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gesse ; il leur permet d'entrer eu conseil avec eux-mêmes , de former des projets , de concevoir des desseins, de choisir les moyens les plus propres à les exécuter selon leurs desseins ; et après bien des réflexions, des soins , des efforts , lorsqu'ils croient .gir pour eux-mêmes , le suprême arbitre , qui tient en sa main les esprits et les cœurs , en concerte les mouvemensavec tant de sagesse, et les manie avec un tel empire, que, sans les contraindre en rien, ils ne font précisément que ce qu'il a réglé et ordonné dans ses conseils éternels.
Jamais la vérité de ce grand prodige de la résurrection de Jésus-Cbrist eût-elle été si solidement établie , si personne ne s'y fût opposé? N'aurait-on pas soupçonné ses disciples de l'avoir enlevé à la faveur des ténèbres? Mais lorsqu'on voit des ennemis puissans et actifs veiller avec soin afin de prévenir toute surprise , et que , malgré toute leur attention le corps du Seigneur ne se trouve plus dans son tombeau, et que c'est précisément au jour marqué qu'il ne s'y trouve plus, que peut-on penser? si ce n'est que de luimême il a repris son âme, comme de lui-même il l'avait donnée pour ses brebis : que son bras l'a sauvé de la mort , comme parle l'Écriture , et que sa droite lui a suffi pour vaincre toutes les puissances de l'enfer : Sahabit sibl dextera ejus et brachium sanctum ejus. Ainsi toute la sa-
gesse de ses ennemis n'a servi qu'à mettre dans un plus beau jour la vérité de sa résurrection :
en s'opposant à son triomphe , ils l'ont rendu plus éclatant; et leur jalouse fureur, leur haine ingénieuse se tourne en preuve de ce grand prodige. 0 Dieu !
puissiez-vous encore faire agir cette main toute - puissante , pour faire sortir les lumières de la foi des ténèbres mêmes de l'incrédulité!
Je sais , mes frères , que les pontifes des Juifs , plutôt que de se rendre à la vérité connue , répandent parmi le peuple que les disciples de Jésus-Christ ont surpris les gardes endormis ; mais on voit bien, dit saint Augustin, que ce n'est là qu'une défaite trouvée après coup, et suggérée par une envie désespérée. Vous nous citez des témoins endormis , continue ce père :
eh ! comment peuvent-ils savoir ce qui s'est passé s'ils étaient endormis ? D'ailleurs à qui persuadera-t-on que de pauvres pêcheurs aient eu la hardiesse d'affronter des gens armés, dont la seule présence venait de les mettre en fuite, ou l'adresse de les surprendre dans un sommeil si léthargique et si profond , que tout le bruit qu'ils ne pouvaient éviter de faire en se mettant au milieu d'eux , en ôtant la pierre du sépulcre , en retirant le corps de leur maître , n'en eût pas réveillé un seul? Si les pontifes eussent été sérieusement persuadés de cet enlèvement , lorsque peu de jours après ils eu-
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rent les apôtres entre leurs mains , ne devaient-ils pas les livrer à la justice , afin de délivrer le public de ces imposteurs audacieux? Pourquoi se borner à des menaces? Celte faiblesse (le conduite dit beaucoup dans des hommes aussi puibsans et aussi passionnés. Enfin , (!e c[ueî avantage les apôtres pouvaientils se flatter en publiant que Jésus était ressuscité , s'il ne l'était pas en effet? Que pouvaient-ils se promettre d'une impostures! grossière ? des châtimens, des supplices, la malédiction , la mort. Est-il naturel de se rendre imposteur à pure perle? Ajoutez, mes frères , que la résurrection du Sauveur ne se manifeste point par une apparition d'un moment. Ce n'est point une lueur passagère, un prodige dérobé , ni un mystère cacbé dans le secret; à peine est il ressuscité , qu'il envoie ses anges l'annoncer aux saintes femmes, et par elles à ses apôtres; lui-même il leur apparaît sous des formes différentes; tantôt, sous l'apparence d'un jardinier, il se présente à Madeleine , et récompense en elle le saint amour ; tantôt sous la figure d'un voyageur, et se joint à deux de ses disciples, raninie leur foi affaiblie, leur développe le sens des divines Ecritures, et se montre enfin à découvert dans la fraction du pain ; tantôt c'est à Pierre seul , et tantôt c'est aux onze à la fois qu'il se manifeste : tantôt il paraît tout à coup au* milieu de
ses disciples rassemblés dans un même lieu pour prier, et tantôt c'est sur les bords de la mer qu'il va remplir leurs filets de poissons. Tantôt il surmonte parbonté l'incrédulité d'un apôtre , qui ne doutait que par amour, et qui ne suspendait sa foi que pour la rendre plus certaine ; et tantôt il se présente dans une assemblée de plus de cinq cents frères ; il leur découvre les avantages de son corps glorieux, l'agilité, l'impassibilité , l'immortalité ; il leur parle , il les console , il leur permet de l'approcher, de le toucher, de porter les mains dans ses plaies; de s'assurer par eux-mêmes. S'ilenestqui croient voir un esprit, Touchez, leur dit-il ; voyez si un esprit est composé de chair et d'os. Enfin il leur rend en mille manières sa résurrection si évidente et si sensible, qu'ils ne désirenlplus que de mourir pour avoir le bonheur d'y participer. Ah !
quelle joie pour ces mêmes apôtres , que la crainte avait glacés , que le trouble agitait encore, de le revoir, de l'entendre, ce divin Maître , de baiser ses plaies sacrées, de s'en voir reçus avec tant de douceur, après l'avoir abandonné par faiblesse !
Saisis, transportés, ils ne se parlent que pour se dire les uns aux autres : Le Seigneur est i^ssuscité, oui, il est vraiment' ressuscité, Surrexit vête ; il a apparu à Pierre , il nous est apparu, nous l'avons vu , nous l'avons tc^hé , il a bu et mangé
SER SER 3ii avec nous : il est ressuscité, nouveau son premier né dans Sitrrexit veih. le monde par un {glorieux re- Que reste-t-il désormais à la tour à la vie , son Père lui a dit , safjesse des faux sages jour se C'est maintenant que vous êtes défendre d'une soumission par- mon Fils, c'est en ce jour que je faite à la foi? Dira -t-elle que la vous ai vraiment engendré, et résurrection de Jésus-Christ , que je vous ai donné une vie diquoique véritable, n'est point gnede vous. Votre trône, ôDieu! encore une assez forte preuve de sera un trône éternel : Nimc ver sa divinité pour mériter une omnia Deus. La résurrection de déféreiice absolue à sa parole ? Jésus-Christ est donc vraiment mais écoutons la saine raison, la preuve authentique de sa di- Quel autre qu'un Dieu peut se vinité, sa divinité est le garant lessusciter soi-même? quel au- sûr et fidèle de la pureté de sa tre peut dire : Je suis la résui- doctrine, de la sagesse de ses rection et la vie ; je tiens en ma lois , de la sainteté de ses mysmain les clés de la mort et de tères , de la vérité dé la religion, l'enfer; nul ne me ravit mon Ainsi la résurrection de Jésusâme , c'est moi qui la donne Christ est le fondement solide pour mes brebis; j'ai le pouvoir de la foi; sans elle tout fût de la quitter, et j'ai le pouvoir tombé avec lui, ses travaux, delareprendre?Quelaulrequ'un ses bienfaits, ses lois , ses disci- Dieu peut donner sa résurrec- pies ; notre foi serait vaine, dit tion en preuve de sa divinité? l'apôtre; mais par elle il con- Génération perverse et adultère, somme son œuvre, il confirme tu demandes un signe , et il te sa loi, il met le sceau à tous ses sera donné ; c'est le signe de Jo- prodiges : et qui ne pourrait nas sortant glorieux et vivant pas se rendre à la voix d'un du sein de la baleine, après y Dieu l'essuscité en gloire ?Soyons avoir été trois jours enseveli, donc fermes dans notre foi , mes Ainsi le Fils de l'Homme sortira frères, n'écoutons point ces vainqueur des entrailles de la vains discours qui font tomber terre. Dans cette vie nouvelle la colère de Dieu sur les homlout annonce sa divinité. En mes infidèles à la vérité; mais entrant dans le monde le Verbe que cette foi ne se borne pas à s'était fait chair , et n'avait pris une admiration stérile ; suivons d'autre nom que celui de Fils de sa lumière , écoutons sa voix. Je l'Homme, d'autre forme que vous ai fait voir comment la récelle d'esclave , d'autre ressem- surrection du Sauveur est le fonblance que celle d'un pécheur dément de notre foi : il me reste uc)\é dans un déluge de maux à vous la représenter comme et dans un abîme aflVeux d'igno- le gagesolide de notre espérance, miuie; Tjinc s&cundum carnem Ce sera le sujet du second point. Jiomo. Mais en introduisant de
SECONDE PARTIE
Béni soit Dieu , dit l'apôtre , béni soit le Père de Jésus-Cbrist Notre-Seif;neur , qui, selon l'étendue de sa grande miséricorde, nous a régénérés en lui par sa résurrection d'entre les morts , pour nous donner une vive espérance de ce riche héritage , où rien ne pourra jamais ni se détruire , ni se corrompre , ni se flétrir : Denedictus Deus , qui regeneravit nos in spem vivam. per resurrectionem Jesu Christi ex mortuis , in hœreditatem incorruplibilem , et in~ contaminatam et immarcessibilem. Quelle espérance , en effet , ne doit point nous inspirer , mes frères, la résurrection d'un Dieu Sauveur, lorsque nous voyons eu sa personne , et la réalité des biens promis, et les moyens assure's d'y parvenir.
i'\ La réalité des biens promis. Si le Fils de Dieu ne s'était montré à ses apôtres que sous les tristes dehors d'une vertu toujours affligée, et qu'il fût ensuite demeuré enseveli dans la mort; peut-être auraient-ils eu ({uelque peine à se persuader de la douceur de son joug, delà solidité de ses promesses , de H vérité d'une vie nouvelle et de la gloire de son empire. Toutes ces brillantes idées de royaume, de trône , de félicité , de puissance inimortelle dont il les avait flattés, n'eussent bientôt ])assé dans leurs esprits que pour des illusions trompeuses et pour de séduisans attraits, présentés
SER avec art à leur crédule simplicité. Déjà, en effet, sa mort ignominieusecommençait à faire tomber leur espérance ; ils n'osaient plus se promettre de lui voir rétablir le royaume d'Israël dans sa splendeur; ils ne l'espéraient plus que faiblement, iSos spernbannis ; mais au moment c{u'il revit à leurs yeux , leur espérance revit avec lui , lorsqu'ils le voient tout éclatant de lumière, tenant en sa main tous les trésors de la divinité, exempt de toute misère, possesseur tranquille du bonheur suprême , et dispensateur de l'immortalité bienheureuse; en un mot , lorsqu'ils voient dans sa personne tous les biens dont il leur avait parlé, ils ne peuvent pas douter que ces biens qu'ils voient de leurs yeux , qu'ils touchent de leurs mains , qu'ils possèdent déjà en lui, ne soient des biens réels et véritables; ils en aperçoivent de la manière la plus sensible, et la solidité et l'excellence; ils savent en même temps qu'il n'est entré en possession de ces grands biens que pour la leur assurer ; voilà ce qui forme en eux une espérance ferme, qui , comme uiieancre immobile, les soutient pour jamais contre les flots, les vents , les tempêtes des persécutions les plus violentes, et les rend invincibles à tout ce que l'enfer peut leur opposer de terreurs et de supplices ; ils ne craignent plus de perdre la vie présente , parce qu'ils sont assurés d'une vie infiniment plus
SER heureuse, que rien ne pourra leur ravir; et comment leur couraf;e ne fût-il pas devenu invincible en voyant dans leur divin maître tant de gloire et de majesté , tant de grandeur et de puissance , tant de grâce et de dignité? est-ce donclà cet homme de douleur? est-ce là cette victime sanglante de la jalousie des pontifes? 0 l'heureux changement ! comment tous les apôtres n'auraient-ils affronté tous les dangers , se voyant déjà couronnés, glorifiés en Jésus- Christ ? Leur espérance est certaine : leur récompense assurée : qu'ont-ils à craindre? Je vis, leur dit- il , Ego tJivo ; je suis en possession, vous le voyez , de la véritable vie; vie immortelle, vie bienheureuse, vie de justice et de paix, que rien ne peut altérer; soyez-moi fidèles, et ma vie est la vôtre ; immolez-vous avec moi, et vous ressusciterez en gloire avec moi, Ego vivo, et i:os jHi'eti's.
Je vous prie , mes frères , de faire avec moi ces réflexions si naturelles : si Jésus-Christ est ressuscité, on ne peut donc pas douter raisonnablement qu'il n'y ait une résurrection ; s'il y a une résurrection , nous avons donc une autre vie à espérer et d'autres biens à prétendre que •ceux de la vie présente, comme nous avons d'autres maux à craindre. Les objets de notre espérance sont évidemment certains ; mais s'il est pour nous une autre vie infiniment plus heureuse, que faisons - nous ,
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mes frères? Pourquoi nous tant occuper des soins de cette vie ?
Pourquoi nous passionner pour ses biens? Peut-on s'attacher à une vie de misère et de péché ?
Que nous importe qu'elle périsse, n'en sommes -nous pas aussitôt dédommagés ? S'il est d'autres biens que Dieu nous a préparés dans son amour , biens solides, biens immenses, biens éternels, incorruptibles; est-il d^un homme sage de les négliger? Que dis-je? n'est-ce pas une stupidité affreuse que de ne pas faire tous ses efforts pour les acquérir , quoi qu'il en puisse coûter à la nature ; tandis que l'on ne plaint ni travaux , ni veilles , pour se procurer des biens aussi fragiles qu'incapables de satisfaire, et qu'on épuise toute son ardeur à les poursuivre? Quoil Dieu, qui est riche en miséricorde, poussé par l'amour extrême dont il nous a aimés, dit saint Paul , lors même que nous étions morts par le péché , nous a rendu la vie, et Jésus-Christ, par la grâce duquel nous sommes sauvés; il nous a ressuscites avec lui , pour faire éclater dans les siècles à venir les richesses de sa grâce? Un Dieu nous présente le parfait boniieur , et loin d'y tendre sans cesse avec courage , on fera de plein gré tout ce qu'il faut pour changer ce trésor de grâce en un trésor de colore , et ce parfait bonheur en un malheur éternel? Quelle fureurlQuelle horribleingralitudel Enfin, si Jésus-Christ est res-
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suscité, continue l'apôtre , nous savons que celui qui l'a ressuscité d'entre 1<"S morts , rendra aussi la vie à nos corps mortels, Vù'ificabit et mortalia corpora vestra proplerinhabilautem spiritinn ejiis in 7)obis. Jésus-Clirist est moins ressuscité pour lui que pour nous; la condition du membre doit suivre celle du chef : son esprit habite en nous, et son esprit est principe de vie.
Au lieu que le premier Adam n'a été créé qu'avec une âme vivante, le second Adam a été rempli d'un esprit vivifiant : et comme tous meurent en Adam , tous seront vivifiés en Jésus- Christ. Oui, mes frères, ce même corps, qui est maintenant jeté en terre plein de corruption , ressuscitera encore incorruj)lihle ; il est mis en terre comme un corps animal, difforme, infect et sans mouvement ; il ressuscitera (jlorieux , spirituel et tout céleste. Nous deviendrons semblables aux anges ; i)lus l'àme sur la terre aura participé à l'esprit de Jésus-Christ , qui est le principe de la seconde vie , plus le corps aura de part à sa gloire.
Quelle source de consolation, mes chers frères ! faisons-y attention un yioment. Quelle joie n'aurons-nous point un jour , si nous sommes trouvés fidèles, de nous voir transformés en Jésus-Christ; brillans comme lui de l'éclat d'une beauté divine ; jouissans comme lui d'une sanlé inaltérable ; exempts comme lui de tout besoin , de toute infir-
SER mité, de tout soin, de toute peine , et n'ayant plus à craindre ni la mort, ni le péché? estil rien de plus capable d'adovicir les afflictions les plus sensibles ?
Quoi! lorsqu'il apparaîtra, ce Sauveur , mon trésor , ma vie , ma justice, j'aurai le bonheur de paraître avec lui dans la gloire, mon corps sera transformé en la résurrection de son corps glorieux ; je serai un même Christ avec lui , sa joie sera en moi, et ma joie sera parfaite ; est-il douleur si violente qu^une si douce espérance n'apaise ?
Ah î les horreurs même de la mort ea sont dissipées.
La résurrection de Jésus- Christ est donc le gage solide de nos espérances , en nous faisant voir en sa personne la réalité des biens précieux que nous attendons ; mais ce serait peu d'en assurer la vérité , si elle ne nous procurait pas les moyens d'y parvenir. Abandonnés à notre faiblesse , nous n'en serions que plus malheureux, par le désespoir de les pouvoir acquérir, ces biens si ravissans. Plus un bonheur paraît grand , plus on souffre de ne pouvoir pas y atteindre. Or, c'est un avantage que nous procure encore la résurrection du Sauveur ; elle nous fait trouver tous les moyens de remplir nos espérances dans se^ mérites, dans ses dons, dans ses exemples.
Dans ses niérites, qu'il nous applique et qu'il partage avec nous afin de nous faire entrer en partage de sa gloire; dans
SER ses dons, qu'il répand dans nos âmes pour les sanctifie^; s'il est mort pour effacer nos péchés par soit sang, il est ressuscité , rlit l'apôtre, pour opérer notre justification; dans ses exemples qui , jusque dans sa vie glorieuse , nous retracent les caractères de la vie spirituelle, innocente, séparée du monde et de ses fausses délices.
S'il n'étaitpas ressuscité, comment eût-il exercé dans le sein du Père les fonctions de médiateur et de pontife? Comiiîent eùt-il pu remplir le sacré ministère de son sacerdoce ? Comment eût-il ouvert l'entrée du sanctuaire en y entrant le premier?
Coniment eût-il consommé l'œuvre de notre réconciliation ?
Comment enfin eût-il pu être présent devant le trône de la majesté souveraine, pour offLir à sa justice le sang de la nouvelle alliance, et pour lui faire entendre sans cesse la voix de ce sang qui parle plus favorablement que celui d'Abel ?
Comme Verbe éternel , Jésus- Christ possède avec plénitude les trésors de la divinité, il est vrai ; mais il ne dispense ses trésors que par sa sainte humanité. C'est par elle qu'il instruit de la vérité, qu'il répand ses grâces , qu'il choisit ses apôtres , qu'il établit ses sacremens , qu'il forme sou Église : c'est en elle que nous lui sommes incorporés , que nous devenons ses membres , que nous sommes choisis et adoptés jTour être les enfans de Dieu , et que nous re-
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cevons de sa plénitude. En un mot sa sainte humanité estCinstrument de son immense ciiarité et le canal de tous ses dons.
Il fallait donc (qu'elle ressuscitât pour agir en nous, pour nous communiquer ses mérites, pour lîous revêtir de sa sainteté, pour verser du sein de la divinité même une effusion abondante de secours vivifians qui, dilatant nos cœurs , nous fissent courir avec joie par les sentiers d'une vie nouvelle vers les biens éternels qui nous sont promis.
N'est-ce pas en effet par la puissance de sa vie ressuscitée , qu'il répand ses dons sur les hommes, qu'il éclaire les nations , c[u'il envoie son Esprit sanctificateur , qu'il se consacre des ministres fidèles, et qu'il leur donne le pouvoir de lier et de délier ?
N'est-ce pas en vertu de sa résurrectiou que nous avons le bonheur de l'offrir chaque jour en sacrifice, d'être nourris de sa chair, abreuvés de son sang; de nous purifier par le sacrement de !a réconciliation , de le posséder au milieu de nous sur les saints autels où il est toujours présent pour y recevoirnos hommages , et pour intercéder en notre faveur auprès de sou Père ?
S'il fût resté dans la mort, nous serions privés de tous ces grands biens , nous n'aurions ni pontife qui intercédât pour nous , ]ii sacerdoce f{ui fût établi pour nous , ni sacrifice qui s'offrît chaque jour pour nous , ni source de grâce cjui coulât sans cesse pour nous : nous n'aurions
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ni la nourriture qui fortifie nos ànie#, ni les sacremens qui les purifient , ni les dons du Saint- Esprit qui les consacrent pour l'éternité. Quels secours ne trouvons-nous donc pas dans la résurrection de Jésus-Christ pour arriver au vrai bonheur?
De plus, mes frères, quels exemples u'ofFre-t-elle pas à nos yeux d'une vie pure et sainte , si nécessaire pour mériter ce bonheur ? Jésus-Christ ressuscité ne vit plus que pour Dieu , ne parle que du royaume de Dieu ; il est tout à Dieu seul ; il avait, paru jusqu'ici se partager entre les besoins des hommes et les ordres de son Père ; on le voyait, comme l'un de nous, buvant , mangeant , conversant avec les hommes ; maintenant il se sépare du commerce des hommes; il quitte le monde pour aller à son Père ; il vit encore sur la terre, mais retiré des compagnies , éloigné des vains plaisirs. Que cet exemple me paraît touchant , mes frères I quoi ! Jésus-Christ vainqueur de la mort et de l'enfer, glorieux , impassible , immortel , maître de tous les biens du monde, peut jouir à son aise de ses plus chères délices? Pourquoi donc se les interdire encore?
pourquoi se priver toujours des douceurs de cette vie ? Après avoir porté nos langueurs, pourquoi du moins ne pas essayer de nos plaisirs? Comprenez-le, mes frères ; ah ! c'est que la terre n'est pas le séjour de notre bonheur; qu'il n'est pas un seul
SER moment de la vie présente où il soit permis d'aimer les plaisirs des sens ; que le juste ne doit rien se permettre de tout" ce qui peut être pour lui une occasion de péché; que les douceurs du monde ne flattent que pour séduire ; qu'il est d'autres biens où nous devons aspirer ; d'autres plaisirs qu'il nous sera permis d'aimer; et que si nous sommes ressuscites avec Jésus- Christ , nous devons , à son exemple, n'avoir de goût que pour les choses d'en haut ; nous ne devons vivre que de Dieu et pour Dieu seul.
Après les saints jours on vous parlera de plaisirs , disait saint Bernard aux fidèles de sou temps; on vous proposera des jeux , des promenades agréables ; mais souvenez-vous que la vie de l'homme sur la terre est une vie de combat ; que les jours de triomphe et de paix ne sont pas encore venus pour vous ; que le temps présent est celui où nous devons être attachés à la croix avec Jésus-Christ , Christo confixus sum cruci. Or , Jésus- Christ attaché à la croix n'écouta point toutes les sollicitations qu'on lui faisait d'en descendre; c'eût été rendre Son sacrifice imparfait, et en perdre tout le fruit.
Ainsi, mes frères, continue saint Bernard , n'écoutons point les sollicitations que l'on pourrait nous faire , de descendre de la croix : Nemùiejn audiamus descensum à cruce suadentem.
Ne ])rêlons l'oreille ni à la voix
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de la cliaiv et du sang que le (Le père Pacaut , Discours de
penchant entraîne à la volupté , piété , torn. 2, p. 199 et suiv.) Non Carmen aut sansidncm ^^^^^^^ ^^ JÉSUS-CHRIST, m aux suggestions de 1 esprit
ennemi, qui necherche qu'à nous sermon abrégé.
surprendre , Nonspirîlumqiiemlibet. Vous êtes ressuscites à une Consummatuin est.
vie nouvelle, mais non aune ToiUestaccompIi.{:ioAn.i^,Zo.) vie immortelle : vous avez reçu
le trésor de la grâce, mais vous Telles sont les dernières pale portez encore dans un vase rôles avec lesquelles le Sauveur toujours fragile : vous vivez, expirant sur la croix, consomme mais vous pouvez retomber dans aujourd'hui son sacrifice : tels la mort : vous avez vaincu le fort les derniers soupirs que les sainarmé, vous avez rompu ses liens, tes fennnes et le disciple bienmais souvenez-vous qu'il ne fait aimé recueillent de sa bouche jamais plus d'tfForts pour ren- mourante : telles les dernières trer dans sa maison , que lors- instructions qu'ils reçoivent de qu'il la voit nettoyée et ornée leur bon Maître. C'est ainsi qu'il avec plus de soin ; veillez donc , quitte la terre , et qu'il laisse ses combattez jusqu'à la fin , tenez- chers disciples également couvons en garde contre les attraits sternes , et de la douleur de sa du plaisir. perte , et du mystère profond de La pâques du Seigneur doit cette dernière parole : Tout est nous inspirer de la joie , je l'a- accompli : Consummatum est ; voue; mais ce ne doit être qu'une c'est-à-dire, que la mort du joie sainte , une joie spirituelle , Sauveur renferme trois consomla joie qui convient aux enfans mationsqui vont nous expliquer de Dieu ; joie dans la justice et tout le mystère de ce grand sala sainteté. C'est en esprit c(ue crifice , dont l'Église renouA^elle nous ressuscitons avec J. - C. : en ce jour le spectacle et honore c'est donc en esprit que nous de- le souvenir : une consommation vous nous réjouir avec lui : ce de justice du côté de son Père; sont les douceurs de la grâce, les une consommation de malice de charmes de la vertu , la paix de la part des hommes ; une coula bonne conscience que nous sommation d'amour du côté de devons rechercher , et non tou- Jésus -Christ. Ces trois vérités tes ces folles joies qui réveillent partageront tout ce discours, les passions et qui nous plongent et l'histoire des ignominies de dans la mort : en un mot , mes l'Homme-Dieu : nous y trouvefrères , il faut expirer avec Jésus- rons des instructions solides et Christ sur la croix, si nous vou- des vérités que le monde ne con~ Ions ressusciter avec J.-C. dans naît pas, parce que le monde ne U gloire, que je vous souhaite, connaît pas Jésus-Christ; et nous
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vin rons que la croix est la condamnation du pécheur , et la consommation de son ingratitude. Vous êfes pourtant , croix adorable , le seul asile qui nous reste : vous portez aujourd'hui notre espérance , notre salut , nos rmiièdes , notre loi , noire évangile ; tout est attaché à votre bois sacré : vous nous gardez le gage divin de notre paix et de notre réconciliation avec Dieu:
vous êtes aujourd'iiui surtout un trône de miséricorde , dont nous pouvons approcher avec confiance : c'est donc à vos pieds que nous nous jetons avec toute l'Église : O crux , ave , etc.
PREMIER POINT
Dieu ne serait ni sage, ni saint, ni juste, ni même bon , dit saint Augustin , si le péché pouvait demeurer impuni. Il doit à sa .oloirc de venger l'outrage que le pécheur lui fait par sa révolte ; il doit à sa sagesse de rétablir l'ordre que le pécheur trouble par sa transgression ; il doit à sa bonté d'arrêter les crimes c[ue le pécheur impuni autoriserait par ses exemples ; il doit à sa sainteté de ne plus se communiquer à une créature souillée , et de la rendre malheureuse en l'abandonnant ; il doit , en un mot , à toutes ses perfections la punition du péché.
Mais sa justice, qui demande la punition du pécheur , ne trouve plus rien , en le frappant, qui puisse la dédommager et la satisfaire ; cette victime n'est pas digne de lui : l'homme a pu l'of-
SÈR * fenser ; mais l'homme n'a pu réparer l'offense : car qu'est-ce que l'homme , dit Job , comparé à Dieu? Il fallait donc qu'une victime d'un grand prix fût substituée à la place de l'homme j que la terre ne pouvant rien fournir qui pût apaiser son Dieu •, et le réconcilier avec l'homme , les cieux s'abaissassent pour enfanter un juste qui devînt le réconciliatcur de la terre ; et qu'une hostie , seule capable de glorifier encore plus le Seigneur par ses humiliations , que l'homme ne l'avait outragé par sa révolte , vînt se mettre entre ses foudres et nos crimes, et arrêter sur elle seule tous les traits que sa justice avait préparés contre nous. Toi est le dessein de la sagesse et de la bonté de Dieu , dans le grand sacrifice que son Fils offre aujourd'hui pour tous les hommes.
Et pour mieux comprendre cette vérité , remarquez , je vous prie , mes frères , que le péché renferme trois désordres : un désordre dans l'esprit , j)ar l'idée fausse que le pécheur attache à l'action défendue ; un désordre dans le cœur qui se révolte contre la loi , et ne veut plus être soumis à son Dieu ; un désordre dans les sens, qui sortent de leur usage naturel, et entraînent la raison qu'ils auraient dû suivre.
Or, le Sauveur, dans son agonie, expie aujourd'hui ces trois désordres par des peines pjoportionnées : premièrement , la justice de son Père s'applique à contrister son esprit , en y retraçant les plus vives horreurs
SER du péché ; secondemeivl , à humilier son àine , en la couvrant (ie toute la honte du péché ; enfin , à jeter son corps dans la dernière défaillance , en lui faisant sentir d'avance toutes les douleurs dues au péché : l'exposilion simple de l'histoire nous fournira les preuves de ces vérités ; le sujet Ini-même intéresse assez voire attention , sans cju'il soit besoin c[ue je vous la demande , mes frères.
Car, en premier lieu, la justice de Dieu afïlige l'ànic de Jésus- Christ , en retraçant en elle les jdus vives horreurs du j^éché. Et pour mieux approfondir cette première circonstance de sou agonie, remarquez, je vous prie, que ce qui diminue d'ordinaire en nous l'horreur du péché , c'est, premièrement un défaut de lumière. Hélas ! notre âme , toute plongée dans les sens , n'est presque frappée que des choses sensibles; on est peu touché de l'horreur du péché cpai tue l'àme, et qui la sépare éternellement de Dieu ; on est saisi de la terreur et de l'éternité des supplices qui lui sont préparés, mais non pas de l'infamie et de l'horreur de la transgression à laquelle ces supplices sont dus : on trouve au contraire que la peine excède l'offençe , et que Dieu est trop sévère, en punissant des infidélités passagères , par des tourmens éternels. Ainsi on regarde le péché qui efface de notre âme le sceau de notre salut , le caractère et les traits d'enfans de Dieu , et qui nous rend ses eu-
nemis ; on le regarde comme une faiblesse , un penchant de la nature , une suite de l'âge , une loi du tempérament ; et comme l'on ne connaît ni la vérité éternelle que le péché outrage , ni la justice c^u'il arme contre lui , ni l'ordre ([u'il renverse , ni la charité qu'il éteint , ni la sainteté qu'il déshonore , ni les biens éternels qu'il ravit , ni même toute l'étendue des maux affreux où il précipite ; on le craint peu, parce qu'on ne le connaît pas.
Mais l'âme sainte du Sauveur, pleine de grâce , de vérité et de lumière : ah I elle voit le péché dans toute son horreur ; elle en voit le désordre , l'injustice , la tache immortelle ; elle en voit les suites déplorables , la mort , la malédiction, l'ignorance, l'orgueil , la corruption , toutes les passions de' cette source fatale nées et répandues sur la terre.
En ce moment douloureux , la durée de tous les siècles se présente à elle ; depuis le sang d'Abel jusqu'à la dernière consommation , elle voit une tradition non interrompue de crimes sur la terre : elle parcourt cette liistoire affreusedel'universjet ri -n n'échappe aux secrètes horreurs de sa tristesse ; elle y voit les plus monstrueuses superstitions établies parmi les iiommes ; la connaissance de son Père effacée ; les crimes infâmes érigés en divinités ; les adultères , les incestes, les abominations a voir leurs temples et leurs autels; l'impiété et l'irréligion devenues le parti des plus modérés et des plus sages.
Si elle se tourne vers les siècles clirétieiis , elle y découvre les maux futurs de son Église , les schismes, les erreurs, les dissentions qui devaient déchirer le mystère précieux de son v.nité , les profanations de ses autels , l'indigne usage de ses sacremens, l'extinction , presque , de la foi , et les mœurs corrompues du paganisme rétablies parmi ses disciples : voilà ce qui s'offre à cette âme sainte.
Elle rappelle en particulier l'histoire de chaque pécheur ; depuis ce moment fatal qui vit souiller votre âme, jusques aujourd'hui; rien ne lui échappe de toutes les horreurs de votre vie criminelle, vous qui m'écoutez.
Voilà toutes les horreurs dont cette âme sainte se trouve chargée devant son Père. Il n'y a point eu dans l'univers de vengeance noire , depuis le sang d'Abel répandu ; point d'impudicités monstrueuses , depuis que les enfans de Dieu eurent fait des alliances honteuses avec les filles des hommes ; point d'impiété exécrable , depuis que la postérité de Gain commença à bâtir des villes , et à trouver dans le fer et dans l'airain des idoles dignes de ses hommages ; point de blasphèmes , depuis que les enfans de Noé eurent entrepris d'élever un édifice contre le ciel ; point d'attentat contre la piété paternelle , depuis que Cham eut insulté à l'ivresse mystérieuse du saint patriarche ; en un mot , point de monstres sur la terre , dans toute l'éten-
SER i
due des siècles passés ou à venir, t
qui, dans ce moment affreux, ne •*:
se découvrent à cette âme inno- I,
cenle. C'est sous cette croix ter- |
rible qu'elle baisse son chef sa- ';
cré : tous les crimes de tous les •; hotrimes deviennent ses crimes propres ; elle porte un monde
d'iniquités; mais mille fois plus , pesant que celui qu'elle porte par la force de sa parole : car
elle se joue en soutenant l'uni- ]
vers , dit l'Écriture ; au lieu |
qu'ici, elle se plaint dans le pro- ■ phète que les pécheurs ont agra-
vé son joug ; qu'ils ont mis sur !
son dos le fardeau de leurs cri- j mes, et qu'elle n'a pu le porter.
Le défaut de zèle est la seconde cause qui diminue en ; nous l'horreur du péché. Nous ■!
sommes peu touchés des outra- i ges qu'on fait à Dieu, parce que i nous l'aimons peu ; car l'amour •j est la mesure de la douleur :
nous ne sommes sensibles qu'à | nos intérêts propres , à notre j gloire , à nos plaisirs , à notre .] fortune , parce que nous n'aimons que nous-mêmes ; et c'est le vice des grands , surtout. ]
Mais l'âme sainte du Sauveur, i
qui ne cherche que la gloire de '
son Père , et qui l'aime d'un !
amour immense et plus ardent 1
que celui de tous les chérubins ; !
ah I elle sent vivement tous les
outrages qu'on fait à sa gran- j
deur suprême. La douleur de j
David , sur les prévarications de f'
la terre ; l'amertume et le zèle i
d'Élie , sur les scandales et l'ido- i
latrie d'Israël ; la tristesse et les 1
larmes de Jéréniie , sur les infi- ')
SER délités de Jérusalem , n'e'laieat que de faibles images de la tristesse de lame du Sauveur à la vue des crimes de tous les hommes : plus elle aime , plus elle souffre : et comme ou ue peut rien ajouter à l'excès de son amour, rieu ue lujnque aussi à l'excès de sa douleur et de son martyre.
Enfin , la dernière cause qui diminue en nous l'horreur du péché, est le défaut de sainteté.
Comme nous naissons pécheurs, nous nous familiarisons en naissant avec l'idée du crime : nous regardons le péché avec des yeux pécheurs , pour ainsi dire , et il nous paraît moins hideux, parce qu'on n'est jamais trop effrayé de ce qui nous res cmble. Mais l'âme sainte du Sauveur dans son agonie : ah ! elle ne trouve rien en elle c[ui puisse la rassurer contre l'horreur du crime :
cette âme, plus pure et plus sainte que toutes les intelligences célestes , se voit tout d'un coup souillée de toutes nos iniquités; de sorte qu'avec les yeux d'une pudeur divine , elle voit sur elle-même les plus honteuses impudicités des pécheurs; avec les yeux de la clémence , elle se voit noircie de leurs haines et de leurs fureurs ; avec les yeux de la plus vive religion , elle se voit flétrie de leurs impiétés et de leurs blasphèmes; en un mot, avec les yeux de la vertu même, elle ne voit souillée de tous leurs vices.
Ah ! c'est alors qu'elle ne se regarde plusqu'avec des horreurs
indicibles; c'est alors qu'elle ne peut plus soutenir la vue d'ellemême , et qu'elle commence à tomber dans la défaillance et dans une tristesse de înort : Cœpil contristai'i et mœslus esse.
(Malth. 26 , 37. ) Ah ! elle voudrait bien détourner du moins l'innocence de ses regards de cet objet affreux; inais la justice de son Père la force de s'en occuper, et l'y applique comme malgré elle : c'est une lumière rigoureuse qui la suit , et qui ne lui permet pas d'épargner un seul moment à ses regards intérieurs toute l'ignominie dont elle est couverte; et sans doute qu'elle evit expiré sous la rigueur de ces épreuves , si la justice de son Père ne l'eût réservée à des tourmens plus longs , et à un sacrifice plus éclatant.
0 vous qui m'écoutez , voyezvous l'âme sainte de Jésus expirant , presque , de douleur et de défaillance , et frappée de toute l'horreur qu'inspire le péché , lorsqu'on le voit dans la lumière de Dieu ? Voilà l'image de la douleur que vous devez porter au tribunal où vous viendrez en ces jours de salut , apaiser la justice de Dieu sur vos crimes.
Jésus , dans son agonie est le modèle des pénitens; et cependant nous vous verrons approcher les yeux secs , le cœur tranquille ; plus sensibles à la honte d'un aveu , qu'à la multitude et à l'énormité des cliutes que vous viendrez avouer : cependant vous nous raconterez l'histoire affreucs de votre vie , comme on
raconte des faits indift'érens ; et nous aurons besoin de toute la force de la parole sainte pour réveiller votre léthargie , pour vous arracher quelques faibles seutimens de componction ; et il faudra disputer , contester, conjurer, s'insiuuer, relâcher utêine des règles, pour vous faire agréer les remèdes ; et si nous voulons ouvrir vos yeux sur l'état déplorable de votre conscience , et vous obliger d'arracher l'œil qui vous scandalise, et vous éloigner d'une occasion où vous périssez; vous résisterez, vous vous ])laiadrez , vous nous accuserez de troubler les consciences , et de jeter les pécheurs dahs le désespoir. 0 Dieu I est-ce ainsi qu'on vous apaise? Sont-ce là les saintes angoisses de la pénitence ? Et quand votre grâce fait sur une âme toucliée ces impressions vives el rigoureuses qui devancent 1.1 conversion , les anges de l'Église , les ministres de la réconciliation ont-ils d'autre ministère , comme aujourd'hui cet ange consolateur que vous envoyez à votre Fils , que celui de soutenir le pécheur dans la tristesse de sa pénitence , de le consoler dans ses frayeurs, d'essuyer ses larmes , de modérer l'excès t\c sa douleur ; et loin de réveiller sa tiédeur ou abattre son orgueil el sa révolte , lui adoucir l'amertume de son calice , et la honte de son humiliation ?
Et voilà , mes frères, la seconde circonstance de l'agonie du Sauveur ; la honte dont son Père le couvre : anéantissement que sa
SER justice exige de lui pour expier l'orgueil du péché , c'est-à-drre , pour en réparer le second désordre.
Car, premièrement, il est humilié dans l'esnrit de ses disciples , témoins de ses frayeurs et de son accablement. Son âme sainte perd devant eux toute sa constance à la vue de la mort :
lui t|ui les avait si souvent encouragés à souffrir, contredit aujourd'hui sa doctrine par ses exemples : il est contraint de leur faire un aveu public de sa crainte et de sa tristesse : il implore même leur secours , et les conjure de ne pas l'abandonner dans son accablement et dans l'excès de sa peine : Suslinete hic, el 7ugilitate mecum. (Ibid. 38.)
Ah ! mes frères , Pierre peut-il encore reconnaître à ces traits le Christ , Fils du Dieu vivant? Ne rétracte-t-il pas déjà en secret la gloire de sa confession? Et ne comniencc-t-il pas ici , par ses doutes et par sa surprise, à renoncer à son divin INIaître? Voilà toute la confusion que le Sauveur est obligé de porter : il ne se contente pas de se charger de nos crimes , il en prend sur lui toute la honte ; et nous voulons, nous , que notre p.énitence même nous fasse honneur devant les hommes : nous nous ménageons jusque dans les démarches de iiotre repentir les suffrages publics ; tout ce qui pourrait nous humilier , nous l'évitons courmc une imprudence et un excès de zèle : nous bornons notre vertu aux devoirs que le monde ap-
SER prouve : nous avions cherché restime ries hommes dans nos égaremens , nous la cherchons encore dans notre pénitence; et souvent la même vanité qui nous avait rendus pécheurs , nous fait devenir pénitens.
Secondement , humiliation dans le secours qu'il reçoit d'un ange. Sa défaillance est si extrême , les frayeurs de la mort font sur son âme des impressions si sensibles , ou pour mieux dire, la main de son Père s'appesantit sur luiavec tant de rigueur, qu'il faut qu'un ange descende du ciel pour le consoler , pour le fortifier , pour lui aider , comme Simon le Cyrénéeu sur le calvaire , à porter cette croix invisible : Appariât illi angélus de cœlo^ oonfortans eiim . (Luc. 22, 43.) Anges du ciel I ce n'était point là autrefois votre ministère : vous ne vous approchiez de lui que pour le servir et pour l'adorer : aujourd'hui il est abaissé au-dessous de vous : lui qui soutient tout par la force de sa pajiple, ne peut plusse soutenir lui-même ; il est entre vos mains faible , tremblant , expirant presque , et ne trouvant de force que dans une ressource si honteuse à sa gloire. Jésus-Christ ue veut pas être consolé par ses disciples , et il ne refuse pas le ministèred'un ange consolateur, pour nous apprendre que dans nos afflictions il ne faut pas chercher notre consolation dans les vains discours des hommes , qui paraissent s'intéresser à nos malheurs ; mais dans la piété et
dans la simplicité des ministres du Seigneur , de ces envoyés du ciel , qui nousexposent la sagesse et la justice de ses ordres sur nous ; pour nous apprendre (|ue le Seigneur est jaloux surtout de la fidélité desâmesqui souffrent; que c'est ternir la gloire de nos soufFrancei» , d'y chercher d'autres adoucissemens que ceux de la foi et de la religion ; que le silence fait tout le mérite d'une âme affligée; qu'en entretenant les hommes de ce que nous souffrons, pour les attendrir sur nos maux , nous révélons le secret de Dieu en nous , pour ainsi dire , et perdons le droit de nous en entretenir , et de nous en consoler avec lui-même.
Enfin , humiliation dans le sommeil et dans la fuite de ses disciples. Le spectacle de son agonie ne les touche pas : ils voient avec des yeux indifFérens leur bon Maître lutter contre la mort , et ils s'endorment lâchement : il faut que le Sauveur leur reproche leur indifférence : est-ce que vous ne sauriez veiller une heure entière avec moi , leur dit-il? Sic non poCuislis nnd hord vigilare tnecitm ?
(^lalth. 26 , 40.) H souffre tout seul ; il semble que tout, jusqu'à ses chers disciples , entre dans les intérêts de la justice de son Père. Hélas I nous sommes si délicats sur la fidélité de nos amis !
le moindre refroidissement nous blesse; le plus léger défaut d'attention nous aigrit ; nous nous plaignons tous les jours que ctux qui nous sont le plus rede-
vablcs , entrent dans les intérêts opposés aux nôtres : apprenons de Jésus- C lui àt à ne rien attendre des créatures , et à n'être même payés que d'ingratitude.
Voilà toutes les humiliations que le Sauveur souffre dans son agonie : mais il fallait encore expier le plaisir injuste ; troisième désordre du péché : aussi la douleur violente de son âme , à la vue du supplice que son Père lui prépare , est la troisième circonstance de son agonie. En effet , on sait assez que l'attente d'un tourment , qu'on voit présent et inévitable , est toujours plus cruelle que le tourment même , et qu'on meurt d'une manière mille fois plus douloureuse par la crainte que par la douleur. Or, la justice du Père présente distinctement à l'âme du Sauveur tout l'appareil de la croix ; la nuit du prétoire , les craciiats , les souiïïets, les fouets, les dérisions, le bois fatal ; ces images affreusesla crucifient par avance.
Dans sa passion , ses tourmens se succéderont les uns aux autres ; il ne sera pas en même temps moqué , flagellé , couronné , percé , crucifié : ici , tout se passe en même temps ; toutes ses douleurs se réunissent ; et son âme toute entière est plongée dans une mer de tribulations et d'amertume. Sur le calvaire , toute la nature en désordre s'intéressera pour lui ; ses ennemis mêmes le reconnaîtront pour Fils de Dieu : ici , il souffre dans les ténèbres et dans le silence ;
SER et ses plus chers disciples l'abandonnent.
Aussi cette âme sainte ne pouvant plus porter le poids de ses maux , et retenue d'ailleurs dans son corps par la rigueur de la justice divine ; triste jusqu'à la mort , et ne p-ouvant mourir ; hors d'état et de finir ses peines , et de les soutenir , semble combattre par défaillance et les douleurs de son agonie contre la mort et contre la vie ; et une sueur de sang qu'on voit couler à terre , est le triste fruit de ces pénibles efforts : Et facius est sudor ejits sicut guttœ sanguiais flpcitrrenlis in terram. Père juste !
fallait-il encore du sang à ce sacrifice intérieur de votre Fils!
N'est-ce pas assez qu'il doive être répandu par ses ennemis , et faut- il que votre justice se hâte , pour ainsi dire , de le voir répandre ?
Voilà jusqu'où ce Dieu , que nous croyons si bon , pousse pourtant sa vengeance contre son propre Fils, qu'il voitchargé de nos crimes. Quel engagement pour nous aux réparations rigoureuses de la pénitence , et à ne vivre que pour expier les égaremens de nos premières mœurs] Cependant ce sont les souffrances de Jésus-Christ qui servent de ])rétexte à notre impénitence :
nous croyons qu'ayant tout souffert pour nous , il ne nous a presque laissé plus rien à faire , et qu'il ne nous reviendrait pas un grand avantage de ses souffrances, s'il fallait encore nous-mêmes souffrir comme lui. O ! mon
SKR
Sauveur , vous u'aus iuz. donc été l'homme de douleurs que pour nousautoriser à être des hommes voluptueux et sensuel»? "Vos souffrances seraient donc le désaveu de votre 'doctrine ? Votre croix , la dispense de vos préceptes crucifians ; et votre mort douloureuse , l'adoucissement de votre Évangile.
Que nous connaissons peu la justice de Dieu , mes frères I II n'est point de rémission , dit l'apôtre, (Hebr.C), 22.) sans effusion de sang. La pénitence est un sacrifice Sanglant, c'est-à-dire que ses douleurs doivent passer jusque sur une chair rebelle; et que Dieu ne s'apaise envers le pécheur, que lorsque l'excès de son repentir l'a jeté dans une agonie de tristesse , et que ses passions ontexpiré sous les coups de ses macérations et de ses souffrances. Nous vous adorons donc, ô mon Sauveur, dans votre agonie, comme le modèle des pénilens : voilà ce qu'il doit nous en coûter pour nous réconcilier avec votre Père. J'avais donc raison de dire que l'agonie de Jésus- Christ était une consommation de justice du côté de son Père , puisqu'il lui fait souffrir toutes les horreuis , toute la honte, et toutes, les douleurs dues au péché : mais sa mort est encore une consommation de malice de la part des hommes : c'est ce que nous allons voir dans la suite de cette histoire.
SECOiXD POINT.
La malice des hoiuincs se ccn-
SEIÎ 32U
somme aujourd'jjui' en deux manières par la mort de Jésus- Christ. Elle s'y consomme premièrement , parce qu'elle y est portée à son plus haut point, et que les Juifs comblent la mesure de leurs pères par le plus grand de tous les crimes; secondement, elle s'y consomme , parce qu'elle y trouve son expiation et son remède. C'est cette itouble conson>mation que l'ange présidait à Daniel , en lui annonçant la mort du Christ : la prévarication y sera consommée , lui disait-il [Dan. i), 240 > V^^ ^* '^^~ lice de ceux qui le mettront à mort : Ut conswnmetiir prcevaricalio ; et le péché y sera effacé, et y trouvera la mort lui-même :
Et jinem accipiat peccatum , et deleatur iniquitas. (Ibid.) Cette doctrine n'a plus rien de surprenant , depuis que l'apôtre nous a appris que par le péché Jésus-Christ a condamné le péché, et qu'il s'est servi de la plus grande malice des hommes, pour opérer en eux la plus grande miséricorde.
Or , je dis qu^* la malice çles hommes est portée aujourd'hui à sou plus haut point : soit que vous la considériez dans la faiblesse ou la perfidie des disciples qui renoncent le Sauveur ; dans la mauvaise foi des prêtres et des docteurs qui le jugent j dans l'inconstance du peuple qui demande sa mort ; dans la lâcheté de Pilate qui le coudamne; et enfin , dans l'inhumanité des des bourreaux qui le ciucifient.
Continuons le récit de ses dou-
326 SEK
leurs ; et remarquez , s'il vous plaît , avec moi toutes ces circonstances.
Premièrement , dans la faiblesse ou la perfid ie des disciples, ou qui le trahissent, ou qui l'abandonnent. A peine , dit l'Évangile {Malth. 26 , 47.), Jésus- Clirist , au sortir de cette agonie, achevait de parler à ses disciples, que voici Judas, un des douze , à la tête d'une troupe de soldats armés d'épées et de bâtons , qui viennenf , de la part des princes des prêtres et des vieillards, arrêter le Sauveur. Qui l'eût cru , mes frères, qu'un disciple élevé par le choix même de Jésus- Christ à la sublime dignité de l'apostolat , le compagnon de ses courses , le confident de ses secrets , le témoin de son innocence , de sa sainteté et de ses prodiges , jusque - là honoré de sa familiarité, depuis peu nourri de sa chair et de son sang , parût à la tète de ses bourreaux , et conduisît lui - même tout le projet de sa mort ? Quelle tristesse pour le cœur de Jésus- Christ, de voir un ami, un apôtre destiné à le faire connaître et adorer de tous les hommes , et à mourir pour lui et pour sa doctrine, devenir le principal auteur de sa perte I
Rema»'quez,en effet, jusqu'où cet infidèle disciple pousse la perfidie : il ne vient pas la têle levée se saisir de la personne de son Maître ; il cache la noirceur de sou dessein sous les plus tendres témoignngi's de l'amitié ; il donne un baiser sacrilège à Jé-
sus-Christ : un baiser , ditsainf Léon , qui perce le cœur de son divin Maître , d'une manière mille fois plus douloureuse que la lance du soldat ne le percera sur le calvaire : il fait du plus doux signe de la paix le signal du plus infâme de tous les attentats : il ose approcher ses lèvres impies , qui viennent de dire aux prêtres {Matth. 26, 1 5. ) : Que voulez-vous me donner , et je vous le livrerai? des lèvres sacrées de celui qui peut foudroyer le pécheur du seul souffle de sa bouche ; et malgré sa perfidie , il n'en entend sortir que des paroles de paix et de clémence : on le traite encore d'ami :^w /ce; on veut ignorer son dessein : Ad qiiid i:enisti?
comme pour lui faire entendre qu'il est encore à temps de s'en repentir , et que tout n'est pas encore désespéré pour lui. Disciple infidèle ! ne sentez-vous pas ici fendre votre cœur , et réveiller toute votre tendresse pour un si bon Maître ? Pouvezvous soutenir la douceur de ses regards si heureux aux disciples infidèles , la majesté de sa personne , l'éclat divin de son visage , l'aiFabilité de ses paroles , sans tomber à ses pieds de douleur , et sans lui demander avec un torrent de larmes qu'il ou- • blie votre perfidie ?
Voici donc le Sauveur du monde entre les mains d'un traître et d'une troupe de furieux : ici commence l'histoire publique de ses ignominies. On le saisit ; on le garrotte ; on le
SER traîne coiuine un malfaiteur.
Pierre d'abord se met en état de le défendre ; et le Sauveur , en lui ordonnant de remettre le glaive , nous apprend que les armes qu'il doit laisser à son Église sont des armes spirituelles; que la patience, la prière, la sainteté sont les plus sûres défenses de ses ministres ; que pouvant employer lui-n)ême des légions d'anges pour combattie ses ennemis , il s'était contenté de prier pour eux ; que sa doctrine ne devait s'étendre et se soutenir rjue par les maximes de charité, de douceur et d'humilité qu'elle enseigne; et qu'enfin, le glaive qu'il nous mettait à la main , n'était destiné qu'à détruire les passions , et non pas les pécheurs. Aussi Pierre se dément bientôt : un zèle indiscret, et où l'humeur domine, ne se soutient pas , et le premier péril en découvre toujours l'illusion et la faiblesse : déjà il ne suit plus que de loin son divin Maître , que cette troupe insolente traîne devant le pontife ; et voilà l'ostentation du zèle et du courage qui va bientôt finir par une criminelle timidité. Ou ne suit pas long-temps Jésus-Christ, quand on ne le suit plus que de loin; et comme en se traînant rien n'est plus dangereux que de mettre l'humeur à la place du zèle- ; on croit défendre Jésus- Christ , et l'on clicrche à se satisfaire soi-même ; et les vengeurs indiscrets de la vérité lui font quelquefois plus tort par leurs scandales et par leurs chu-
tes , que ses ennemis mêmes par leur révolte.
En effet , j'entends déjà ce faible disciple protester hautement dans la maison dé Caïphe , qu'il ne connaît pas Jésus- Christ ; une femme l'ébranlé ; une simple interrogation le rend apostat et ])arjure : il assure jusqu'à trois fois qu'il n'est pas disciple de Jésus , et cela sous les yeux de son bon Maître lié , affligé , moqué , calomnié ; il suscite cette nouvelle douleur à ses chaînes. Grand Dieu ! quelle chute ! le premier des pasteurs , la colonne des églises , l'apôtre de la circoncision , le disciple appelé bienheureux par Jésus- Christ même , et à qui le Père céleste avait révélé le mystère du Christ !
Mais une chute si lâche n'efface pas du cœur de Jésus-Christ ce disciple infidèle : il le trouve encore digne de ses regards : à travers les calomnies des prêtres , les iuipostures des faux témoins , les outrages des sacrilèges qui l'insultent , les cris tumultueux de ceux qui demandent sa mort, il démêle avec une attention pleine de douceur et de bonté ce faible apôtre; il fixe ses yeux divins sur lui , et avec un langage muet , que ses ignominies rendaient encore plus touchant : Est-ce donc là , lui dit-il , la fidélité que vous m'aviez tant de fois jurée ? si j'ai pu vous soutenir sur les flots, faible disciple , et vous garantir de toute la violence des vents et des orages , avez-vous craint que
je n'eusse pas la force de vous défendre contre toute la puissance des lioinmes ? Votre chute m'a plus buniilié que tous Ks oui rages dont vous me voyez chargé. Vous venez de jurer que vous ne me connaissez pas! ingi'at ! mais je vous connais encore moi-même ; je trouve encore en vous le chef de mon Église et le pasteur de mes brebis ; je vous aime encore, tout indigne que vous en êtes , et les larmes que je vois couler de vos yeux sont en même temps et le fruit de mon amour pour vousetl'e.xpialion de votre faute.
C'est ainsi que la malice est aujourd'hui consommée dans l'ingratitude des disciples qui livrent ou qui renoncent le Sauveur.
Mais , en second lieu , elle est encore consommée dans la mauvaise foi des prêtres qui le condamnent. Car premièrement, le repentir de Judas ne les touche point : il vient leur déclarer, le désespoir peint sur le visage , qu'il a péché , en livrant le sang innocent : jamais témoignage ne fut moins suspect : c'est l'ennemi de Jésus -Christ qui dépose en faveur de son innocence : c'est un traître, qui n'a pasencore joui du fruit de sa trahison , et qui vientenrestituerleprix funeste:
c'est un infortuné , qui alors n'attend plus rien de son Maître, et qui , le voyant humilié , outragé , sur le point d'être condamné , n'a garde de se flatter qu'il juiisse reconnaître un jour ce retour : la force de la vérité
toute seule lui arrache la confession de son crime : quoi de plus favorable que son désaveu?
Cependant ces juges d'iniquité , qui s'étaient servis de sa faiblesse , ferment les yeux à son repentir : C'est votre affaire, lui disent-ils : Tu videris : ce n'est pas la leur de ne point condamner un innocent, ce n'est pas la leur de ne pas répandre le sang du juste et de combler leur mesure par le plus grand de tous les crimes. 0 Dieu ! que vous êtes terrible quand vous endurcissez les cœurs I
En second lieu , le prince des prêtres étonné du silence de Jésus-Clirist sur toutes les accusations dont on le charge . découvrant , ce semble , dans sa patience , dans sa douceur et dans la majesté de son visage quelque chose de plus qu'humain : Je vous conjure , lui dit-il, au nom du Dieu vivant , de nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu.
Cependant le Sauveur, pour nous apprendre que les passions et les préjugés des hommes ne doivent pas nous empêcher de rendre gloire à la vérité (surtout lorsque notre caractère nous oblige de la publier), que nous la devons à ceux; mêmes qui en veulent faire usage contre nous, et qu'il ne faut pas toujours attendre qu'elle soit reçue favorablement, avoue qu'il est le Christ promis dansles prophètes, et annonce à ses juges qu'ils verront le Fils de l'Homme assis à la droite de Dieu, et venant dans les nuées du ciel avec majesté.
C'était leur dire : Vous ne voulez pas me reconnaître dans ma bassesse ; vous me reconnaîtrez un jour lorsque je paraîtrai sur une nuée de gloire , environné de puissance, de terreur et de majesté : je parais ici comme un criminel ; je serai alors votre juge, et celui des nations assemblées. Il parle en Dieu , tout chargé qu'il est de chaînes et d'opprobres; mais il nous fait aussi entendre que dans le siècle à venir toutchangera de face; que le pauvre et l'affligé seront assis sur des trônes de lumière et de gloire ; que ces hommes justes qu'on foule aux pieds, et dont on méprise tant ici-bas la faiblesse d'esprit et la prétendue médiocrité, brilleront alors au milieu des airs comme des astres purs, et jugeront l'univers avec Jésus-Christ; tandis que les grands et les puissans , ceux qui jugent la terre, qui paraissent ici-bas les arbitres de la fortune et de la destinée des peuples et des empires; cas héros , que le monde avait tant vantés , et qui ne brillaient que d'une gloire toute humaine, seront effacés, dégradés, huaiiliés, regardés comme l'opprobre des hommes, et ne paraîtront plus couverts que de leur orgueil et de leurs crimes.
Cependant un aveu si terrible et si capable de ralentir la fureur de ces juges, est pour le Sauveur une réponse de mort. Ce pontife indigne déchire ses vêtemens sacerdotaux, et prophétise , sans le savoir, par cctlo action, dit
saint Léon, que le voilà dépouillé pour toujours de la dignité de son sacerdoce, dont Jésus-Christ, nouveau pontife, va prendre possession à la droite de son père , dans le sanctuaire véritable , où il sera toujours vivant afin d'intercéder pour nous. Il a blasphémé, s'écrie-t-il , nous n'avons plus besoin de témoins. Ce juge corrompu devient l'accusateur; toutes les règles de l'équité sont ici violées : il n'attend pas les suffrages , il les inspire. Pas un seul dans cette assemblée , autrefois la plus vénérable du monde , n'ose se déclarer protecteur de l'innocence; tout entre lâchement dausla passion du chef; il ne se trouve pas même un seul Ganialiel, qui, par des conseils de modération, tâche du moins de suspendre l'iniquité de cette sentence (qu'il est rare d'oser être tout seul du côté de la raison et de la justice ! ) ; et sans qu'aucune délibération ait précédé, il s'élève, du milieu de cette assemblée inique, des voix tumultueuses qui prononcent que Jésus-Christ est digne de iï\orl:ReusestT}iorns. (Matth.
Mais avançons. Tous les pas que va faire désormais le Sau- .venr ne seront plus que de nouvelles ignominies : aussi , en troisième lieu, la malice des hommes est aujourd'hui consommée dans l'inconstance du peuple qui demande sa mort.
En effet , jusqu'où ce peuple insensé ne pousse-t-il pas l'excès de sa légèreté et de son aveu-
33o SER
(jlement, et combien de crimos ne corniuet-il pas eu un seul?
Premièrement, une injustice monstrueuse : on lui propose de délivrerJésus,ouun insigne malfaiteur, que des crimes publics avaient rendu digne de mort.
Quel j)arallèle! le Sauveur des hommes avec un scélérat et un homicide I c'est Barrabas cependant qui est préféré, et cela par les suffrages publics, parles prêtres, les anciens, les docteurs, la multitude; devant le tribunal d'un juge infidèle ; à la face de toute la Judée, et dans l'événement le plus éclatant dont Jérusalem eût jamais ouï parler.
Secondement, une fureuraveugle. Un magistrat païen n'ose d'abord passer outre à la condamnation de Jésus-Ciirist ; il déclare qu'il a les mains pures du sang de re juste, et ce peuple furieux demande que son sang soit sur lui et sur toute sa postérité: il consent, il souhaite que cet auatlième demeure éternellement sur la tète de ses descendans : Sangiiis ejiis super nos, et super filios noslros (Malth.
27, 25.) ï et l'événement répond à st'S souhaits : encore aujourd'hui, devenus l'opprobre de l'univers, errans, fugitifs, méprisés; sans autel, sans lieu; sans sacrifice, ils portent partout sur leur front le crime de ce sang répandu.
Troisièmement, une noire ingratitude. Autrefois toucliés des bienfaits de Jésus-Christ, ils avaient voulu l'établir roi sur eux : aujouril iiui ils prolestent
SEK hautement qu'ils n'ont point d'autre roi que César; ils rejettent le fils de David , ce roi dont le règne doit être éternel, et ils ne veulent pas qu'il règne sur eux. Nolunius hune regnare super nos, non habemus regem , niai Cœsareni. (Luc. ig , i4 Joan. ig, i5.)
En quatrième lieu, la malice des hommes est encore consommée dans la faiblesse de Pilate, qui, malgré sa conscience et ses lumières, n'ose déclarer Jésus- Christ innocent; et remarquez, je vous prie , dans la conduite de ce magistrat corrompu, toutes les démarches d'une indigne lâcheté , qui sacrifie la conscience et le devoir à la fortune.
11 s'avise de renvoyer Jésus- Christ à Hérode sous prétexte que le Sauveur étant Galiléen :
c'était à ce prince à juger de sa cause. Mais s'il le juge innocent, pourquoi le renvoie-t-il à un autre , qui peut-être le condamnera, sans l'informer en même temps de son innocence? Hérode le reçoit au milieu de sa cour ; mais ce n'était point là que Jésus-christ devait s'attendre à trouver des défenseurs et des partisans de sa doctrine. Jésus-Christ se taît ; il ne loue pas Hérode ; il ne vante pas la magnificence de sa cour, le nombre de ses victoires, la prospérité de son règne, et il est méprisé. Les grands veulent qu'on les loue; ils regardent comme un n^épris la sincérité qui n'ose leur donner de fausses louanges ; et s'ils paraissent quelquefois aimer et
protéger la piété , ils n'aiment souvent dans les gens de bien que les faiblesses de leur vertu, c'est-à-dire , leur adulation et leur complaisance. Hérode attend de Jésus-Ch rist des signes et des prodiges; et danscette attente, il le voit arriver avec joie : ce n'est pas pour s'instruire de sa doctrine, c'est pour amuser son loisir par quelque chose de nouveau : car les princes et les grands se font tout au plus de la religion un spectacle qui les amuse, et non pas une affaire sérieuse qui les occupe. Mais n'en pouvant même tirer une seule parole, il le revêt, comme un insensé, d'une robe blanche; et dans cette posture humiliante , au milieu des dérisions et des insultes de toute une année, Jésus-Christ est remené chez Pilate. Il sort de la cour d'Hérode sans y faire de prodige , sans y opérer de conversion , sans s'y faiieconnaître. La cour n'est pas d'ordinaire le lieu des triomphes de Jésus-Christ; on y donne un air de dérision à ses maximes : en vain un grand exemple les autorise ; le vice y garde plus de mesures; mais la véritable vertu n'y trouve pas plus de sectateurs.
Mais retournons avec le Sauveur dans le prétoire , et voyons en dernier lieu la malice des hommes consommés dans la barbarie des soldats qui déchirent .sa chair adorable. Pilate, toujours plus convaincu de l'innocence du Sauveur, puisque Hérode lui-même n'avait trouvé en
lui aucun sujet de mort, mais toujours plus lâche et plus' timide, ordonne contre Jésus-Christ la peine honteuse de la flagfUation, destinée aux seuls esclaves :
ilespèrej)ar ce supplice satisfaire la haine des Juifs , et conserver "en même temps la vie à un innocent. Jésus est donc livré à la fureur des soldats ; et c'est ici , mes frères, où je veux que votre foi supplée à mon discours : il servirait de peu de vous attendrir sur les souffrances du Sauveur , il vaut bien mieux que vous fassiez de Jésus-Christ souffrant le modèle de vos mœurs et le motif de votre pénitence.
Des bêtes féroces se jettent sur son corps sacré; on le dépouille:
celui qui était revêtu de la lumière comme d'un vêtement, n'est plus ici couvert que de sa confusion ; et par la honte profonde de sa nudité, il répare vos scandales et vos indécences, femmesdu monde. On déchargesursa chairpudique une grêle de courts:
ce n'est plus qu'une plaie hideuse qui le couvre : la barbarie des bourreaux se lasse sur un corps formé par l'Esprit-Saint ; et la force manque plus tôt à ces sacrilèges, que la patience à cet agneau divin. Quoiqu'il soutienne à peine encore les débris de son corps déchiré, on le détache du poteau infâme; on le revêt d'une robe de pourpre ; on met en ses mains, accoutumées à lancer des foudres , un fragile roseau ; on enfonce profondément sur son chef sacré une couronne d'épines; ou jette sur son visage un
voiie ignominieux 5 on se pio!îterne pour lui rendre des hommages de dérision et d'insulte.
A 11 I dérobons à noire douleur les indif^nités que la suite de son histoire offre à notre souvenir:
détournons les yeux des soufflets sacrilèges dont on le charge, des" crachats infâmes dont on couvre ce visage glorieux, que les anges ne regardent qu'en tremblant, et que tant de rois et de prophètes avaient souhaité de voir. Père juste! c'est ici oii il fallait glorifier votre fils, comme sur le Thabor, et l'environner d'une nuée de gloire , pour le dérober à de si indignes outrages; mais vous ne le connaissez plus , et sa confusion elle-même vous glorifie.
Cependant la marque effroyable de royauté dont on l'a couronné déchire son chef auguste : le sang de toutes parts ruisselle sur sa face céleste : ces traits divins , qui le rendaient le plus beau des enfans des hommes , sont effacés; ces regards puissans et terribles, qui pouvaient convertir,iln'y a qu'uu momentdes disciples infidèles, ou renverser des sacrilèges au jardin des Oliviers, sont éteints : cette face, qui fera dans le ciel la joie des bienheureux , n'est jjIus qu'une masse hideuse et sanglante, dont les bourreaux eux-mêmes détournent les yeux avec horreur ; et voilà le spectacle qu'uu juge barbare produit devant les prêtres et le peuple assemblé autour de sou palais. Jésus-Christ dans ce déplorable état paraît horsdu prctoiîc: voilà riTomme
SER leur dit-il, Eccc Homo. ( Joan.
19,5.) Saints rois sortis du sang de David ! Prophètes inspirés , qui l'annonçâtes à la terre! estce donc-là celui que vous souhaitiez si ardemment de voir ?
Voilà donc l'IIomme! Ecce Homo; voilà donc le libérateur promis à vos pères depuis tant de siècles! Voilà le grand prophète que la Judée devait donner à la terre!
Voilà le désiré de toutes les nations , l'attente de tout l'univers, la vérité de vos figures, l'accomplissement de votre culte, l'espérance de tous vos justes, la consolation de la synagogue, la gloire d'Israël , la lumière et le salut de tous les peuples! Ecce ^omo, voilà l'Homme : le reconnaissez-vous à ces tnarques honteuses?
Mais laissons ces furieux demander encore comme une grâce que son sang soit sur eux et sur leurs enfans : laissons- les accomplir, en rejetant le libérateur, tout ce qui avait été prédit , et justifier sou ministère en refusant de croire en lui : souffrez que je l'expose ici à d'autres spectateurs; c'est à vous-mêmes, mes frères : Ecce Homo, voilà l'Homme; voilà votre consolalion , si vous êtes du nombre de ses disciples. Dans les afflictions dont Dieu vous frappe , oseriezvous murmurer? Jetez les yeux sur Jésus-Christ si honteusement frappé et meurtri pour vous; voilà l'Homme. Ecce Homo. Si l'injustice vous a dé pouillé de vos bieus, et dégradé de vos iionneurs et lîc" vos litres;
SER voyez le successeur de tant de rois dépouillé de toutes les marques de sa grandeur , dégradé jusqu'au-dessous des plus vils esclaves; et ne conservant de tous ces titres glorieux et immortels, que celui d'homme qu'on lui donne encore, et dont les plaies et le sang qui le couvrent lui ont fait presque perdre la figure : qu'avez -vous à dire? voilà l'Homme, Ecce Homo. Si la calomnie vous noircit, écoutez les impostures dont on le charge : oseriez -vous encore vous plaindre? Voilà l'Homme, Ecce Homo. Si les devoirs de la vie chrétienne lassent quelquefois votre faiblesse ; si vous dites en secret que la vertu n'est pas si austère que nous le publions, voilà votre réponse :
voyez si vous avez résisté jusqu'au sang : étudiez dans cette image la mesure de vos devoirs :
c'est un homme comme vous qu'on vous propose, et qui n'est homme que pour vous : Ecce Homo, voilà l'Homme. Mais voilà votre ouvrage et la consommation de votre iniquité et de votre ingratitude, si vous êtes pécheur : voilà l'acte barbare que vous renouvelez toutes les fois que vous consentez au crime ; voilà le corps que vous déshonorez, quand vous souillez le vôtre; voilà le chef auguste que vous couronnez d'épines, quand les images de la volupté, retracées avec complaisance, font sur votre esprit des impressions dangereuses : voilà les dérisions que vous réitérez, quand vous don-
nez du ridicule à la piété des justes; voilà la chair sacrée que vous percez , quand vous déchirez la réputation de vos frères ; en un mot, voilà votre condamnation et votre ouvrage : voilà l'Homme, £coe Homo. Ce spectacle peut-il vous laisser insensibles? Faut-il qu'il monte encore sur le calvaire? Voulez-vous mêler vos voix à celles des perfides Juifs, et demander encore qu'on le sacrifie. Vous croyez , dit saint Augustin , que la malice de ceux qui vont l'attacher à la croix , est aujourd'hui consommée? Vous vous trompez, c'est la vôtre , si vous anéantissez le fruit de sa croix par vos infidélités; si vous méprisez dans sa gloire celui que les Juifs n'ont méprisé que dans sa bassesse ; si vous crucifiez de nouveau , après sa résurrection, celui qui était ressuscité pour ne plusmourir : Videtur conswnmnta neqxiitia hominiim , qui crucifixerunt Filium Dei; secl eorummajorest, qui oderunt prœcepta veritatis pro quibus crucifîxus est Filius Dei. (S. Aug. enarr. in psal. 7.)