‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 41 sur 77 · NOËL · texte numérisé non relu

NOËL

SERMO^ ABRÉGÉ

Hoc erit vobissignum : iuvenietis infantem pannis iuvolutum , et positum in praesepio. (Luc, cap. 2. )

f^oi/à le signe que je vous donne:

V^ous trouverez un enfant enveloppé dans des langes, et couché sur une crèche. (En saint Luc, chap. 2. )

Cest donc là ce Messie attendu depuis tant de siècles, promis par tant d'oracles, désigné par tant de figures, annoncé par tant de prophètes ; le désiré de toutes les nations, l'espérance d'Israël, la terreur des démons, le Rédempteur du monde , le Réconciliateur du ciel avec la terre ! reconnaissojjs à ces signes mystérieux du Verbe incarné , la conduite toute admirable de sa sagesse.

Le Verbe incarné descend du ciel , dit saint Augustin, comme un grand médecin, parce qu'un grand malade lui demandait du secours sur la terre : Magnus de cœlo descendit medicus , quia magnus in terra jacebat œgrolus. Ce grand malade , c'est le cœur humain ; il est né avec une

pente naturelle qui le porte à la recherche du souverain bien, et avec une capacité immense qui ne peut être remplie que par un objet dont l'infinité réponde à son immensité ; mais tombé dans le dérèglement et dans l'illusion par le péché , il s'éloigne de la vraie félicité en la cherchant. Comme il en voit briller quelques images trompeuses dans les biens , les honneurs et les plaisirs du siècle, il prend l'ombre pour le corps, il les désire avec dérèglement , ou il s'y attache avec excès. La sagesse adorable du Verbe incarné dans le mystère de sa naissance, a trouvé le secret de guérir le cœur humain comme l'esprit par des remèdes contraires, en substituant à la place des faux biens, des plaisirs trompeurs ; et de la vaine gloire, les vrais biens, les plaisirs durables et la gloire solide.

Ainsi , mes frères, tout le dessein de Dieu , en se faisant Homme , a été de réformer tout l'homme en détruisant en lui l'ouvrage du péché , et en y perfectionnant l'ouvrage de Dieu.

Ce dessein du Verbe incarné dans le mystère de ce jour, me marque celui de ce discours, dans lequel je vous ferai voir que ces signes de Jésus- Christ naissant, sous lesquels les anges le désignent aux pasteurs pour le faire reconnaître, sont aussi conformes aux desseins du Verbe incarné, qu'ils paraissent peu dignes de sa grandeur, puisqu'ils renferment en quelque sorte

SER toutes les fonctions de son ministère, et un abrégé de son Évangile.

L'esprit humain s'instruira , par ces signes de Jésus-Christ naissant , à concevoir d'humbles sentimens de lui-même et de cette raison superbe qui fait son excellence, en voyant toutes ses pensées, toutes ses connaissances, tous ses raisonnemens renversés dans la conduite de la sagesse divine, première partie.

Le cœur humain apprendra par quels chemins il doit arriver à la vraie félicité qu'il recherche par les voies que Dieu lui en trace dans ces signes de Jésus- Christ naissant : Et hoc erit vobis signiim, seconde partie.

PREMIER VOiyiT.

C'est un principe de l'apôtre saint Paul , qui renferme une beauté ravissante d'esprit dans la profondeur de ses raisonnemens , et la sainte obscurité de ses expressions , c'est , dis-je , ua beau principe de cet apôtre , quand il dit : Que le monde n'ayant pas connu Dieu dans les merveilles de sa sagesse, Dieu a voulu l'instruire par une conduite qui semble tenir de l'extravagance et de la folie, et se faire connaître à l'homme en renversant toutes les connaissances de l'homme. ( i Cor. i , 21. ) En effet, quoi de plus extravagant et de plus insensé en apparence ,• que de vouloir se faire adorer de tous les hommes dans une crèche et sur une croix ; de donner une étable ,

des langes, un enfant, deux animaux pour signes et pour marques du roi du ciel et de la terre, à des pasteurs incapables de pénétrer d'eux-mêmes les grandeurs du roi invisible et immortel , sous des apparences si viles et si méprisables?

Cependant cette conduite de Dieu est plus admirable et plus digne de lui que celle qu'il a tenue pour attirer nos adorations dans la création de l'univers; et cette première apparition d'un Dieu fait chair sur la terre nous le montre dans un état plus digne de nos adoralions, qu'au milieu de toute la pompe visible des créatures qui sont les ouvrages de sa parole.

J'en apporte deux raisons : la première, c'est qu'elle nous découvre mieux la divinité , la puissance et la sagesse de Dieu :

la seconde , c'est qu'elle était la plus propre aux desseins du Verbe incarné, de guérir l'orgueil de l'homme et d'humilier son esprit en le conduisant au comble de l'élévation.

i". Cette conduite rie Dieu manifeste davantage sa divinité; car figurez-vous ce Dieu naissant avec toute la pompe que vous pourrez vous imaginer : faiteslui dans votre esprit un berceau plus éclatant et plus riche que les trônes des rois : si vous faites une sérieuse réflexion, il vous paraîtra moins grand avec cette majesté visible que sur la crèche de Bethléem. En effet, qu'est-ce que toute la grandeur humaine devant Dieu, qu'un pur néant?

Sicj/t nihilum ante tè. ( Ps. 38, 6. ) Les lis qui naissent dans les campagnes ne sont-ils pas plus richement vêtus que Salomon dans toute sa ^Xo'nel {Matlh. 6, 28. ) Il eût donc été indigne du Verbe incarné de chercher ailleurs du lustre que dans luimême , et de vouloir tirer un vain éclat de tout ce qui est plus méprisable à ses yeux que cette paille sur laquelle il est couché, puisque toute la gloire de la chair tombe comxne la fleur de l'herbe. ( i Pet. i , 24.) Il n'y avait donc point de milieu qui lui pût convenir; il fallait qu'il possédât tout, comme il fait dans le ciel , ou qu'il méprisât tout, comme il fait dans l'étable ; qu'il y eût une espèce d'infinité dans ses humiliations comme dans ses grandeurs; qu'il passât du comble de la gloire au centre de la bassesse ; qu'il n'v eût point de degré d'anéantissement au-dessous, comme il n'y a point de degré d'élévation audessus de lui. Les princes de la terre naissent dans la pourpre , et leur vanité les a distingués par des surnoms superbes , qui marquent l'éclat et la richesse de leur berceau; mais le roi du ciel veut naître sur la paille , parce que le monde, qui est l'ouvrage de ses mains , n'a rien cjui soit digne de lui. Comme Créateur de l'univers, il a placé son trône dans le soleil; mais comme Rédempteur, il ne veut pour palais qu'une étable ; la crèche est son berceau, et la croix est son trône. Il me semble voir '9

toutes les richesses, toutes les grandeurs et toutes les pompes du siècle foulées aux pieds de ce divin enfant. Quel éclat aurait pu tirer de l'or, des perles et des pierreries, celui qui d'une parole a formé le bel astre qui est le père de tous ces trésors?

Ne nous arrêtons pas à ces apparences méprisables qui pourraient nous rebuter dans cet enfant auguste. Tout faible et tout infirme qu'il paraît, le proplièle Isaïe l'appelle un Dieu fort ( Isa'ie, 9, 6. ); cette fleur de la racine de Jessé, qui sendjle flétrie et desséchée , est le germe du Seigneur, qui doit s'élever avec magnificence ( Ibid. m.); cet enfant se joue dès le berceau avec les serpens qu'il doit écraser un jour, et il tuera le dragon infernal du soufBe de ses lèvres:

expressions figurées , dont le prophète Isaïe se sert pour nous exprimer la force et la puissance de Jésus naissant dans i'étable.

Contemplons ce grand objet que la foi nous présente ; entrons en esprit dans cette étable; voyons ce Dieu caclié, qui dans les ténèbres de la nuit , dans le silence de toutes les créatures et dans l'indigence de toutes choses, s'est fait pauvre pour nous enrichir; cet enfant qui naît dans une étable déserte , abandonné de toutes les créatures ; c'est le Dieu dont elles sont l'ouvrage et à qui elles obéissent ; c'est la sagesse éternelle qui assiste à tous les conseils de Dieu ( Eccli. 9.4i » » • )» qu'il a possédée dès le commencement de ses

voies, avant que la terre fût suspendue sur le néant, que les masses énormes des montagnes fussent sorties du sein des abîmes.

Homme ingrat et aveugle, tu ne l'as pas voulu connaître, cette sagesse, divine, dans les richesses de sa magnificence ! Connais-la dans la pauvreté de I'étable.

Placé dans ce superbe édifice du monde pour en adorer le Créateur, comblé de tant de biens et de trésors faits pour toi, tu n'as pas daigné lever les veux sur la main qui les répand avec tant de profusion sur ta tète ; tu as fermé l'oreille à cette voix éclatante qui te crie par autant de bouches qu'il y a de créatures :0 homme I adore ton Dieu î il a fait tout pour toi , et toi pour lui ! Son amour ingénieux lui a suggéré une autre voix pour te persuader; après avoir fait parler toutes les richesses du ciel et de la terre, il t'instruit par la pauvreté de la crèche :

Nuncergo, fiUihonn'num, aitdite me. (Prov. 8, 82. ) Écoutez-moi donc , ô eufans des hommes! ne soyez plus sourds à ma voix , que j'accommode à votre faiblesse pour la rendre plus intelligible.

Mais non-seulement ces signes de Jésus-Christ naissant, que l'ange donne aux pasteurs, sont propres à découvrir la divinité du Verbe incarné, ils manifestent aussi sa puissance et sa sagesse. En effet, ils dépendait de Dieu , dit saint Léon , de s'unir à la nature angélique, d'attaquer

SER ouvertement le démon jusque dans son fort, de détruire toute sa puissance en un moment , de renverser tout d'un coup les temples et les statues que l'ignorance des Lommes lui avait érigées : mais cette victoire eût été moins glorieuse pour Dieu, et moins humiliante pour le démon. Il fallait qu'il fût vaincu par la nature qu'il avait vaincue; il fallait que ce fût un enfant qui lui portât les premiers coups; il fallait que ce monstre infernal fût enchaîné par des bras enveloppés dans des langes ; il fallait que ce lion fût terrassé par un agneau : cette manière de combattre , d'opposer ainsi la faiblesse à la force, a quelque chose de plus propre à faire éclater la puissance divine que toute autre : comme il n'a point d'ennemis qui lui soient proportionnés , il dédaigne de les combattre par lui-même ; il emploie à leur destruction des armes qui puissent rendre leur défaite honteuse ; il renferme toute la force de l'invincible Samson dans ses cheveux , dans ce qu'il y a de plus faible et de plus infirme. {Jud. 16, 17. )

Déjà ces bégaiemens enfantins font taire les oracles les plus célèbres de l'enfer [Matth. 2, 2.); déjà les rayons de ce soleil, tout éclipsé qu'il est , forment de nouveaux astres dans le ciel, et percent les plus épaisses ténèbres de l'idolâtrie {Luc. 2, 14. ); déjà les fondemens de l'Église s'élèvent; déjà la paix se publie entre le ciel et la terre; déjà

SER agt

l'air retentit des cris de joie et de chants d'allégresse, tant il est vrai que cette crèche, cet enfant, ces langes, sont des signes conformes à la qualité de Messie, puisqu'ils font éclater si visiblement sa puissance , et qu'ils anticipent si glorieusement sur les fonctions de son ministère.

Rendons l'hommage de nos louanges et de nos adorations à ce divin enfant I Mêlons notre faible voix au concert de ces cantiques célestes dont les anges remplissent l'air , et prenons quelques grains d'un encens consacré dans les écrits de saint Cyprien, pour en répandre le parfum aux pieds de Jésus naissant.

0 nuit plus belle et plus lumineuse que le plus beau jour du monde, où l'ouverture de l'Évangile se fait par des ambassadeurs célestes ; où Dieu n'annonce plus le Messie dans des prophéties et des figures enveloppées ! mais où les anges mêmes désignent le lieu et les marques de sa naissance ; où les pasteurs grossiers et rustiques , intérieurement illuminés d'en haut, et pénétrés de cette lumière divine que répand autour d'eux l'apparition des anges ; élevés au-dessus d'eux-mêmes par un rayon vif et perçant de la plus vive foi que la grâce forme en eux , deviennent les premiers adorateurs du Verbe incarné! Quel objet doit le plus arrêter nos yeux dans cet assemblage de merveilles que rassemble le mystère de sa naissance !

Sera-ce cette Vierge incompa- »9-

292 SER SER valtle, qui, couinie une aurore duiseiàl jusqu'à riuiquité coutoute Idlllaiite des clartés tlu soinuiée. Mais la véritable Eve, soleil qu'elle annonce, voit sortir Marie , la mère des vivaiis, toute ce bel astre qui réjouit le ciel et pure et toute innocente, donne Il terre, des nuaj;es lumineux le fruit de vie au monde; elle de sa virjjinité féconde qui s'ou- le voit, avec un ravissement inexvrepourdislillerlejuste, comme plicable, sortir de son sein vivgi- !a rosée tombe sur les fleurs? Le nal : après l'avoir adoré mille rayon qui porte la glace du },'lus fois dans le temple de ses chastes pur cristal n'est qu'une faible flancs , depuis le moment de sa image de l'enfantement sans conception, elle l'adore la predouleur de celle qui avait conçu mière dans l'instant bienbcusans tache : comme tout l'in- reux de sa nativité. Bien que cendie du péché originel fut convaincue de ce grand mystère éteint par les rosées divines du par les opérations du Saint -Es- Saint - Esprit , opérateur de ce prit au-dedans d'elle, toute la mystère, la moindre vapeur du grandeur de celte foi vive qui feu infernal ne loucha ni la lui fit concevoir en esprit celui fleur, ni lefruit([u'elle fitéclore; qu'elle enfanta dans sa chair; ce fruit de vieet debétiédiction, toute cette foi, dis-je, vient à préparé dès le commencement son secours pour lui découvrir du monde, et venu, pour ainsi le Dieu de majesté dans cet endire, à sa maturité dans la con- faut adorable. Elle nourrit d'un sommation des temps, tomba lait descendu du ciel celui qui sans effort, et de lui-même se fit pleuvoir la manne dans le détacha de l'arbre qui le donna désert, et qui vient donner le au monde, (Gene^. 3 , 6. ) Notre pain des anges aux hommes. Qui mère infortunée était déjà cou- doute que le ministère de ces pable , quand elle présenta le esprits bienheureux ne se joignît fruit de la mort à son époux , alors aux oiïices maternels de qu'elleséduisitpar son exemple; Marie et de Joseph, et ({ue toute presque tous ses sens infectés la gloire du ciel ne descendît par l'haleine du serpent, furent invisiblement dans l'étable au les complices de son attentat moment que le Verbe incarné la contre la loi de Dieu ; ses oreilles consacra par sa présence? L'or, s'ouvrirent aux discours du se- la pourpre et les pierreries ne ductcur; ses yeux s'attachèrent brillent point dans ce palais du sur la beauté du fruit défendu ; roi des rois : ce n'est qu'un toit sa main désobéissante suivit ses de chaume, un cabane de berregards curieux ; elle le cueillit, ger abandonnée: tout y est pauelle eu goûta, elle en fit manger vre; tout y ressent la première au malheureux Adam ; elle passa entrée du Fils de l'Homme , qui par tous CCS degrés qui , du n'a pas un endroit pour reposer commencement du crime, cou- sa tête. ( Maiih. 8 , v. 20. ) Le

SER vrai Jcicob n'y repose que sur une pierre au uiilieu de la campagne : mais ce lieu est vérilanient terrible; c'est la maison (le Dieu et la porte du ciel qui en ouvre l'enlre'e à tous les hommes. {Gènes. 28, 11.) Il n'y a dans cette élable que des objets célestes , qu'une clarté divine peut voir; peicez les nuages de celte enfance; dissipez les ombres de celle pauvreté ; tirez les voilesdecelte liumiliation, vous serez éblouis par l'éclat de la Divinité qui habite corporelleluent dans ce petit corps, et qui rend ce toit désert plus vénérable que le temple de Salomon dans toute sa magnificence.

( Col. 2,9.)

C'est véritablement le Verbe raccourci et abrégé, qui s'est fait petit pour appliquer ses yeux sur nos yeux , sa bouche sur notre bouche , et accommoder la grandeur incompréhensible de Dieu à la petitesse de l'homme, pour communiquer une vie divine à l'enfant mort de la veuve, à la postérité d'Eve coupable, qui , pleurant sur ce Fils qu'elle a fait mourir par sa désobéissance, a louché de compassion le véritable Elisée qui descend du ciel pour lui rendre la vie.

( 4 Fîeg. 4 1 34. ) Déjà la vertu vivifiante de ce Dieu fait chair ranime et fait sortir du tombeau le cadavre de la nature humaine, sur laquelle elle tonibe.

( /*. 9, 6. ) Un enfant nous est donné , il portera le nom d'Emmanuel ; c'est l'admirable, le conseiller du Très-Haut, le Dieu

fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix, qui fait son entrée sur la terre dans le silence, sans bruit, sans majesté, telle que le doit être l'entrée d'un roi invisible {Joan. i8, 36 ), dont le règne n'est pas de ce monde, qui établit les prémices de sa religion dès les premiers pas cju'il fait, et qui marche à pas de géant dans sa voie.

( Ps. 18, 6. ) O Seigneur I vous êtes véritablement le Dieu caché dans ce mystère {Heb. i, 3), qui étant, comme dit l'apôtre , dans la forme de Dieu, la splendeur de sa gloire, et la figure de sa substance, avez voulu paraître sous la forme d'un enfant, afin que les traits de votre ressemblance , gravés sur l'âme de l'homme, fussent imprimés sur la chair, et que ce composé de corps et d'esprit fût sanctifié par cette double image de votre divinité que vous lui communiquez, en prenant tout ce qu'il est, pour lui donner tout ee que vous êtes. C'est ainsi que l'éloquent saint Cyprien déployait toutes les beautés de son éloquence , pour rendre hommage au mystère de Jésus naissant.

Heureux si , ramassant quelquesunes des fleurs que ce glorieux père a répandues sur son berceau, elles ne se sont point fanées entre nos mains ; et si , en conservant la bonne odeur de Jésus • Christ , dont elles sont parfumées dans ses écrits, elles la font passer dans vos âmes avec l'onction sainta de la parole !

Or, le dessein principal du Verbe incarné dans le mystère de sa naissance , où il a uni l'immensité de Dieu avec la petitesse de l'homme , a été d'élever l'homme en l'humiliant , et de nous faire connaître toute sa grandeur, sa puissance et sa divinité, en renversant toutes les idées que nous avons de cette grandeur, de cette puissance et de cette divinité même. C'est pour cela qu'il est inconnu aux docteurs de la loi et aux sages d'Israël, qui s'étaient formé une idée d'un Messie glorieux, triomphant, et avec toutes les mai'ques de grandeur auxquelles la prudence humaine ne pouvait le reconnaître; c'est pour cela , dis-je , qu'il se cache à ces prudens du siècle, selon l'oracle de sa parole, pendant qu'il se manifeste aux petits , aux pasteurs de notre Évangile.

Or , mes frères , d'où vient que le Sauveur du monde se cache à ces docteurs de la loi , à ces sages d'Israël? C'est qu'ils étaient pleins de cet esprit d'orgueil , qui , comme un nuage épais , obscurcissait dans leur âme les rayons de la lumière divine qui les éclairait. L'aveuglement de ces juifs réprouvés vient du même principe que l'ignorance de ces philosophes idolâtres qui , après avoir connu Dieu ( Rom. 12, i .) , ne le glorifièrent pas comme Dieu; et qui, tout éclairés qu'ils étaient, devinrent aveugles, parce qu'ils étaient superbes.

En effet, à quel excès d'ex fra-

vagance et d'égarement l'esprit humain ne s'est-il pas emporté dans la connaissance et la recherche du vrai Dieu, lorsque la curiosité et l'orgueil ont été ses guides ? Quelle multitude innombrable de superstitions ridicules , de divinités bizarres , de religions insensées, n'a pas enfanté ce rayon de la divinité qui brille au-dedans de nous, altéré et obscurci par la corruption de notre nature? Qui ne s'étonne de voir ces sages de l'antiquité, si admirables dans leurs écrits , et si aveugles dans leur religion; de voir, dis-je, d'un côté les chefs-d'œuvre de la raisoîî humaine, dans son plus haut degré d'excellence; et de l'autre les égaremens les plus déplorables de l'esprit humain dans leur culte impie et sacrilège? Rappelez la peinture affreuse que l'apùlre saint Paul en fait dans son épître aux Romains [Rom. I, 23 ), où il nous représente ces génies tout divins , d'ailleurs livrés à un sens réprouvé, sacrifiant à des serpens et à des monstres, et abandonnés à des passions détestables, où la nature n'est pas moins offensée que la religion. Or , quelle fut la cause de leur aveuglement au milieu de tant de connaissances, si ce n'est l'orgueil de leur esprit dans le même degré que son excellence? Cette lumière de la raison humaine, qui devait les conduire à Dieu et à son véritable culte , fut comme un flambeau entre les mains d'un insensé et d'un fu-

SER rieux , qui , au lieu d'éclairer l'homme orgueilleux , acheva de le perdre : cet astre qui luisait encore du haut du ciel dans la nuit de l'ignorance humaine , devint par l'orgueil un de ces feux errans qui mènent à la mort ceux qui les suivent : le guide que Dieu avait donné aux hommes pour les conduire , fut entraîné dans l'égarement et dans le précipice dont il devait les détourner : cet instinct de la raison, si j'ose ainsi parler, celte impression de l'existence du souverain Etre qui naît avec nous, fut la source d'une infinité d'erreurs et de chimères : une théologie monstrueuse , quelques rayons à demi éteints de la vérité enveloppée sous un amas de fables, qui firent la religion des peuples, furent l'ouvrage de l'esprit et de l'orgueil égarés l'un par l'autre. Dieu nous ayant voulu faire connaître que celui qui cherche Dieu , s'en éloigne, s'il ne le cherche dans la dépendance de Dieu, et s'il ne s'humilie sous le poids de sa majesté, pour n'être pas opprimé par sa gloire; que sans cette humilité, qui doit servir de contrepoids à l'homme dans l'essor de ses plus hautes élévations , il ne monte que pour se briser en tombant de plus haut; qu'il ressemble, dit saint Augustin, à celui qui, marchant hors de la voie , s'égare d'autant plus qu'il marclie à grands pas et avec plus de vitesse, ou qui, soufflant dans la cendre , excite un nuage qui l'aveugle, au lieu

d'allumer une flamme qui l'éclaire.

C'est, mes frères, pour réparer cet abus criminel que l'esprit humain avait fait de ses connaissances, que la sagesse divine a cherché une voie pour l'instruire et le remplir des plus vives lumières de la divinité, sans exposer son humilité par une vaine complaisance. Elle a voulu se montrer et se faire connaître à nous, non-seulement couverte des nuages de notre humanité, mais enveloppée sous les ombres de la pauvreté, de l'enfance, de l'infirmité, de la bassesse, afin de nous donner l'exemple de l'humilité profonde avec laquelle nous devons connaître, chercher et adorer un Dieu si profondément humilié pour nous. Applique- toi , raison humaine , à percer les ombres mystérieuses qui te cachent ce Dieu que tu veux connaître; c'est le plus saint et le plus noble usage que tu sauras faire de tes lumières; mais ne marche dans cette voie glissante et obscure qu'avec le guide d'une foi humble et soumise; ne t'égare plus dans des raisonnemens superbes; ne te perds plus dans tes vaines pensées ; ne t'enfle plus d'une vaine pompe de paroles; crois et adore cet enfant enveloppé dans des langes, et couché dans une crèche.

Dieu fera sortir de cette nuit profonde de ta foi les plus vives clartés d'une intelligence divine ; ferme l'œil de ta raison pour adorer le Verbe incarné

2gG SER SER dans ce mystère, et il te l'ou- n'ai qu'une orèclie empruntée vrira d'une manière toute mira- pour lit, et deux animaux pour culeuse, en appliquant sur lui compagnie I Rougissez sous ces la boue et la chair dont il s'est lambris dorés que vous lâcbez de revêtu pour toi. Ahl mes frères, rendre inaccessibles auxmoinque le silence de Jésus naissant dres incommodités de l'biver, dans retable est éloquent pour pendant qu'unaétable entr'cunous persuader et pour nous in- verte me laisse en proie à toutes struirel OnsonDieuI quand vous les rigueurs d'une saison si développiez à vos disciples les cruelle I Rougissez de l'aversion mystères les plus profonds de que vous avez pour tout ce qui votre religion (Mcri//z.5); quand peut vous humilier, des précauvous leur révéliez sur la mon- tions que vous prenez pour ne tague tous les secrets de cette paraître que dans des états qui morale aussi sainte que uou- flattent votre vanité; des artifivelle, dont ils devaient être les ces dont vous vous servez pour interprètes; quand, ravissant les couvrir une pauvreté qui devrait peuples en admiration par la faire votre gloire ; du mépri» force de votre éloquence divine, que vous témoignez pour tout' vous faisiez bénir les entrailles ce qui n'a pas les dehors du qui vous avaient porté , et les grand monde que vous affectez! mamelles qui vous avaient allai- Rougissez de porter peut-être les té (Luc. 1 1, 27 ); quand, sous le marques de la pauvreté et de voile des paraboles et des fîgu- l'humilité de Jésus-Christ dans res , vous exposiez ces vérités votre état, et de chercher à voir élernellesdontla grandeur avait briller autour de vous la pompe besoin de ce tempérament pour et le luxe du monde ; de n'avoir s'insinuer plus facilement dans de vocation pour prêcher l'Él'espnt des peuples , vous étiez vaugile que dans les lieux où plus admirable et plus surpre- tout le combat et le dément; de naut que vous n'êtes dans la ne chercher Jésus -Christ que crèche; mais je ne sais si vous sous l'or, l'azur et le marbre, et étiez plus touchant et plus per- jamais sur la paille, ilans l'étable suasif , et si les oracles de votre et la crèche I Piougissez d'avoir sagesse devaient avoir plus de passé du spectacle que la reliforce que ces bégaiemens de vo- gion vous a ]>résenté tant de fois Ire enfance. dans ce jour, aux spectacles et Ahl chrétiens, que ne dit-il aux assemblées profanes du pas dans cet état I Entrons en monde; de donner à un excomespnt dans cette étable ; nous muuié l'aumône que vous reentendrons une voix qui nous fusez à un pauvre de Jésusdira : Rougissez d'avoir tant de Christ, et d'acheter la damnapalais , de meubles et de vêle- tiou et la perte de votre àme par mens inutiles, pendant que je ce qui eu pourrait faire le salut

SER et la pénitence I Rougissez de perdre tant de temps en visites inutiles ou dangereuses, et de ne visiter jamais Jésus-Christ dans les hôpitaux et dans les prisons où il vous appelle ; d'en dé»ourner les yeux lorsqu'il se ]irésente à vous dans sa plus vive image en la personne des misérables! Rougissez de fouler ^ux pieds toutes les vertus que Jé.sus naissant vous prêche dans ces équipages superbes, où une pécheresse pétrie de limon et de crimes, qui devrait s'humilier sous la cendre , et pleurer^ans une retraite pénitente les désordres de sa vie, semble traîner le crime en triomphe, et braver avec un front d'airain le monde scandalisé par l'éclat de sa vie !

Peut-être qu'autour de vous il y a de vives représentations du mystère de ce jour, dans des mères abandonnées qui, sous des toits inconnus, n'ont pas de quoi loger ni nourrir les enfaus cju'elles mettent au monde, et qui se sentent déchirer les entrailles par les cris perça ns de ces innocentes victimes de la pauvreté et des souffrances, pendant que vous êtes plongés et ensevelis dans la mollesse et dans l'abondance. Quand la nudité et la misère du pauvre réveillent malgré vous la compassion et la charité dans votre cœur, votre dureté impitoyable fait taire les cris qu'il porte jusqu'à vos oreilles; votre main se resserre quand votre cœur s'ouvre; la religion est sourde r[uand la nature parle.

Savez- vous biL'U que ce pauvre

([ue vous insultez avec mépris s'enflaiiuued'indi}; nation contre vous : Duni siipt^rhh iivjnii.s 111cciuliliir pniijx^r. ( Ps. C) , 22 ).

Dieu exauce les malédictions qu'il donne en secret aux riches, flit l'Écriture, et vous jugera un jour par la bouche de ce pauvre même. Oui , ce même Dieu qui vient aujourd'hui dans un état si humble pour vous sauver, viendra un jour avec toute sa puissance pour vous condamner.

Si vous ne le croyez pas , pourquoi portez-vous ce faux masque de la religion , et venezvous dans nos temples mêler un apostat secret de Jésus-Christ avec ses vrais adorateurs ? Si vous le croyez, rougissez de combattre votre créance par votre vie, et de voir, peut-être sans aucun sentiment de piété et de religion, ce Dieu qui naît pour l'amour de vous comme un ver de terre, l'abjection et l'opprobre des hommes.

Pardonnez-moi , mon Dieu , ces faibles expressions que j'ose mettre dans votre bouche adorable : votre silence est bien plus expressif que mes paroles. Ah !

mes frères, que ne dit point ce divin enfant, cette parole éternelle qui se tait et qui bégaie?

JNe nous mettons plus en peine des règles de piété pour nous conduire , nous apprendrons tout ce que nous devons savoir et ])ratiquer dans ce livre adorable. Toutes les prophéties , tous les docteurs, tous les apôtres pailent par la bouche de celui qui a ouvert la leur. L cla-

ble de Bélhléem est l'école où tous les chrétiens doivent s'instruire dans la science du salut; toutes les voies du ciel , tous les sentiers de la vertu commencent et finissent par celui qui est le principe et le terme, et qui étant la voie, la vérité et la vie, a ouvert à tous les lionmies le chemin du ciel. {Joan. i4 , 6. ) : AdinveniL onmem viom disciplinée , dit le prophète Jérémie. Providence de mon Dieu, s'écrie saint Bernard dans ses Réflexions, que vous êtes admirable ! L'homme charnel et animal ne pouvait concevoir les choses de Dieu ; la sagesse même s'est fait chair pour se rendre sensible et intelligible à des hommes de chair.

( 1 Cor. 2, 14.) Ce n'est plus par des hommes saisis d'une sainte fureur que Dieu rend ses oracles; ce n'est plus par des expressions mystérieuses, en termes enveloppés, du sommet des montagnes, parmi les foudres et les éclairs, qu'il se fait entendre ; c'est du fond d'une étable, c'est du haut d'une crèche, c'est dans le silence d'une nuit paisible , c'est par la bouche d'un enfant enveloppé dans des langes que la sagesse incréée s'explique : Ecce libi in carne exhihelur sapienlia. Venez, esprits sublimes, philosophes profonds, politiques raffinés, entrez dans cette étable, voilà votre lycée, votre académie. Venez mettre vos dogmes superbes , vos discours étudiés , vos raisounemens captieux aux pieds de ce docteur adorable , qui en découvre

SER la vanité, l'erreur et la petitesse ; que tout le faste de l'éloquence , tout l'orgueil de la sagesse, toute la subtilité de la philosophie, tout le raffinement de la politique , disparaisse à la vue de ce grand objet : Ecce tibi in carne exliibeliir sajn'entia. Vains orateurs du siècle , qui avez rempli le monde du bruit des applaudissemens que vous avez reçus , qui avez prétendu régner sur les peuples par la force du discours, qui avez été écoutés comme des dieux lonnans et foudroyans dans les tribunes de Rome et d'Athènes, taisez-vous, et rendez hommage, par votre silence , à la parole éternelle qui se tait et qui bégaie dans cet enfant, pour vous humilier à son exemple : prédicateurs de l'Évangile, heureux organes de cette parole éternelle , qui vous envoie , qui , aussi-bien que Jean-Baptiste , n'êtes que des voix pour faire retentir les grandeurs de Dieu dans les temples {Joan. 1 ^v. 23.), prosternez-vous devant cet Enfant qui ne sait encore que former les sons d'une voix gémissante et larmoyante; reconnaissez-y le Maître qui a délié la langue des docteurs , des prophètes, des apôtres, qui a donné aux martyrs et à de jeunes vierges des paroles qui ont confondu les tyrans et les sages du paganisme; qui a ouvert la bouche des saints pères, d'où des fl.euves de vie se sont répandus par toute rÉglise; et quand vous l'aurez adoré dans un profond et hum-

SER ble silence , parlez , éclatez en admiration et en louanges ; consacrez tous les ornemens de l'éloquence à la gloire de celui qui TOUS l'a donnée ; déployez toutes les richesses du discours pour célébrer la pauvreté et le silence de celte Majesté sans bruit, sans éclat, sans pompe et sans parole.

Mais reconnaissez que vous ne faites que bégayer, lors même que vous rendez les oracles du Dieu vivant parmi les applaudissemens des peuples ; lorsque vous célébrez avec tous les ornemens du discours le mystère ineffable d'un Dieu fait Enfant.

Alil mes frères, ce mystère incompréhensible ne peut être dignement révéré que par notre silence; et si nous le rompons devant ces autels , c'est pour obéir à la voix du Dieu vivant dont nous sommes les ministres. (Isaïe, 52, 7. ~ Heureux les pieds de ceux qui évangéiisenl la pais, mais plus heureux les auditeurs dociles qui, ouvrant l'oreilfe de leur cœur à ce prédicateur invisible qui leur parle par notre bouche, peuvent suppléer par le mérite de leur silence à l'indignité de nos paroles , et entendre la voix de Dieu dans celle de Thomme i Instruisez-nous donc, ù divin enfant! nous ne parlons en votre place que pour exhorter les chrétiens à vous entendre, au lieu de nous; toutes nos paroles ne sont que les interprètes de votre bégaiement et de votre silence. C'e^t un enfant, dit saint Bernard, mais qui sait discerner

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le bien , et réprouver le mal :

Sciens eligere bonum, et reprobare malum. ( Isaïe ,7, 16. ) Les autres enfans pleurent et gênassent par infirmité, dit saint Bernard : celui-ci pleure et gémit par charité : ceux-là demandent du secours par leurs plaintes, et celui-ci nous en donne : dans ceux-là, c'est la nature qui pâtit, dans celui-ci, c'est la grâce qui instruit. Là le bégaiement est un eftet de l'ignorance ; ici il est une invention de la sagesse : d'un côté les larmes sont un soulagement de l'infirmité humaine, de l'autre elle sont un tempérament de la puissance divine : elles sont comme les élémens de la religion, et les oracles muets de la sagesse rendue sensible et visible à tous les hommes dans cet enfant adorable.

Ah I mes frères , si cet objet neuoustouche et nenouséclaire, qui sera capable de vaincre la dureté de nos cœurs , et de dissiper l'aveuglement de nos esprits I 0 foi des chrétiens, que tu es petite, ou que leur insensibilité est grande I Figure éclatante du siècle qui nous éblouit eu passant ; fatales impressions de* objets présens qui nous fascinent et nous enchantent ; douce et agréable agitation d'une vie toute mondaine et toute séculière, qui nous occupe et nous trouble, c'est vous qui nous empêchez de faire de sérieuses réflexions sur ces grandes vérités.

Si ces personnes entièrement livrées à l'esprit du siècle, étaient

3oo SER SEK loitement convaincues du inys-

,. , . . ,, -, SECOIVD POl^T.

icre de ce jour , si elles se représentaient vivement le Verbe in- L'aniour-propre déréglé parle carné dans l'état où l'Évangile péché est la racine <le tous les l'expose à nos yeux, pourraient- maux : Radix omnium malorum elles soutenir le faste et la poui- cuinditas. (i Tim. 6, lo.) De pe qui les suivent peut-être jus- cette racine sont sortis trois requ au pied de ces autels? Quoi ! jetons funestes, l'avarice , l'ortaiitd'orp^ueildans les disciples, gueil et la volupté : ce sont les et tant d'Iiumililé dans le chef! trois sources empoisonnées d'oîi la m;)je>té de Dieu qui s'anéan- coule ce torrent d'iniquités qui lit, et le ver de terre qui s'enfle I inonde la face de la terre. Tout Ptentrons dans nous-mêmes, ce qui est dans le monde, dit reconnaissons que notre reli- saint Jean, est concupiscence des gion, si solide et si vraie en elle- yeux, ou concupiscence de la même, n'est qu'illusion et que chair, ou superbe de la vie ( i chimère dans notre conduite. Joan. 2, 16.); c'est-à-dire, ou Adorons ces langes sacrés dont un amour déréglé des richesses , Jésus-Christ naissant fait, dit on un amour déréglé des plaisaint Augustin , comme le pre- sirs, ou un amour déréglé des mier appareil qu'il vient mettre honneurs. Jésus-Christ , ce méaux plaies de la nature corrom- decin céleste qui est venu compue '. Adoremus pannos infantice battre les maladies de l'homme quifacti suntcnifjlaiitranalurœ. pécheur par leurs contraires, Etudions dans ce livre vivant et est descendu du ciel pour guérir animé , toutes les vérités que ces trois plaies mortelles de la nous devons croire, et tous les nature corrompue, par trois redevoirs que nous devons prati- mèdes opposés , qui sont l'esprit quer. Cemédccincélesle est venu de pauvreté, l'esprit d'humipour guérir les deux plaies que lité et l'esprit de mortification: l'homme pécheur avait reçues voilà , mes frères, tout l'esprit dans l'esprit et dans la volonté; de la religion ; et ces trois caracil remédie à l'orgueil de l'esprit tères originaux du christianisme eu l'humiliant sans l'avilir, et paraissent visiblemenlimprimés en le poilaut au comble de l'é- sur le mystère de la nativité de lévation, sans lui laisser aucune Jésus-Christ, enflure; il redresse l'égarement Comme le Sauveur du monde de la volonté en faisant rentrer est venu faire avant d'enseises mou vemens déiéglés dans les gner, il y a un rapport admirabornes oii ils doivent être, et en ble entre ses actions et ses pala guidant par des voies sûres à rôles : il commença ce discours sa fui véritable. admirable qu'il fit sur la montagne , et dans lequel il renferma loules les maximes de l'I'^-

SER vangile; il le commença, disje, par la béatitude des pauvres d'esprit : Beau pauperes spiiilu :

{Matth. 5, 2.) et il prêcha cette grande vérité dès le commencement de sa vie, comme il l'annonça par l'ouverture de son Évangile. Cette étable , cette crèche, ces pasteurs, ces animaux , cet appareil pauvre et méprisable de Jésus-Christ naissant , nous crient d'une voix qui se fait entendre à toutes les nations et à tous les siècles iBeali pauperes spiritu. Comme cette pauvreté de Jésus-Christ naissant est ce qui nous frappe le plus dans le ministère que nous célébrons; comme elle est le premier signe sous lequel le Sauveur du inonde se découvre :

Hoc erit vohis signwn^ elle doit être le premier trait du chrétien, et comme la base de la religion ; c'est pour cela que l'Évangile , cette bonne nouvelle, cette ouverture du royaume de Dieu, cette délivrance de la captivité du démon , ce grand sujet de joie : Evangeliso vobis gaudium magnum {Luc. 1,7^ io.)> est annoncé par les auges aux pasteurs de Bethléem , à de simples bergers, qui, étant pauvres de condition et d'état, étaient plus disposés à devenir pauvres d'esprit et d'affection , pour être comme lespreraierschrétiens du monde, en faisant éclater visiblement dans leurs personnes cette pauvreté évangélique, comme le premier trait de ressemblance que les disciples doivent avoir avec leur maître.

SER 3oi

Contemplons ce grand objet que la foi nous présente ; entrons en cspi it dans cette étable ; voyons-y ce Dieu caché, qui dans les ténèbres de la nuit, dans le profond silence de toutes les créatures, dans l'indigence de toutes choses, se fait pauvre pour nous enrichir. Ne nous enseigne-t-il pas dès le commencement de sa vie cette pauvreté d'esprit Cjui a fait le commencement de l'Évangile; cette belle vertu qui tient le premier rang parmi les béatitudes; cette vertu si chère à Jésus-Christ, qui voulut naître pauvre, vivre pauvre, mourir pauvre, nu et dépouillé ^ de tout surla croix? C'est la vertu qu'il vous prêche dans la crèche.

Heureux celui qui pénètre le mystère d'un Dieu humilié, appauvri pour nous combler de biens, Beatus qui intelligit super egemtm et pauperem (Ps. 4o, i .) :

heureux celui qui découvre, au travers de ces dehors d'indigence et de misère , le Dieu de majesté qui s'est fait pauvre pour nous rendre riches (2 Cor. 8, q.) : le soleil qui forme tous les trésors de la mer et de la terre , ne lui a coûté qu'une parole : Pulchritudo agri viecum est. ( Ps. 49, 7). 1 1.) Les campagnes hérissées d'épis ou peintes de fleurs ne sont qu'un faible rayon de sa beauté et de sa gloire : la nature, qui fournit aux besoins de tous les êtres , reçoit de sa main tout ce qu'elle leur donne : Aperies manum tuam ^ et omnia implebunlur bonitate. ( Ps. 1 o3 , 28. ) 11 se dé pouille de tout ce qu'il a

3oa SER

fait pour l'homme , pour cliercher l'homme, afin d'apprendre à l'homme à renoncer à toutes les créatures pour ne chercher que Dieu. Il a marché , dit le prophète , à pas de géant dans la voie; Exuîtavit ut gigas ad currendam vi'am. ( Ps. i8, 6.) Comment suivrons-nous la rapidité de sa course , si nous sommes embarrassés de l'attache aux biens périssables? La condition du disciple, dit saint Jérôme, ne doit pas être meilleure que celle du maître; mon Sauveur s'est fait pauvre pour me sauver, je dois me faire pauvre d'esprit pour l'imiter : je marcherai nu et dépouillé de tout après Jésus- Christ nu et dépouillé de tout pour moi : Nudum ChristumNudus seqiiar.

L'orgueil de l'ange rebelle fut la cause de sa chute : je monterai et me rendrai semblable au Très-Haut : Asctndam, et ero similis Allissimo. (Isaï. i4, v.

i4-) Dieu lui révéla le mystère de l'incarnation; il lui fit voir le Verbe divin revêtu de notre chair, et il exigea de lui qu'il fléchît le genou devant ce Dieu anéanti , pour marque de sa dépendance : cet esprit superbe , tout brilla nt des plus vives splendeurs de la divinité , dont il était le plus bel ouvrage, crut se dégrader en rendant hommage à ce Dieu fait homme : au lieu de descendre par l'humilité pour être affermi dans sa gloire et confirmé dans la grâce, il voulut monter jusqu'au trône de Dieu même : il partagea tout le

ciel par sa rébellion contre son Créateur ( ^poc. 12, 7.) : un grand combat fut donné entre Michel et le dragon, entre l'ange humble et l'ange orgueilleux; mais enfin cet esprit superbe fut vaincu et précipité du plus haut du ciel au profond de l'abîme.

Cet orgueil , qui s'est accru par sa chute , remplit cet esprit malheureux d'une envie qui en est la suite nécessaire ; il ne put voir l'homme d'une nature inférieure à la sienne , créé dans la justice originelle, sans former le dessein de lui ravir ce glorieux apanage de sa naissance qu'il avait perdu lui-même. Il s'efforça de le rendre superbe comme lui , pour le rendre malheureux comme lui , et d'en faire un complice de son péché , pour en faire un compagnon de sa disgrâce.

C'est pour cela que ce tentateur subtil fit glisser adroitement dans l'âme de la première femme le désir de ressembler à Dieu , qui l'avait perdu luimême : Eritis sicut DU (Gen. 3, 5.) : ce poison dangereux que le serpent infernal mêla dans ces paroles :funestes , Vous serez comme des Dieux, fut proprement le péché du premier homme : l'amour-propre sorti de ses bornes dans l'homme par un désir déréglé de son excellence, enfanta l'orgueil par lequel le péché est entré dans le monde ; l'orgueil en avait fait un apostat , avant que la transgression de sa loi en eût fait un prévaricateur et un rebelle.

SER SER 3o3 Or, comme la grâce de noire bwn caro faclum est. ( Joan. F.édemjjteur a été encore plus t, i40 Mais l'orgueil nous tient abondante que le péché, dit l'a- toujours le langage du démon ]'ôtre, non-seulement le Verbe qui en est le père. Ah! mes frèdivin s'est humilié dans son in- res , par combien de replis et de carnation, mais il est descendu détours ce serpent subtil se glisencore plus bas que l'homme se-t-il dans nos âmes I il couvre n'avait voulu monter. Il s'est sousuneagréable variété de cou. anéaniï'. Exinanivitsemetipsum leurs le venin qu'il cache et les (Phil.2, 7.):carcomme ilya plus embûches qu'il nous dresse; il se de distance entre Dieu et l'hom- sert d'une infinité dévoies difféme , qu'entre l'être et le néant, rentes pour nous dire, comme un Dieu qui se fait Homme s'a- autrefois à la première femme : néantiten quelque sorte. Ilfait Eritis sicutDii.[Gen.Z,S.)\\d\t plus que de se faire homme , il à ces femmes mondaines ; Faites se fait chair : Verbum caro foc- briller l'or, !a soie, les perles et twn est (Joan. lo, 1 4) : il se fait les pierreries sur vos vêtemens ; un enfant, qui du sein d'une rehaussez l'éclat de votre beauté Vierge passe dans une crèche: partouteslesricliessesdelanatuil est ce Verbe raccourci dont re; marchez en triomphe traînées parle le prophète ; ce prodige par des animaux superbes qui étonnant figuré dans le uîiracle exposent au travers d'un riche opéré par le prophète Elisée; cristal l'idole du monde à ses lorsque, raccourcissantson corps yeux, et vous serez comme des et le réduisant à la manière de divinités sur la terre : Eritis sicet enfant mort de la veuve , il eut Dit. Il dit cà ces riches : Eâlui rendit la vie. Verbiim abre- tissez-vousdesédifices pompeux viatum. (4Reg. 4,34-) qui disputent de magnificence C'est donc avec raison que avec les palais des rois; dormez l'ange qui annonce le mystère sous ces pavillons dorés et sur de la nativité aux pasteurs , dit ceslits somptueux, où vos jeux, qu'il leur annonce un grand su- en s'ouvrant, soient éblouis par ]e\.à.Q\Q\e: Evangeliso^wbis gau' une multitude d'objets éclatans diwn magnum (Luc. 2, lo.) : qui vous environnent ; chargez Réjouissez - »ous , mortels; ne vos tables des dépouilles de la gémissez plus sous le poids hon- mer et de la terre dans vos festeux de votre chair; ne re- tinsj promenez-vous dans ces gardez plus votre corps comme parcs et ces jardins où le sang un fardeau humiliant, qui dés- des veuves et des pupilles coule honore la dignité de votre âme parnii les eaux jaillissantes qui obligée à le porter : cette chair les arrosent; respirez l'air de ces est le principe de votre gloire , forêts parfumées, où vous forpuisque Jésus-Chnst s'en est re- merez les nouveaux projets de vêtu en se faisant chair : Ver- vos concussions et de vos rapi-f

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ues, et alors vous serez comme des dieux de la terre : Eri<M sLcut Dit, Il dit à ce savant : Enrichis ton esprit des trésors de l'antiquité sainte et profane; immortalise ton nom dans des ouvrages cjui passent à la dernière postérité ; ajoute la cabale à la réputation ; déguise la parole du Seigneur avec tout le fard de l'éloquence profane : enchante un auditoire nombreux par une vaine harmonie de paroles , qui, eu flattant l'oreille , fasse dire à la bouche, ce n'est pas un homme , c'est un dieu qui parle : Erilis sicutDii. (Act.

12, V. 22. Ps. 8i , 7. ) Vous serez comme des dieux , il est vrai:

mais vous mourrez comme les autres hommes. Il me semble que j'entends la voix d'un Dieu humilié, qui dit, non plus d'une voix tonnante, comme autrefois dans le paradis terrestre , mais par les gémissemens d'un enfant:

Adam, iibi esl Adam, où es-tu?

(Gen. 3 , 9.) Tu as voulu devenir semblable à moi, tu afFectes la domination et l'indépendance , tu secouesle jougde ma loi, lu t'alTranchis de mon joug, et tu dis , je ne servirai pas. Tu oublies le limon dont je t'ai formée, cendre orgueilleuse ; mais tu tremperas ton pain à la sueur de ton corps; tu cultiveras la terre hérissée d'épines, qui te reprocheront que tu l'as souillée par ton péché; tu es poussière et tu retourneras en poussière, en punition de ton orgueil ; tu te caches en vain sous les feuilles de l'arbre dont tu as mangé le

SER fruit; tu as recours aux artifices de ta vanité pour couvrir ta nu-^ dite et ta misère; tu fais encore le dieu sous la vile peau des bêtes qui filent la soie des riches vètemens dont tu te couvres; mais tout cet appareil de grandeur et de luxe, dont tu l'ébloui» toi-même , n'est qu'un sépulcre blanchi qui couvre la pourriture; plus tu t'enfles j)ar l'orgueil, plus tu en augmentes le vide au lieu de le cacher :

vase de terre et d'argile , tu ne t'élèves que pour te briser davantage en tombant de plus haut; perds donc le ridicule et extravagant dessein de te rendre semblable à moi par la grandeur 5 mais je t'en donne un moyen facile par l'humilité :

je suis descendu jusqu'au profond abîme de ta misère, pour te porter au comble de mon élévation : je t'ai ouvert la voie de cette ressemblance glorieuse à la Divinité que tu cherches, en la joignant avec les traits de ton humanité ; j'ai pris la forme de l'esclave pour te communiquer l'indépendance du maître. Ce n'est donc que dans l'imitation de l'humilité profonde de Jésus naissant, que l'homme peuttiouver une grandeur solide et véritable ; cette humilité l'abaisse sans l'avilir , elle est une sainte ambition , c^ui en le faisant descendre dans le centre de son néant, où il trouve son Dieu, l'élève au-dessus de toute la vaine et fausse grandeur de l'homme ; c'est cette humilité chrétienne dans les vues de la foi , ou ]ilu-

SER tôt ce sentiment d'une excellence toute divine , inconnue à la morale païenne , qui est la véritable parole de l'Evangile ( Maiih.

i3, 45.); le Verbe incarné, qui, paraissant dans les ténèbres de la nuit, dans la pauvreté de l'établc, allume le grand flambeau de la vérité parmi les ombres de sa naissance , pour nous faire chercher ce trésor précieux à la lueur de ses enscignemens et de ses exemples. Rois et reines du monde, entrez dans cette étable, prosternez-vous en esprit devant ce Dieu enfant, et vous serez plus grands aux pieds de la crèche, que sur les premiers trônes de l'univers. Quelque ingénieux que soit l'orgueil de riiomme , pour lui cacher sa mijère, tous ses efforts sont inutiles; il a cherché des ressources contre recueil même où toute sa vaine graiWeur se brise, et il a voulu s'étendre jusqu'au delà du tombeau, qui en est le terme.

Mais ces monumens pompeux, où il a voulu ramasser les . débris de sa chute , et arracher , pour ainsi dire, une portion-de vie à l'empire de la mort, disent plus hautement à tous les siècles que les rois d'Egypte ne sont plus , qu'ils ne leur apprennent ce qu'ils ont été. Homme superbe, vain jouet des passions et de la mort , tu t'efforces de survivre à toi-même; un instinct secret qui teguide, un sentiment de ta première excellence t'a fait chercher l'immortalité dans les égaremens de ton orgueil qui te Va fait perdre dans les ténèbres

SER 3o5

de l'ignorance; tu tâches de trouver la véritable grandeur que tu as perdue; et dans la nuit de ton péché, tu prends pour cette grandeur solide et réelle les ombres trompeuses et les brillantes images que l'orgueil t'en présente : mais tu n'embrasses que l'ombre au lieu de la vérité :

tous ces fantômes éclatans de la vanité t'échappent : rien de ferme ni de durable sur la terre ; tu veux porter ta tête jusque dans les nuées, avec les édifices superbes que tu bâtis ; mais sache que sous ces voûtes magnifiques, tu habites, dit le Seigneur, comme les hibous et les insectes dans les trous de la pierre taillée par le ciseau {Tsaï. i3, 22.); plus tu t'efforces de paraître grand, plus tues méprisable ; quand tu aurais placé ton nid , comme l'aigle, au-dessus des étoiles, je saurais bien arrêter le vol de ton orgueil, et te précipiter de si haut. Mais si tu veux être grand, retourne au principe de toute grandeur, rentre par l'Jmmilité dans le néaht dont Dieu a fait sortir l'homme mortel , et il en fera sortir l'homme immortel; devienshumbleavecJésuï-Chrisl naissant, pour devenir glorieux avec Jésus-Christ triomphant; fais de la cièche du Sauveur le fondement et l'appui de l'édifice chrétien ,ct il l'élèvera jusqu'au ciel. {MattJi. 7, 26.) Le torrent des choses humaines emporte tout ce qui est appuyé sur le sable; mais tout ce qui est fondé sur la pierre demeure ferme.

Voulez- vous donc participeraux

3o6 bER

lichefises, à la jjloire et à la félicité de Jésus-Ciiristdans le ciel?

altachezvousà Jésus Christ pauvre, humilié etsoufïVant dans rétable (Ma/z/z. 18, 3.); car si vous ne devenez connue cet enfant , vous n'entrerez jamais dans le ioyaumedes cieux. Il est la voie, la vérité et la vie {Joan. «4, 6.), cet enfant dans une crèche, envelo[)pé de ian{jes entre deux animaux {haï. 53, 3.); cet homme de douleur attaché à la croix entre deux voleuv; : voilà votre signe, chrétiens. El hoc eril vo~ bis signun?. {L'ic. 23, 33. îd. 2, 12.)

Cet enfant sera la cause de la ruine et de la résurrection de plusieurs; de ia ruine de ceux qui lui seront contraires, et de la résurrection de ceux qui lui seront conformes. Or ce n'est pas le signe qui fait la conformité ni la contrariété, muis il la fait connaître ; ainsi la seule apparition de ce signe de Jésus naissant dans une crèclie , et mourant sur une croix , décidera du ï,o\\. des élus et des réprouvés , en sé[)arant les boucs d'avec les agneaux (il/a////. 25,02.), les justes qui lui seront conformes, d'avec les pécheurs qui lui seront contraires. N'attendons pas, mes frères, cette dernière confronlalion de notre vie avec celle du Sauveur : travaillons jusqu'à la mort à nous foiaier sur ce div-.n original ; ajoutons et retranchons sans cesse , jusqu'à ce que Jésus -Christ soit formé dans nous, comme parle l'apôtre, afin qu'après avoir été des images de

SER Jésus-Christ souffrant, pauvre et humilié sur la terre , nous puissions être des images de Jésus- Christ triomphant et glorieux dans le ciel. ( L'Abbé du Jarry , t. j , p. i53 et suiv. )

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