‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 47 sur 77 · S78 SEP · texte numérisé non relu

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dirf que l'établissement de la religion soit l'ouvrage de son éloquence, mais de la grâce de Jésus-Christ, qui seule a pu faire un si grand prodige.

Pour le comprendre , messieurs, pesez, s'il vous plaît, avec moi, la difficulté de l'entreprise; un seul homme voulait convertir toutes les nations engagées depuis tant de siècles dans des superstitions héréditaires; accuser toute la terre d'avoir vécu dans l'erreur à la face des philosophes qui l'ont abusée; les gagner eux-mêmes malgré cette hon|e secrète qu'on a de désapprendre quelque chose dans la vieillesse , et d'abandonner ses premiers sentimens ; ne proposer que des nouveautés toujours suspectes en matière de religion, et capables de révolter les esprits ; soulever contre soi la puissance des princes, la sagesse des philosophes, la sujierstition des peuples; renverser les idoles en quelque lieu qu'on les trouve; faire adorer en leur place un homme crucifié ; en un mot, attaquer une religion que l'antiquité consacre, que la coutume autorise, que l'amour -propre avoue, en établir une autre que la nouveauté rend odieuse , la sévérité redoutable , la bassesse apparente de son objet digne de mépris. Qu'est-ce là, chrétiens, sinon l'entreprise ou d'un téméraire qui succombera bientôt à tant d'obstacles, ou d'un homtne envoyé de Dieu, s'il n'y succombe pas ?

Saint Paul les surmonte, mes-

SER sieurs, et tel qu'on vit autrefois l'ange exterminateur défaire seul en une nuit une armée nombreuse par la vertu de Dieu dont il était soutenu , tel je vois notre apôtre presque seul , et sans le secours de la force et de la sagesse humaine, triompher de toutes les nations idolâtres ; je le vois tantôt dans Ephèse faire mépriïer au peuple converti les ternj.'les de la fameuse; Diane qu'on y adore , tantôt dans Atliènes décréditer l'idole qu'on y révère sous le nom de Dieu inconnu, tantôt dans les ])laces publiques consumer par le feu tous ces mauvais livres qui peuvent ou corrompre l'innocence ou réveiller la superstition , tantôt devant les tribunaux des magistrats établir la divinité de Jésus-Christ, et faire de ses juges irrités ou ses admirateurs ou ses disciples, dit saint Chrysostôme : Se defensurus intravit , et c(ij)to jiidicœ discessit. Je le suis à peine de l'imagination , roulant comme un tonnerre d'un bout du monde à l'autre , parcourant l'Achaïe , l'Assyrie, la Thrace, l'illyrie, la Macédoine, répandant à propos, là des foudres sur les cœurs obstinés par les menaces des terribles jugemens de Dieu ; ici des rosées sur les âmes dociles par les promesses consolantes de sa gloire; là des ténèbres sur les réprouvés par l'aveuglement dont il les frappe, comme le magicien Elymas ; ici la lumière dans l'esprit des élus par l'explication des hauts mystères (ju'il leur révèle

SER poilaot les aideiirs île la charité dont il brûle, et dont il veut tjue tout le inonde brûle avec lui.

C'en est fait, messieurs, ce feu sacré a déjà changé la face de la terre , l'impiété en est proscrite , les idoles abandonnées , les oracles muets ; Jésus-Christ seul adoré partout ; Paul, architecte, a posé ce fondement solide de la vraie religion ; chacun à l'envi bâtit sur lui par l'imitation de ses vertus; je vois s'élever de tous côtés l'édifice de l'Église, le lien de la charité en unit toutes les parties, l'esprit de la grâce en anime tous les enfans; ceux qui vivaient dans les délices ne soupirent plus que pour les souffrances; ceux qui n'étaient sensibles qu'aux biens présens n'agissent plus que par des espérances éloignées; le règne de l'amour-propre est détruit; l'orgueil de la raison captivé sous le joug de la foi; la licence des mœurs resserrée dans les bornes étroites de l'Évangile, et toute la corruption du siècle ensevelie par saint Paul dans le sépulcre de Jésus-Christ crucifié. Vit-on jamais, chrétiens, une preuve plus éclatante de la vérité de notre religion, que cette grâce puissante qui l'établit en -peu d'années dans tout l'univers, qui l'élève sur les ruines de mille autres religions plus douces à la nature , qui Tinsinne dans des esprits prévenus de faux préjugés et enflés de vaines lumières, qui lui gagne des cœurs obscurcis dé

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passions toutes contraires à ses maximes , et qui la fait triompher de tant d'obstacles par le ministère d'un homme pauvre et persécuté? Voilà votre gloire, grand apôtre, d'avoir accompli la fameuse prophétie de la conversion des gentils, ou plutôt voilà la gloire de la grâce de Jésus-Christ, qui s'est servi de vous, comme vous me l'apprenez, pour opérer ce grand prodige : Non ego , sed gratia Dci mec uni.

Mais où est -elle aujourd'hui cette grâce puissante dont nous venons d'admirer les effets? Le bras de Dieu est-il raccourci , ou l'iniquité des pécheurs consommée ? Nous prêchons la même religion que saint Paul, et personne ne la pratique ; nous plantons, nous arrosons comme cet apôtre, et rien ne croît entre nos mains; il avait des infidèles à combattre, et nous n'avons que des chrétiens à corriger, et cependant celte parole si féconde dans sa bouche est stérile dans la nôtre. Encore une fois. Seigneur, votre bras est-il raccourci? ou plutôt la stérilité de votre parole n'est-elle point le crime, ou de ceux qui la prêchent , ou de ceux qui l'écoutent? N'est-ce point que nous nous prêchons nous-mêmes au lieu de Jésus- Christ, et que nous sommes bien moins les ministres de votre grâce que de notre cupidité?

N'est-ce point que nous avons (\es idolâtres plus obstinés à combattre que ceux dont Irioin- ])ha notre apôtre? car, plût à

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Dieu, messieurs, ijiicnous n'eussions que des idoles de bronze ou de marbre à renverser! Vous nous verriez d'un œil tranquille signaler notre zèle ; mais nous avons l'idolâtrie de vos passions à combattre , et chacun s'empresse à les défendre; le cœur qui les aime ne peut soufFrir qu'on les lui enlève; on les cache, on les justifie, on les dérobe à la force de nos raisons, et jamais infidèle ne fit pour son idole ce que fait un pécheur pour sauver sa passion. Vous n'avez donc rien fait , grand apôtre, si vous ne détruisez encore cette idolâtrie du cœur, si vous n'établissez la divinité de Jésus-GhrisL sur les ruines de nos passions qui la combattent, si vous ne faites encore une fois triompher son humilité de notre orgueil, sa pauvreté de notre avarice , sa croix de nos sensualités. Par là on connaîtra que sa religion est vraie , puisqu'on verra la grâce y dominer , et qu'on va voir encore la vérité l'éclairer. Car, comme la grâce est le principe et l'esprit de la religion, la vérité en doit être la lumière, comme[ nous Vallons prouver par saint Paul.

SECOND POINT

S'il est essentiel à la vraie religion que la grâce y domine , il ne l'est pas moins que la vérité l'éclairé; la grâce lui gagne les cœurs, et la vérité les esprits; la grâce fait aimer son objet, et la vérité ses maximes ; la grâce nous niontre le Dieu qu'elle

SER adore, et la vérité le chemin f]U! nous conduit à elle. Mais à quoi connaître la certitude des vérités que la religion nous enseigne ? ,A trois choses , messieurs , que je vous ])rie de bien observer, l'infaillibilité de celui qui les révèle , l'éclat des miracles qui les autorisent, la constance des témoins qui souffrent pour elles. Voilà ce que nous allons voir dans le docteur des gentils , pour prouver la vérité de sa doctrine, s'il vous plaît de me suivre et de ni'écouter.

Le premier caractère d'une doctrine véritable, c'est qu'elle vienne d'un principe infaillible et incapable de nous tromper , et nous n'en connaissons point d'autre que Dieu; il est la source et le centre de toute vérité , dit le grand Augustin ; il faut qu'il nous élève au-dessus de la chair, au-dessus des sens, au-dessus de nous-mêmes pour la connaître; et qu'oubliant tout ce qui est au-dessus de lui, nous allions étudier jusque dans sou sein , Sileant tumultus carnis , sileant phantasiœ terrœ... ipsa sibi sileat anima et transeat se , non recogilando.

N'est-ce pas là ce qui vous est arrivé, grand apôtre? élevé audessus de la chair -et du sang , n'avez-vous pas puisé dans le sein de Dieu ces vérités lumineuses que nous faisons gloire et de croire et de pratiquer ? Le ciel même ne fut-il pas votre école, Jésus-Christ votre maître, la vérité imuiuablo votre

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science , le cœur de Dieu la source où vous la puisâles? Quel autre docteur eut janiais une si noble école? Si Dieu veut instruire le législateur de son peuple, il lui parle de loin dans le buisson ardent; s'il veut faire connaître ses volontés à Jéréniie , il l'envoie chez un potier pour les apprendre; s'il veut faire d'Isaïe un ministre zélé de sa parole, un séraphin descendu du ciel purifie ses lèvres avec un charbon de feu ; mais quand il veut instruire le fondateur de son Église parmi les nations , il l'élève jusque sur l'autel où ce feu sacré brûle , et le fait entrer dans son sein , et il lui fait lire, comme aux séraphins, jusque dans son cœur, les vérités qu'il nous doit apprendre , jouissant ainsi avant sa mort de toutes les douceurs de l'immortalité, dit Tertullien parlant d'Hénoc :

Nedimi giistata morte , œlcvnitatis candidatus.

Et ce n'est pas ici , messieurs, le tour d'une éloquence artificieuse pour relever la gloire de notre saint ; je réserve pour des vertus médiocres le faible recours de mon imagination, trop heureux si elle peut suivre saint Paul dans ses ravissemens et dans ses extases I Je ne tiens pas des hommes, dit-il aux Galates, l'Évangile que je vous prêche ; les apôtres, que je n'ai vus qu'en passant, n'ont pu m'en instruire; J8 suis disciple de Jésus-Christ «eul, mais de Jésus-Christ glorieux et ressuscité; je tiens de lui toutes les vérités que je vous

annonce : en pouvez- vous douter ? Neque ego ab homine accepi illud , sed per revelntionein Jesii Christi. Et dans ce ravissement qu'il nous décrit lui-même, et dans lequel il apprit des choses qu'il n'est pas permis à l'homme d'expliquer , n'appritil pas aussi tous les mystères qii'il nous a communiqués? De là , sans doute, ces vives lumières qui brillent dans ses divins écrits ; de là ces secrets ineffables de la prédestination gratuite si bien développés , l'orgueil de nos propres mérites si bien anéanti, les richesses de la grâce si pompeusament étalées, la justice de Jésus -Christ seul si dignement établie dans son épître aux Romains; de là, cette connaissance sublime de Jésus- Christ , tantôt représenté dans son sacerdoce, entrant en qualité de pontife dans le sanctuaire du ciel, son propre sang entre les mains, intercédant pour nous, ets'offrant soi-même à ses pieds comme une victime éternelle pour l'expiation de nos péchés ; tantôt considéré comme chef de l'Église, influant dans tousses membres la grâce de la vie , les appliquant, avec discernement aux fonctions qui leur sont propres, les animant d'un même esprit , les nourrissant d'un même pain , les unissant sous un même évangile , les attirant par lui dans sa gloire , et faisant lui seul toutes choses en tous , Ornm'a et in omnibus Christus.

De là cette morale solide ^ui nous apprend à mourir avec

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Jësui-Christ , à ressusciler avec lui , à vivre de sa vie, à travailler pour sa gloire , à user des biens présens comme n'en usant pas , à regarderie monde comme une peinture qui nous passe devant les yeux , Prœlerit figura hujus miindi ; à nous sanctifier par la grâce dans toutes les conditions dont il nous a si distinctement marqué les devoirs dans la suite de ses épîlres. Et d'où peuvent être venues à cet apôtre des lun)ières si pures , si sublimes, si inconnues jusqu'alors à la sagesse des hommes , sinon du sein de Dieu? Par conséquent quelle erreur de douter des vérités qu'il nous révèle, de ne les pas recevoir de la bouche de saint Paul comme du propitiatoire où Dieu rend ses oracles , dit saint Chrysostôme , de ne les pas suivre comme la règle infailhble de nos mœurs et de notre conduite? C'est dans votre apôtre, Seigneur, le premier et le plus fidèle interprète de votre Évangile, que je veux chercher la règle de mes devoirs; si je dois me tromper, je veux que ce soit vous c|ui me trompiez par sa bouche , vous qui êtes la vérité par essence, et qui n'avez pu lui révéler que des vérités infaillibles, puisque, après les avoir puisées dans votre sein, il les confirme encore par des miracles qui ne peuvent venir que de vous.

Les miracles sont la voix de Dieu , dit le grand saint Augiwitin; comme nous nous expliquons par la faiblesse de nos

paroles, il parle par la ])uis8ancei de ses œuvres , et par elle il con->i firme les vérités sublimes qu'il; nous révèle, Sicut humana cofi'i suetudo verbis , ità divina po^\ tentiafactis loquhur. Sans cette, voix de Dieu toute doctrinei nouvelle doit être suspecte ; qui-s conque la débite, doit être re-i gardé, ditsaintCyprien ,comme| les enfans d'Aaron, qui portent, uu feu étranger sur l'autel , s'ilj n'est avoué du ciel par quelquesi miracles. Hé ! quoi de plus nou-' veaul quoi de plus inoui que laj doctrine que prêche notre grand, apôtre? adorer un Dieu cruci-i fié, pratiquer une morale sévère; et contraire aux sens, croire des] biens et une gloire qu'on nei voit pas, se détacher de tout cei qu'on voit et de tout ce qu'on!

possède : encore une fois, quoil de plus nouveau pour des or-i gueilleux qui ne veulent recon-î naître qu'un Dieu glorieux, pour; des sensuels qui ne mettent leur; bonheur que dans l'indolence; ou la volupté, pour des hommes qui ne se conduisent et ne se'* prennent que par les sens? C'est donc à vous , mon Dieu , à parler en faveur de cette doctrine , à autoriser la prédication de vo-? i Ire a])ôtre par la voix de vos:] prodiges, à faire connaître aux infidèles que ces vérités nouvelles dans la bouche de saint Paul sont éternelles dans votre sein et qu'il est l'oracle de voire vérité, puisqu'il est le ministre de votre puissance! Il l'est en effet, messieurs; car par com- i bien de merveille^ autorisc-t-il

SER les vérité» qu'il prêche? Quand vous aurais-je fait le détail des impies aveuglés , des boiteux redressés, des dénions chassés , des malades guéris , des serpens vaincus, des morts ressuscites? Doutez donc delà foi de Jésus - Christ, libertins, combattez ses maximes tant que saint Paul n'en donne pour garant que ses révélations et ses paroles; mais croyez-la, cette toi , embrassez-les , ces maximes saintes, quand il les confirme à Paphos par l'aveuglement subit d'un philosophe qui les combat, et convertissez-vous comme le proconsul témoin de ce miracle. Orgueilleux, qui ne soupirez que pour la gloire, moquezvous de l'humilité chrétienne que Paul prêche avec tant de zèle ; mais laissez-vous persuader, lorsque , pour la pratiquer lui-même , il chasse avec empire le démon qui publie ses louanges dans Philippes de Macédoine , et apprenez à dérober vos bonnes œuvres aux applaudissemens qui vous en font perdre le prix I Politiques , qui n'attendez des ressources à vos disgrâces que du côté des hommes , négligez la prière si fort recommandée par saint Paul , si vous n'en voyez jamais les effets; mais lorsque la prière de cet apôtre , enseveli dans le fond d'un cachot , vous voyez tout d'un coup les fondemens de la terre ébranlés, les portes des prisons ouvertes , les chaînes «les prisonniers tombées de leurs mains , les geôliers ton-

verlis, saint Paul captif , triomphant par l'oraison de toutes les forces du monde , mettez votre confiance dans la prière , etla regardez comme la ressource la plus assurée dans vos afflictions! Es|)rits forts , qui vous moquez des reliques précieuses que l'Église révère , voyez les malades guéris et les démous chassés par les linges consacrés au seul attouchement de saint Paul , et comprenez-en la vertu I Impies qui , pour étouffer vos remords , vous flattez peut-être que tout doit périr avec cette chair , et que la résurrection dont Paul vous menace n'arrivera jamais , voyez un jeune homme mort et brisé par sa chute ressusciter entre ses bras au milieu d'un de ses discours , et qu'un mort ressuscité vous apprenne ce qu'un apôtre instruit dans le troisième ciel ne vous persuade pas î

Car,cenesontpaslà, messieurs, de ces miracles suspects plus propres à faire douter de la vérité qu'à la confirmer ; c'est l'Ecriture-Saintequi lesrapportepour être jusqu'à la fin des siècles la preuve de notre religion; c'est par l'éclat de ces prodiges que Dieu en a fait voir la vérité à tout l'univers : Jlliixeriint fuigura ejiis orhi terrœ. Car notre apôtre est un nuage, dit saint Augustin, obscur, grossier au dehors, roulantaugrédu souffle de l'esprit de Dieu par toute la terre ; mais dans le sein de ce nuage, que de rosées, que de lumières, (jue de feux sont ca-

elles I les miracles en sortent à tout moment comme des éclairs qui découvrent les vérités de Jé.sus-Christ aux yeux les plus aveugles : Jlliixerunt fulgura ejus orZ't/errfP. Pratiquons donc avec zèle des vérités si sûres, si bien autorisées ; ne désirons plus de prodiges pour nous affermir dans la foi; ne disons plus comme on fait tous les jours : Je vivrais en saint , si Dieu me faisait voir un miracle. Le monde entier converti par saint Paul n'est-il pas un miracle suflisant pour nous ? et qui ne croit pas encore ce que tout l'univers a pu croire , n'estil pas lui-même un étrange prodige, dit saint Augustin? Quisquis odhiic prodigia ut cvedat inqmrit ; magnum est ipse prodigium qui mundo credcnte non crédit.

Allons pourtant encore de lumière en lumière, et cherchons dans les souifrances et dans le sang de notre apôtre le dernier sceau de la vérité. Son premier sort, c'est d'être persécuté : l'erreur, eu possession du cœur de l'homme dès sa naissance, ne peut souffrir qu'on l'en arrache ; chacun est jaloux de ses propres ténèbres ; et si l'on aime la vérité quand elle brille, on la combat quand elle tonne contre nos erreurs , dit saint Augustin : Amant lucentern , oderunt redarguentem. Mais aussi son premier effet , c'est d'inspirer de la confiance et du courage; ou souffre tout pour ce qu'on croit ; et comme

SER la vérité est la vie de notre âme, selon saint Augustin , l'on sacrifie volontiers sa vie et son corps pour la conserver; de là le courage des premiers chrétiens , dépouillés, persécutés, errans dans les déserts , pendant que le monde n'était pas digne d'eux ; de là la fermeté des saints martyrs, languissans dans les prisons, tourmentés sur les chevalets , expirans sur les roues pour la défense de la vérité; delà enfin les souffrances infinies de notre grand apôtre , les chaînes, les naufrages, les opprobres, les séditions, le froid, la faim, la nudité ; combats au dehors , terreurs au dedans ; en un mot , cette vie toujours souffrante , qu'il ne conserve que pour mourir tous les jours , Qnotidie mcrior ; n'est-elle pas la preuve la plus sûre des vérités qu'il nous prêche ?

Il est vrai que l'erreur a ses martyrs , qu'on a vu des païens se faire écraser sous le char de leurs idoles , des hérétiques souffrir l'exil, les prisons, la mort pour la défense de leurs senlimens ; mais leurs souffrances luêmes étaient la preuve de leurs erreurs ; les murmures et les imprécations sortaient de leurs bouches ; et il était aisé de conclure qu'ils ne souffraient pas ])Our la vérité , puisqu'ils souffVaient sans charité. Mais cette joia triomphantequi calme un cœur au milieu des supplices, cette patience héroïque qui ne se permet jamais un murmure, ce lie charité divine qui ne pousse

des soupirs snr les voues que pour le salut de ses bourreaux , c'est le caractère des martyrs de la vérité, c'est celui du grand apôtre saint Paul. Car encore une fois que n'a-l-il pas souffert pour elle , et de quelle manière l'a-t-il souffert? Quelles délices, quelle complaisaace , quels torrens de joie dans ses afflictions , Siiperabundo gaiidio ! Quelle grandeur d'âme dans les opprobres dont il se glorifie , et dans les tribulations qu'il souffre pour l'Évangile , dont il ne rougit jamais, Gloriahorin iribulalionibus ! quelle foi, sous le poids de ces chaînes qu'il porte avec une sainte fierté devant le tribunal de ses juges pour l'espérance d'Israël , Pro spe Israël inncliis swn hdc catenâ ? et combien en fallait-il , messieurs , de cette foi vive et consolante, pour soutenir tant de travaux ! ne sortir d'une prison que pour entrer dans une autre ; ne se sauver des abîmes de la mer que pour èti'e exposé à la gueule des lions ; n'échapper des mains des bourreaux qui le fouettent , que pour tomber en celles des séditieux qui le lapident ; donner tous les jours et dans tous les lieux quelques gouttes de son sang à Jésus-Christ; finir sous la main d'un bourreau une vie usée dans les exercices de la pénitence et dans les fonctions de l'apostolat ; vivre et mourir martyr de l'Évangile , et pour dernière preuve de la vérité , répandre encore après sa mort

ce lait mystérieux dont il avait nourri l'Église dans son berceau, dit saint Ambroise, Quid miriiin si abiindat lactc niitritius Ecclesiœ ? Voilà ce que j'appelle prouver la vérité par ses souffrances et la sceller de son sang,

Heureusevérité d'avoir trouvé dans les premiers temps de l'Église des témoins capables de mourir pour elle, des Paul glorieux de la défendre aux dépens de leur repos , de leurs biens , de leur vie ! car aujourd'hui qu'on voit tant de martyrs de l'ambition et de la fortune , où sont ceux qui , bien loin de souffrir comme chrétiens , ne rougissent pas de le paraître? Où sont ceux qui , au lieu de soutenir la vérité contre la fureur des tyrans , ne se laissent pas abattre aux railleries des libertins? Cependant , grand Saint , nous sommes les enfans de votre apostolat ; vous nous avez engendrés à Jésus-Christ par le ministère de votre parole: malheur à nous si nous ne soutenons cette gloire par le zèle de la religion que vous nous avez enseignée ; si héritiers de vos lumières, nous ne le sommes aussi de votre charité ; et si par la tiédeur de notre vie nous ne devenons , non pas comme les premiers chrétiens , la couronne et la gloire , mais, si j'ose le dire, la Itonte de votre apostolat. Rallumez donc notre zèle, patron fidèle decetteÉglise; consommez votre ouvrage; faites encore après votre mort la fonction d'apôtre, comuie parle saint

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riirysostôine. Afierinissez-nous dans la foi que vous nous avez procurée ; ne permettez pas que nous doutions un monient d'une religion où la grâce opère en nous tant de merveilles , où la vérité répand par vous tant de lumières , où la charité forme sur vous tant de ministres fidèles, afin qu'après avoir rempli tous les devoirs de cette religion, nous arrivions à la gloire qu'elle nous promet. ( Le père de la Roche , tome i*'' de ses Panégyriques.)

PÉNITEiNCE.

SERMON ABRÉGÉ

Faclum est verbum Domini super Joannem Zacharise filium in deserto , et venit in omnem regionem Jordanis, prsedicans baptismum pœnitentise in remissionem peccatorum.

Le Seigneur fit entendre sa parole à Jean , fils de Zacharie, dans le désert , et il alla dans le pays qui est le long du Jourdain , préchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. ( Eu saint Luc , ch. 3. )

Ce n'était pas en vertu du baptême de saint Jean que les péchés étaient remis ; mais le baptême de saint Jean était une préparation nécessaire pour parvenir à la rémission des péchés ; et sans la rémission des péchés , on ne |i0uvait participer à la rédemption de Jésus-Christ , ni profiter de ce bienfait inestimable ; c'était par la péni tencequ'il

i.dlail se disposei* à leTecevoir ; ' et cette pénitence, depuis Téta- 1 blissement de la loi chrétienne , j est communément appelée un • second baptême, comme le baptême , suivant la doctrine des ; pères, était autrefois appelé la ; première pénitence. Le carac- | tère de ce baptême , je veux dire, de cette pénitence chrétienne , dont j'ai à vous parler , est , se- ' Ion tous les docteurs de l'Église , j l'esprit de sévérité; sévérité né- J cessaire et sévérité douce : ap-| pliquez-vous et concevez moai dessein. Je prétends que la pé- > nitence prise par rapport à nous, i doit être sévère: c'est de quoi il ' faut convaincre vos esprits, et] ce que je ferai dans le premier ' point. Mais parce que cette sévé- ■ rilé pourrait rebuter vos cœurs, * j'ajoute que plus notre pénitence ^ est sévère , plus dans sa sévérité i même elle devient douce ; je :

vous le montrerai dans le second j point. Nécessité d'une pénitence !

sévère, douceur d'une pénitence j sévère : c'est tout le sujet de'

votre attention. i

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