‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 31 sur 77 · PANÉGYRIQUE ABRÉGÉ · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE ABRÉGÉ

De forti egressa est dulcedo.

Ce.st de lo force quest sortie la douceur. (Juges 14. i4- )

Dans les portraits du commun des hommes , on s'étudie d'ordinaire à les flatter : dans les portraits des saints on cherche presque toujours à se flatter soimême. L'on veut trouver dans leurs dispositions et dans les nôtres du rapport et de la conformité , non pas pour s'animer à leur devenir semblables, mais pour les faire semblables à nous, s'il se peut. Telle est l'adresse de l'amour-propre à s'insinuer jusque dans l'idée que l'on se forme des saints, et dans l'étude que Von fait de la sainteté.

Ainsi parce que dans la dévotion même, on n est pas ennemi des accommodemensetdes facilités, la douceur du saint évêque de Genève est le seul Irait qui frappe dans son caractère. On en laisse échapper la force qui en fait proprement le fonds. Ce n'est que par l'aimable tempérament de ses vertus que saint François de Sales est connu parmi les fidèles. On aime à se le représenter forçant partout l'hérésie dans ses retranchemens, sans jamais forcer les hérétiques, et faisant refleurir dans l'Église la piété primitive, sans en rappeler l'ancienne sévérité ; corrigeant les pécheurs avec bonté , et fortifiant avec onction les

faibles; enseignant à vivre cbrétiennementau milieu du monde, et tranquillement dans le sein de la retraite ; paisible réformateur des abus du siècle, et sage modérateur des austérités du cloître ; aussi raisonnable dans les différentes règles qu'il a tracées de la vie religieuse et séculière , laïque et sacerdotale, dont il est également le maître , que sociable dans le commerce différent des campagnes et des villes, des provinces et des cours qu'il a visitées, et dont il fut également l'apôtre. C'est par-là, dit-on, qu'il est devenu l'amour des peuples et le modèle des pasteurs. Lisez sa vie , parcourez ses écrits, vous n'y trouverez partout que modération et que douceur, point d'effort ni de violence.

Mais c'est par l'histoire même de la vie de saint François de Sales, que je dois aujourd'hui convaincre tous ceux qui m'écoutent, que la véritable douceur vient proprement de la force, et que si la sienne n'en eût tiré son origine et son appui, jamais elle n'aurait eu de si héroïques sentimens, ni produit de si merveilleux eilets: De forti egressa est dulcedo.

Je conviens donc que la douceur fut son vrai caractère : j'avoue même , ce qui paraît admirable , que par sa douceur il triompha de l'erreur dans la doctrine , et du relâchement dans les mœurs : je reconnais encore, ce qui semble un nouveau prodige , qu'il triompha

<3e l'erreur par la douceur de ses mœurs, et du relâchement par la douceur de s:x doctrine.

Ce que j'ajoute, et qui encliérit sur toutes ces merveilles , c'ost que cette douceur victorieuse de l'erreur fut dans les mœurs le fruit de toute la force apostolique. Vous le verrez dans mon premier point : c'est que cette douceur victorieuse du relâchement est encore dans sa doctrine le précis de toute la force chrétienne ; vous le verrez dans mon second point : De forli egressa est duîccdo.

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