‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 37 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est un injuste reproche que nous font les prétendus réformateurs de l'Église romaine , quand ils nous accusent d'anéantir le sacrifice de la croix par le sacrifice de la messe , comme si nous jugions le premier insuffisant , et que le second nous en parût un supplément nécessaire ; reproche qui retombe directement sur Jésus-Christ même , de qui nous avons reçu par testament cet auguste mystère , comme l'héritage de ses plus éminentes vertus.

Or , ce que Jésus-Christ a établi comme le monument vivant, et la continuation réelle du sacrifice de la croix , en est-il la destruction et l'anéantissement?

parce que le fils de Dieu s'est pleinement offertsur le calvaire, tomme une victime due à la majesté de son Père, s'ensuit-il qu'il ne puisse plus s'offrir de rechef, sans abolir ou sans affaiblir l'oblation qu'il a déjà faite ?

Ce n'est donc point un nouveau sacrifice. Appliquez-vous , chrétiens, à celle grande vérité : elle mérite toute votre attention. Ce n'est donc point un nouveau sacrifice qui s'offre sur

nos autels ; c'e.st le sacrifice même de la croix qui s'y renouvelle. Toutes les cérémonies de la messe en font foi. Ce n'est point comme insuffisant ou défectueux qu'il s'y réitère ; c'est au contraire comme infiniment saint, et souverainement parfait, (le qu'il y acquiert de nouveau ne le rend pas plus précieux , mais plus solennel. Eu un mot, il en reproduit toutes les vertus, et en signale à Dieu les hommages.

En effet , si la grandeur et l'excellence du sacrifice se prennent de celui qui l'offre , de ce qui est offert , et de la manière de l'offrir , à l'autel comme an calvaire , c'est le même prêtre , c'est la même victime, c'est la même action , quoique non sanglante , et par conséquent ce sont les mêmes vertus qui s'y reproduisent.

Mais si la sol^pnité et l'éclat du sacrifice dépendent de ce qui l'accompagne , on peut dire que le sacrifice journalier de Jésus-Christ , sans être sanglant, a quelque chose de plus illustre et de plus glorieux à Dieu , que le sacrifice même de la croix.

Car, que voyons-nous, je vous prie, sur ce calvaire? Un prêtre sans ministre, une victime sans autel, un acte authentique de religion, sans presque de coopéra leurs fidèles; au lieu que le dessein de Jésus-Christ , en le renouvelant sans cesse , a été sans doute, comme on le voit , de s'y unir des ministres visibles , de s'y consacrer des autels

auimcs , de s'y associer des hosties vivantes ; et par là d'en célébrer , d'en étendre et d'en perpétuer la gloire.

Développons ces trois réflexions; elles vous ferons claileaient connaître dans quel esprit on doit assister au saint sacrifice de la messe.

Oui, chrétiens , Jésus-Christ iur le calvaire fut sacrificateur, mais sacrificateur unique de sa vie naturelle. Nul homme sur la terre , ainsi qu'il le disait luimême, n'avait de pouvoir sur elle ; et par conséqnent nul autre que lui ne pouvait l'olïrir, l'immoler , la sacrifier. Ego pono animam meam... iiemo tollit eam. {ioan. lo, l'j, i8. )

Mais depuis que par une merveilleuse in vention deson amour, il a pris parmi les hommes une vie sacramentelle pour la consumer en eux et par eux à la gloire de son père, ah! chrétiens, il nous a fait tous, dans le sens où j'aurai soin de vous l'expliquer, les ministres de son sacrifice , sans cesser toutefois d'en être le sacrificateur principal.

Ainsi s'accomplissent, à la lettre , dans nos sacrés mystères, ces deux oracles prophétiques qui regardent le Fils de Dieu.

Vous êtes le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech : Tu es Sacerdos in œternum secundlnn ordinem Melchisédech. (Ps. 109.

4. ) ; et vous nous avez fait part de votre dignité sacerdotale :

Et fecisti nos Deo nostro Sacerdotcs. (Apoc. 5 , 10. )

Car non-sculemenlles prêtres,

nuds les assistans mêmes , avec la distinction convenable, ont part , comme ministres, à ce divin sacrifice. Seuls , il est vrai , nous consacrons, noustouchons, nous distribuons la victime ; mais vous l'offrez , vous la consumez avec nous.

Si le prêtre, en mémoire de ce que Jésus-Christ fit d'abord au jardin des Olives, se prosterne d'abord au pied de l'autel, et là fait amende honorable à la sainteté de Dieu ; le peuple de son côté se reconnaît et s'avoue coupable, et commence, comme Jésus-Christ, son sacrifice, par des sentimens de componction et de pénitence.

Si le prêtre , pour représenter Jésus-Christ, conduit aux différens tribunaux , change de place à l'autel , et va successivement ici lire les prophéties , là publier l'Évangile , et par leur simple récit et leur fidèle accord, rend témoignage à la vérité de Dieu , le peuple atteiitif à ces divins oracles, écoute les uns à genoux , et les autres debout , et par cette profession publique de sa foi, déclare que son sacrifice est comme celui de Jésus- Christ, un sacrifice de soumission et d'obéissance.

Si le prêtre , pour exprimer le crucifiement de Jésus-Christ , élève son corps et son sang , et par cette élévation . les consigne entre les mains de la grandeur et de la justice divine , le peuple ratifie par des signes extérieurs cette religieuse cérémonie, et {iroteste par d'humbles proster-

SER nemens et des adorations profondes , qu'un Dieu veut un Dieu, et ne demande pas une moindre victime.

Si le prêtre, après être demeuré quelque temps dans l'admiration et la frayeur de ce qu'il vient de faire , recueille en sept courtes demandes le sens des sept dernières paroles de Jésus-Christ 'mourant , la soif ardente qu'il témoigna pour la gloire de son père , et pour le salut des hommes, l'assurance positive qu'il donna de l'avénenient de son royaume à un pécheur pénitent, la résignation entière qu'il fit de soi-même entre les mains de Dieu, l'attention charitable qu'il eut aux besoins temporels de sa mère et de son disciple , le pardon généreux qu'il offrit à ses propres bourreaux, la confiance filiale qu'il marqua dans ses épreuves et dans son abandon , enfin la persévérance héroïque avec laquelle il attendit la délivrance de ses peines : le peuple, après avoiraussi gardé un respectueux silence , entre dans ces pieux senlimens, adopte tous ces actes de vertu ; et par l'expression formelle du dernier article , donne un consentement général à tous ceux qui le précèdent.

Parcourez en effet toutes les parties de la messe, vous n'y verrez rien de plus clairement établi que cette étroite union du peuple avec ie prêtre, et du prêtre avec Jésus-Christ.

Union du peuple avec le prêtre. Delà cet avertissement gé-

uéral, que le prêtre met à la tête de toutes ses prières : Prions, mes frères : et cette réponse commune par laquelle le peuple y joint son suffrage, Oui, nous le demandons comme vous à Dieu, De là ces vœux mutuels qu'ils forment en s'entre-saluant si souvent l'un et l'autre, Que le Seigneur soit avec vous et avec votre esprit ; de là ce soin exact qu'a le prêtre de ne point se séparer des assistans dans les différens hommages qu'il rend à Dieu : Nous, vos serviteurs ; nous , votre peuple ; nous , pécheurs, qui espérons tous en la multitude de vos miséricordes.

Union du prêtre avec Jésus- Christ. Ses ornemens seuls en fout foi; car que représententils? l'appareil de Jésus Christ allant à sou sacrifice, la robe blanche dont il fut revêtu, les liens dont il fut ceint, le manteau de pourpre dont il fut couvert, la croix dont il fut chargé, la couronne qui lui fut mise sur la tête.

Ne sont-ce pas là les livrées et les armes de ce premier sacrificateur? et si ces signes visibles ne sont pas vains et trompeurs , ne nous font- ils pas connaître que le prêtre à l'autel accompagne et sert Jésus-Christ, comme le peuple y accompagne et y sert le prêtre, et que par conséquent nous sommes tous en Jésus- Christ les ministres subordonnés de ce divin sacrifice.

Or , si cette multitude de ministres , unis au souverain

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prêtre, Trajoute rien à son mérite , parce qu'il est infini , n'en signe-t-elle pas au moins les vertus ? n'en multiplie-t-elle pas les hommafjes , n'en éternise-t-ellepasla gloire? et Dieu n'a-t-il pas lieu de s'en glorifier, quand il dit par un de ses prophètes : C'est maintenant que mon nom est grand parmi les nations : Magnum est no~ men meum in gentibus? ( Malac.

1,11. ) Grand non-seulement parle prix du sacrifice qui m'est offert, mais encore parle nombre et le concours de ceux qui concourent à ij^e l'offrir : In omni loco sacrijicnlur. ( Ibid. ) Quelquecriminels qu'ils soient la plupart , leur union avec le saint des saints me les rend agréables :

OfJ'ertur oblatio iviinda. Avançons.

Jésus-Cbrist au calvaire fut victime , mais victime sans autel. La croix , à proprement parler , ne fut que l'instrument de son sacrifice , et rien de plus. Et voilà ce que là messe a de particulier. Le principal instrument du sacrifice en est aussi le principal autel. Le sacrificateur de la victime en devient par la communion le sanctuaire et le tabernacle; et tout prêtre qui l'immole, dit un concile , doit y participer : Quoliesiunupie sacvijîcnns corpus et sanguintm Jesu-Christi immolât , Loties corporis et sanguinis Chris tiparticipcm se prœbeat. ( Conc. toletan. )

De là vient que la communion du prêtre est une partie

SER essentielle de la messe ; et quoique le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ consiste proprement dans cette séparation des deux espèces qui se fait par les paroles de la consécration : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; toutefois il n'est accompli qu'après leur reunion dans la communion du prêtre.

Pourquoi? parce que le dessein de Jésus-Christ dans l'établissement de ce mystère n'a pas été seulement de s'offrir à son père comme une victime immortelle, mais encore de lui consacrer en nous tous des autels vivans et éternels. Je dis en nous tous, car ne pensez pas, chrétiens, que cette consécration intérieure et spirituelle, qui se fait par l'union de la victime , ne regarde que le prêtre, qui en est le ministre principal.

Tous ceux qui offrent ont droit de s'unir à l'hostie qu'ils ont offerte ; et quand le prêtre crie à haute voix: Élevez vos cœurs , Sursum corda , c'est , selon saint Augustin , comme s'il disait aux assistans : Que chacun de vous prépare l'autel de son cœur à la victime que nous allons offrir ensemble , Clim. ad illum sursum est , ejus est altare cor nostrum. ( August. )

Aussi la coutume de la primitive Église était que tout le peuple communiât avec le prêtre; et ceux qui étaient exclus de la sainte table , l'étaient aussi du saint sacrifice : coutume dont nous voyoos encore des vestiges dans les saintes ce-

SER rémonies de la messe. Celle fraction de l'hostie que le prêtre divise après la consécration , vient de ce qu'anciennement on la séparait en trois parts, Tune pour le célébrant , l'autre pour les assistans , et la troisième pour les malades et mourans.

Cette triple adoration , exprimée dans ces anciennes paroles, que tout le peuple chante encore à l'église , et que nous lisons dans Origène : Agneau de Dieu , qui effacez les péchés du monde, était une préparation prochaine à la communion générale; car nul, dit saint Augustin , ne consume cette chair adorable, qu'il ne l'ait auparavant adorée : Nemo illam carnem manducat , nisi priiis adoraverit. ( Ps. 98. ) Cet aveu public de son indignité que chacun fait en se frappant la poitrine , dans les sentimens de l'humble centenier : Seigneur , je ne suis pas digne que vous entriez chez moi , était suivi de la descente de Jésus-Christ dans le sein de chaque fidèle, comme dans son tabernacle : coutume que l'Église voit à regret abolie dans ces malheureux temps,puisqu'elle proteste dans son dernier concile, qu'elle souhaiterait qu'à chaque messe tous les assistans communiassent sacramentellement ; parce qu'instruite des dernières volontés de son époux, elle sait qu'il a prétendu , dans ce divin sacrifice, s'immoler, non plus sur le bois ou sur la pierre, mais dans nos cœurs, pour en iaire autant d'autels agréables

aux yeux de so» père. Poursuivons.

A l'autel comme au calvaire , c'est le même acte de religion.

Acte de latrie , c'est-à-dire , acte qui reconnaît en Dieu seul l'indépendance , la souveraineté, la plénitude de l'Être, par l'assujétissement , le dévoûment, l'anéantissement d'un Homme- Dieu ; et à plus forte raison de tout ce qui étant moins que Dieu , doit nécessairement , à son exemple , lui sacrifier sa liberté , ses biens et sa vie même.

Voilà ce qui a fait donner à cette action par excellence , comme l'appelle l'Église , les noms de redoutable , de terrible , de sacré , d'incomparable , de divin mystère : Tremendum, terrihile^ sacrosanctum^ singulare , dh'inum mj-sterhim. Voilà pourquoi elle fut suivie de ténèbres sur le calvaire , et qu'elle se fait en partie à l'autel dans le silence , afin que l'esprit des assistans n'étant point distrait par la vue des objets, ou par le son des paroles , se rende plus attentif à ce grand spectacle , y conforme ses sentimens , y joigne ses hommages. Mais , hélas! que cette grande action sur le calvaire eut peu de coopérateurs ! Otez Marie , exceptez Jean; mettez à part quelques cœurs pénitens , et quelques âmes innocentes, Dieu ne trouva là que des sacrilèges blasphémateurs, et point d'adorateurs sincères.

Mais à l'autel toute l'Église en corps s'unit à son chef, et s'y

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réunit en qualité d<t victime ; l'Église triomphante s'y intéresse comme victime de charité : car nous honorons les saints dans le sacrifice , et non point par le sacrifice ; ce n'est point à eux que nous offrons Jésus-Christ ; ce sont eux-mêmes que nous offrons à Dieu avec Jésus-Christ , comme ses plus parfaits imitateurs, et ses serviteurs les plus fidèles. L'Éj^lise souffrante y a ])art aussi comme victime de pénitence : si nous nous souvenons à l'autel des âmes du purgatoire, c'e?t pour unir leur sacrifice nécessaire au sacrifice volontaire de Jésus- Christ , ei les y faire participer.

Enfin l'église militante s'y joint comme victime d'obéissance ; c'est la protestation publique que le prêtrefaitaunomdetous.

C'est dans cette vue qu'il étend ses mains sur la victime , qu'il la bénit tant de fois, qu'il s'incline si souvent vers elle , en signe d'alliance et de conformité : c'est dans ce même esprit , qu'après avoir donné au peuple la permission de se retirer, il lit encore le commencement de l'Évangile , où l'on voit les grandeurs du Verbe et ses abaissemens ; sa génération dans l'éternité et son incarnation dans le temps; la divinité qui le possède et le néant où il se réduit :

comme si le prêtre disait aux assistans : Allez , et souvenezvous que si le Fils unique de Dieu s'est fait victime de son Père, vous tous, eufans adoptifs de Dieu, vous devez vous regarder aussi

SEPx tomme des hosUes vivantes dévouées à sa gloire. A quoi le peuple répond en deux paroles :

Kous nous en souvenons , et nous allons continuer de rendre à Dieu tout ce que nous lui devons. C'est ainsi , dit saint Augustin, qu'en vertu de ce sacrifice, Jésus-Christ se multiplie dans tous les chrétiens, ou plutôt tous les chrétiens se réunissent à Jésus-Christ : Omnes in illo et Christi siimus , et Christus srimiis. ( S. Aug. ) C'est ainsi que du chef et des membres il se fait un même holocauste.

C'est ainsi que ceux qui offrent sont offerts eux-mêmes à leur tour.

Jésus crucifié sur le calvaire se plaignait amèrement par un de ses prophètes , d'être seul sacrifié au milieu d'un peuple incrédule et rébelle , pour qui sa mort est un scandale , et sa croix une folie : Expondi manusmeas adpopulum non credentem et contradicentem. ( Rom.

10, 21.) Mais Jésus immolé sur l'autel , s'applaudit par un autre prophète de glorifier son Père , et de s'y sacrifier au milieu d'une église fidèle qui le glorifie et qui s'y sacrifie tous les jours avec lui : In inedio ecclesice laudabo te. ( Ps. 21 , 23. )

Réunissons maintenant ces trois excellentes prérogatives de la messe , et servons-nous-eu pour connaître dans quel esprit il faut y assister. Qu'est-ce donc qu'entendre la messe? Entendre !a messe, c'est assister au sacrifice de Jésus- Christ pour y ser-

SER vir de ministre d'autel , de victime même. Vous en avez vu la preuve. Voyons-en la pratique.

Entendre la messe , c'est premièrement assister au sacrifice de Jésus-Christ pour y servir de ministre. Non pas , mes frères , que tous aient la même part à ce ministère sacré, et qu'il n'y ait point en cela de distinction entre le laïque et le prêtre.

Cette distinction est grande ; elle est essentielle ; elle touche le fond même des choses , et il importe de vous en instruire.

Le prêtre seul , en vertu de son caractère et du pouvoir que lui confère son ordination , consacre et immole la victime. Seul , comme représentant la j)ersonne, et perpétuant le sacerdoce de Jésus-Christ sur la croix , offre au Père éternel le sacrifice de son Fils.

A ces sublimes fonctions , le laïque n'a et ne peut avoir aucune part. Qu'il s'unisse à l'oblation que fai t le prêtre à l'autel , com me les fidèles disciples s'unirent à celle que fit Jésus-Christ sur le calvaire ; il ne fait pas plus l'action du prêtre mortel , véritable sacrificateur , que ceux-là firent* autrefois l'action du prêtre éternel , selon l'ordre de Melchisédecli. Que le laïque se joigne au prêtre si on le lui permet , même par la récitation des mêmes prières, il ne contribue point au sacrifice réservé tout entier au pouvoir et à la voix du prêtre.

Tout ce qu'il faut inférer de ce rapport essentiel entre le peuple cl le prêtre , comme minis-

très du même sacrifice , c'est qu'ils doivent mutuellement s'y servir , également l'honorer , conjointement l'offrir , selon la part différente que leur état différent leur y donne.

Entendre la messe , c'est en second lieu assister au sacrifice de Jésus -Christ pour y servir d'autel ; ou selon le langage du prince des apôtres , c'est approcher de Jésus-Christ comme de la pierre fondamentale de l'Église , pour se lier à lui , et par cette union faire de soi-même un sanctuaire vivant , et un tabernacle spirituel : adquem accedentes lapidtm vwitm , et ipsi, tanquam lapides vivi , sitperœdificamini domus spirilualis. (i Pet. 2, 4.)

Ce n'est pas que tous ceux qui viennent ici offrir Jésus-Christ soient obligés de s'unir à lui par une communion réelle.

L'union donc que demande te sacrifice , pour y participer, est une union différente de celle que le sacrement exige pour en ap- ]trocher. Ce n'est point une union effective , et qui aille jus (ju'à l'alliance parfaite : c'est une union effective , dit le concile de Trente , et qui se forme par de religieux sentimens et de pieux désirs : spirituali ajfeclu.

Un pécheur qui , tout indigne qu'il est du corps et du sang de Jésus-Christ qu'il vient offrir , y aspire humblement , déteste sincèrement ce qui l'en éloigne; et n'osant, par une juste crainte, approcher de son Sauveur , de peur de rencontrer son juge , le

supplie avrc une sainte ardeur de lui faire sentir les effets de sou aimable présence , afin que sa divinité agisse au moins spirituellement , où son humanité ne peut habiter corporellement :

un pécheur , dis-je , de ce caractère , tout pécheur qu'il est , devientsemblable, parses religieux sentiinens , à ces anciens autels dévoués aux démons , et que la religion consacrait au vrai Dieu , comme les premiers monumens de son triompije.

Mais un chrétien ou une chrétienne , tels qu'on n'en voit que trop , à la honte du christianisme , qui ne viennent au divin sacrifice que pour élever autel contre autel ; pour s'y faire révérer autant ou plus que la Divinité même; pour lui disputer des cœurs ; pour lui débaucher des adorateurs; pour s'en attirer les vœux , aussi-bien que les regards ; pour y pi'endre et pour y allumer ces damnables feux qui dévorent en secret tant de victimes criminelles ; de tels chrétiens renouvellent sans cesse à nos yeux le déplorable spectacle qu'ont si fort déploré nos pères , lorsqu'ils voyaient assis sur le trône de l'agneau de Dieu les ministres de Satan , le sanctuaire de la religion devenu la proie de l'impiété , et Lis lieux les plus saints employés aux plus sacrilèges usages.

Entendre la messe , c'est en troisième lieu assister au sacrifice de Jésus-Christ pour y servir de victimes. Car si nous en sommes les ministres ; si nous

en sommes les autels , nous en devons être aussi les victimes , dit encore l'apôtre saint Pierre:

mais des victimes spirituelles , des victimes agréables à* Dieu , des victimes unies au Sauveur :

offerte spiritual.es hostias , acceptahiles Deo per Jesum- Christum. (i Pet. 2 , 5.) Que ces paroles sont énergiques ! et qu'elles nous donnent une haute idée du sacrifice des chrétiens , qui doit toujours accompagner celui de Jésus-Christ !

Nous devons être à la messe des victimes spirituelles : c'està-dire , tels au-dedans que paraissaient au-dehors ces anciens holocaustes , liés , offerts , sacrifiés , anéantis , consumés sur l'autel. Il faut que la religion nous y présente , que la foi nous y attache , que le respect nous y humilie, que la componction nous y immole , que la piété nous y embrase. Car y porter un esprit rempli de mille pensées profanes , et vide de saintes réflexions : des sens égarés dans l'assemblée , et distraits du sacrifice : un cœur ardent pour le monde, et glacé pour son Dieu ; c'estêtre des victiinescharnelles, et non pas des hosties spirituelles : spiriluales hostias.

Victimes agréables au Seigneur. Eh I que peut-iS trouver qui lui plaise dans un pécheur?

puisque le péciieur , comme je l'ai déjà dit , peut et doit assister au sacrifice. Au moins la bonne volonté. C'est pour cela que la messe commence d'ordinaire par ce beau cantique des anges :

SER Gloire à Dieu dans le ciel , et paix surla terre auxhommesde bonne volonté.

Mais se trouve- t- elle, cette bonne volonté , dans ces diretiens politiques ou ces catholiques forcés , qui n'approchent de l'autel qu'à regret et avec peine , par bienséance ou par contrainte ; et qui s'en éloigneraient volontiers s'ils ne craignaient d'être remarqués : qui regardent comme une gêne le plusfceau privilège que la religion donne aux fidèles , et qui prendraient pour une grâce le plus grand châtiment dont l'Eglise punit les excommuniés :

qui saisissent la messe qu'ils trouvent la plus avancée ou qui cherchent celle qu'ils espèrent devoir être la plus courte, comme s'ils plaignaient à Dieu le peu de temps qu'ils n'osent lui refuser :

qui se réservent toujours pour la messe la plus tardive , au hasard de la perdre , en vue de s'y moins ennuyer; pour contenter leur paresse ; pour satisfaire leur curiosité ; pour cacher leur peu de dévotion dans la foule de ceux qui n'en ont pas davantage ; et qui leur ôtent encore le peu qu'ils en ont , par les distractions mutuelles qu'ils se donnent les uns auxautres?Cenesontpaslà, sans doute , des victimes agréables au Seigneur : acceptabiles Deo.

Victimes unies et conformes à Jésus-Christ :^er Jesum-Christum. En quel état se trouve-t-il à ce sacrifice ? en état de mort; plus mort en apparence qu'il n'était sur le calvaire , sans mou-

vement , sans parole , sans aucun de ces traits humains qu'il conserva surla croix , et qu'il porta dans le tombeau. Tel est là son corps adorable.

Quant à son sacré cœur , qui pourrait le pénétrer et voir ce qui s'y passe? Ce ne sont qu'adorations continuelles , que profonds hommages , qu'ardens désirs de subir, s'il fallait encore, pour l'honneur de son Père , mille croix et mille morts.

Sur ce divin modèle , que devez-vous penser de tant d'irrévérences que vous traitez de légèreté? Qu'en pensaient autrefois les saints pères? Estimaient-ils , comme vous , que si c'est blesser le respect des autels , ce n'est pas au moins autant manquer au devoir du sacrifice ? Ecoutez comme saint Chrysostôme s'en explique, dans son homélie quarantième, au peuple d'Antioche.

Quoi ! vous osez , disait-il , vous tenir debout , rire , causer durant les saints mystères ? Je suis surpris que vous ne soyez pas sur l'heure écrasés du tonnerre ; et que nous, qui vous tolérons, nous n'en soyons pas écrasés aussi. Car, qui l'a jamais mieux mérité ?

Quelle douleur en effet pour le Fils de Dieu , de voir son Père déshonoré dans la seule action qui soit digne de sa grandeur souveraine ! quel regret pour ce chef des fidèles , de voir rétracter par ses membres son oblation solennelle ! n'a-t-il pas lieu de dire encore ce qu'il disait autrefois par un prophète : Quelle

utilité retiré-je de ma mort ?

Quœ xililitas in sanguine meo ?

( Ps. 29, 10. ) Je la renouvelle chaque jour pour en reproduire les vertus , et en signaler à Dieu les hommages : et les hommes en abusent pour y commettre de nouveaux péchés , et en faire éclater les scandales. J'ai prétendu, en m'immolant pour eux, en eux et avec eux , les faire ministres, autels, victimes de mon sacrifice , et ils n'y viennent que pour m'y tenir lieu de croix et de bourreaux. Les chrétiens désormais n'ont plus rien à reprocher aux juifs : ils ont moins d'aveuglement , et plus de fureur. La mort d'un Dieu n'est pour eux qu'un jeu ; ce n'est que pour lui insulter qu'ils y assistent : et ils ne peuvent dire , comme les juifs , qu'ils ne le connaissent pas : hune ignoran^^ les. (Act. r3 , 27.)

Si c'est la foi qui leur manque, que ne sortent-ils de mon Église ? Pourquoi viennent-ils dans mon temple , pour en faire un lieu plus ingrat et plus affreux pour moi que le calvaire même ?

Héias ! mon sang y crie encore tous les jours ; et ces rochers ne se fendent pas. Mon sang y coule à tout moment, et ces sépulcres ne s'entr'ouvrent pas. Mon sang y brûle de zèle pour la gloire de mon Père, et ces morts ne se raniment pas.

Un jour viendra , et il n'est pas éloigné , que leurs corps , avant d'être mis au tombeau , seront portés devant ces mêmes autels qu'ils ont profanés , et

SER qu'on offrira pour leurs âmes ce même sacrifice qu'ils ont déshonoré. Victimes alors forcées de la Divinité , malgré eux ils lui rendront hommage. On voudra, ])ourleslui rendre agréables, les présenter avec moi en.société de sacrifice ; mais parce que vivans ils n'y seront pas entrés , morts je ne les y recevrai pas; et mon sang sera pour eux inutile: quœ ittilitas in sanguine meo.

Prévenons ce malheur, chrétiens auditeurs : entrons 'dans les sentimens de Jésus-Christ :

allons au sacrifice de la messe , comme à la consommation du sacrifice de la croix , puisqu'il en reproduit toutes les vertus , et qu'il en signale à Dieu les hommages. Vous l'avez vu. Mais de plus il en est l'application, parce qu'il en renouvelle tous les mérites , et qu'il nous en applique les fruits. C'est le sujet de mon second point.

Le premier vous a fait voir l'excellence de la messe , et dans quel esprit on y doit assister. Le second va vous en montrer la vertu , et quels avantages on en peut tirer.

SECOND POINT

Il semble que le sacrifice étant l'acte le plus pur de la religion , dont la fin prociiaine est d'honorer dignement la majesté divine , c'est à quoi se devrait borner tout le fruit que nous eu attendons. Ce serait toujours beaucoup pour une âme fidèle , de pouvoir glorifier Dieu autant qu'il le mérite.

Mais telle est la bonté de cet Être suprême , que jusque dans son culte , il a mêlé nos avantages personnels à ses propres intérêts ; et que dans le plus grand de tous les sacrifices qui lui aient été jamais offerts , il a voulu que notre bonheur fût inséparable de sa gloire.

Quel est-il cet excellent sacrifice ? Ah ! chrétiens , vous le savez; c'est le sacrifice de la croix.

Là , Jésus- Christ par sa mort , rendit hommage à son Père , selon toute l'immensité de sa grandeur : mais en même temps il pourvut à nos besoins , selon toute l'étendue de nos misères.

Nous étions pécheurs irréconciliables , et il expia toutes nos offenses : nous étions débiteurs insolvables , et il paya toutes nos dettes ; nous étions pauvres insatiables, et il nous obtint toute sorte de biens. En sorte que son sacrifice fut non-seulement pour son Père un holocauste parfait , mais encore pour tous les hommes un sacrifice de propiliation , un sacrifice de reconnaissance , un sacrifice d'impétration. Que de fruits abondans ! que de précieux avantages !

Jésus-Christ en croix, dit saint Chrysostôme , voilà notre unique trésor , et le seul qui doit nous rester à la mort. Trésor ouvert à tous les hommes. Mais il fallait que ce trésor fût toujours présent , afin que chacun y pût puiser , et s'en approprier les richesses.

Or , cette mort sanglante , source intarissable de biens , ne

pouvait pas toujours durer. Qu'a fait le Sauveur Jésus-Christ , pour que nous eussions le maniement perpétuel de ce fonds inépuisable de mérites acquis , et de fruits assurés? U a perpétué le sacrifice de la croix dans le sacrifice de la messe , qui en renouvelle tous les mérites , et qui nous en applique tous les fruits : en sorte que ce bienfait ancien et général , devient un bienfait toujours nouveau et toujours singulier ; et cela dans toutes ses fins , soit de propitiation , soit de reconnaissance, soit d'impétration. Jugez par-là , chrétiens , de la valeur infinie et du prix inestimable du sacrifice de la messe.

Oui, chrétiens, le sacrifice de l'autel est , aussi-bien que le sa-crifice de la croix , un sacrifice de propitiation : mais un sacrifice de propitiation présente et personnelle.

C'est un sacrifice de propitiation. Jésus-Christ l'a dit en instituant ce divin mystère , qu'un de ses premiers fruits serait la rémission des péchés : l'n remissionem peccatorum. (Matt. 26 , 28.) Non pas qu'il en efface la tache , comme le sacrement de pénitence ; mais parce que , dit le concile de Trente, il en change et l'effet et la cause , il en fléchit le vengeur , et il en touche le coupable. Il rapproche l'offenseur de l'offensé ; il dispose le pécheur à pleurer son péché, et Dieu à le lui pardonner : hujiin quippi oblationc placalur JDominits , grcuiam et domum pœ ■

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