‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 57 sur 77 · LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

LA PROVIDENCE

SERMON ABRÉGÉ-

Cùni subie vasset ergô oculos Jésus , et vidisset quia multitudo maxima venit ad eum , dixit ad Philippum : Undè eniemus panes, ut manducent?

Jésus ayant levé les yeux, et vu un grand monde qui venait à lui^ dit à Philippe : De quoi achèterons-nous du pain, afin que ce peuple ait à manger?

(En saint Jean, chap. 6.) Qu'il y ait une providence qui règle et qui gouverne tout, c'est ce qui ne peut être contesté que par ceux qui ne re-

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connaissent point de premier Être , dont la sagesse, la puissance et la bonté veille au bon ordre du monde , que la force de son bras a tiré du néant. La seule idée de Dieu , c'est-à-dire, d'un Être infiniment parfait , renferme nécessairement celle de la providence. S'il y a un Dieu, disaient les pères, il y a une providence; s'il n'y a point de providence il n'y a point de Dieu. Vous croyez un Dieu, mes frères , et vous croyez une providence. Ce n'est point aussi ce que je viens vous prouver ; vous cesseriez d'être fidèles , si vous commenciez à en douter.

Mais ce que je veux , et ce que je dois vous apprendre , c'est à vous y soumettre avec humilité, c'est à vous y abandonner avec confiance ; c'est qu'elle ne vous manquera pas , si vous ne lui manquez pas ; c'est enfin qu'il ne faut accuser que vous-mêmes de tout ce que vous rejetez injustement sur la Providence. Je renferme tout ceci , mes frères , dans deux propositions simples, qui vont faire tout le partage de ce discours. Première proposition : Dieu , de sa part , donne tout sujet à l'homme de compter sur les soins de sa providence ; c'est la première partie. Seconde proposition : l'homme de sa part , donne tout sujet à Dieu de lui refuser les soins de sa providence^ c'est la seconde partie.

La piemière vous découvrira sur quoi doit être fondée votre confiance eu la providence. La seconde vous fera sentir que et;

PHEBIIER POINT.

n'est pas de la providence , mais tre. Mais puisque vos plaintes et

de vous-même que vous devez vos défiances à l'égard de la pro-

vous plaindre ; l'une et l'autre videiice regardent plus ordinai-

serviront d'abord à réveiller vo- renient les besoins du corps que

Ire espérance, et à en corriger ceux de l'ân^eje veux aussi m'ap-

ensuite les défauts. Demandons pliquer plus particulièrement à

au Saint-Esprit ses lumières vous montrer que Dieu, de sa

par l'entremise de Marie. Ave, part , nous donne lieu de tout

Maria. attendre de sa providence, pour

les besoins mêmes temporels.

^'ous le comprendrez même ai- Qu'est-ce que la providence ? sèment , si vous faites réflexion c'est, répond saint Thomas, un avec moi à deux choses: i°. aux ordre supérieur qui conduit tou- promesses que le Seigneur nous tes choses à leur fin. Proviclen- a faites , de subvenir à ces sortes tia est ratio ordinis reritm in de besoins; 2°. aux effets mêmes Jinem. Il est donc de la provi- sensibles de ses promesses , soit dence de choisir ])Our cela les à ceux qui ont fait radnu|ktion moyens les plus convenables et de l'antiquité ; soit ceux dont les plus proportionnés à la na~ nous sommes nous-mêmes tous ture de chaque cliose , et au bien les jours les témoins, commun de l'univers, Dieu de- Je dis, en premier lieu , ses vaut veiller également et sur promesses; ouvrez les écritures, lous les hommes en général , et nies frères , parcourez l'Ancien sur chacun d'eux en particulier, et le Nouveau-Testament : par- De là cette distinction qu'éla- tout vous trouverez de quoi établissent les théologiens , recon- blir une solide confiance sur la naissant une providence gêné- divine providence ; confiance raie et une providence particu- qui ne peut être vaine , puislière : mais comme nous sommes qu'elle sera fondée sur la ])arole peu sensibles à ce qui regarde les d'un Dieu. Je ne parle point ici autres , et que nous ne sommes de ces promesses magnifiques guère touchés de leurs intérêts , qu'il fit à un Abraham, à un qu'autant qu'ils ont quelque Isaac et à un .Tacob. Je ne parle «apport aux nôtres, c'est sur- j)oint de celles qu'il fit aux Istout , mes frères , de la ])rovi- raélites , de les conduire au Iradence particulière que je pré- vers de mille dangers, de mille tends vous parler. Enfin, chacun écueils , et malgré un nombre de vous étant coraposé de doux infini d'ennemis à la conquête parties, l'une supérieure, (^i est de la terre promise. La prol'àme, l'autre inférieure et moins vidence ne s'est pas engagée à noble , qui est le corps , la pro- procurer également à tous la vidence doit s'étendre également i.loire , l'éclat, la splendeur, sur les besoins de l'un et de l'au- l'opulence ,' les conquêtes et les

SER SER 427 victoires ; je parle des promesses nous secourir dans nos besoins , ])articulières qui rej^ardent les répond saint Augustin , s'y eubesoins particuliers de la vie , et p,a{i;erait- il d'une manière si sosans examiner celles qu'il a cent lennelle? Non est ilhisor Deus fois réitérées à son peuple par la ;// se ad siip])ortandam nos ojjebouclie de ses prophètes , et dont rat, et nobis jnmlcnlihiis se subsnous pourrons nous faire à nous- trnhat ? Rej^osez- vous sur lui , uiêuiesrajjplication; je ne m'at- dit le prophète royal, Jacta sutache qu'aux paroles du Fils de per Dominum ciiram tuani } sa Dieu, qui, nous défendant les providence vous fournira les soins empressés au sujet du vivre choses nécessaires à l'entretien etdel'iiabillement,nous promet de la vie : Fa ipse te enulriet. Et tout de sa providence. Ne vous que les ennemis de la providence inquiétez point , dit-il , ni au ne nous disent point , qu'il est regard de votre vie de quoi vous indigne de Dieu de s'abaisser à vous nourrirez , ni au regard de ces sortes de menus soins. Juvotre corps de quoi vous vous gera-t-on donc toujours de vous, habillerez; ne dites point :Qu'au- Seigneur, comme des faux grands rons-uous pour manger et pour de la terre ? que ceux-ci , enivrés boire , et de quoi nous habille- de leur grandeur, s'imaginent, à rons-nous? laissez ces inquiélu- la bonne lieure , se dégrader en des aux gentils , qui , n'adorant quelque sorte, et avilir leur dipoint le véritable Ditu , n'atten- gnité par une pareille conduite : dent rien des soins de sa provi- ce ne peut être que l'effet ou de dence. Regardez les oiseaux du leur orgueil, ou de leur faiblesse, ciel , voyez les lis de la campa- ou de leur mauvais cœur. Mais gne ; ceux-là ne sèment ni ne s"il n'est pas digne de vous de moissonnent; ceux-ci ne travail- nourrir les oiseaux du ciel, le lent ni ne filent : votre Père ce- sera-l-il de nourrir des hommes leste ne nourrit-il pas les uns ? que vous avez formés à votre et comment pare-l-il les autres? image? N'ètes-vous pas même mais ne valez-vous pas mieux obligé, en qualité de créateur, que les uns et les autres? Cher- d'être aussi le conservateur de chez donc premièrement le l'ouvrage de vos mains? Vous royaume de Dieu et sa justice , avez fait le petitcomme le grand, et vous Aurez tout cela par- le pauvre comme le riclie , le faîdessus '.Quceriteprimirn regnum ble comme le puissant : Pitsil- Deiet juAiitiam ejus ,et hœc om- Iwn et magnum ipse fecit ; et nia ad']icientur vohis Je vous le vousavez également soin des uns demande, mes frères, quelles z\: àifi iwxUifi -. Et a^qiialitcr est paroles plus expresses? quelles illi cura de omnibus . Oui, c'est promesses plus positives? C'est à cela , mon Dieu, que je vous un Dieu qui parle , peut-il nous reconnais pour ce que vous êtes. tromper? et s'il ne voulait pas le seul qui étendez sur tous vos

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