‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 26 sur 77 · FOI-PRATIQUE · texte numérisé non relu

FOI-PRATIQUE

SECOND SERMOf ABRÉGÉ.

Para te via un Domini ; rectas facite semitas ejus.

Préparez la voie du Seigneur; faites-lui des sentiers droits.

( Luc , ch. 3. )

Cette préparation de cœur, et cette droiture de démarches que le Sauveur exige des fidèles pour disposition à ses approches , consiste, selon saint Ambroise,

à régler sa vie sur sa croyance , et à réformer ses mœurs sur sa foi. Car c'est une erreur, dit ce père , presque aussi ancienne que la religion, de réduire tout le mérite nécessaire au salut, au seul mérite de la foi... , comme si c'était assez de croire pour se sauver... Si cette erreur est trop grossière pour trouver aujourd'hui parmi nous desdocteui'S et des apologistes , le siècle où nous sommes est assez corrompu pour lui fournir encore des sectateurs et des disciples. Quoi de plus en vogue en effet de nos jours que ce nombreux parti de prétendus chrétiens, qui se contentent tout au plus d'une surface et d'une montre de religion, dont ils respectent , si vous voulez , les dehors et les céréiponies ; mais dont ils n'ont ni l'intérieur ni l'esprit, et qu'ils démentent à toute heure parleur conduite , loin d'en remplir les devoirs par une foi-pratique ?..

Mauvais catholiques que j'attaque dans ce discours... Ils se font forts de la foi , mais sans raison :

je vais leur prouver qu'ils ont tout lieu de craindre d'avoir perdu cette foi dont ils se flattent: ce sera mon premier point.

Ils s'assurent sur le peu de foi qui leur reste, mais en vain. Je viens leur déclarer que ce qu'ils en ont encore, ne peut servir qu'à les rendre plus coupables devant Dieu : ce sera mon second point... Juste crainte et funeste assurance , voilà donc tout le partage des chrétiens d'aujourd'hui...

PREMIER POINT

Soutenir que le don de la foi lie puisse subsister dans une âme en état de péché mortel, et se perde autrement que par un acte d'infidélité , c'est une erreur expressément condamnée contre Luther par le saint concile de Trente. Cependant lorsqu'on vit au gré de ses désirs , la croyance est si souvent conforme à la conduite, qu'on doit craindre au moins qu'un dérèglement habituel ne soit accompagné de quelque abandon secret de sa foi!.. C'est la pensée de saint Chrysostôme , qui ne fait point de difficulté de placer les mauvais chrétiens auprès des hérétiques : Hœreticoruni affines dico , qui quasi non crederent, sic vivimt. .(Saint Chrys. ) C'est celle de saint Grégoire qui regarde la ])erversioD de l'esprit, comme une punition ordinaire de la dépravation du cœur. Divi'no sœph jitdicio contingit ut per hoc qubd quis nequiter vivil , perdcit qubd salubriter crédit... {^. Grég. ) Doctrine de saint Paul , qui nous avertit que la conscience et la foi... , sont souvent ensevelies dans un même naufrage. .. , et qu'une personne chrétienne , sans la pratique des devoirs et des vertus propres de son état , toute vivante qu'elle paraît aux yeux des hommes est morte devant Dieu..., a rejioncé sa loi.., est pire qu'un infidèle : Est infideli delerior... (i Tim. i, 19, Ibid. 5,8.) kw reste, N.".,

rappelez - vous , je vous prie, quel est le vrai fidèle, quelle est sa foi?... Universelle d'abord et indivisible dans son objet, elle embrasse toutes les vérités révélées : ferme et inébranlable dans l'habitude et les actes qu'elle produit, elle demande, s'il le faut , le courage d'être martyr : surnaturelle enfin et toute céleste dans son principe et son motif, elle veut une déférence entière à l'autorité divine... Otez une de ces conditions : c'en est fait , ce n'est plus cette foi catholique qui nous distingue des infidèles et des hérétiques , sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu , et t|ue saint Paul en deux mots a si bien définie, une captivité méritoire qui soumet tout notre esprit... In captii'itatem redigens ownem intellectum... (2 Cor. 10,5.)

Or, je dis c[U*il est à craindre que les mauvais chrétiens ne soient des infidèles cachés, qui ne croient 1°. que ce qui leur plaît; 2». que comme il leur plaît ; 3°. que par ce qu'il leur plaît : dispositions incompati-» blés avec une foi véritable.

L'examen où il nous faut entrer sur ce sujet, est des plus importans : il s'agit de la base de tout le christianisme , du fondement de toutes nos espérances , de l'unique ressource de salut qui vous reste, pécheurs , dans le malheureux état où vous êtes : de la foi en un mot que vous vous flattez d'avoir encore, mais que peut-être hélas ! vous

n'avez plus... V omseiip: os ten~ tate si estis in fide ? ( 2 Cor.

1°. Il est bien à craindre que les mauvais clirétiens ne croient que ce qui leur plaît : disposition incompatible avec une foi universelle et indivisible dans son objet, qui embrasse sans exception toutes les vérités révélées; qui ne peut souffrir le inoindre parta^^e, et qui rejette de sou sein quiconque rejette un seul point de sa doctrine...

De même que la cbarité se perd par l'infraction d'un seul de ses préceptes, la foi se perd aussi par le simple doute d'un seul article... Or, dans toute l'éteu- \ due de la religion chrétienne , il y a deux sortes de vérités ; les unes sont purement spéculatives , et se bornent à fixer nos sentimens ; comme l'unité de nature en Dieu , la Irinilé des Personnes, l'incarnation, la naissance, la vie, la mort, la résurrection d'un Sauveur. Les autres sont pratiques et doivent encore régler notre conduite :

ce sont celles qui regardent le détachement du cœur, l'humilité de l'esprit, la pureté de l'àme , la mortification des sens, le soin du salut. Faire choix entre ces vérités pour embrasser celles qui plaisent , et rejeter celles qui gênent ; c'est ne point croire du tout. Mais sans vouloir rien décider ici que sur votre propre témoignage, je vous demande à quel homme de bon sens persuadera-t-on jamais que ces personnes mondaines que

SEFc vous connaissez chrétiennes par leur baptême, mais païennes par leurs mœurs , croient d'esprit et de cœur les sévères maximes de l'Évangile? Que ces esclaves, par exemple , de la terre , qui bornent tous leurs empressemens à amasser des richesses ; souvent aux dépens de la justice, sont bien persuadés de ces premiers élémens de la foi : heureux les pauvres, et mallieureux les riches I Beoli paiipcres ; vœ vohis divitibusl ( Mattli. 5, 3. Luc, 6, 24- ) Que ces idolâtres de la fortune , qui ne cherchent qu'à profiter de la chute des autres et à s'élever sur leurs ruines , n'importe par quelles intrigues, sont bien convaincus de cet oracle divin : la miséricorde de Dieu est pour les petits, et la sévérité pour les grands : Ecciguo conceditur niisericordia ; potentes autem fotfsnler tormenta paiientur. (Sap. 6,7.) Que ces heureux du temps qui coulent leurs jours dans l'oisiveté et les divertissemens, sans autre inquiétude que celle de leurs plaisirs, sont bien pénétrés de cet arrêt décisif : autant de sensualité et de délicatesse , autant de supplicesetde tourmensi Çiiantiim in dc.liciis fuit, tantlim date illis torTuentinn... ( Apoc. 18, 7.) Eh! mes frères, si Dieu, par impossible, changeait tout à coup le plan de la religion et de la morale de Tt-vangile..., croyez-vous de bonne foi que le grand nombre de ces chrétiens relâchés... , eut besoin de changer de croyance et de convie-

SER tion ? Je ne parle ici ni des faibles idées de certains péchés griefs... , ni des systèmes outrés de miséricorde qu'ils se forment à leur gré : liérésies visibles , palpables erreurs qui combattent directement la foi... Je parle des premières vérités de la religioo qu'ils font tous profession de croire, mais qu'il est à craindre qu'ils ne croient pas tous. Certes , toute notre raison se révolte quand il s'agit..., d'admettre à répondre de la foi des autres , la plupart de ceux qui présentent les enfans des fidèles au baptême..., tandis que toute leur vie n'est qu'un cercle continuel d'affaires pour l'intérêt, de dissi [dation pour le plaisir, d'intrigues pour l'ambition , de dépenses pour le faste, et d'oubli de Dieu, dQ ses lois , de ses dons et de ses vengeances... Peut-on bien imaginer qu'ils tiennent pour certain ce premier article de leur croyance , qu'ils ne sont au monde que pour aimer Dieu, le servir et se sauver?... Pour moi je ne sais où j'en suis... , Tenet rne aliquandà extasis...

[ Pic à Mirand. ) Je me trouve tout hors de moi-même, toutes les fois que je rapproche le langage et la conduite de la plupart deschréliens... Ils sont, disentils, dans la croyance actuelle de deux éternités inévi tables ; l'une de supplices, et l'antre de récompense : ils attendent un moinentunique, inconnu, toujours moins éloigné qu'ils ne pensent, et ce moment de leur aveu doit

les précipiter enenfer, si la mort les surprend dans le mauvais état où ils sont... L'enfer, mes frères, l'enfer..., qu'osent-ils dire? Gouffres et abîmes , où concourent tous les châtimens , tous les maux à jamais , et cela pour un seul péché d'un moment; se peut-il que vous soyez l'objet de la foi de ces pécheurs présomptueux qui se précipitent hardiment dans les grands désordres, qui s'y replongent sans cesse, et qui y croupissent tranquillement... L'enfer et le paradis des païens n'étaient que des fables et des chimères...

Mais nous avons le sang d'un Dieu Sauveur pour gage de ses promesses et de ses menaces.

Cependant la vie et les mœurs des païens et des chrétiens presque toutes semblables, ne prouvent-elles pas que sur ces fins dernières on ne pense pas autrement de nos jours que de leur temps?... Ah! si tout ce qui s'appelle chrétien, était pour cela même chrétien, les infidèles seraient bien en droit de nous demander; d'où vient que dans le christianisme , où l'on reconnaît, non pas comme eux , des dieux corrompus, mais un Dieu infiniment saint, on n'en voit pas moins régner les mêmes vices que dans le paganisme, où en étant vicieux , on ne fait après tout que se conformer à ce que l'on croit, et imiter ce que l'on adore, Sed... Non sunt omnes ex nohis. ( i Joan. 2, 19. ) Prétendus chrétiens, vous êtes parmi nous , mais vous n'êtes

pas des nôtres... Diriez-vous qu'il ne faut pas juger de la croyance par les œuvres-, (jue la spéculation et la pratique sont deux choses bien diflterentes ?..

Je veux , mes frères , que cela soit vrai des leçons sèches de la philosophie païenne..., mais le propre des vérités de la religion chrétienne a toujours été d'échauffer les cœuis en éclairant les esprits ; en sorte que la grâce qui les fait croire, aide aussi à les pratiquer... De là les enfans duchristianisme naissant étaient autant d'évangiles vivans... Hélas! l'Évangile aujourd'hui ne se trouve presque plus que dans les livres, et ne se lit guère dans les mœurs... Où est la même foi qui dans nos pères a fait tant de prodiges ? Quoi ! cette foi aura pu porter un grand nombre de riches à..., déposer le prix de leurs héritages aux pieds des apôtres : et elle ne pourra vous engagera vous dessaisir des biens illicites dont vous êtes les ravisseurs injustes, ou du moins les injustes détenteurs... Cette foi aura eu la force dans une infinité de héros chrétiens de tirer des plus grands maux les plus grands avantages... , le salut de ses cruels persécuteurs , du sang de ses saints persécutés:

et elle n'aura pas le pouvoir de corriger vos emportemens domestiques..., vos ressentimens personnels... , ces coups de langue meurtrière... Celte foi aura été assez puissante pour vaincre dans ses premiers élèves toutes les oppositions de la chair à

SER une pureté sans tache... , et elle sera trop faible en vous pour finir ces amitiés trop tendres..., pour vous retirer enfin de toute occasion de péché, quelque douceur ou intérêt qui vous y attache. D'où peut venir, je vous prie , ce déchet visible de l'efficace de la foi ?.. Du changement de ses règles? Efles sont les mêmes. De la corruption des mœurs? Sont- elles donc plus corrompues de nos jours , qu'au temps de sa naissance parmi les païens mêmes? Preste donc à dire qu'il y a grande apparence que la plupart de ceux que l'on appelle chrétiens , et qui le sont si peu , n'ont pas véritablement la foi de ces lois évangéliques et de ces maximes clirétiennes , puisqu'ils n'y conforment pas leurs mœurs. Vous-mêmes, chers auditeurs , n'en jugez-vous, pas ainsi?... Ne prenez-vous pas ce que l'on fait pour un indice assez sûr de ce que l'on pense ?

B.emarquez-vous quelqu'un sans probité , sans mœurs? C'est un impie, dites-vous, qui ne croit et qui ne craint rien du tout , qui n'a pas plus de religion que de conscience. . . Juges trop éclairés sur les autres et trop aveugles sur vous-mêmes , souffrez qu'après l'Évangile je vous juge à mou tour sur vos propres paroles : De ore tiio te judico...

(Luc, 19, 22.) Enfin sur certains points la foi vous fait agir conformément à ce que vous croyez... Ces dames mondaines, qui semblent n'être du monde que pour ménager leur chair et

SER amuser leur esprit,.., croient qu'un jour de fête. . . , on doit assister au moins aux divins offices... Que le jour les surprenne donc au bal ou au jeu... , elles ne laissent pas , toutes fatiguées (ju'elles sont..., d'assister à la hâte au divin sacrifice avant de prendre leur repos. Ainsi de mille autres contradictions... Or, si de plusieurs vérités inséparables , vous tenez les unes, et abandonnez les autres en pratique , n'est-ce pas que vous le faites d'abord en spéculation?...

Arbitres audacieux de la religion... , censeurs téméraires de la foi..., maîtres de la révélation même , vous admettez , vous retranchez , vous ôtez ce que bon vous semble et ce qu'il vous plaît. Audaces fidei arbf'^

tri, et religionis censores

( Tert. ) Les choses , me direzvous, n'en viennent pas au point où vous pensez. Il est vrai que le dérèglement porte à l'incrédulité ; mais il reste au fond de l'âme qui s'égare une impression des vérités pratiquesqu'elle a criZ/CS autrefois... Que veulent dire les remords qui l'agitent?...

Pourquoi crier au confesseur aux approches de la mort?...

Ah ! mes frères , ne confondons point , je vous piie , la connaissance avec la créance devérités chrétiennes... Que de gens savent ce qu'ils doivent croire , et ne croient cependant que ce qu'ils veulent I Première raison de clouter, s'ils n'ont pas réellement perdu la foi, qui dans son objet est né-

cessairement universelle et indivisible.

2°. Il n'est pas moins à craindre que les mauvais chrétiens qui ne croient que ce qui leur plaît, ne croient aussi que comme il leur plaît ; autie disposition également incompatible avec une foi ferme et inébranlable dans l'habitude et les actes qu'elle produit , et dont on doit faire profession aux déj^ens de tout , de son sang même , s'il le faut, et de sa vie... On a toujours dans l'Église de Jésus- Christ regardé la disposition au martyre comme une dette de la foi : Fidemmarlyrudebitricem.

( Id. Tert. ) Et les premiers chrétiens étaient des confesseurs de la foi , disposés à toute heure au martyre : Expeditum morli genus. On les voyait , ajoute TertuUien , quel spectacle I ou les voyait courir en foule au-devant des tourmens , s'offrir d'eux-mêmes à mourir tous ensemble pour attester unanimement leur créance , et montrer plus d'ardeur à lui prodiguer leur sang , que les tyrans mêmes n'en avaient à le répandre. De si héroïques dispositions pouvaient être ordinaires dans ces heureux siècles..., d'innocence..., et de ferveur où vivaient les anciens fidèles... Alors certes , alors il y avait lieu de croire que tout chrétien était martyr , au moins de cœur et de désir. Mais dans nos malheureux jours, où Ton voit le vice se montrer plus hardiment que la vertu... les pécliés se muîti-

17* SER plier par les scandales, l'avarice s'emparer même du sanctuaire Est-ce exagération ,

de dire qu'il y a sujet d'appréhender que parmi tant pé- ' cbeurs publics , il n'y ait bien de secrets apostats? ... Si dans les persécutions il n'y eut point de vertu que de généreux martyrs n'aient honorée par leurs combats et par leurs morts , il n'en est pas non plus que des lâches déserteurs aujourd'hui ne déshonorent par leur faiblesse et par leurs chutes. . . Pour en être bientôt convaincus, supposons pour un moment que ces mauvais chrétiens que vous connaissez , ne soient pas eacore baptisés, et demandent à l'être, comme on le faisait autrefois au bruit d'une irruption imprévue de barbares. . . Témoins des prompts engagemens de ces Néophytes, voudriez-vous être garans de la sincérité de leurs promesses ? Répondriezvous que ces jeunes personnes de l'un et l'autre sexe , qui ne s'étudient qu'à se tenter , à se séduire, sont dans la disposition , comme tant d'illustres vierges , de préférer la pudeur à la vie même? Est-il vraisemblable cjue ces compétiteurs des dignités et des biens ecclésiastiques, qu'ils regardent comnre des supplémens de patrimoine et des ressources de fortune , aimeraient mieux mourir, comme tantdedignes lévites, que de prostituer à la cupidité et à la passion le revenu du sanctuaire et de l'autel? ... Croiriez-vous

SER aisément que ces amis de la discorde , et ces ennemis de la paix..., sont prêts , comme tant de héros charitables, à se sacrifier et à s'immoler pour le prochain?... Eh I quoi ! leur diriezvous avec justice, tous les jours, vous , un fol amour vous fait idolâtrer la créature.... vous, une frivole crainte vous fait trahir la vérité..., vous, un faux honneur vous fait persécuter vos frères..., et vous voulez que je croie..., que, sans avoir changé de conduite et de mœurs, vous allez de ce pas confesser la foi et professer la foi de Jésus-Christ devant les tyrans et au milieu des supplices ? Il faut d'autres preuves que des paroles pour rendre sûrs de pareils changemens. Ainsi parleriez-vous sans doute. Cependant vous auriez alors pour gages de leurs dispositions présentes la grâce naissante du Sacrement ; et , maintenant que cette grâce morte est ensevelie sous un amas d'habitudes criminelles, ai-je tort de tenir pour suspects leurs sentimens , et de craindre que la religion ne trouvât peu de martyrs parmi tant d'impénitens ?

Si Daniel n'avait eu de foi que ce qu'en ont ces froids adorateurs du Seigneur, qui ne sanctifient pas même comme il faut les jours consacrés à son service , aurait-il été jeté dans la fosse aux lions pour son assiduité aux heures de la prière?

Si Éléazar n'avait pas eu plus de foi que n'en ont ces infracteurs ordinaires de l'abstinence et du

jeûne , aurait-il expiré sous le»

coups pour ne vouloir pas feindre seulement de manger des viandes défendues ? Si les Macliabées et ces sept autres frères dont parle leur histoire, n'avaient eu que la Coi de ces indignes enfaus de l'Église , qui respectent si peu ses ordonnances et ses ministres, auraientils souffert la mort et les tourmens pour le maintien des lois et le soutien du gouvernement du peuple de Dieu? Enfin, si une infinité de chrétiens n'avaient été fidèles que comme le commun des fidèles de nos jours , aurait-on dit d'eux qu'ils savaient bien mieux mourir que disputer pour la foi ? Mori sciunl ; disputare nesciitnt, (Pacian. Barcin. Episc. )Bien nous en prend de n'être plus aux siècles des Dioclétiens et des Nérons On peut dire aujourd'hui que la religion n'est plus qu'une école de pure spéculation..., parce que n'ayant plus cette foi inébranlable et à l'épreuve de tout , on ne croit que ce que l'on veut et comme l'on veut bien croire : seconde raison bien forte d'appréiiender la perte de la foi dans ceux qui ont perdu les bonnes mœurs.

30. Il y a enfin lieu de craindre que ces chrétiens de nom ne croient non -seulement que ce.qu'il leur plaît et comme il leur plaît , mais même que par ce qu'il leur plaît ; dernière disposition incompatible avec une foi surnaturelle dans son principe, c'est-à-dire , uniquement

fondée sur l'autorité divine.

Tout autre motif ne peut produire qu'une créance humaine, insuffisante au christianisme , et inutile ail salut. Or, ce qui me fait douter c|ue ce soit-là le motif de la foi de la plupart des chrétiens de nos jours , c'est que je remarque qu'ils n'ont ni docilité pour croire , ni fermeté dans ce qu'ils croient des vérités morales et pratiques, qu'autant fju'elles s'accoi'dent avec leurs inclinations et leurs penchans , quoiqu'elles soient toutes également appuyées sur l'infaillibilité de votre parole, ô mon Dieul Car d'où vieiit, par exemple , que cet ecclésiastique fait profession d'une morale étroite et sévère contre ceux qui prêtent à intérêt et qui font valoir leur argent , tandis qu'il donne, reçoit , ou exige même des présens et des pensions. En fait de bénéfices , est-ce c[ue dans les principes de la foi la simonie n'est pas du moins autant à craindre que l'usure ? Mais c'est que des deux , l'un est à sa bienséance , et que l'autre n'y est pas... Mais voici un exemple que je tire de l'expérience la plus commune : chargez un de ces prétendus chrétiens de ménager la réconciliation de deux ennemis , chrétiens prétendus aussi comme lui , vous serez charmés de la solidité des maximes de foi qu'il oppose à la subtilité des sophismes que la passion suggère..., sujets de mécontentemeus réciproques.., outrage sanglant d'un côté plus

que de l'auîre..., tout se trouve bientôt réfuté invinciblement , et réduit à peu de chose ou à rien. 11 prend en main la balance de la justice chrétienne, il demande s'il est jamais question enti-e chrétiens d'examiner qui a raison ou qui a tort , combien de fois l'on doit pardonner , et pourquoi on ne pourrait pas s'ea tenir à n'avoir que de l'indifférence ? ... Et il soutient qu'il s'agit de faire grâce , ainsi que nous voulons que Dieu nous pardonne.Bellemoralelqu'il prêche aux autres, qu'il paraît croire alors , qu'il croit même , si vous voulez , en effet , ])arce qu'il n'a nul intérêt d'en douter encore.

Mais attendez..., que de médiateur il devienne offensé..., vous aurez beau vous servir de ses propres armes,.., les vérités qui le touchaient ne sont plus les mêmes à ses yeux ; la nouvelle passion qui l'agite les lui rend à son gré toutes différentes de ce qu'elleslui avaient paru..., semblable à ces verres artificiels qui agrandissent ou diminuent, comme l'on veut , les objets , ou les représentent diversement colorés... Tant il est vrai , je n'ose cependant décider , je n'ai garde de prononcer , je dis simplement, tar.t il est vrai qu'il y a sujet de craindre que la plupart de ces chrétiens suspects dont parle saint Paul , qui confessent la foi de bouche , mais qui la renient par leur conduite , ne soient de ces infidèles cachés qui ne croient que ce qui leur plaît, comme il leur plaît, parce qu'il

leur plaît , et qui par conséquent livrés uniquement à leur:

opinions , n'ont pas la foi , si c< n'est celle des hérétiques. Mai; pourquoi ne pas décider , nu

direz- vous? Ah î chrétiens

l'Église elle-même s'en abstient..., elle vous laisse à jugei vous-mêmes si la foi est aussi générale parmi vous , que la profession en est commune ; si le chrétien sans œuvres et sans mœurs demeure toujours sanî erreurs et sans doutes : f^osmetipsos tentate , si estis in fide...

Ca Cor. i3, 5.) Commencez donc à vous faire rendre compte sui les différens articles de votre foi, et principalement de la foi-pra^ tique... Me voilà , je le sens, enma uvais état devant Dieu..., je vis sur certain point en vrai païen , et plus mal encore que les païens. Ai-je donc perdu ma religion et ma foi? Cette religion qui m'a été si chère tant que j'ai bien vécu, cette foi divine, dont j'étais si convaincu par sentiment et par expérience, cjue je jurais qu'avant de me l'arracher, on m'arracherait plutôt la vie..., je tiens encore ce même langage, ai-jc toujours la même conviction? Parlez, mon cœur, répondez, mon es-i prit, j'entreprends, je fais ce que j'aurais honte que l'on vît.

Je médite et je pense ce que je serais au désespoir que l'on sût.

Que dit la foi ? Dieu sait et Diei^ voit tout. Le croyez- vous ?..,( Est-ce là votre dogme ? Ce l'était autrefois, pourquoi ne l'estilplus ? L'Ëvangile est-il changé,;

où bien ai-je cliangé inoi-inèine? Est-ce Oj)inion nouvelle , ou un nouveau cloute ? Serais-je donc tombé sans m'en apercevoir, ô mon Dieu ! du cliristianisnie dans l'apostasie? Quel abîme I quelle chute! Les infidèles de naissance , les liéréti- !:|ues d'éducation , les dénions mêmes qui croient, dit saint Jacques , et qui tremblent , ne »out pas à beaucoup près dans an état aussi condamnable et aussi criminel... Que si votre conscience vous rend ce témoignage que votre créance est pure et votre foi sans tache , bénissez-en Dieu, chrétiens auditeurs ; mais ne vous en glorifiez pas davantage , car alors au moins êtes-vous siirs que cette foi ne servira qu'à vous attirer un jugement plus rigoureux et une condamnation plus sévère.

Funeste assurance I Seconde partie de ce discours.

SECOND POINT

C'est un terrible oracle sorti de la bouche de Dieu même, que le don de sa parole , qui , selon saint Paul , n'est autre que le don de la foi : Fi des per verbum Dei; ne retournez pas à lui vide et sa.ns effet : P^erbum meum non reverlelur ad me vacuum... , que la grâce qui nous fait croire , n'est pas un don indifférent pour les hommes qui la reçoiveyt; mais qu'elle sert infailliblement ou à leur sanctification , ou bien à leur réprobation éternelle... La foi s'élèvera donc en effet contre les

SER inS

mauvais chrétiens , et doit un jour les accuser, i °. de folie , en ce qu'ils n'auront j)as suivi ce qu'ils auront cru; 2". d'infidélité, en ce qu'ils n'auront point gardé ce qu'ils auront promis ; 3". d'hypocrisie, en ce qu'ils n'auront pas été ce qu'ils auront paru. Or! mes frères, qu'attendre de ces trois accusations sans réplique , qu'un jugement sans miséricorde?

1°. Accusation de folie, en ce qu'ils n'auront pas suivi ce qu'ils auront cru ; je parle de cette folie qui n'offense pas :

pardonnez-moi ce terme , chers auditeurs. Je n'aurais garde de m'en servir , si saint Chrysostônie ne s'en était servi avant moi , en appelant la contradiction de la créance et des mœurs des chrétiens de son temps une extravagance volontaire et une coupable manie : Voluntaria insania... Quel excès de folie , de croire que la vie n'esl, qu'un passage , la terre un exil , le monde une scène qui éblouit et qui trompe..., et cependant de s'y attacher , dirai-je avec passion, ou plutôt avec fureur, jusqu'à leur sacrifier tout, honneur, repos, santé , conscience, âme , salut , éternité? Quel prodige d'égaremens , de reconnaître un Dieu infiniment grand sans l'honorer , infinimentjuste sans le craindre, infiniment bon sans l'aimer ! de joindre la vertu en spéculation au vice en pratique 1 Que diriez-vous d'un criminel qui , sous les yeux de son juge prêt à prononcer son arrêt,

lui ferait mille outra}i[es? Que penseriez-vous d'un vil sujet qui, au service d'un puissant roi, empressé à lui faire du bien , négligerait les moyens de gagner ses bonnes grâces. Quel nom donneriez-vous à un fils qui sûr des bontés de son père , abuserait des faveurs qu'il en reçoit pour entretenir son libertinage?

ne le mettriez-vous pas au rang des insensés et des fous? Voilà qui vous êtes , vous tous qui pensez bien, et qui vivez mal.

Faites un moment avec moi , je vous prie , le ]>arallèle de votre conduite et de votre foi : et voyez si l'une rapprochée de l'autre ne forme pas contre vous une évidente conviction de folie. Je crois, dites-vous, et je crois que Dieu est présent partout; qu'il éclaire chacune de mes actions j qu'il lient la foudre en main pour punir le coupable... , n'importe , péchons toujours..., sans inquiétude ni frayeur. Quelle conséquence I je crois que Dieu de toute éternité m'a aiuié d'un amour de prédilection ; qu'après m'avoir tiré du néant, il me conserve encore:

qu'il m'a fait naître non-seulement dans la vraie religion , mais aussi dans l'Église véritable ; que par là , avant même que je puisse le connaître , il m'a mis en possession du corps, du sang , des mérites de son fils. De si tendres souvenirs devraient bien confondre mon ingratitude et me porter à la reconnaissance. Mais non , outrageons ce prodigue bienfaiteur ;

SHR perçons le sein de ce Père des?

miséricordes; crucifions de nou-i veau ce roi de gloire. Si soa| amour nous im|)ortune , éloi-' gnons-en la pensée. Si sa grâce, nous sollicite , résistons à ses' inspirations. Si notre conscience] nous trouble , étouffons-en les remords pour pécher en assu-' rance. Quelle conclusion ! Je crois qu'il y a pour moi un pa-i radis ou un enfer..., je vis dans!

le péché : je puis mourir à toute; heure. La pénitence seule peuti me sauver, et il ne tient ciu'à:

moi d'y avoir recours. De sii pressans intérêts exigent bieai qu'on y pense. Cependant point de réflexion. Fermons les yeux' au ciel. Jetons-nous tête baissée! dans l'abîme. Trésor de récompense !..., couronne d'immorta-i litél cédez à un moment dei plaisir. .., et vous fia mmes dévo-!

rantes..., prenez la place d'uai saint repentir. Quel raisonnement ou plutôt quel délire ! Et ne me dites pas que ce sont làj de fausses suppositions ; que je' fais raisonner le pécheur comme il me plaît afin de le confondre,^ et que s'il avait les vérités de la foi bien présentes, il ne serait pas assez fou pour les contredire de sang froid : mais qu'il n'y pense pas, et qu'ainsi il est moins coupable de folie que de; négligence. Pitoyable ressource!!

comme si la négligence dansi uneaffaire aussi intér<g|sante quel le salut , n'était pas le comble de la folie... Mais j'ai des preu-| ves convaincantes, que lors même que les vérités de la rc-j

SER li(îion sont les plus présentes à son esprit, le pécheur ne laisse pas d'en tirer des conclusions contradictoires eu pratique N'avez-vous jamais vu un de ces heureux du siècle... . conduire au tombeau un autre favori de la fortune. Peut-il ne pas faire de sérieux retours sur lui-même?

J'ai déjà tant d'années accomplies ; elles ont passé les bornes marquées à la plupart de ceux à qui je survis : et j'assiste aujourd'hui à la pompe funèbre d'un de mes contemporains et de mes amis. Quelle part ai-je à ce spectacle, et quel est ici mon personnage?... Si ces restes de vie que je traîne , me disent que je suis encore au monde, ce mort..., me crie que j'en dois bientôt sortir..., il faut me préparer à paraître devant Dieu.

Ainsi raisoane-t-ll en idée , et qu'en conclut-il en pratique !..

Le défunt dans sa fosse , il oublie qu'il est sur le bord de la sienne, et au sortir du convoi il va peut-être signer encore quelque contrat usuraire ; ou s'il a part à l'héritage , disputer à l'Église ou aux pauvres c[uelques legs pieux du mort. Autre exemple encore plus commun.

Voyez un de ces jeunes libertins étendu sur un lit de douleur..., on lui administre les sacremens, écoutez-le demander aux assislans pardon de ses scandales...

tous fondent en larmes...; mais quelles sont les suites?... Hélas!

à peine est- il hors de péril , qu'il reprend les mêmes habitudes... , tel après qu'ayant sa

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maladie. Vous-mêmes, chrétiens auditeurs , vous entendez ici des principes certains touchant la foi. Rien ne vous en disirait. Vous en convenez, je le vois bien. Je suppose même..., (jup vous accordez aux vérités de la chaire ce que vous ne refusez pas aux représentations du tliéâtre, du moins quelque impression passagère; mais en êtesvous assez touciiés pour en venir d'abord à l'exécution? pour aller au sortir du sermon réparer cette réputation flétrie, restituer ce bien mal acquis, embrasser cet ennemi déclaré, rohipre ce maudit commerce? Fasse le ciel que vous me démentiez aujourd'jjui I mais hélas I l'expérience nous a trop instruits du peu de fruit de nos prédications, pour oser espérer de celle-ci un succès différent des autres..., après être convenus de l'obligation de penser et d'agir en bons fidèles, vous recommencerez , comme de coutume , à faire mal, si vous ne faites encore pis. Ce n'est donc point faute de conviction , ni manque même d'attention , que vous réalisez ce paradoxe si déraisonnable, qu'en matière de religion, et de religion même véritable, on peut vivre autrement cjue l'on ne croit : puisque malgré les vues sures et les impressions saintes que la loi vous donne pour travailler à votre salut , vous courez toujours en aveugles à votre perte. Quoi donc ! et quel est le principe de cette damuable fureur, si ce

n'est celui que reconnaissent , hélas ! trop tard les réprouvés dans l'enfer. Car voici ce qui rend l'enfer des chrétiens plus enfer que celui des autres. Insensés que nous sommes ! s'écrient-ils.,., que nous a servi d'avoir eu la foi sans en avoir fait les œuvres?.,. C'est donc uniquement pour en être accusés devant Dieu , et payer par d'inutiles regrets notre criminelle folie : Nos insensati ! Première accusation.

1". Accusation d'infidélitéque la foi produira contre tous les chrétiens prévaricateurs, en ce qu'ils n'auront point gardé ce qu'ils auront promis... Justice , Seigneur, s'écriera-t-elle, justice contre ces chrétiens baptisés qui m'ont en toute occasion sacrifiée aux suggestions du malin esprit , auxquelles ils avaient solennellement renoncé dans leur baptême , pour suivre uniquement mes leçons. Justice contre ces fidèles confirmés , qui n'ont pas eu honte de me déshonorer, pour plaire au monde, dont ils avaient juré dans leur confirmation de mépriser les mépris et les outrages mêmes , plutôt que de rougir jamais de leur religion. Justice contre ces catholiques profanateurs de la divine Eucharistie.., qu'ils ont outragée en abusant d'un corps nourri tant de fois du corps adorable d'un Dieu. Justice contre ces époux séparés et ces épouse? désunies qui m'ont trahie par leur mésintelligence , en rompant une union sainte qu'ils

SER avaient contractée dans mon sein comme la fidèle image de l'union indissoluble de Jésus- Christ et de son Église. Justice contre ces indignes ecclésiastiques , qui ont scandaleusement mésusé d'un bien que je leur avais confié comme le patrimoine des pauvres. Justice enfin contre tous ces parjures élèves de mes soins, qui ne m'ont payée que d'ingratitude ; qui m'ont défigurée aux yeux de l'univers... J'étais dans l'esprit et le cœur de ces pécheurs , comme un flambeau divin, dont ils tâchaient..., d'éteindre ou d'obscurcir la lumière et la flamme... Arbitre souverain de leur sort , témoin de leurs engagemens, et juge de leur conduite , vengez-moi , vengez ma liberté, mon intérêt et ma gloire : ou plutôt vengez-vous vousmême, Seigneur, c'est de vousmême qu'ils m'ont reçue. Vengez votre fils : c'est son sang qui m'a produite. Vengez votre esprit : c'est sa source qui m'a fait naître ; et ne souffrez pas qu'impunément ils aient enseveli dans l'horreur de leurs désordres la première des vertus chrétiennes.

A des cris si justes , pécheurs , qu'opposerez-vous?.. Vos plaintes ordinaires sur la sévérité des lois que vous imposait la foi.

Mais, vous répondra - t - elle , qu'exigé-je de vous que vous n'exigiez de vos semblables?...

Fallait-il, pour vous satisfaire, donner libre carrière à tous vos mauvais penchans?... Demandiez-vous la grâce de les accom-

SER 'j)lir, ces lois, dont un peu de courage vous eût rendu le joug

légei

Vous aimiez vos fai-

blesses..., vous vous plaignez..., quelle iniquité I tant d'Jionnêtes païens et de mauvais chrétiens se sont-ils plaints de même des lois autant ou plus sévères encore qu'ils ont reçues du monde ou du démon?... Ecoutez, faux fidèles , écoutez ces infidèles oracles étaler leur succès, et apprenez des hommages qu'on a reudus à leurs trompeuses paroles, les hommages que vous deviez à la véritable foi. Moi, dira uu Pythagore , je portai dans l'Italie grand nombre de jeunes gens à renoncera leurs plaisirs.., et des personnes de tout âge , de tout sexe à aimer le silence. . , la méditation, la retraite. Cependant l'espérance de l'immortalité que je leur donnais , par la transmigration de leurs âmes, n'était, à proprement parler , qu'une succession de morts.

Moi, dira un Hégésias, je parlai si bien dans la Grèce sur les dégoûts du monde, sur les amertumes de la vie, sur les misères du temps , que Ion en vit plusieurs courir d'eux-mêmes au tombeau et avancer leur trépas. Cependant je n'avais pour récompense ni de paradis à leur promettre, ni de Dieu mort pour leur salut à leur proposer pour exemple..., et moi , dira le dcmon , j'ai pris l'homme par lui-même , je l'ai fait esclave de ses sens. . . , et eependant pour de véritables maux je ne lui ai jamais offert que des biens appa-

rens. Ah ! cliréliens, toutes ces comparaisons, hélas I trop sensibles d'école à école, de disciples à disciples, ne vous ferontelles pas rougirde votre indocilité à la foi , et convenir de Tinjustice que vous lui faisiez, en vous plaignant de la sévérité de ses lois?..., du moins cessez de vous rassurer... Ira Dei super omnem injustitinvi hominum , qui veritatem Dei in injustititl detinent. (Kom. i, 18.) Seconde accusation.

3". Accusation surtout d'hypocrisie portée par la foi contre ces demi-chrétiens, qui n'auront pas été ce qu'ils auront paru , et qui , par les preuves même les plus éclatantes qu'ils auront données de leur religion, n'auront fait que mériter ie rang que le Sauveur du monde donnera à tout méchant serviteur, celui des hypocrites : Partem que ejus ponet cum hypocritis. (Matlh. 2.[\, 5i.) Rien en effet de plus essentiel au fidèle cjue la vérité. .. Cependant que voit - on autre chose aujourd'hui que déguisement dans les mœurs..., que des fantômes de chrétiens, comme parle un saint père..., qu'une révolution du mal au bien , et du bien au mal; qu'une vicissitude de courts amendemens, et de continuelles rechutes; en un mot , qu'un tissu d'iiypocrisies?... Hypocrisie dans les prières qu'on offre à Dieu , où le cœur a peu de part , et que l'esprit n'accompagne pas. Hypocrisie dans les paroles..., que les sentimens et

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la vérité démentent à toute heure. Hypocrisie dans les œuvres que l'on fait, soit de justice, soit de charité, ([ui , loin de se soutenir toujours, s'entre détruisent souvent. Hypocrisie dans les sacreniens que l'on reçoit, surtout celui de la pénitence , sans satisfaire d'abord à qui l'on doit , ni comme il faut.

Hypocrisie dans les mœurs, dont on ne son-jje qu'à sauver les dehors et à garder les bienséances.

Hypocrisie enfin dans la mort même : belle ordinairement aux yeux des hommes, mais rareiTient précieuse devant Dieu ; parce qu'elle se réduit à une confession précipitée , à une communion contrainte, à une extrême-onction remise exprès aux dernierssoupirs. Où aboutissent, je vous prie , toutes ces impostures si familières aux chrétiens du temps? à un jugement plus sévère , dit le Sauveur , et à de plus rigoureux chàtiraens : Hi accipient damnalionem majorem. (Luc, 20 , 47- ) Voilà donc tout ce que produit cette foi morte dont se glorifient tant de mauvais chrétiensqui la déshonorent par leur vie. C'est de les rendre certains qu'ils n'en seront que plus punis, plus tourmentés, plus malheureux dans l'autre monde... Funeste assurance!... , désolante pensée I de savoir et d'être obligé de me dire.., que cette foi gratuite.., qui devrait faire à jamais ma gloire et mon bonheur, ne servira qu'à me rendre le principal objet de la haine de mon Dieu

durant l'éternité tout entière, pour n'avoir point fait les œuvres qu'elle commande... Ce n'était pas là votre dessein , divin auteur et redoutable vengeur de la foi : ce n'était pas votre dessein, en nous la donnant, de nous damner et de nous perdre.

Vous vouliez, sans doute en nous mettant au rang de vos disciples , nous mettre au nombre de vos élus ; et si vous nous avertissez tant de fois dans votre Évangile , que vous demanderez plus à qui aura plus reçu : que vous nous punirez de nos péchés à proportion de nos lumières ; que It s domestiques et les enfans de la foi auront à votre tribunal, pour accusateurs et pour juges , les étrangers et les infidèles : ce n'est que pour nous engager par une crainte salutaire à faire un bon usage de ce don si précieux ; à le conserver et à l'accroître même par une continuelle ferveur , à le faire valoir par une exacte conformité de nos sentimens , de nos paroles et de nos mœurs, et à nous rendre par là dignes de vos récompenses éternelles, etc.

( Le père de Segaud , Avent , pag. 319, 394- f^oyez aussi le traité du père Rapin , sur la foi des derniers siècles , imprimé à Paris , chez Cramoisy, en 1679; les deux volumes du père Grasset, sur la foi victorieuse; les sermons des PP. Bourdaloue , Cheminais et du Fay , sur le même sujet ; les deux prônes de Ballet , sur la foi spéculative et sur la foi pratique, tom. 2 ; un

SER livre anonyme, intitulé : La nécessité de la foi en Jésus-Christ pour être sauvé, imprimé au commencement de ce siècle , et un autre livre intitulé : Fondement inébranlable de la doctrine, etc.)

FRANÇOIS DASSISE.

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