‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 44 sur 77 · TROISIÈME POINT · texte numérisé non relu

TROISIÈME POINT

Mais que ne puis-je ici achever le récit de ses souffrances ; et après vous l'avoir exposé livré à la justice de son Père dans son agonie , à la malice des hommes dans le prétoire; que ne puis-je vous le montrer sur le calvaire entre les mains même de son amour, et vous faire voir que sa mort en est une consommation parfaite !

Oui , mes frères, ne cherchons que dans son cœur les raisons et les motifs de son supplice. Ce n'est ni la perfidie d'un disciple, ni l'envie des prêtres, ni l'inconstance du peuple, ni la faiblesse de Pila te , ni la barbarie des bouri'eaux , qui l'a mis à mort, c'est son amour : Il s'est livré pour moi , dit l'Apôtre , et s'il ne m'eût point aimé, il n'eût point souffert : en vain les peuples et les rois de la terre auraient conspiré contre le Christ, si sou amour n'eût été d'intelligence avec eux ; leurs conseils auraient été confondus, et tous leurs efforts inutiles.

Mais Jésus-Christ ayant aimé le siens, dit l'Évangile, il les aima jusqu'à la fin , comme un père tendre, dont la tendresse envers ses enfans redouble lorsqu'il est sur le point de quitter la vie : il consojnme donc son amour en mourant, etcetamour divin qui brûle son cœur est le feu qui allume le bûcher où il va s'immoler.

Amour si ingénieux , qu'il trouve le secret , même après sa mort , de s'iinnioler sans cesse ; qu'il célèbre la préparation de sa mof t en la retraçant sous des signes mystiques ; qu'il se dispose à son sacrifice, en le devançant au milieu des siens; qu'il applique le prix de son sang en le leur faisant boire par avance ; qu'il dédommage ses disciples de sa perte en se perpétuant entre leurs mains sous le voile du sacrement adorable; que ne pouvant mourir sans les

abandonner, ni demeurer avec eux sans les priver des dons de '; son esprit, il meurt pour leur ; envoyer le Paraclet , et demeu- ' rer en même temps avec eux jusqu'à la consommation des siè- I des, pour ne pas les laisser or- • phelins, et afin que leur cœur ^ ne soit pas accablé de tristesse.

Amour si désintéressé, qu'il veut souffrir tout seul ; qu'il demande qu'on épargne ses disciples : Sinile hos abire ; (Joan. iS, qu'il refuse même les larmes qu'on accorde à ses tourmens; et qu'il est plusoccupé et plus touché des maux qui menacent Jérusalem, que du supplice affreux, que celte ville infidèle lui prépare. En effet , chargé du bois honteux de sa croix , ce nouvel Isaac monte sur la montagne 'i mystérieuse, où son amour et son obéissance vont l'immoler, !

et comme touchées de l'excès de | ses peines, les filles de Jérusa- \ lem ne peuvent refuser des larmes à ce spectacle. {Luc. 28, 29.) i Filles de Jérusalem , leur dit-il, j ne pleurez pai sur moi, pleurez i plutôt sur vous-mêmes ; des :

jours vont venir, où l'on appellera heureuses celles qui n'ont \ point enfanté. Son amour lui cache l'objet, affreux de la croix sur laquelle on va l'attacher, et 1 ne lui découvre que les calauii- 1 tés dont cette ville ingrate est inenacée. Mais son amour vous ' tient ici le même langage : ce ne i sont pas ses souffrances qui font ,^ la plus vive de ses douleurs ; ce I sont vos infidélités et les malheurs qui vous menacent : Ne .,;

pleurez pas sur moi, vous dit-il aujourdlîui chargé de sa croix , et allant consommer son sacrifice : pleurez plutôt sur vousmêmes. Ne vous attendrissez pas au spectacle de mes souffrances :

attendrissez-vous plutôt sur le triste état de votre àme , et sur les malheurs éternels qui vous sont préparés : Nolile Jlere super nie , sed supervos ipsasjlete.

Amour [si généreux qu'attaché sur la croix , il prie pour ceux mêmes qui le crucifient :

il recueille ce que la barbarie lui laisse encore de forces . pour excuser leur attentat auprès de son Père ; il lève sa voix mourante :

Mon père, pardonnez-leur, ditil, parcequ'ils ne savent ce qu'ils font. Il offre tout son sang pour laver leur crime ; et la croix même où ils l'ont attaché est l'autel sacré où il veut les réconcilier avec son Père.

0 mon Sauveur! vous mourez pour vos ennemis , et nous attendons la mort pour nous résoudre à pardonner à nos frères.

Amour si triomphant que, sur le point d'expirer, il se forme encore un disciple : sa parole n'est point liée avec lui; il jette sur un scélérat qui expire à ses côtés, un regard de miséricorde:

ses yeux mourans, et déjà éteints, pçuvent encore triompher des cœurs ; ce roi honteusement dégradé, promet encore des royaumes. Heureux coupable, qui recueillez aujourd'hui les prémices de son sang, et qui sans avoir été témoin de ses œuvres , ne

découvrez sa grandeur que dans sa patience ! Mais heureux aussi les pécheurs qui m'écoutent !

attendez tout de sa miséricorde ; le moment où il expire est proprement pour les grands pécheurs comme vous : ses derniers soupirs et les prémices de son sang vous regardent.

Enfin , amour si attentif et si respectueux jusqu'au dernier soupir, qu'il confie sa mère désolée au disciple bien -aimé, et le disciple à sa mère : Millier, ecce filiits tinis : deindh dicit discipulo, ecce mater tua. (Joan.

ig, 26, 27.) Il se tourne pour la dernière fois vers celte ville de douleur; il la voit aux pieds de sa croix , plongée dans une mer de tribulatioa et d'amertume; ses yeux déjà éteints vont mourir sur elle. Quels regards mutuels entre Marie et son fils qui expire I quels témoignages douloureux et secrets d'un amour réciproque dans cette triste séparation ! quel glaive de douleur perce alors l'âme de cette mère affligée ! que de sacrifices invisibles ! que de douleurs inexplicables en ce moment ! et qu'il en devait coûter à Marie pour être la mère de son Dieu! Mais dans son accablement elle adore la main qui la frappe : elle offre cette hostie innocente , qui expire , à la justice de son Père : elle entre dans les intérêts de tous les hommes, qui avaient besoin de ce grand sacrifice , et nous apprend que les grandes afflictions ont de grandes utilités, et que les vuts de la foi sont

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une source inépuisable de consolations pour les âmes affligées.

Enfin , Jésus-Christ n'ayant plus rien à faire pournous sur la terre ; tout étant consommé , et du côté de la justice de son Père , et du côté de la malice des hommes , et du côté deson amour ; le grand sacrifice offert, et toutes les figures anciennes accomplies; Jérusalem ayant comblé la mesure de ses pères; tous les oracles des prophètes développés ; le véritable culte établi; la gloire de son père vengée ; le cours de son ministère fini , ne pouvant plus laisser aux hommes de plus grandes marques de son amour, il déclare que tout est accompli :

ConswwnniuTnest. Il baisse la tête; i'jl pousse versle ciel une forte clameur; il expire, et rend à son père l'âme et l'esprit qu'il avait reçus de lui. Laissons le soleil s'éclipser, la terre se couvrir de ténèbres, les rochers se briser les sépulcres s'ouvrir, toute la nature se confondre , les ennemis mêmes du Sauveur le confesser et le i-econnaîlre : je ne veux point ici vous proposer ces grands spectacles : Jésus-Christ , que son amour vient d'immoler pour nous, est le seul prodige qui doit ici nous occuper. Regardez-le donc expirant sur la croix , et ne se proposant que vous seul pour le prix de ses souffrances : il meurt votre libérateur, il meurt à votre place , il meurt dans le temps , afin que vous ne mouriez pas pour l'éternité ; il meurt , parce (|u'il vous aime ; il meurt, parce que- vous ne l'ai-

SËR mez pas : votre tendresse , votre douleur, votre reconnaissance peuvent-elles ici se prescrire des bornes ? Et n'êtes vous pas un anathème , si vous n'aimez pas Jésus-Christ crucifié ?

Les spectateurs de sa mx)rt sur le calvaire lui disent aujourd'hui : descendez de la croix, et nous croironsen vous. (Matth.

27, 42.) Mais nous devons lui tenir ici un langage bien différent : c'est parce que vous êtes monté sur la croix , ô mon Sauveur! c'est parce que vous y expirez aujourd'hui pour moi; et que vous préférez à la droite de votre père, ce trôned'ignominie, pour y être notre hostie et notre pontife; c'estpourcela mêmeque toute notre consolation est de croire en vous ; de vous adorer comme notre médiateur, et de vous consacrer ce qui nous reste de vie. Ne descendez pas de ce bois sacré où vous êtes la seule espérance de votre peuple : attirez-nous-y plutôt avec vous, comme vous nous l'avez promis.

Plus vous nous paraissez rassasié d'opj)robres , plus notre foi s'augmente , plus notre espéiance est ferme , plus notre amour s'enflamme. Tant de peines et de souffrances offertes pour nous pourraient-elles nous être inutiles ? Auriez-vous racheté nos âmes d'un si grand prix , si vous aviez voulu les laisser périr? et seriez-vous mort avec tant d'ignominie , si en participant à votre croix , nous ne devions pas partager un jour avec vous la gloire de voire immortalité. (Lu père

SEli Massiilon, carême, loin. 4> P^S- 371 et suiv.)

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