SER SAINT PIERRE
SERMON ABRÉGÉ
Tu es Petrus , et super hanc Petram aedificabo ecclesiam meam , et tibi dabo claves regni cœlorum ; et quodcùmque ligaveris super terrain , erit ligatuni in cœlis ; et quodcùmque solveris super terrain, erit solutum iu cœlis. ,
Vous êtes Pierre , et ce sera sur celte pierre que je bâtirai rnon Eglise, et je vous donnerai les clés du rojaume des deux; et tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel : et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. (En Saint Matthieu, c, i6.)
Ce n'est point là une grandeur humaine que Jésus-Christ donne à son apôtre ; mais jamais la grandeur humaine , dans le plus bel éclat de sa puissance, exerça-t-elle un empire plus absolu , et porta-t-elle plus loin sa domination? Sans autres limites que celles mêmes du monde , pouvoir de l'un à l'autre pôle faire écouter ses ordres , et respecter ses arrêts ; autant que l'Église , ce royaume spirituel est au-dessus de tous les royaumes du siècle; être élevé sur toutes les couronnes de la terre , et les tenir soumises à ses décisions : se faire entendre jusque dans le ciel, et souverain dispensateur de ses trésors, le fermer ou l'ouvrir à son gré ; d'une
parole en attirer les bénédictions, et d'une parole en faire tomber les anatbèmes : enfin , assis non plus sur la chaire de Moïse, mais sur la cbaire de Jésus-Christ, devenir la lumière des peuples , l'organe de la vérité, le fondement de la foi, l'arbitre , le père commun ; et pour tout dire en un seul mot , le vicaire de Dieu : voilà , messieurs , ce que renferme l'auguste dignité dont le Sauveur des hommes a honoré saint Pierre , et ce qui va faire la matière de son panégyrique. Je ne viens pas néanmoins, comme il est assez ordinaire , et souvent même nécessaire dans les stériles éloges des faux grands du monde , m'étendre au long sur le ministère , et ne rien dire de la personne; parler de son élévation, en taire son mérite , et louer l'illustre apôtre dont vous solennisez la mémoire , beaucoup moins par lui-même que par ce qu'il y a eu en lui d'étranger. Quand je considèresaint Pierre placé sur le premier trône, ce n'est point là que j'arrête mes regards , comme il n'y attacha point ses désirs. Je vais plus loin , et j'examine deux choses : la première, comment il a mérité son élévation : la seconde , comment il a usé de son élévation ; voilà par où les dignités nous honorent et par où nous les honorons. Je le regarde en deux états; dans l'état d'une vie privée , et avant qu'il fût monté au point de grandeur où nous le voyons; et dans l'é-
tat d'une vie publique , et après que le Sauveur du monde lui eut conféré la suprême autorité de son Église. Dans le premier état, saint Pierre nous fait voir toutes les dispositions nécessaires au choix que voulait faire de lui le Fils de Dieu. Dans le second état, saint Pierre nous fait voir toute la fidélité nécessaire pour soutenir le choix que fit en effet de lui le Fils de Dieu. Il a donc été après Jésus-Christ le premier pontife de l'Église , le vicaire de Jésus-Christ-même ; et cette excellente dignité, en premier lieu, il l'a méritée; en en second lieu , il l'a dignement exercée. Le mérite qui l'y disposa , ce sera la première partie.
Le saint emploi qu'il en fit, ce sera la seconde.