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la grâce, devient en un moment un vase d'honneur destiné à porter le nom de Jésus-Christ devant les peuples et devant les rois : f^as electionis est mihi isle ut portet nomen meum coràm gentibus et regibus. 0 la belle preuve de la religion, messieurs , de voir un Dieu l'autoriser par un si grand prodige, y opérer avec tant de magnificence, exercer sur le cœur de son ejpnemi un empire si puissant et si doux, et faire, avec le secours de sa grâce un changement qui ne peut être attribué aux mouvemens de la nafure : Gralia Dei siim id quod sitm.
Car, par quel motif naturel , par quelles vues humaines Saùl pouvait-il changer de parti ? Estce par ambition? Il vivait dans sa secte avec beaucoup d'honneur, et ne voyait dans la religion d'un Dieu crucifié que des opprobres à prétendre ; est-ce par intérêt? Il pouvait élever sa fortune sur les ruines de l'Église persécutée, et elle n'avait encore ni richesses, ni dignités qui l'engageassent à la défendre; est-ce par l'amour d'un honnête repos, que tant d'autres cherchent dans leur conversion?
On ne lui promet que persécutions et souffrances : Ostendam illi quanta oporlet eum pro nomine meo pâli. Quoi donc! messieurs , rien d'humain , rien de bas n'entre dans la conversion de notre apôtre; la grâce de Jésus-Christ l'opère sans vues , sans politique, sans autre intérêts que celui de la vérité. Est ce
ainsi qu'on se convertit aujour- (Tliui? La grâce nous fait-elle prendre le parti de la vertu?
Une vanité subtile, un intérêt caché, une politique 1 affinée , une hypocrisie artificieuse , à la faveur de laquelle on puisse sauver ses chères passions, ne sontce point les motifs indignes de nos fausses conversions? Fortunes, espérances, plaisirs, sacrifions-nous tout pour être à Jésus-Christ, connue saint Paul :
Ouœ Jueriint niihi htcro, hœc arhilratus siini proplerChristum r/einnit-iua? Non, messieurs, on élève l'édifice de la charité sur les fondemens de la cupidité , l'on ne cherche presque jamais Dieu pour Dieu même, et rien ue prouve moins la vérité de notre religion que la fausseté de nos conversions. Mais qui peut en douter de celle religion triom- ])hante , lorsqu'on la voit pul)liée par la bouche de son plus grand lennemi; lorsque le zélateur de la loi devient l'apôtre de rÉvanf;ile ; lorsque Paul prêche, à la face de la synagogue, le même Jésus qu'il a persécuté par ses ordres, et que par son exemple, encore plus fort que sa juédication. il confond les Juifs, dit saint Luc, se présente à eux comme la (ireuve vivante de la religion qu'il annonce, montre sa présence au défaut de ses raisons, cl preuve, par le cœur de Saùl converti, la vérité qu'on ne croirait pas dans la bouche de Paul apôtre ?
Telle est, messieurs, la gloire de notre grand apôtre, de prou-
SER ver, par sa conversion , la religion de son Dieu ; pour la persuader , il faut que les autres parlent, et c'est assez que celuici |taraisse. Paul, renversé parla grâce, m'apprend plus que tous les prédicateurs élevés dans les chaires par la vanité; un pécheur converti sans intérêt m'est une preuve plus sûre de la religion que mille dévots zélés ou par ambition , ou par cupidité.
Ne verrons-nous donc plus", Seigneur, de sejnblables preuves ?
Votre grâce s'est -elle épuisée dans la conversion de son apôtre? Ah ! qu'il serait beau, messieurs, de vous voir comme notre saint, d'ennemis de la grâce en devenir les témoins, honorer par votre pénitence la religion que vous avez déshonorée par vos scandales, canoniser par vos applaudissemens la vertu c[ue vous avez tant de fois décriée par vos médisances, vous soumettre avec docilité aux vérités que vous avez peut-être combattues par ostentation, faire admirer enfin dans votre conversion la puissance de la grâce , qui éclate si bien dans celle de saint Paul, et mieux encore par lui dans celle de toutes les nations.
Jusqu'ici , chrétiens , vous avez vu la vérité de la religion prouvée par la conversion d'un seul homme ; vous avez conclu qu'une religion en faveur de laquelle Dieu agit avec tant de magnificence ne peut être fausse ; que sera-ce si vous ouvrez les yeux sur la conversion des gen-
tils, si vous considérez tant de peuples barbares gagnés , tant ti'autels démolis , d'idoles renversées , de superstitions abolies, de ténèbres dissipées, de rois humiliés , désarmés , confondus par le ministère d'un seul homme ; et cela sans autres charmes que ceux de la vérité, sans autre éloquence que celle de la grâce de Jésus-Christ?
Car la grâce est , à proprement parler, l'éloquence de Dieu ; il persuade en un moment par elle tout ce que nous tentons avec tant de peine par l'arrangement scrupuleux de nos discours, et le tour artificieux de nos faibles raisons; l'éloquence humaine se propose de gagner le*cœur, et la grâce de même; l'éloquence s'applique à faire connaître ce qu'elle veut faire aimer, et la grâce s'insinue par la lumière, en triomphe par l'amour; l'éloquence déploie tantôt la force de ses raisons, et tantôt la douceur de ses charmes, et la grâce nous ébranle quelquefois par les terreurs, et nous gagne souvent par les suavités ; enfin l'éloquence , si nous en croyons les auteurs profanes, a réuni tous les hommes auparavant dispersés dans les déserts sous les lois civiles d'une même société, et la gi'âce a réuni toutes les nations idolâtres sous les lois saintes d'une même religion par le ministère du grand apôtre saint Paul ; la grâce est donc l'éloquence de Dieu , et c'est par elle seule que notre apôtre convertit les gentils; car il fait gloire de
ne savoir que Jésus-Christ crucifié; la folie de la croix est toute sagesse. Je ne me sers pas, ditil lui-même, des artifices de l'éloquence humaine pour vous persuader, afin que votre foi soit appuyée sur la vertu de Dieu, et non pas sur la sagesse des hommes; quoique je sache beaucoup, puisque j'ai Dieu même pour maître, je ne fais que bégayer sur les mystères qu'il n:e révèle : la faiblesse de mon discours n'égale pas la sublimité de mes pensées ; ma langue ne suffit pas à mon cœur : Iniperitits sermorte , sad non scientiâ. C'est donc la grâce seule de Jésus- Christ, grand apôtre, qui peut persuader la religion à tant de peuples qui la combattent, répandre avec tant de rapidité la lumière de Jésus-Christ partout où le soleil porte la sienne , étendre vos conquêtes spirituelles plus loin que n'allèrent jamais celles des liéros fabuleux, et vous faire triompher en peu d'années de toutes les superstitions de la terre : Deo aulem gratins qui Irinmphat nos in Christ(r Jesu, et odorem notitiœ suce manifestât per nos in omni loco.
Loin d'ici cette éloquence orgueilleuse, qui se promet quelque succès de ses vains discours ; ils peuvent frapper l'oreille, la grâce seule touche le cœur ; ils peuvent briller, la grâce seule embrase ; ils peuvent plaire , Il grâce seule fait triompher :
If'riwnphat nos in Christo. Et , I ar conséquent, l'on ne peut pas