DIMANCHE
PREMIER SERMON ABRÉGÉ
Sur la S anctiji cation du dimanche.
Intravit Jésus in templum Dei ,
et ejiciebat omues vendentes et émeutes in templo.
Jésus entra dans le temple de Dieu, et il en chassa tous ceux qui y vendaient et y achetaient. (Matth. 21, 12.)
Est-ce donc ici ce Messie doux, pacifique , qui ne doit pas élever sa voix dans les places publiques, qui doit exercer son ministère dans la plus extrême modération? C'est ainsi . il est vrai, que Jésus-Christ a été dé-
SER signé dans les prophètes ; mais il est aussi écrit de lui : le zèle de votre maison m'a dévoré ; les outrages qu'on vous a faits sont tombés sur moi. [Psal. 68, 10.) Chrétiens, que ce zèle du Sauveur du monde sur|>rend peutêtre , apprenez-en plutôt la révérence avec laquelle nous devons être dans le temple, surtout aux jours qui sont spécialement consacrés au service de Dieu... La sanctification des dimanches et des fêtes , principalement par les exercices qui se font dans le temple : voilà mon objet..., et pour ramasser toute l'instruction que comporte mon sujet, voici sous quelle idée je veux vous présenter la sanctification des dimanches et des fêtes.
Les dimanches et les fêtes sont des jours spécialement consacrés au service de Dieu.
Les dimanches et les fêtes sont des jours destinés au repos de l'homme : l'un et l'autre doivent opérer la sanctification de nos âmes.
PREMIER POINT
Le dimanche est le jour où le monde étant créé , Dieu se reposa de son œuvre. C'est le jour du Seigneur, le jour qu'il a fait pour sa gloire. C'est le jour de notre délivrance et de noti-e salut , jour qui a vu ressusciter Jésus-Christ et descendre le Saint- Esprit sur la terre : jour consacré à la Trinité sainte , le grand objet de la religion ; jour destiné à représenter et à commencer
SER l'état de la vie future; jour inviolable parmi les chrétiens depuis la naissance du christianisme... ; jour uniquement cher à nos pères... ; jour enfin spécialement consacré au service de Dieu. C'est dans ce jour où , déchargée du travail , ce joug pesant qui a été mis sur les enfans d'Adam , et rendue à elle-même, l'âme chrétienne goiite Dieu.
C'est dans ce jour que l'âme chrétienne sent et connaît que le Seigneur est Dieu , c'est-à-dire qu'il est tout ce qu'on doit aimer, tout ce qu'on doit chercher au ciel et sur la terre. C'est dans ce jour et au milieu du temple de Dieu que l'âme chrétienne , plus près des saints anges, et respirant l'air du ciel, lui ouvrapt son cœur, s'enflamme d'amour pour ce bienheureux séjour...
Tous les pères de l'Église, et singulièrement saint Augustin , présentent aux fidèles ces assemblées de dimanche sous l'image du ciel. Dans un même lieu où Dieu est tout , et où toute créature n'est rien. Tous les chrétiens réunis sous un même chef, les anges autour des saints autels, nous offrons à Dieu la même victime qui s'ofifre ellemême dans le temple de la gloire.
Nous l'offrons ainsi qu'elle l'est dans le ciel, comme égorgée sans que le sang coule de nouveau. Là, au milieu des saints mystères , nous entendons la parole de vie, nous chantons les louanges de ce grand Dieu , et notre rédemption par son Fils.
Là nous prions comme au pied du trône , et nos prières s'enveloppant les unes dans les autres, s'élèvent toutes ensemble devant le trône de l'Éternel en odeur de suavité... Saintes assemblées du peuple de Dieu, qui vous verra formées par son esprit .
animées de sa grâce , pleines de ses dons , consacrées par toutes les lois de l'Église , respectées dans de meilleurs temps par les chrétiens les moins pieux , qui vous verra sans se regarder , comme un triste excommunié , quand quelque chose de forcé l'en éloignera.
Venez donc , chrétiens , le dimanche dès le matin , adorer Dieu dans le temple tous ensemble, reconnaître que c'est lui qui vous a faits ; lui rendre grâces de vous avoir rachetés de la mort éternelle par son Fils; vous réjouir en lui de vous avoir donné avec son esprit les prémices de la gloire céleste. Quel devoir peut être plus pressant ?
Quelle affaire est plus importante? Tous les autres jours de la semaine n'ont-ils pas leur peine et leur mal dans les embarras de la vie? Pourquoi le jour du Seigneur n'aura-t-il pas son repos et son plaisir dans le Seigneur? Si vous l'aimez , cherchez-le dans le lieu qu'il a choisi singulièrement ; et dans ces assemblées qu'il a lui-même formées»... Cherchez -le pendant tous les jours le soir comme le matin... Et pourquoi le saint jour de dimanche ne sera-t-il pas plein comme les autres ?
4o SER
Est-ce Dieu qui s'est ôlé à luimême la moitié de son jour pour favoriser toutes nos passions? Est-ce Dieu qui, content du peu que nous lui donnons le matin du dimanche et des fêtes, nous laisse le reste de son jour pour favoriser toutes nos passions? Est-ce l'Église qui a introduit ce retranchement du saint jour, pour en abandonner une partie à l'inutilité, aux occupations du monde, aux jeux, aux promenades, aux coinédies, à la débdiîche ? Ah ! loin de cela, l'Église en nous rappelant le plus tôt qu'elle i)eut dans le temple par les instructions qu'elle distribue à ses eufans de tous les âges , eu recommençant un office solennel comme celui du matin , en poussant le plus qu'elle peut ses prières vers la nuit, nous fait assez entendre que tout ce jour saint est au Seigneur, et que ce n'en est pas trop pour le servir et nous sanctifier.
Qu'est-ce donc qui a introduit cette différence du soir et du matin dans les jours saints?
c'est l'esprit de libertinage, d'avarice, de vanité ^l'esprit j^e libertinage. La messe du matin est déjà un joug trop pesant pour le mondain. Elle dérange le sommeil ordinaire ou des occupations peut-ét-'é moins innocentes que le sommeil... On n'a que ce jour-là pour se ré-.
jouir, dit l'artisan et l'homme du peuple, veut-on nous le faire passer tout entier à des choses aussi sèches et aussi insi-
SER pides, qu'un sermon , des vêpres et le salut? Esprit d'avarice, c'est le seul jour que nous ayons , dira le marchand et l'ouvrier pour régler des comptes , pour aller recevoir notre paiement ou l'attendre. C'est un jour commode pour les voyages , car rien ne souffre , etc. Esprit de vanité; hors le temps de ces dernières messes si fréquentées , parce que c'est le triste reste de la religion de tant de gens , on ne^voit dans nos églises que ce qui ne rougit point d'être serviteur de Dieu ; et aujourd'hui on rougit de cette qualité dans tous les états , mais surtout dans les états élevés. Les grands et les riches du monde croiraient avoir souillé leur nom et déshonoré leur personne , s'ils paraissaient aux vêpres et aux autres prières du soir. Ils regardent ces saints exercices comme la dévotion du peuple et l'amusement de l'oisiveté bourgeoise. Aux jours du repos , tout ce qui, dans cette bourgeoisie , veut penser audessus de son état , et copier, du moins dans la piété, le ridicule des grands , ne pouvant l'imiter dans le reste , parle de vêpres avec mépris, et de ceux qui y assistent, avec compassion. La contagion gagne le peuple, il voudra bientôt avoir sa part à cette vanité. Quitter la table , avancer son repas , reculer son jeu , risquer de manquer à la comédie ou d'y arriver trop tard , pour avoir été aux vêpres et au salut, c'est un inconvénient trop grand , c'est un tra-
SER vers qu'on se donnerait dans le monde. Voilà comme pensent et comme parlent tant de mondains, à la confusion de notre siècle.
'^ue font-ils de mieux dans leur maison? ils prolongent leurs festins ; ils les digèrent au jeu ou dans un doux sommeil. Des divertissemeus d'une autre espèce tiennent au jeu : ils recommencent le plaisir de la table jusque bien avant dans la nuit : un nouveau jeu qui succède, termine pour eux le saint jour^du dimanche : jours de fête pour les grands trop délicieusement passés I Sahbatum deUcatum.
Jours saints dont l'ennemi fait un sujet de risée : P'iderunt liostes et deriserwit sabbata ejus...
(Tbren.)
Venez donc , chrétiens, venez dans nos temples : les chants de joie, les cantiques d'actions de grâces, lès voix touchantes de l'Église étrangère sur îa terre , la voix de ses enfans ramassés c[ui demandent à Jésus-Christ leur rédemption parfaite , cela se joint ici à la louange dont le ciel retentit à cet amen , à cet alléluia éternel que chante au Dieu très -haut et à l'agneau toute la cité rachetée. C'est le fils de Davi-d , seigneur de David, assis à la droite de Dieu, engendré de son sein avant l'aurore , dans les splendeurs de la sainteté; rapide conquérant dont nous sommes nous-mêmes les conquêtes, c'est lui que nous chantonsdansnos psaumes... Où iriez-vous pour entendre de plus
SER zî r
admirables choses? iriez-vous au théâtre où des imposteurs vous raconteront des fables? iriezvous entendre les chants trompeurs de Babylone ? Ah ! les saints cantiques de Sion ont quelque chose de bien plus doux.
Arrêtez encore vos pas dans l'Église : il y a encore un sacrifice des lèvres et une élévation des mains qui sera reçue de Dieu/:omme le sacrifice du soir.
Vous vous exciterez à sortir de la terre après avoir vu le Sauveur ; vous vous mettrez entre les mains du Seigneur, et il vous y recevra , et vous y tiendra à couvert des entreprises malicieuses de l'ennemi ; vous le prierez d'envoyer les saints anges pour faire la garde autour de votre maison ; et celui qui garde Israël , sans s'endormir ni sommeiller, viendra lui-même veiller sur vous — Si vous ne croyez devoir demeurer dans un coin du temple, pour vous échauffer encore dans la méditation des vérités saintes que vous aurez entendues , ou des choses glorieuses que vous aurez comme vues en esprit, retirezvous en paix , et allez recueillir dans le secret de votre maison le fruit de ces mêmes paroles et de ces mêmes cérémonies. Ceuxci pleins de la parole de Dieu et des mystères de Jésus-Christ , se diront les uns aux autres en s'en retournant : n'avons- nous pas senti notre cœur tout embrasé pour Dieu , pendant qu'il nous parlait par la bouche de ses ministres , ou que nous lui par-
lions par celle de ses prophètes ?
Les autres retirés chez eux , s'entretiendront de la sainte solennité , du bonheur et du plaisir qu'il y a d'être à Dieu. Il faut nourrir la piété avec la piété. C'est à vous , lectures saintes, si recommandées en tout temps , si bien placées dans les jours saints , à inculquer davantage dans nos âmes , à y mettre plus avant , à y faire croître avec la lumière la crainte du Seigneur avec son amour que les exercices de la journée y auront fait passer. Et la très-sainte loi du Seigneur, quand est-ce que ^ous la repasserons dans nos cœurs... , si ce n'est aux jours singulièrement consacrés au service de Dieu?...
Mais si quelque chose doit sanctifier nos dimanches et nos fêtes, si quelque chose doit rendre ces jours pleins devant Dieu , c'est l'œuvre de la charité. Visiter les pauvres, consoler les affligés, instruire des ignorans, à commencer par ceux de notre maison, se renfermer avec des malades, les édifiant, les portant à la patience par de bons discours : voilà de quoi sanctifier les jours du Seigneur; et telle est la sanctification des dimanches et des fêtes, considérés comme jours saints. Il faut maintenant les considérer comme jours de repos.
SECOND POINT
Le repos du genre humain est le second motif moins principal de l'institution du sabbat. Et en
SER effet, il était digne de Dieu du marquer cette compassion aux tristes eufaus d'Adam , après leur avoir montré tant de colère. Un joug pesant était sur eux : la terre maudite à cause d'eux, ne leur donnait le pain et les autres choses nécessaires à la vie , qu'à force de sueurs et de travail. Dieu ne put donc voir l'homme dans cet état sans avoir pitié de lui ; et une de ses attentions quand il se fit un peuple , et qu'il lui donna une loi, ce fut, non pas de lui accorder, mais de lui ordonner un jour de repos.
Cette concession du reJ)os a passé au peuple nouveau; seulement le jour en est changé, et ce jour se trouve en même temps le jour saint. Ne désunissons pas ce que Dieu a réuni dans ce jour, le culte de Dieu et le repos de l'homme. Sur ce fondement , voici ce que j'établis : le culte de Dieu dans les jours saints ne souffre rien sous le nom de repos , qui empêche le culte de Dieu : le culte de Dieu dans les jours saints ne souffre rien sous le nom de délassement, qui détruise le fruit du culte de Dieu : le culte de Dieu dans les jours saints, ne souffre rien sous le nom de divertissement , qui soit contraire au culte de Dieu,
i". Il faut du repos à l'homme fatigué du travail : ce n'est qu'à ce titre que l'homme peut y prétendre, ce n'est qu'autant qu'il est dans la pénitence des hommes, accomplissant cet arrêt prononcé contre l'infortu-
SER née postérité d'Adam : « Vous mangez votre pain à la sueur de votre visage;» {Gènes. 3, 19.) c'est-à-dire , vous mènerez tous, chacun dans votre état , une vie pénible , laborieuse , sérieusement occupée... Mais quel repos peut être dû à des hommes qui ne sont point dans les travaux des autres hommes ? Quel repos et quels délassemens peuvent se devoir à elles-mêmes , ou prétendre de la religion, des femmes dont la vie n'est qu'un long repos et un divertissement continuel , des femmes qui ne sont incommodées que du trop de mollesse et du trop d'attention pour leurs corps , et qui n'ont que cela à craindre? Ah !
de tels hommes et de telles femmes ne devraient pas même manger , selon les principes de saint Paul. Tyrans de la nature entière, quand ils en tirent tant de commodités et tant de délices ; tyrans de la terre , quand ils l'obligent, ne travaillant pas, à leur fournir seulement les besoins de la vie. Aussi toute créature soumise malgré elle à la sensualité ainsi qu'à la vanité de pareils hommes , gémit et souffre comme les travaux de l'enfantement , dit ce même apôtre , en attendant sa délivrance. Et alors ceux qui auront ainsi tout renversé et tout forcé, ceux qui auront vécu dans ce repos et dans ces délices , tomberont dans cette seconde mort, où il n'y aura de repos ni jour , ni nuit, mais des tourmens sans fin.
Il y a sur la terre une espèce d'hommes occupés toute la semaine ; mais c'est pour l'accroissement de leurs biens qui sont déjà grands, et un accroissement sans bornes... Mais au milieu de leurs occupations, ils sont dans un état aisé dont les douceurs dominent de beaucoup sur les peines. Est-ce du plaisir sous le nom de repos qu'il faut à de telles gens , ou si c'est de la pénitence?Cependant voyez leurs jours de fêtes: ce sont ces sabbats voluptueux, et peut-être plus voluptueux que les jours ordinaires des grands de la terre. Un long sommeil les empêche de sanctifier le matin du jour du Seigneur : des parties de divertissement en remplissent le soir.
Il faut du repos les jours saints , quand on a été occupé , et d'une manière qui est sans reproche dans la religion , la semaine tout entière. H faut du repos et du divertissement; mais il faut que ce soient des divevtissemens si purs et si innocens , qu'ils puissent eux-mêmes faire partie du culte de Dieu dans les jours saints. Il faut que ces divertissemens soient subordonnés au servixe de Dieu, qu'ils ne prennent que le reste du culte public , et des exercices particuliers de piété qui doivent accompagner le culte public. 11 ne vous faut pas des divertissemeus plus fatiguans que les travaux mêmes de la semaine. Il ne vous faut pas de ces plaisirs si altachans et si emportés , qu'ils vou< détournent
tout-à-fait ou en grande partie du service de Dieu, qui vous y laissent agités, inquiets, impatiens de le voir finir pour retournera ces diverlissemens. Il ne vous faut pas des drvertisseinens qui vous fassent encore plus oublier le Seigneur et négliger votre sanctification que les affaires de la semaine... Un diterUssement honnête vous est permis le jour du repos parles lois les plus exactes du christianisme ; mais prenez garde que ce divertissement du jour du repos ne soit une occasion de manquer à la sanctification du jour saint... Vous ne manquerez peut-être vous-même à rien ; mais il n^fnut pas que pour vous servir à votre gré et pour éviter vos reproches, les gens de votre maison manquent à tout , et ne servent pas Dieu au jour où il veut régulièrement être servi... Prenez-y garde, celui qui fait violer le our du sabbat , est coupable du violement du jour du Seigneur , comme celui qui lui-même le viole.
2°. Le culte de Dieu aux jours saints ne souffre rien, sous le nom de délassement, qui détruise le fruit du culte de Dieu ; c'est une seconde réflexion. Rien n'est plus dans l'esprit et dans le fond de la vie chrétienne, que le sérieux et une certaine gravité que Jésus-Christ nous a enseignée dans sa doctrine , et nous a montrée dans sa personne. Aussi tous les pères ontils regardé ce qui relâche trop
SER les sens et dissipe trop l'aime , comme directement opposé à l'esprit de Jésus-Christ. Daas l'esprit des pères, qui est celui de l'Évangile, les saints canons anciens et modernes , en réglant la sanctification du dimanche et des fêtes, ont défendu bien expressément ces jeux qui tirent trop l'âme hors d'ellemême, qui la mettent dans une trop grande émotion ou de joie ou de crainte ; et la raison qu'ils en donnent , c'est que c'est le jour du Seigneur , où il faut être singulièrement occupé de lui , où il reprend particulièrement son empire sur tous nos sens, ainsi que sur toutes nos œuvres... C'est donc aux délassemens permis les jours de dimanche et de fêtes qu'il faut singulièrement appliquer cette parole de saint Paul : Réjouissez-vous dans le Seigneur , qui est le souverain plaisir des âmes saintes, et la joie des âmes bienheureuses dans la grande fête de l'éternité. {Philijyp. 3.) Pœjouissez-vous, mais que votre âme dans ce divertissement se tienne dans une modération qui porte tous les autres à la piété plutôt qu'au plaisir, et qui la conserveelle-même sous les yeux de Dieu , parce que le Seigneur est proche , qu'il nous environne de toute part , que tout nous parle de lui, que tout nous le montre comme présent : Dojvinus cnim prope est.
Que nos joies , pendant tout ce jour , soient donc pures et innocentes , et nos divertisse-
SER mens modérés , parce que le matin nous avons vu Dieu dans sa majesté , assis sur son trôné , environné de ses saints anges ; parce qu'au milieu des saints mystères , nous avons élevé nos cœurs à Dieu, parce que nous avons suivi en esprit dans le ciel la victime qui est allée s'offrir elle-même sur l'autel sublime de Dieu ; parce» qu'il n'y a pas long-temps que nous avons parlé à Dieu , comme un ami parle à son ami , et qu'il nous a parlé cœur à cœur; parce que nous devons encore être remplis de la vertu secrète de nos saintes cérémonies, et que nous avons encore la louange de Dieu dans la bouche avec les sentimens d'un amour reconnaissant et empressé de le voir : Dominiis prope est.
Si tout cela s'est passé en vous, si vous avez senti , si vous avez goûté Dieu , vous devez le montrer, et en même temps conserver ce goût et ce sentiment par votre retenue à vous délasser l'esprit et le corps sous les yeux de Dieu , comme l'ayant plus près de vous : Dominas prope est. Je vous demande maintenant de vous répondre à vousmêmes, si c'est manquer si fort à la sanctification du dimanche et des fêtes après le service divin , que de se livrer tout entier à la joie des sens, que de s'abandonner sans réserve au divertissement, comme pour se dédommager de la contrainte ou de l'ennui du service du Seigneur. Voyez avec vous-mêmes,
si les maisons où vous allez après le service de Dieu , si les personnes avec lesquelles vous vous trouvez, si les divertisse^ mens que vous prenez , ,sont propres à entretenir en vous cet esprit de renouvellement que l'on respire au milieu des exercices saints, et tout ce qui en a coulé en vous de grâce et de sainteté. Voyez si ces divertissemens ne sont, ni tropviolens, ni trop longs, ni trop attachans; s'ils peuvent être pris en esprit de piété , c'est-à-dire , en esprit d'amour de Dieu , comme saint Paul le veut de toutes les actions du chrétien : Omnia i^cstra in charitate fiant.... (i Cor.
i6, i4- ) Prenez gardeque votre divertissement ne soit la dissipation entière du fruit du culte de Dieu , le saint jçgiv du dimanche.
3°. Le culte de Dieu dans les jours saints ne souffre rien , sous le nom de délassement , qui soit contraire au culte de Dieu. On ne peut pas ces jours-là toujours prier et toujours lire, diton ; on ne peut pas être tout le jour dans l'Eglise; que faire tout le dimanche? Il vaut mieux jouer que médire; oui, parce qu'on peut jouer quelquefois , et qu'on ne peut jamais médire.
Mais n'y a-t-il point d'alternative entre médire et jouer après la prière et la lecture? Mais peu prier, ou lire les jours de dimanche, et jouer beaucoup , est-ce remplir l'attente de l'Eglise et son commandement ?
est-ce accomplir sa religion ?...
0 qui me donnera une voix bien plus forte pour crier encore plus haut contre deux autres scandales encore plus grands dans la religion aux jours saints!
Les cabarets fréquentés par le peuple ; les spectacles fréquentés par des gens d'un état plus élevé... Que vas-tu chercher dans les cabarets au jour du Seigneur, multitude aveugle , peuple licentieux? Y vas - tu chercher quelqu'un qui t'instruise , qui t'édifie, qui te retienne, qui modère la fougue de tes passions ? crois-tu y trouver quelque reste du moins de la religion qu'on te prêche, et quelque ressouvenir de ce que tu as vu dans nos temples? Ah ! tu y verras, au sortir de nos sacrés mystères, et de nos religieuses cérémonies, le paganisme dans tout son aveuglement et dans tous ses excès. Tu y entendras les chants odieux de Babylone corrompue , de Rome idolâtre, et tu chanteras toi- Hiême ses horreurs. Tu y entendras et tu y verras la plus folle joie des sens , consacrée et prèchée. Tu y entendras et tu y prêcheras toi-même tout ce que ta religion condamne , et à quoi lu as renoncé hautement dans ton baptême. Tu y seras entraîné à tout ce que les mœurs de ta religion abhorrent... Jours du Seigneur , jours si heureux et si saints pour nos pères, comment ètes-vous devenus pour le peuple, des joui'S plus profanes que ceux qu'il emploie dans le travail? Comment cet or pur
SER i
dans l'Église s'est d'abord mêlé, J et s'est enfin changé en vilej écume ? * ,
Et vous qui passez de l'Église au théâtre... Vous passez donc" de la table du Seigneur à celle'| du démon ; de la maison de Dieu toute pleine de lui , danS; un lieu où il n'y a rien de Dieu, ■ de l'école de la vertu à l'école^; du vice... Vous allez entendrôj chauler à ce comédien sa mo-^ raie détestable, cet usage licen-^ tieux de la jeunesse , cet abuS; criminel de toute la vie, aprèsi avoir chanté avec nous danSl l'Église la beauté de la loi de?
Dieu et la consécration de touài nos jours à son service. VouS!
allez entendre chanter à cette, femme de l'opéra les crimes da ses dieux , les folles passions del ses déesses , après avoir chanta avec les ministres des autels la' gloire de Jésus-Christ et la ver-<* tu de ses saints... Ouvrons leS yeux sur de pareils excès. . . Sauc-i tifions Dieu dans nos âmes et dans nos corps tous les jours de notre vie, et surtout les jours saints. Ils sont institués pour la gloire de Dieu , et pour notre sanctification : que Dieu et notre salut en soient donc le principal objet. Ils nous sont accordés pour notre repos ; mais ce repos n'est cm'une figure de celui qui nous est promis dans le ciel après nos travaux. Ne nous écartons pas de ces desseins de Dieu; et le goûtant lui-même par avance dans nos jours de fête , nous mériterons d'arriver à la pleine et tranquille posses-
SER sioa de ce souverain bien dans l'éternelle fête du ciel. ( Sermons choisis , tom. l\ , premier mardi de Carême.)