PANÉGYRIQUE ABRÉGÉ
Hic positus est in signum , cui contradicetur. {Luc, ch. 2.)
Celui-là doit être expose comme un signe , auquel on contredira.
Ce sont les paroles du saint vieillard Siniéon , lorsque , tenant entre ses bras le saint et divin enfant envoyé pour être la lumière des nations, et la gloire du peuple d'Israël , il annonça dans un esprit prophétique les contradictions qu'il devait recevoir ; et qu'enveloppant, selon la coutume des anciens prophètes , la synagogue avec l'Église , les Juifs charnels avec les mauvais chrétiens , il prévit l'opposition criminelle qui devait se trouver entre leur vie, et ce signe adorable de Jésus-Christ crucifié , qui devrait être notre unique modèle. Ce grand objet, où paraît dans tout son éclat l'opposition de l'Évangile et du monde , se présente à tous les chrétiens. . . Mais comme nos yeux éblouis par les rayons insoutenables du soleil , se plaisent à le considérer dans le cristal d'une onde pure , où il se
SER i8i
jieint avec toutes ses beautés adoucies et accommoJées à la faiblesse de nos regards ; ainsi la vie admirable d'un Dieu fait chair, dont notre lâcheté nous fait voir l'imitation au-dessus de nos forces , s'y montre plus proportioiinée dans ceux qui en ont été comme des images réfléchies , et où l'éclat éblouissant d'un modèle divin , a été , pour ainsi dire, tempéré par l'infirmi lé humaine, où il s'est représenté.
Tel est le grand saint dont nous faisons aujourd'hui l'éloge.
Au seul nom de François , tout l'Évangile en abrégé se vient offrir à nos yeux , dans sa personne, dans sa vie et dans sa règle ; pauvreté évangélique , détachement parfait, esprit de mortification et de souffrance , amour des abjections et des opprobres, sainte folie de la croix :
en un mot , les caractères les plus éclatans du tableau de Jésus-Christ donné en spectacle à tous les hommes , et mis , pour ainsi dire, dans un jour favorable , pour atlirer les regards du monde chrétien, se retrace dans nos esprits... Mais pendant que notre saint est l'objet d'une vénération publique , il est le signe d'une contradiction générale. Ainsi je me propose de vous représenter ce grand saint comme un signe de contradiction combattu par le monde : première partie j et comme un signe de réprobation qui condamne le monde : seconde partie.