MESSE
PREMIER SERMOX ABRÉGÉ.
Expedit vobis ut moriatur unus liomo pro populo.
// vous est avantageux quun homme meure pour le peuple.
(Joan. II , 5i. )
L'Évangile nousapprend, mes frères, que le souverain pontife ne parlait pas de lui-même, lorsqu'il prononça cet oracle, dont le sens mystérieux lui était caché; mais qu'encette qualité depontife , il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation , et nonseulement pour la nation , mais aussi pour rassembler les enfans de Dieu qui étaient dispersés.
Paroles qui annoncent les grands avantages que devait procurer aux hommes le sacrifice de Jésus- Christ.
Et quels avantages , mes frères , le ciel ouvert à nos vœux , la paix descendue sur la terre , les puissances de l'enfer confondues , le péché aboli , l'impiété éteinte, un Dieu réconcilié avec l'homme , un Dieu favorable à nos besoins ; tout ce que la religion a de saint, tout ce que nos sacremens ont d'efficace , tout ce que nos actions ont de mérite, tout ce que le Très-Haut reçoit de gloire; en un mot, tout bien , toute grâce , toute justice, toute grandeur : tout est le fruit du sacrifice de Jésus- Christ.
Ah ! si ce grand sacrifice a la vertu de tenir le ciel et la terre,
SER ies anges et les saints dans l'admiration et le respect ; s'il fixe les majestueux regards d'un Dieu , quel est donc votre aveuglement, ô vous qui le négligez par mollesse, qui n'y participez que par bienséance , qui n'y restez quelques momens qu'avec ennui , et qui souvent le déshonore z par des profanations scandaleuses et sacrilèges.
Ecoutez-le, mes frères : négliger le saint sacrifice, c'est refuser à Dieu le plus parfait et le plus essentiel hommage que nous devions à sa majesté suprême : profaner le saint sacrifice , c'est insulter à Dieu dans sa personne. Puisque nous sommes ■ trop peu de cliose pour honorer par nous-mêmes un Dieu si grand, il est de notre devoir de l'honorer par l'oblalion de la victime , qui est infiniment sainte ; et puisque la victime est infiniment sainte , il est également de notre devoir de l'offrir avec les plus parfaits sentimens de la piété. De là ces deux vérités importantes qui feront le partage de ce discours ; il n'y a point de religion sans sacrifice ; il n'y a point de sacrifice d'agréable odeur , s'il n'est animé d'un véritable esprit de religion.
PREMIER POINT
Entre les choses saintes, dit le concile de Trente , nous n'avons rien de plus saint que le sacrifice de nos autels. Voulezvous , mes frères , en comprendre la nécessité , la vérité , l'ex -
cellence , suivez par ordre ces principes que la raison , de concert avec la foi , nous établit.
Premier principe. S'il y a un Dieu qui mérite d'être honoré, il doit y avoir dans le monde une religion qui l'honore.
Second principe. S'il y a une religion qui honore le vrai Dieu, il doit y avoir un sacrifice que l'on offre en son honneur.
'^Troisième principe. S'il est un sacrifice qui s'offre en l'honneur du vrai Dieu , ce doit être le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, qui est la seule victime digne de Dieu : donc la vraie religion estcellequi le possède, et qui l'offre ce sang adorable ; point de religion sans ce sacrifice auguste ; c'est une chaîne de principes indivisibles. Appliquez-vous , mes frères ; plus ils ont de profondeur, plus ils méritent l'attention des esprits solides.
Premier principe. S'il est un Dieu qui mérite d'être honoré , il doit y avoir une religion qui l'honore. En effet, je ne puis me représenter un Etre infini , sans avouer que devant lui je ne suis qu'un néant, qu'un atome imperceptible ; et cet aveu de mon néant est une adoration de sa grandeur. Je ne puis reconnaître un Dieu, auteur de ma vie , de ma raison, de ma santé, de tout moi-même, sans me sentir obligé envers lui à la plus parfaite reconnaissance ; et la reconnaii^ance engage à honorer son bienfaiteur ; je ne puis reconnaître un Dieu puissant et iG.
juste , sans apercevoir l'obligation où je suis de me conformer à ses lois ; rien n'est plusjUste que de suivre la justice, et cette obéissance est un vrai culte ; je ne puis me représenter le souverain bien, sans me sentir obligé de l'aimer souverainement.
En un mot, je ne puis reconnaître un Dieu qui possède toute perfection , sans avouer qu'il mérite tout bonneur; et s'il mérite tout bonneur , je dois donc l'bonorer en tout. Ce sont là , mes frères , de ces devoirs primitifs qui parlent au cœur :
beureux si nous avions autant de fidélité à les remplir, que nous avons de facilitée les concevoir, et de naturel à les ressentir.
La reconnaissance , la soumission, l'adoration, l'amour, sont donc des suites nécessaires de la connaissance du vrai Dieu ; or, l'adoration, l'amour, la soumission, la reconnaissance, font la vraie religion : donc, s'il est un Dieu, il doit y avoir une religion qui l'bonore.
Second principe. S'il y a une religion qui bonore le vrai Dieu, il doit y avoir nécessairement un sacrifice que l'on offre en son bonneur. Vérité, mes frères, qui paraît née avec nous. L'bomme fut à peine sur la terre, qu'il reconnut l'obligation où il était d'offrir à la divinité des dons et dts victimes. Gain offrit au Seigneur des fruits de la terre ; Abel lui immola les premiers nés de ses brebis; on ne vit jamais de peuple qui n'eût ses temples, ses
SER autels, ses sacrifices; et, comma le remarque saint Augustin , quoique les nations idolâtres n'aient conservé qu'une idée de la divinité fort altérée et fort confuse , elles n'ont pas laissé de'connaître que le sacrifice était dû à Dieu , et n'était dû qu'à Dieu seul. C'est donc une vérité de tous les âges, qu'il n'y a point de religion sans sacrifice.
La raison naturelle nous conduit elle-même à cette vérité.
Pour le comprendre , interrogez votre raison ; demandez-lui ce que c'est que religion : elle vous répondra que la religion n'est autre chose que le culte du vrai Dieu ; et ce culte du vrai Dieu , en quoi consiste-t-il ? Quelle est son essence? Elle vous dira que c'est l'adoration et l'amour; mais encore , qu'est-ce qu'adoration ? Un aveu solennel que nous faisons au Seigneur de notre dépendance, de notre néant, de notre misère profonde à la vue de ses grandeurs infinies, de sa puissance suprême, de la plénitude de son être sans bornes; tel est l'aveu ^qui fait l'essence de l'adoration, sans laquelle il n'y a point de religion. Il faut donc un acte qui exprime cet aveu ; et dans un corps de religion extérieur et visible, il faut un acte sensible qui rende cet aveu solennel et authentique.
Or , la raison me fait concevoir qu'il n'y a proprement que le sacrifice qui en soit une expression fidèle. Pourquoi ? c'est qu'il n'y a que le sacrifice où l'homme fasse rentrer la créa-
SER ture dans son néant devant la majesté de l'Être infini. Les autres actes de religion , dit un auteur aussi profond qu'éloquent , honorent Dieu , il est vrai ; mais leur objet spécifique n'est pas d'honorer l'être infini de Dieu et son autorité souveraine. Lorsque je prie, je reconnais , à la vérité , qu'il est la source de tous les biens ; niais en implorant ses grâces, il semble que j'envisage mon intérêt plutôt que son adorable grandeur , au lieu que dans le sacrifice, l'objet que j'envisage, c'est son être et mon néant , sa souveraineté et ma dépendance, sa justice et mon péché. Par l'immolation de la victime que je fais expirer sur ses autels, je veconnais , et comme créature et comme pécheur, que je lui dois l'hommage de tout moi-même ; que j'ai mérité la mort ; que je m'y soumets de cœur; et n'ayant pas droit de disposer de ma vie, je meurs du moins dans la victime que je substitue ; je me détruis en elle-même, je m'immole , je m'anéantis en elle; je reconnais que Dieu est seul celui qui est, qu'il possède seul l'être par excellence et en toute propriété, et que lui seul a le droit de dire : Je suis celui qui suis , ego siim qui sum. Par l'anéantissement de la victime, je confesse hautement que tout est ^ néan t devant Dieu ; que l'homme n'a qu'un faible rayon d'être dépendant et emprunté , qui peut lui être ravi à chaque instant; et que soumis à son créateur, il
doit toujours être disposé à se sacrifier sans réserve pour sa gloire.
Se contenter de prier, c'est se borner à ses désirs et à des paroles : rien ne s'anéantit en eifet; on 'ne rend rien à Dieu de ce qu'on a reçu de lui ; mais dans le sacrifice tout est eftectif; la victime est réellement détruite ; elle rentre dansson néant devant la majesté du Très-Haut ; l'homme rend à Dieu , sinon l'être qu'il en a reçu , et qu'il n'a pas en son pouvoir, du moins une créature que Dieu lui a soumise, et dont il lui a donné pouvoir de disposer. Olil qu'une victime tremblante sous la main du sacrificateur qui tient déjà le glaive levé pour l'immoler, est une vive expression de l'état de l'homme sous la main du Seigneur son Dieu, qui peut à son gré lui ôter la vie , et qui tient le glaive levé pour l'immoler dans peu de jours à sa grandeur et à sa justice 1
La religion du cœur ne saurait être sans le sacrifice du cœur ; un corps de religion extérieur et sensible ne peut donc être sous un sacrifice extérieur et sensible. En un mot , le sacrifice est le signe expressif et authentique de notre dépendance et de notre néant. Ce signe autbentique est l'acte essentiel de la religion ; donc il ne peut y avoir de religion sans sacrifice : c'est ce que la raison naturelle me fait comprendre.
Et ce qui met un sceau divin à cette vérité , c'est le témoi-
{ijnage que le Saint-Esprit lui a rendu par la bouche du grand apôtre. Dans son épître aux Hébreux, saint Paul nous enseigne, d'un côté, qu'une religion ne peut être sans un sacerdoce , puisque l'on ne peut détruire le sacerdoce sans détruire du même coup la religion : Translnlo sacerdotio , necesse est ut et legis translatio fiât. D'un autre côté, il nous dit qu'un sacerdoce ne peut être sans sacrifice et sans victime , parce qu'il est établi pour offrir à Dieu des dons et des victimes : Constituitur m ïiis quce sunt ad Deiim, ut ofj'erat dona et sacrijicia. Ce qui fait , ajoute-t-il , que Jésus-Christ , en qualité de prêtre du Très- Haut , était obligé d'avoir une victime à lui offrir en sacrifice :
TJnde necesse est , et hune liahtre aliquid quod offerat. Réunissons ces deux principes de l'apôtre. Une religion ne peut être sans un sacerdoce ; un sacerdoce ne peut être sans sacrifice : donc une religion ne peut être sans sacrifice; et s'il est vrai, comme nous l'avons démontré , qu'il doit y avoir sur la terre une religion qui honore le vrai Dieu , il s'ensuit évidemment qia'il doit y avoir un sacrifice que l'on offre en sou honneur. Second principe que j'avais à établir.
Le troisième principe que je me suis proposé d'établir , c'est , mes frères, que s'il y a un sacrifice que l'on offre au vrai Dieu, ce doit être nécessairement le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, parce qu'il n'est
SER point d'autre victime qui convienne à Dieu. En effet, on ne doit offrir à Dieu qu'un sacrifice qui l'honore : or, c'est une vérité de foi, vérité avouée par les hérétiques même, que l'agneau immolé est seul capable de rendre à Dieu tout l'honneur qu'un Dieu mérite. Le sang des animaux n'a rien qui convienne à un pur esprit. L'homme luimême , souillé qu'il est par le péché , ne pourrait être à ses yeux qu'une victime impure et odieuse ; et la nature toute entière eût-elle conservé sa beauté primitive, n'a rien qui réponde à sa grandeur. Il n'y a donc que le Fils égal au Père qui soit capable de lui rendre le parfait hommage; il n'y a que le sacrifice de Jésus-Christ qui , étant d'un prix infini, honore véritablement l'Etre infini ; c'est donc le seul vrai sacrifice , le seul qu'il soit permis d'offrir à Dieu ; et une religion ne saurait être la vraie religion , si elle ne possède et n'offre pas le sacrifice du corps et du sang de Jésus- Christ. Tels sont les principes qu'établit la foi , et que la saine raison reconnaît.
Ainsi, mes frères, Jésus-Christ est venu pour établir dans le monde la vraie religion : or , il n'est point de vraie religion sans sacerdoce ; point de vrai sacerdoce sans sacrifice ; point de vrai sacrifice sans victime ; point de victime agréable à Dieu que le corps et le sang de Jésus-Christ.
N'est-il pas évident que ce divin législateur , en établissant la
SER vraie religion , n'a pu se dispenser d'y établir le sacrifice réel de son corps et de son sang? Toute religion qui ne reconnaît pas ce grand sacrifice n'est donc pas la vraie religion.
Et certes , mes frères, si Jésus- Christ n'eût laissé à son Eglise qu'une image de lui-même ; si la sainte Eucharistie n'était qu'une simple figure, il n'eût donc établi qu'une figure de victime, une figure de sacrifice , une figure de sacerdoce, etsa religion ne serait, comme celle de Moïse , qu'une religion en figure ; le chrétien n'aurait rien au-dessus du juif, et nous serions comme ce peuple réprouvé, sans victime et sans sacrifice sur la terre : malédiction dont Dieu l'a frappédans sa fureur.
Mais que nous servira-t-il de posséderle sacrifice del'Homme- Dieu , si nous avons le malheur de n'en pas sentir l'excellence?
Que nous servira-t-il d'en reconnaître la vérité, la nécessité, si nous en ignorons le prix et la dignité ? Nous resterons dans l'indigence avec le plus riche trésor , et dans le crime en possédant la source même de toute sainteté. Cependant , la comprenez-vous cette excellence du saint sacrifice? En êtes-vous pénétrés?
Quelle est l'idée qu'on s'en forme aujourd'hui dans le monde? Vous le voyez , on y regarde la sainte messe comme une cérémonie de religion à laquelle on est obligé d'assister en certains jours , où l'on fait à Dieu
quelques prières , après quoi chacun est libre de vaquer à ses affaires , ou de se donner à son plaisir.
Grand Dieu! est-ce donc là cette idée si noble que des chrétiens doivent avoir d'un sacrifice, qui est l'action de la religion la plus grande , la plus excellente, la plus auguste? Sacrifice dont un Dieu est l'objet, un Dieu la victime , un Dieu le feu sacré qui consume l'holocauste : sacrifice où s'immole une victime vivante, et qui vit même étant immolée. Est -il permis à des enfans de lumières de penser si légèrement de ce grand sacrifice, où l'on traite avec Dieu de la bénédiction des familles , de la paix de l'Église, de la prospérité des empires , du salut des vivans et des morts, de notre bonheur éternel , de tout ce qu'il y a de plus important et de plus saint? Oset-on traiter de pure cérémonie un sacrifice où Jésus-Christ fait éclater l'excès immense de son amour , où il descend en personne sur nos autels, pour y consommer l'ouvrage de notre réconciliation , en nous unissant avec son père dans la participation d'une même victime : sacrifice, où le Pontife éternel rend à la majesté du Très-Haut toute l'adoration , toute l'action de grâces , toute la satisfaction , toute la louange qu'il mérite , en lui offrant tout ce que son âme divine a conçu et concevra, dans toute l'éternité , de religion et d'amour : sacrifice, qui
est la source et comme le dépôt de toutes les grâces , où chacun de nous peut trouver en tout temps et en tout état , à la vie et à la mort, sa propitiation et son salut, où par la foi et par l'amour on devient avec Jésus- Christ un même prêtre , une même hostie ; où par la communion on se nourrit de sa chair vivifiante, où l'on verse en quelque sorte son sang adorable dans nos propres veines ; où l'on est.
pour ainsi dire , imbu et tout pénétré de sa vertu et de son esprit : sacrifice qui est une continuité du sacrifice de la croix (car ce n'est, mes frères, qu'un seul et même sacrifice) , et qui nous est mis entre les mains, afin qu'en l'offrant à la souveraine justice , nous lui payions par ses mérites le juste prix de notre rédemption : sacrifice, en un mot, où Dieu est adoré dans sa grandeur , glorifié dans son être, .«atisfait dans ses droits, béni dans ses dons , réconcilié avec l'homme , et où toute justice est consommée.
Ah ! si l'on connaissait tout le mérite de ce divin sacrifice , se contenterait -on de le traiter froidement de pieuse cérémonie? Avec quelle ardeur ne s'efforcerait-on pas de s'en appli- ({uer la vertu? Pourrait-on souffrir l'injurieuse indifférence de tant de lâches chrétiens qui n'y paraissent qu'avec tristesse ou par contrainte, et qui se mettraient peu en peine d'y participer jamais, si l'Éylise ne leur eu faisait pas une loi? O jngiali-
SER tude ! o négligence outrageuse l
Quoi! mes frères , dans le temps que le ciel s'ouvre , que Jésus-Christ descend sur le samt autel , que les anges adorent , f[ue les puissances tremblent , que toute la nature est dans le respect; dans le temps que Dieu lui-même se rend attentif au mystère qui s'opère en notre fa- \eur, l'homme seul, insensible à tant de merveilles, demeurera ou mollement enseveli dans les langueurs du sommeil , ou servilement attaché à un travail mercenaire , sans se mettre en peine d'en profiter? Esclaves de l'intérêt, vous qui , sous prétexte de travaux et d'affaires , laissez à peine à ceux que vous occupez le moment de paraître au temple dans les plus saintes solennités ; vous qui abandonnez l'autel du Seigneur pour dresser dans vos maisons un autel à la fortune ; idolâtres des richesses , la malédiction tombera sur vos travaux; ils ne fructifieront que pour le crime.
Quelque affaire qui vous occupe , la piété ne devrait-elle pas vous engager à consacrer à Dieu les prémices de chaque jour, et à commencer par lui rendre l'honneur que vous lui devez dans le sacrifice , qui est seul capable de lui rendre le parfaithonneur? Vous n'en avez pas le loisir , dites-vous ; mais combien de négocians fidèles , d'artisans pieux, de serviteurs et d'humbles servantes que nous voyous tous les jours s'empresser d'offrir avec nous la victime de
SER propitiaiion 1 Ils savent bien s'en ménager le temps au milieu de leurs occupations, sans que ni leur travail , ni leur commerce en soient dérangés : les bénédictions que répand la sainte messe rend inénie leurs travaux et plus animés et plus utiles. S'il s'agissait de quelques parties de plaisir et de bonne chère, on en trouverait assez le temps. Ah I })eut-on plaindre quelques momens donnés à un Dieu à qui l'on doit toute la vie ?
Mais vous , riches du siècle , qui êtes les arbitres de vos momens , et qui vous trouvez souvent embarrassés de votre loisir ; vous, femmes du monde , dont toute la vie n'est qu'un languissantrepos; vous qui donnez au jeu le temps que la nature a donné au sommeil , et au sommeil le temps que la religion confère au culte divin ; vous qui préférez la mollesse à la piété, et qui, plongés des semaines entières dans un profond oubli des mystères saints, trou-* vez que le jour du Seigneur est bien incommode , par l'obligation gênante qu'il vous impose d'aller adorer Dieu dans son temple , de quelle excuse couvrirez-vous une si odieuse indifférence ? Comprenez-vous que négliger d'entendre la sainte messe autant de fois que la facilité s'en présente , c'est négliger de rendre à Dieu l'hommage qui lui est le plus précieux ; c'est vous fermer la source des grâces , et vous retrancher en quelque sorte de la communion
de Jésus-Christ? Vous priez, dites-vous , dans le secret , mais ignorez-vous que la prière n'est jamais plus puissante que lorsqu'elle se fait en commun, et lorsqu'elle s'unit de plus près à celle du pontife innocent, sans tache , qui est exaucé. pour le mérite et l'excellence de son sacrifice ?
Oh I quelle ardeur les premiers chrétiens ne marquaientils pas pour nos saints mystères I Ils y consacraient le temps de leur repos. On voyait les nnères chrétiennes y conduire leurs enfans à la vue des tyrans mèipe ; et si l'on menaçait de les y faire périr , c'est pour cela , répondaient-elles avec fermeté , que nous nous hâtons d'y arriver , afin de nous immoler avec Jésus-Christ. 0 mon Dieu, quel changement, et dans la foi, et dans les mœurs ! aujourd'hui la plus légère incommodité suffit pour se croire dispensé de la sainte messe ; un enfant paraît-il délicat, une fausse tendresse l'emporte aussitôt sur la loi : on craindrait que la source des grâces ne lui fût contraire, et que s'il allait au temple, il n'en fût incommodé; on l'intimide, on l'amollit, au lieu de l'affermir de bonne heure contre des craintes frivoles, et de lui apprendre à ne se pas alarmer si aisément , quand il s'agit du devoir. Assiste-t-on au saint sacrifice? tantôt c'est dans un négligé indécent : on rougirait de jtaraître en cet état dans une compagnie du monde ; tantôt
c'est avec un étalage superbe de vanités ; on vient au temple comme au théâtre , plutôt pour se donner en spectacle que pour adorer. Pendant le saint sacrifice, pour toutes prières, on parle de bagatelle , de nouvelles , de son jeu, de ses affaires, souvent même de sujets moins indifférens : pour dispositions , l'on y apporte la froideur, la dissipation , l'ennui ; la piété du saint ministre est à charge ; il n'a jamais assez tôt fini; à la table, au jeu , au bal, au spectacle , on ne plaint pas le temps; ce n'est qu'auprès de Dieu que viennent tout à coup les dégoûts et les ennuis.
Enfansd'infidélité, est-ce donc là cet hommage du cœur? Est-ce là tout l'honneur que vous me rendez , dit le Seigneur ? Voulezvous donc changer mon amour en haine, et mes faveurs en supplice? Ahî plutôt venez, venez, ô mon peuple : Convenile, properatc ; accourez avec empressement au sacrifice que mon amour vous prépare : Convenue ad viclimam meani. C'est le sacrifice de la grande victime qui s'est immolée pour vous sur les montagnes d'Israël : Viclimam grandein super montes Israël.
Venez avec joie vous nourrir de sa chair délicieuse et vous enivrer de son sang adorable : L't comedalis cornent elhibalis snnguinem. Dans l'immolation de cette victime , vous me rendrez tout l'honneur qu'un Dieu mérite ; vous remplirez le plus grand devoir'de votre sainte re-
SER i
ligion; vous-mêmes, par lesi mérites de l'agneau sans tache ,i vous serez purifiés ; mais souve-î nez-vous que s'il n'est point de | religion sans sacrifice, il n'estj point de sacrifice d'agréable j odeur, s'il n'est animé d'un vé-] ritable esprit de religion. Se-, conde vérité qui fera le sujet' du second point.
SECOND POINT
L'esprit de religion , mes frè-i res, doit former eu nous troisj dispositions essentielles pour as-j sister avec fruit au saint sacri-i fice de nos autels. La pureté de cœur , le zèle de la gloire de' Dieu , le désir sincère de nous' immoler avec Jésus-Christ.
I". La pureté de cœur. Ah!i quelle innocence ne faut-il pas!
avoir pour approcher le Dieu terrible dans sa sainteté? Quellei pureté lorsqu'on vient lui offrir^ la victime pure et sans tache? Si; les anges, saisis et tremblans ,j se couvrent de leurs ailes devantj la majesté du Dieu trois fois!
saint , avec quel soin ne devons-, nous pas nous couvrir de la robe!
de l'innocence , blanchie dans^ le sang de l'agneau , lorsque, nous nous présentons devant le, trône du Saint des Saints !
L'Église, dans les beaux joursi de la foi, interdisait aux pé-J cheurs la vue même, oui, la vue de nos saints mystères. Il leur, était permis de se trouver aux] assemblées des fidèles pour yj entendre les instructions du sa-, lut; mais au moment que le:
sanctuaire allait s'ouvrir , et le^
SER sacrifice commencer, le diacre adressait» ceux qui étaient soumis à la pénitence publique , ces paroles si touchantes et si terribles : Sancta , sancLis ; retirez-vous , les choses saintes sont pour les saints.
Plus indulgente aujourd'hui , sans être plus heureuse , l'Église permet , ordonne même aux pécheurs qu'elle n'a pas retranchés de son sein par l'anathème , de participer dans les saints jours au sacrifice 'redoutable. Cette mère tendre et complaisante veut bien leur accorder cette grâce , dans l'espérance que la vue des sacrés mystères réveillera leur foi assoupie; qu'ils auront horreur d'offenser un Dieu plein de bonté , dont ils verront le sang couler à leurs yeux pour leur salut, et c[ue la douceur de l'agneau immolé amollira la dureté de leur cœur.
Mais en ordonnant des actions saintes , l'Église , mes frères , veut qu'on les fasse saintement.
Ses lois ne se bornent pas à une simple cérémonie, ni à une stérile écorce de justice. Elle ne se contente pas d'un vide extérieur de religion ; elle veut que l'esprit amène et vivifie les œuvres qu'elle commande ; elle veut qu'au saint sacrifice les pécheurs commencent du moins à concevoir quelque horreur de leurs désordres, et qu'ils y apportent l'innocence , du moins dans la préparation du cœur.
Je dis, mes frères, dans la préparation du cœur ; car il ne
faut pas confondre l'état de péché avec l'affection au péché, et la volonté positive d'y persévérer. Il faut bien distinguer entre une âme qui languit encore dans ses liens, et une âme qui se complaît dans ses liens. Le pécheur qui n'est pas encore sorti de son péché, mais qui en gémit , qui fait quelque effort pour s'en retirer, qui en implore le pardon , et qui , touché du sentiment de son malheur , dit à Dieu, comme l'humble publicain : Seigneur, ayez pitié de moi, pécheur. Domine, propitiris eslo milii peccatori ; le pécheur , dans ces dispositions , porte un cœur préparé à la justice , et peut prendre part au sacrifice des justes , sans devenir coupable d'un nouveau péché.
Il y trouve même des forces pour se soutenir; et loin d offenser Dieu, il commence dès lors à l'honorer.
Mais un pécheur qui se complaît dans son péché, qui ne pense pas même à s'en détacher, qui conserve dans son cœur une volonté positive d'y persévérer, et qui ne vient à la sainte messe cjue par usage, par cérémonie , parce qu'on le veut ainsi , prêt au sortir du temple à renouer le fil de ses intrigues, et à répandre le cours de ses passions ; en un mot, un pécheur qui pendant le saint sacrifice , n'applique à Dieu ni son esprit ni son cœur , je ne crains pas de le dire d'après le grand modèle des prédicateurs, le Chrysostôme du dernier siècle, dont les dis-
cours font encore l'adoiiration de l'Rglise autant par leur exactitude que par leur beauté; un pécheur dans ces affreuses dispositions outrage Dieu, abuse de l'indulgence de l'Église , trompe son espérance , profane ce que la religion a de plus auguste , change en odeur de mort ce qui est en odeur de vie, combat la vertu du sacrifice de Jésus-Christ, le déshonore dans le culte même cju'il paraît lui rendre ; enfin , si cette hostie mourante sur le saint autel ne fait pas naître dans le pécheur une componction \»\ve et religieuse , il se rend digne des plus rigoureuses vengeances , et mérite qu'on le traite d'anathème.
Quel désordre , en eff'et , continue cet excellent dispensateur de la divine parole, lorsque des hommes . portant sur le front le caractère de la foi, viennent au sacrifice non - seuleuîent sans humilité, mais avec tout l'orgueil du libertinage ? West-ce pas dire à Jésus-Christ dans son cœur : Victime sainte , je viens vous offrir pour l'expiation de mes péchés , mais je n'en suis pas moins déterminé à les commettre ; je veux bien vous rendre un hommage de cérémonie, mais l'hommage du cœur , je le réserve à des idoles que je vous préfère ; je vous adore, ô Dieu saint 1 mais je n'en suis pas moins prêt à vous offenser et à vous trahir?
Oh! mes frères, pouvez-vous soutenir l'horreur d'un langage aussi impie? Cependant voilà ce
SER que dit en effet à Jésus-Christ , jusqu'au pied de ses autels, un homme dont le cœur demeure toujours attachéau vice. Et voilà ce qui fait dire au sage , que les sacrifices des pécheurs sont en abomination devant Dieu.
Prophète, dit le Seigneur, as- tu vu les enfans d'Israël m'offrir des dons et des victimes ?
Ah I leurs offrandes me font horreur ; je les ai souillés ( qu'elle est forte cette expression de l'Écriture ! ) je les ai souillés dans leurs propres dons , parce qu'ils commettent l'iniquité : Polhii eos in mitneribiis suis, propltr délie ta sua. Grand Dieu! quel est donc l'état de ces voluptueux , qui croupissent des années entières dans des habitudes infâmes, sans avoir jamais à la sainte messe la moindre pensée de se convertir ? Quelle chaîne de profanation ! Que d'outrages faits à Jésus-Christ durant le cours d'une passion déréglée I La confession humble et sincère de son péché doit entrer dans le culte que l'on rend à Dieu au Saint sacrifice : cependant où sont les pécheurs qui réfléchissent sur tant de profanations pour s'en humilier sincèrement devant le Seigneur?
Et que l'on ne dise pas qu'il serait donc plus avantageux aux pécheurs de ne pas assister à la sainte messe. N'y pas assister quand l'Église l'ordonne , c'est désobéissance ; y assister avec affection au péché, et dans la volonté d'y persévérer , c'est profanation. Quel est donc le
SER inilieu qu'il faut prendre? Celui :}ue le concile de Trente nous prescrit ; apporter tous ses soins pour entendre la sainte messe ivec une entière pureté de cœur; lorsqu'on voit le sacré ministre Immiliéau pied de l'autel sous le poids de ses propres faiblesses, i'iiumilier avec lui devant le seigneur , lui confesser ses fautes avec un désir sérieux de les îviter ; implorer sa miséricorde, ît renoncer dès ce moment à tout engagement criminel ; c'est iéjà commencera devenir juste, ::jue de se rendre justice en se :ondamnaat soi-même. Première disposition que la religion demande pour participer ju saint sacrifice, la pureté de ;oeur.
Uneseconde disposition , c'est le zèle de la gloire de Dieu ; vous le comprenez , mes frères ; nous offrons à Dieu le saint sacrifice pour l'adorer dans ses grandeurs , le bénir dans ses dons , satisfaire à sa justice, implorer >es grâces, et rendre à sa majesté le souverain hommage.
Or, dans une action qui est toute pour Dieu , que doit-on envisager que sa gloire ?
Il faut donc , mes frères , après que nous avons purifié nos cœurs, monter avec Moïse la montagne sainte , entrer avec lui dans cette nnée lumineuse qui l'environne , et perdre de vue la terre et ses vanités. Il faut que l'Esprit - Saint nous élève au-dessus de nous-mêmes, comme le prophète : Elevavit me Spiritus , et qu'il nous trans-i
porte jusque dans l'intérieur de
ce redoutable sanctuaire où la gloire du Très-Haut répand son éclat : Et inirodiixit me in atrium interius , et ecce dormis repleta erat glond Domini. Là vous voyez l'Éternel assis sur un trône deflammesardentes, ayant à ses pieds des millions d'anges, et mille millions qui assistent devant sa face , prêts à recevoir ses ordres et à les exécuter. Vous le voyez , ce grand Dieu ; et frappés de l'éclat de sa gloire , vous tombez aux pieds de son trône , vous y restez quelque temps pénétrés de respect, tremblans , éblouis; vous l'adorez dans le silence , vous sentez toutes les puissances de votre âme saisies d'une sainte horreur :
Conlremui amore et horrore.
Sortant enfin de ce doux saisissement pour mêler votre voix à celle des anges, vous vous écriez transportés d'admiration , de reconnaissance et |de joie : 0 qu'il est saint, qu'il est saint, le Seigneur, le Dieu des armées I Qu'il est juste et salutaire de le bénir dans tous les temps et dans tous les lieux I à lui seul la majesté, la puissance, etla gloire, et la victoire, et la louange ; que son saint nom soit glorifié au plus haut des cieux : Hosanna in excelsis. Au moment surtout que Jésus-Christ va paraître sur le saint autel , ah !
quel respect , mais quelle joie de le voir, de l'adorer, ce puissant Médiateur! Quel empressement à le présenter à son Père , afin d'apaiser son juste cour-
roux! Quelles actions de grâces, quel épancbement de cœur , quelle eiFusion d'amour, quelle consolation de le posséder, de s'unir à lui I
Voilà, mes frères, ce grand objet qui doit occuper au saint sacrifice notre attention et notre ardeur; et certes , quel autre objet pourrait nous occuper, lorsqu'un Dieu se rend présent à nos yeux? Quoi! le Seigneur m'élève jusqu'à son trône, et je laisserai mon esprit ramper honteusement sur la terre! Je viens lui rendre mon boiiimage, et lorsqu'il se présente pour le recevoir avec bonté, je m'arrêterai à d'insipides amusemens ?
Quoi ! dans le temps du sacrifice redoutable , je m'occuperai de peintures, d'édifices, d'affaires , de nouvelles, et peutêtre de mille choses plus indécentes ; car , hélas ! que ne se permet-on point jusque sous les yeux du Tout-Puissiant ! Postures immodestes, manières aisées, airs de familiarité si opposés au respect qui lui est dû , les ris, les galanteries, les entretiens libres, les regards curieux et dissipés. Un mauvais penchant les adressera jjlustùtà des objets qui troublent l'esprit, qu'à ceux qui pourraient édifier.
Prophète, tu n'en dis point assez, voilà ce qui se passe dans ma maison ; l'on donne des rendezvous sacrilèges , on en fait un lieu d'intrigues, les filles de Sion y viennent chercher et attendre leurs impudiques adorateurs. A n'envisager que leur air de mo-
SER destie , vous les croiriez tout occupées à me prier, et leur esprit ne roule que d'odieux fantômes ; elles ne pensent qu'aux objets de leur passion qu'elles invitent de s'y rendre, afin de se repaître du plaisir de les voir et d'en être vues ; d'infâmes créatures qui font publiquement profession d'un état qui les déshonore da,ns le monde même , ne viennent du théâtre dans le temple au temps du sacrifice, que pour y étaler leur effronterie et leur impudence ; l'abomination est dans le lieu saint. 0 mon Dieu! n'est-ce point assez des outrages que le monde fait à votre sainteté dans ces assemblées profanes? faut - il qu'il vienne encore insulter à votre majesté jusque dans son temple ? Je sais, mes frères, que plusieurs de vous ont horreur de ces profanations scandaleuses ; mais que votre zèle ne vous porte-t-il donc à les bannir, s'il est possible, ou du moins à les réparer par votre attention, votre modestie , votre piété , votre ferveur. Seconde disposition que l'esprit de religion demande au saint sacrifice , le zèle de la gloire de Dieu.
Enfin , la troisième disposition essentielle, c'est un désir sincère de vous immoler avec Jésus-Christ. On vous l'a dit souvent, mes frères, que vous devez offrir le saint sacrifice comme prêtres et comme victimes.' Comme prêtres, en offrant Jésus-Christ à son Père ; comme victimes, en vous offrant avec
ui , et ne faisant avec lui qu'une iiême victime. Ali ! lorsque rous le voyez s'iinnioltr pour '^ous, pourriez-vous ne vous pas innioler avec lui? Son sang , on amour, son exemple, ne ufïiraient-ils pas pour vous y )orter? Le sentiment de vos faues n'est- il pas un pressant moifde vous unira la victime desinée à les expier?
Entrezdonc , mes frères , dans et esprit de sacrifice ; mettezous pendant la sainte messe omme dans un état de *mort ; eprésentez-vous comme Isaac ié sur un bûcher, prêt à expier sous le glaive déjà levé sur otre tête ; prévenez en esprit e moment où vous serez immoés en effet , et dites à Dieu dans otre cœur : 0 Dieu I souverain naître de toutes choses , mes )iens, ma vie, mesenfans, ma amille, tout est à vous; c'est m dépôt que vous m'avez conié, il est juste de vous le renettre; agréez le sacrifice que je ous en fais dès ce moment.
)ui, Seigneur , je vous le fais ans réserve , le sacrifice de tout noi-même , et de tout ce qui leut m'appartenirencemonde; e l'unis à celui de mon Sauveur.
Lh ! puisse tout mon sang couer dans la coupe sacrée de cette ictime si pure, afin qu'étant onfondu avec ce sang adora- )le , il puisse concourir à votre ;loire.
Voilà, mes fières , l'état où 'ous devez entrer pendant la ainte messe : étant de mort et le sacrifice. Or, souffririez-vous
à la mort que l'on vous tînt un langage de flitterie? Aimoriezvous dans les douleurs de votre agonie à vous revêtir de parures et de vanités ? Demanderiezvous que l'art avec les couleurs vînt réparer les disgrâces d'un visage pâle et défiguré? Oh î que tous ces faux brillans vous paraîtraient alors, non-seulement déplacés , mais criminels ! Soyez donc, mes frères , soyez au saint sacrifice ce que vous voudriez être à la mort, tout occupés de Dieu , de ses justices, de ses miséricordes, des mérites de Jésus-Christ , et des grâces qu'il accorde aux plus grands pécheurs qui reviennent à lui dans un cœur sincère. Sacrifiez aux pieds de ses autels toute vanité, toute parure , vos penchans , vos ressentimens , vosattachemens peu réglés.
Et si Dieu permet que vous surviviez comme Isaac à ce sacrifice que vous lui faites de vous-mêmes , que ce soit pour vous immoler chaque jour par la pénitence, et par une soumission fidèle à ses volontés. Ne rentrez dans vos familles que ])our y porter l'esprit de Jésus- Christ , la paix , la douceur , la charité indulgente , la candeur , la piété. Lorsque David eut conduit l'arche du Seigneur dans la cité sainte, au milieu de mille victimes, il rentra dans sa maison , dit l'Écriture , afin d'y faire part à sa famille des bénédictions qu'il avait reçues du Seigneur : Reversus est in donnim suam, ut benediceret do-
mui suce. Heureux le fidèle qui , après avoir puisé dans la source des grâces, devient lui-même une source de bénédictions pour ses frères , pour ses enfans, pour sa famille. Ahl quel bonheur d'être avec Jésus-Christ la victime d'un Dieu qui se nourrit de ses victimes , qui les change en sa propre substance , et qui leur fait trouver en lui-même une immortalité inaltérable, que je vous souhaite. ( Le père Pacaut , Discours de piété , tom. i .
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