SAINT PAUL
PANÉCÏRIQUE ABRÉGÉ.
Positus suin Doctor gentiuiu in fide et veritate.
Je SUIS établi docteur des nations pour prouver la foi et la vérité de Jésus-Christ. ( 1 Timoth. )
0 que cet éloge est singulier!
qu'il est nouveau ! avoir Jésus- (^hrist glorieux pour maître, toutes les nations pour disciples, toute l'Église pour fruit de ses prédications, tout l'univers pour troupeau ; les persécutions, les chaînes , les prisons , les naufrages, les opprobres, la mort pour récompense de ses travaux; Dieu, les anges, les hommes, pour spectateurs de ses combats :
c'est ce qu'on admire tous les jours dans saint Paul ; mais être par tout cela une des preuves les pluf convaincantes de la vérité de la religion , c'est ce que je veux vous faire admirer aujourd'hui : Positus sum doctor gentium in fide et veritate.
Car c'est là , ce me semble , messieurs, la différence essentielle de notre grand apôtre.
Nous jugeons d'ordinaire de l'excellence des autres saints par la vérité de la religion qu'ils ont pratiquée , et je veux qu'on juge aujourd'hui de la vérité de la religion par l'excellence de saint Paul, l'éloge des autres suppose la pratique et la vérité de la
foi, celui de notre apôlre la prouve ; il affermit encore après sa mort la même Eglise qu'il fonda pendant sa vie : et la religion que prêcha Paul, a peu , à mon sens, de plus forte preuve que Paul même : car, remarquez-le, s'il vous plaît, chrétiens , la religion , pour être vraie, doit avoir deux choses; la grâce pour son esprit , la vérité pour sa lumière; et je trouve ces caractères réunis dans l'admirable saint Paul. La grâce de Jésus-Christ l'enlève, et enlève par lui toutes les nations ; la vérité de Jésus-Christ l'éclairé, et éclaire par lui toute l'Église:
la grâce l'enlève, et en fait le plus humble des pénitens, et le plus glorieux des apôtres : c'est mon premier point. La vérité réclaire, et en fait le plus heureux des disciples, et le plus infaillible des docteurs : c'est mon second point. J'ai donc pu le dire , que ce Paul est une des plus belles preuves de la religion, puisque en lui seul éclate et la puissance de la grâce , et la vérité de la doctrine de l'Église ; c'est ce que nous allons développer après avoir demandé les lutnières du Saint-Esprit par Marie , en lui disant avec l'ange, Ave, Maria.
PREMIER POI-\T
La grande affaire du chrétien , c'est d'assurer son salut; et le premier pas pour assurer son salut, c'est de se bien persuader de la vérité de sa relifjion ; car comment se soumeiltc à cef em-
pire souverain qu'elle exerce sur Comniençons donc, et disons
les cœurs, SI l'on n'est convaincu que le premier caractère de la
que Dieu, dont ils relèvent, vraie religion , c'est que la grâce
préside par sa {!;ràce à toute sa y domine, qu'elle l'inspire ,
conduite? Comment pratiquer <]u'elle l'établisse, qu'elle en soit
les maxiuïes sévères qu'elle en- le principe, ia force, Vespril :
seigne,si l'on n'est persuadé que toufes les fausses religions furent
la vérité les a dictées? Je sais, ou établies par la superstition
messieurs, que je ne parle ici ni qui se laissait surprendre à de
à des païens, ni à des athées; faux prodiges, ou conduites par
que ie dois sup])OSer la vérité de la politique qui agissait parties
la religion que je semble vou- vues humaines, ou étendues par
loir établir; et que si on man- la violence et par la crainte des
que d'en remplir les devoirs, tourmens; vous serez précipités
c'est iiiutôt faute d'aimer lavé- dans la fournaise, si vous n'a-
riié, que de la connaître : mais dorez la statue, disait Nabucho-
qui sait aussi si je ne parle point donosor. L'on ne voyait donc
à des cliréliens cbancelans dans alors agir sur les cœurs qu'illu-
leurs lumières, lâcbes dans leurs sions trompeuses, qu'intérêts
devoirs , assoupis dans leur foi , sordides, que vaines terreurs;
et fidèles peut-être plutôt par les rien de surnaturel, rien de divin
préjugés de la naissance et de dans ce qui les déterminait à
l'éducation , que par la conver- leur culte; mais dans la vraie
sion de l'esprit et la pente du religion, l'on doit remarquer un
cœur? Réveillons donc aujour- Dieu qui opère, une vertu se-
d'hui ces lumières assoupies; et crête qui agit sur les cœurs, une
puisque le cœur n'agit d'ordi- grâce surnaturelle qui les excite
naire que sur la persuasion de et qui les enlève ; et où parut-
l'esprit, établissons la vérité de elle jamais mieux, cette"gràce,
la religion , pour en faire aimer que dans la conversion du grand
les devoirs, et soyons chrétiens apôtre que nous honorons? Car,
par raison, pour l'être ensuite voyez-le, messieurs, animé de
par zcle et par inclination. fureur contre les disciples de Jé-
Sur cela, messieurs, je veux sus-Christ, combattant partout
que l'apôtre que je vous pré- son Eglise naissante, ravageant
chesoitseul toutes mes raisons, comme un lion furieux cet in-
Pour être persuadé de ma reli- nocent troupeau , se signalant
gion , disait TertuUien , qu'on dans le judaïsntB, dit-il lui-mê-
m'ôlo tous les livres, et qu'on me, par-dessus tous ceux de son
me laisse Jésus-Christ ; et moi, âge et de sa nration , prévenu
pour la persuader aux autres, je d'un zèle aveugle pour les traili-
consensqu'onm'ôteaujourd'hui tions de ses pères, muni de l'au-
toutesles preuves étrangèces, et torité publique pour les main-
qu'on me laisse saint Paul. tenir, abusant du pouvoir qu'on
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lear donne pour appuyer ses préventions, et satisfaire son antipathie; se faisant enfin une religion d'anéantir la religion même. Voyez-le, dis-je, en cet état, et me dites ce que vous pourrez penser de cette secte naissante, faible, persécutée, sans honneur, sans richesses, sans appuis du côté des hommes; si, malgré tant d'obstacles, elle désarme son persécuteur, et le fait entrer dans son parti, ne conclurez-vous pas que c'est la vraie religion, si le ciel se déclare ainsi pour elle, et si la grâce la fait triompher dans le cœur de Paul des sentimens de la nature.
Elle le fait, messieurs; saint Paul est converti. Jésus-Christ l'arrête sur le chemin de Damas, une lumière perçante l'environne et l'aveugle , une voix du ciel le frappe et le terrasse :
Paul! Paul! pourquoi me persécutez-vous? Et tout d'un coup la grâce, aussi douce pour le relever que forte pour l'abattre , dit saint Augustin, transforme ce cœur irrité, le lion se change en agneau, l'orgueilleux disciple de Gamaliel devient l'iiumble disciple de Jésus -Christ, le persécuteur de l'Ëglisc en est l'apôtre, le faux zèle se transforme en vraie charité, la docilité succède à rentètement; celui qui faisait la gloire d'exécuter les ordres cruels des ennemis du Sauveur, ne les veut recevoir que de lui : Domine, quid me vis facere ? En un mot , ce vase d'opprobre, brisé par la force de