quelque temps et disputé avec soi-même, on se détermine, on marche, on avance, on prend place au banquet céleste, et tout pécheur qu'on est , on y mange le pain des anges. Là, sous l'œil d'une mère, vient se ranger une jeune personne , qui veut ôter

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toute défiance de sa conduite et de son égarement. Là, sous l'œil d'un maître, vient se ranger un domestique , qui veut couvrir son libertinage et ses débauches. Là , sous les yeux d'une compagnie dont on est membre, vient se ranger un particulier qui veut garder les dehors , et cacher des faiblesses indignes de sa profession. Là , sous les yeux d'une ville , vient se ranger un magistrat qui veut donner l'exemple, et se maintenir dans l'estime publique. lia... Ah!

que faites-vous, perfide Judas?

âme noire , que faites-vous , et où venez-vous? vous trahissez votre Dieu , et vous le trahissez par un baiser : Osculo /ïliumho' minis tradis. (Luc , c. 22.)

Que l'homme s'éprouve donc lui-même , Frobet aittem seipsumhomo. Qu'il s'éprouve, et qu'en s'éprouvant, il abatte le mur de séparation qui le tiendrait éloigné de la table de Jésus-Christ. Qu'il lève tout obstacle, qu'il rompe tout commerce , qu'il surmonte toute habitude , qu'il s'assujettisse à toute condition : il en sera pleinement dédommagé par l'avantage inestimable de pouvoir avec la pureté de l'âme communier dignement , et de pouvoir même avec la piété de l'âme communier saintement.

SECONDE PARTIE

Saintes réflexions par rapport à l'esprit , saintes affections par rapport au cœur, saintes résolutions par rapport aux œuvres

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et à l'éditication des mœurs :

voilà la piété de l'âme et les règles sûres pour communier saintement. Saintes réflexions où la ]iiété s'allume et s'excite ; saintes affections où la piété s'épanche et agit; saintes résolutions où la piété se fortifie et s'affermit.

I". Saintes reflexions. Le premier mobile de l'âme, c'est la réflexion , parce que l'âme ne s'affectionne qu'autant qu'elle connaît, et que la diversité des vues qui la conduisent , fait la diversité de ses sentimens. De ce principe, il s'ensuit que plus nous sommes éclairés des vues de la foi sous lesquelles nous devons envisager nos mystères , et entre les autres mystères celui de nos autels , plus la piété s'enflamme; et par conséquent que ce doit être là le premier soin de l'âme chrétienne en se disposant à la communion. Telle était aussi la maxime de saint Chrysostôme. Prenez garde , mon frère , dit ce saint docteur, prenez garde, et ne croyez pas c{ue ce soit assez d'approcher du Seigneur et de son sacrement , si vous en approchez sans piété et négligemment. Mais cette piété, comment vous la procurerez-vous? par la pensée. Cogiia guali sis insigniLus honore, qiiali ■mensâ fniaris. ( Hom. 60 , ad popul. Antioch.)

Oui, souvenez-vous et pensez, mais attentivement , mais solidement, mais à loisir et fréquemment, où vous êtes appelé, et à quelle table vous êtes in-

SER vite. Cogita : ouvrez les yeux de l'esprit ; et comme Moïse , selon l'expression de l'Écriture , voyez l'invisible même , contemplez-le sous ces viles espèces qui nous le dérobent , et portez vos regards au travers des nuages qui l'environnent : cogita.

Considérez -le comme un roi plein de majesté , quoiqu'il ne la découvre pas encore , et qu'il en cache même l'éclat sous de faibles apparences : comme un Messie envoyé de Dieu, et Dieu lui-même, qui du séjour et du trône de sa gloire daigne s'abaisser jusqu'à vous et vous honorer de sa visite : comme un vainqueur qui veut vous soumettre à l'empire de sa grâce :

comme un Sauveur qui , touché de compassion , vient roni])re les liens de vos habitudes criminelles, vous délivrer des engagemens du péché , et répandre sur vous avec profusion ses miséricordes : comme un médiateur qui, malgré vos égaremens passés et toutes vos infidélités , se donne à vous pour être lo gage de voU'e réconciliation avec Dieu, pour en être la victime et vous en assurer les fruits:

comme le pasteur de votre âme, comme le médecin de votre âme , comme le docteur et la lumière de votre âme, comme l'aliment, le soutien , la v'îe de votre âme :

Cogita. Voilà comment vous pourrez exciter , rallumer ou faire croître votre piété: Cogita quoli mensâfruavis.

Et en effet, qu'une âme ait toutes ces idées bien vives et

bien imprimées dans la mémoire , il est impossible qu'elle n'en ressente point l'efficace et la vertu. Est-il nécessaire alors de lui recommander le respect , l'attention , le recueillement ?

Est-il nécessaire qu'on l'exhorte à oublier tout objet créé, et à se renfermer tout entière dans la vue de son Dieu et de sou Créateur? Est-il nécessaire qu'on lui apprenne à composer ses sens, et qu'on s'étende là-dessus eu de longs préceptes? Dans un moment elle sait tout cela ; et pour tout cela il ne lui faut , ni le secours d'une lecture qui l'attache , ni la conduite d'une méthode qui la dirige. Hé I comment pourrait-elle se dissiper et se distraire, lorsqu'elle est investie de la majesté du Très- Haut ! comment pourrait-elle donner entrée à de vains fantômes, lorsqu'elle est toute remplie de la divinité même? Comment oserait-elle lever les yeux, lorsqu'à la présence du souverain maître , une pudeur toute sainte la confond, ou C[u'une frayeuv toute religieuse la saisit?... Que tout passe autour d'elle , et que tout repasse ; que tout auprès d'elle se remue , et que tout agisse ; ayant des yeux elle ne voit rien , ayant des oreilles elle n'entend rien, ayant des sens elle n'est sensible à rien. Il n'y a , à ce qu'il lui semble, dans l'univers que Dieu et elle... De là même jugeons, mes frères, pourquoi dans la communion nous nous trouvons si peu attentifs et si peu

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appliqués; pourquoi nous avons tant de peine à fixer une imagination libertine et déréglée ; pourquoi tant de souvenirs profanes, d'affaires humaines semblent attendre ce moment pour s'offrir à nous et nous troubler :

jugeons-en et ne nous en prenons qu'à noitsnicmes. Et le moyen que Tesprit ne fût pas sujet à ces éga remens , de la ma- •nière dont on vient à la sainte table. On y vient sans avoir soin de se retirer en soi-même , ni de s'élever à Dieu. On y vient immédiatement et sans intervalle après un entretien , une étude, un travail, un embarras d'occupations tumultueuses, où l'àme s'est toute répandue audehors , et tout évaporée....

Dites alors tant qu'il vous plaira, que dans toutes ces distractions il y a plus de fragilité que de volonté. Accusez-en la faiblesse naturelle, la vivacité du tempérament : pour moi dans un mot je vous réponds: Cogita, cogita.

Une sérieuse méditation corrigerait tout, et exciterait ces saintes affections qui doivent encore animer le cœur.

2°. Saintes affections. Que vous en dirai-je, chrétiens? ce sont de ces secrets qu'il n'est pas permis, selon saint Paul, de produire au-dehors; ce sont de ces sentimens qui , conçus dans le cœur, ne peuvent être compris que par le cœur même qui les a formés : Arcana vevba quœ non licet homini loqui. ( 2 Cor. c. 12.) Qu'on les arrange sur le papier, qu'on en rem-

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plisse les livres, qu'on en compose des volumes entiers , l'âme dans son langage , et à cet heureux temps où le Dieu qu'elle possède la possède elle-même et l'inspire, en dit plus mille fois que n'en peuvent exprimer les plus longs discours, et que n'en peuvent contenir tous les discours et tous les traités. Ne nous en étonnons point. Elle a dans elle le maître qui l'instruit, non par de sèches spéculations, mais par une pratique actuelle, où, sans lui dicter expressément ce qu'il faut faire, il le lui fait faire, et sans lui marquer ce qu'il faut sentir, il le lui fait sentir. Elle a dans elle le Dieu de son cœur, qui le tourne , qui le meut, qui l'attendrit, qui l'embrase, qui le dilate , qui le resserre , qui l'élève , qui l'abaisse selon les divers mouvemens de cet esprit dont a parlé l'apôtre , et dont les opérations, quoiqu'il soit toujours le même, sont si différentes. Elle a dans elle le Dieu du ciel , et par conséquent elle a le principe de tous ces ravissemeus et de tous ces transports où les saints se sont abandonnés, et qui les enlevaient hors d'eux-mêmes.

De là est-il rien dans l'amour de si vif et de si ardent, dont l'âme ne soit brûlée et toute consumée ? 0 sacrement d'amour ! de votre amour pour moi , mon Dieu , et de mon amour pour vous ? 0 sacré lien qui vous unit à moi et qui m'unit à vous ! O sacramentum pielatis! 6 vinculurn charitatis! De

SER là est-il' rien dans la confiance de si intime et de si consolant , dont elle ne goûte toutes les douceurs. Vous daignez , Seigneur , reposer dans mon sein , et c'est dans le votre que je reposerai éternellement moi-même : In pace in idipsum dormiam et reqidescam. (Ps. 4-) D*^ là , est-il rien dans la reconnaissance de si généreux et de si grand , où elle ne voulût se porter, et qui la pût arrêter?

Vous avez dit, Seigneur, que celui qui mangera votre chair, vivra pour vous ; que ne puisje , après avoir vécu pour vous et par vous, vous rendre vie pour vie , et mourir encore pour vous : Quis inihi hoc tribuat iit moriar pro te ? (2 Reg. 18.) De là est-il rien de si vil et de si abject où son humilité ne voulût descendre , s'abimer et se concentrer ? Vous , mon Dieu , au milieu de moi ! Ah ! Seigneur, retirez-voas et me laissez dans le fond de ma misère :

Exi à me Domine. De là quel dévouement à Dieu , quelle joie en Dieu ; quels élancemens vers Dieu. Tout en est pénétré dans moi , Seigneur, tout en a tressailli , mon cœur , ma chair , toutes mes puissances : Cor meum et caro mea cxullaverunt in Deum vivum. . . (Ps. 83.) L'âme n'en demeure pas là : elle passe à de saintes résolutions qui l'attachent inviolablement à Dieu , et la portent désormais à la plus parfaite observance de ses devoirs.

3". Tout le reste est bon, mais

on peut dire qu'il ne l'est qu'autant qu'il nous dispose , et qu'il nous conduit à ce point capital , de nous renouveler dans le service de Dieu , et de nous rendre plus réguliers et plus chrétiens.

La communion , pour être aussi sainte que Dieu le veut et que l'Église le demande , eu vous invitant à la table de son époux, doit vous mettre dans la même disposition que saint Paul , lorsqu'à la présence et à la voix de Jésus-Christ qui se fit entendre à lui , il s'écria : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Domine , quid me visfacere? (Act.

c. 9.) L'apôtre le dit, et comment? il le dit dans un premier mouvement de la grâce qui le transportait ; et l'impression que fit sur son cœur cette grâce divine, ne se borna point à de vains sentimens ni à des paroles , mais passa tout d'un coup aux effets et à l'action : Quid me vis facere? Il le dit sans exception , sans ménagement , sans réserve : Quid , qu'est-ce , Seigneur, et que vous plait-il de m'ordonner ? C'est à vous de me le déclarer ; et quoi que ce soit, c'est à moi de l'exécuter. Quid.

Il le dit, et ce fut une protestation aussi efficace et aussi constante, qu'elle était sincère et vive. Comme il l'avait promis , il l'observa , et désormais il n'eut d'autre soin cjue d'accomplir fidèlement toutes les volontés du Seigneur, Domine, quid me visfacere?

Ainsi donc parle un chrétien étroitement uni à sou Sauveur

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et à son Dieu. Voilà ce qu'une sainte communion opère eu lui :

Domine , quid vis ? C'est ici , Seigneur, c'est à cette table où j'ai le bonheur de paraître, et où vous m'avez reçu, que vous vous expliquez plus particulièrement et plus expressément.

Parlez, mon Dieu, et daignez vous expliquer à moi. Qu'y at-il dans toute ma conduite à changer, et que voulez-vous que j'y corrige? Que voulez-vous que je vous sacrifie? Quid? cette habitude , cette inclination, cette passion? Quid? ce respect humain, ces intérêts, celte animosilé , cette mondanité , cet amour de moi-même, et cette sensualité. Quid? tant de négligences et d'omissions , tant de tiédeur et de lâchetés, tant de dissimulations et d'amusemens. Quid? dès aujourd'hui je retranche tout cela, et je vais lui opposer des règles toutes contraires, et des mœurs toutes nouvelles. Car, n'est-ce pas là ce que vous exigez de ma reconnaissance, et ce que je ne puis vous refuser sans une ingratitude monstrueuse? Domine quid me vis facere? Plaise au Ciel , mes chers auditeurs, que vous le pensiez de la sorte , et que vous le disiez de cœur ! Plaise au Ciel que ce soit là des promesses durables , et des résolutions fermes et inébranlables !

Voilà comment vous répondrez aux desseins de Jésus-Christ qui vous invite à sa table par la communion. Il vous y invite, il vous presse de vous y rendre ,

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il vous l'ordonne, il veut que vous le receviez dans le sacrement de son amour , dans le banquet eucharistique; il veut que vous le possédiez dès maintenant, pour le posséder dans l'éternité bienheureuse. (Le père Bretonneau, dans son sermon sur la communion , carême , t. 3. Voyez aussi le père Massillon , t. 4 du carême ; le père Pacaut, t. I, des Discours de piété; l'abbé du Jarry, dans ses sermons sur les mystères de Notre-Seigneur, t. 2; le père du Fay, t. 8; le père Segaud, t. 3, du carême ; le livre intitulé :

Sermons des plus célèbres prédicateurs de ce temps, imprimé à Bruxelles en 1760, t. 2, etc.)

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