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charitables soins : Non est alius Deus quàm tu , cui cura est de omnibus. Et quel sujet pourrious-nous avoir , mes frères , de nous défier des promesses du Seigneur? S'il est Dieu , n'esl-il pas infiniment sage? et par les lumières de sa sagesse , ne connaît-il pas nos difFérens besoins?
S'il est Dieu , n'esl-il pas infiniment puissant ? et faut-il que son bras fasse un plus grand effort pour nous conserver , que pour nous tirer du néant? S'il est Dieu, n'est -il pas infiniment bon ? et son cœur peut-il être insensible à nos véritables besoins ? Malheur à l'homme , dit le prophète Jérémie , qui met sa confiance dans un autre homme :
Maledictiis honio qui confiait in homine. Malheur à celui qui s'appuie sur un bras de chair : Et ponit carneni brachium suuni.
Quelques promesses que puissent vous faire les hommes, connaissent-ils tous vos besoins ? Vous êtes les premiers à les cacher ; vous avez honte de paraître à leurs yeux ce que vous êtes en effet , et vous appréhendez de perdre leur protection , par les endroits mêmes qui devraient vous l'attirer. Tournez donc votre confiance vers votre Père céleste ; ne rougissez point de lui découvrir vos misères ; que disje? vous n'aurez pas la confusion d'exposer vous-uxêmes vos besoins, il les connaît. Scii Pater vester cœleslis , quia his omnibus indigetis. Quelques promesses que vous fassent les hommes , peuvent-ils toujours vous
SER secourir ? fidèles un jour à leurs paroles , ils vous manquent l'autre ; leur pouvoir est borné , ils ne donnent que ce qu'ils s'ôtent à eux-mêmes ; on ne s'appauvrit point pour enrichir les autres. Maître puissant , sur les promesses duquel je me repose , il n'appartient qu'à vous d'être libéral sans vous épuiser , et presque prodigue , sans vous priver des biens que vous répandez sur nous. Ah ! pourquoi raettrais-je des bornes à ma confiance , puisque votre puissance n'en a point? Quelques promesses que puissent vous faire les hommes, pouvez-vous vous assurer de leur cœur? Prend-on beaucoup de part dans le monde aux malheurs d'autrui? sonamitié suit toujours la fortune ; un malheureux a-t-il des amis? ou que faut-il pour les faire changer ? un rapport , un soupçon , le plus léger manquement, l'inconstance trop naturelle au cœur de l'homme : que sais-je , moi ?
Un rien fait souvent d'un ami charitable un redoutable ennemi. Dieu de mon cœur , dont j'adore la vigilante bonté , ratais dont j'ai la parole pour garant de ma confiance, vous connaissez mes besoins , vous pouvez me secourir , et vous-m'aimez :
m'en faut-il davantage ? votre sagesse , votre puissance , votre bonté m'empêchent de douter de l'effet de vos promesses. Telle est l'idée que vous avez , mes frères, du Dieu qui vous a promis son secours. Ses promesses sont grandes, mais les effets tie
8ER sont- ils pas conformes à ses promesses ? Seconde réflexion :
comme je ne parle ici que de cette providence particulière qui veille pour le bien même temporel de son peuple , je ne prétends aussi exposer à vos yeux que les effets de cette même providence , pour vous faire conclure avec moi , que Dieu , de sa part , vous donne lieu de tout attendre des soins de sa providence. Vous donc qui , livré à une crainte également inquiète et déraisonnable , avez peine à calmer l'émotion de votre cœur, Modicce fidei , pourrais-je vous dire avec le Sauveur: Homme de peu de foi , pourquoi faites-vous si peu d'attention aux miracles de la providence qui frappent partout vos yeux? Vous craignez, quoi ? le malheur des temps et les calamités qu'il traîne toujours après soi : mais Dieu n'en est-il pas le maître? Celui qui a fait si souvent , et qui fait encore tous les jours succéder l'abondance à la disette ; celui qui a trouvé des ressources contre ces sept années de stérilité, qui semblaient devoir perdre et ruiner l'Egypte, a-t-il enfin épuisé sa puissance ? Vous craignez , quoi ?
de vous voir la victime de l'injuste ressentiment d'un homme, dont vous ne vous êtes attiré la haine que par votre probité et un attachement inviolable à la loi du Seigneur : Dieu équitable, Dieu protecteur de la piété , qui avez pris en main la cause de Joseph contre la femme de Putiphar , de David contre Saùl ,
qui avez fait éclater d'une manière si glorieuse la fidélité de la chaste Suzanne, qui sacrifiait si généreusement, dans la crainte de vous déplaire , sa vie à son devoir , qui vous êtes déclaré si hautement en faveur de tant de justes calomniés et persécutés , abandonneriez- vous absolument l'innocence à la fureur du coupable? Vous craignez, quoi?
l'autorité , le crédit , la multitude de vos ennemis : et que peuvent-ils contre le Dieu des armées ? Combien d'ennemis Gédéon , avec un petit nombre de soldats, a-t-il défaits? L'ange exterminateur n'a-t-il pas ruiné i'ai'mée de Sennacherib ? Jiadith n'a -t- elle pas immolé Holopherne? Un jeune berger n'at-il pas triomphé de la force et de l'orgueil du superbe Goliath?
le bras du Seigneur est -donc raccourci? Vous craignez , quoi?
que le mauvais état de vos affaires ne vous réduise vous et votre famille à une honteuse pauvi'eté, et à une extrémité que vous aurez plus de peine à découvrir qu'à souffrir : Ah ! souvenezvous que le Seigneur a fait pleuvoir la manne dans le désert.
Souvenez-vous qu'il y a fait sortir de l'eau du rocher. Souvenezvous qu'il a ordonné aux corbeaux de prendre soin d'Élie :
Conns prœcepi ut pascant te.
Souvenez-vous qu'un ange transporta un prophète pour porter à manger à Daniel , qui était dans la fosse aux lions. Et sans sortir de notre Évangile , souvenezvous que le Sauveur a nourri
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dans le désert cinq mille liornïues en iiîullij)liaut quelcjues pains. Mais nous ne voyons plus, dites-vous , ces séries de miracles : vous ne IcS voyez plus 1 répond saint Au^jusiin , dites plutôt que vous en voyez de plus Ijraiids , qui ne perdent la force qu'ils devraient avoir sur votre esprit , que i)arce qu'ils sont trop continuels: Assiduitote viluerunt. Vous ne voyez plus ces miracles : qui nourrit donc encore aujourd'hui le monde entier , continue le même père?
Guis enim et nunc pascit universiim miindum ? Vous admirez la multiplication des pains que Jésus-Clirist fait aujourd'hui, et vous n'admirez pas le miracle continuel qu'il opère , en fournissant à tous les besoins des hommes. Ce n'est pas que le premier soit plus grand : Non quia majits est ; mais parce ([u'il est plus rare , sed çm'n rnrum est.
Vous ne voyez plus ces miracles:
qui a donc élevé , et qui soutient donc ces asiles publics de la pauvreté , ces hôpitaux , qui sont comme autant d'éclatans monumens de la providence , où elle fait subsister tous les jours tant <le pauvres? Vous ne voyez plus ces miracles: mais quelle autre ressource que la providence ont tant de malheureux , qu'elle va , pour ainsi dire , clierciier , et à qui elle épargne la iionte de mendier des secours qu'elle leur fournit en secret? quellt; autre ressource ont tant de personnes religieuses , que l'auiour do la pauvreté a oMigé à s...; rendre
SËR semblables à Jésus-Christ par un renoncement entier aux biens de la terre ? Providence de mon Dieu, éclalercz-vous à nos yeux d'une manière si sensible , sans toucher nos cœurs ? Vous ne voyez plus ces miracles : mais vous-même, reprend saint Grégoire , ne les éprouvez-vous pas?
la providence est au-dessus de vous pour vous gouverner : Supra regens j elle est au-dessous de vous pour vous soutenir , Infrà sustinens ; elle est dans vous pour vous Conserver , Inlrà consen'cins; elle est au dehors pour vous défendre , Extra defeiidens. Vous ne voyez plus ces miracles : ett-ce aveuglement , mon cher auditeur, est ce oubli, est-ce ingratitude? Cette providence vous a-t-elle jamais manriué? n'a-t-elle pas toujours fourni à vos besoins? Quedis-je?
s'est-elie tenue au pur nécessaire?
et n'en avez-vous pas ressenti des effets dont le souvenir devrait être gravé avec des traits inelfaçables dans votre esprit et dans votre cœur? Vous ne voyez plus ces miracles : rappelez ici vo> plus tendres années, suivezvous vous-même dans un âge plus avancé; et si vous êtes j;arvenu à une extrême vieille^se , dites-moi quand la jirovidence vous a manqué? n'étes-vous pas obligé au contraire d'en admirer les secrets ressorts? Comînent vous a-t-elle tiré de la poussière , conduit, poussé, élevé? <[uel soin n'a-t-elle pas pris de vous dans vos disgrâces ? Ne semblet-iî pas , pour parler avec saint
SER Augustin , qu'elle ail peiiaé à vous , comme si elle n'fùt été cliargée que tlu soin de votre entretien ? Non , mes frères , il n'est personne , qui , s'il veut examiner sérieusement toute la suite de sa vie , n'y reconnaisse et c'y trouve des effets singuliers d'une providence particuilère qui mérite toute sa confiance :
car, je ne crois pas l'orgueil vous fa^se oublier que le bras puissant qui vous soutient , ou que vous puissiez donner dans la présomption de ces impies de l'Écriture , qui se regardaient eux-mêmes comme les artisans de leur fortune : Maiius nostra excelsa , et uoti Dominus fccil hœc omnia. Quelle conclusion de îout ceci , mes frères ? c'est donc d'entrer dans lessentimens de confiance que fait éclater David , et de dire comme lui : Plus je me trouve malheureux , mon Dieu , et plus je me regarde comme un instrument propre à faire éclater les miracles de votre providence : Kgo autnin mendicus sum et pauper. Pourquoi me livrerais-je aux inquiétudes <[ue vous me défendez ? que nits amis , que mes parens , que le inonde entier m'abandonne , qu'importe , puisque Dieu veut bien penser à moi : Dominus , soin ci lu s est met. Vous voyez l'état où je suis , et le besoin que j'ai d'un prompt secours ; ne le différez pas , f't faites-moi encore sentir de nouveaux effets de cette proviiîence qui jusqu'à présent ne m'a jamais manqué. Si elle semble vous avoir manqué , mon
clier auditeur, j'ajoute que vous ne devez vous en prendre qu'à vous-même; c'est ce qui me reste à vous faire voir dans la dernière'' partie de ce discours, où , après avoir montré t|ue Dieu , de sa part, donne tout sujet à l'homme de compter sur It^s soins de sa providence , je vais vous faire voir cjue l'homme , de sa part , donne tout sujet à Dieu de lui rrfuserles soins desa providence.
C'est la seconde partie,
SECOND POINT
L'homme tombe , pour l'ordinaire , dans deux défauts considérables à l'égard de la Providence , tous deux également capables de le rendre indigne de ses soins, Le premier regarde les promesses de Dieu ; et le second , les effets mêmes desa providence.
On pèche , si je l'ose dire, contre les promesses de Dieu, ou en espérant plus qu'il n'a promis, ou en désespérant de ce qu'il a promis ; je veux dire , que quelquesuns tentent la providence, et (iuelquesautress'en défient. Tenter la providence, c'est prétendre que Dieu nous procure ce qu'il n'a pas promis ; c'est donner en quelque façon des lois à sa miséricorde; c'est prescrire un temps et des règles à sa pui>sance: mais bien loin de mériter par là sa bonté , c'est au contraire le moyen d'exciter sa colère el d'allumer sa vengeance; ainsi le déclara autrefois Judith au peuple de Béthulie. Cette illustre veuve ayant appris qu'on avait lésolu , du consentement même
d'Osias, de livrer la ville aux Assyriens , si dans cinq jours Dieu ne la secourait , fit assembler les anciens du peuple ; et pleine de cette sainte indignation que l'esprit de Dieu lui inspirait : Qui êtes-vous , leur dit-elle , vous autres qui tentez ainsi le Seigneur? Et qui esiis , vos qui tentatis Dominum ? Qui êtes-vous , pour prescrire à Dieu le temps de sa miséricorde selon qu'il vous plaît , et pour lui en marquer le jour ? Posuistis 7)0s , tempus miserationis Domini , et in arbitrium vestrum diem constituistis ei ? Ce que Judith reprochait au peuple de Béthulie, ne le pourrais-je pas reprocher avec autant de raison à une infinité de chrétiens qui m'écoutent? Qui estïs vos , qui tentatis Dominum ? Prodiguer son bien au jeu avec passion , et espérer que la providence réparera les brèches qu'on a faites à sa fortune par des dépenses criminelles, c'est tenter Dieu ; prescrire , comme le peuple de Béthulie , certains termes à la providence, et s'abandonner au murmure quand le secours n'est pas aussi prompt que le besoin paraît pressant , c'est tenter Dieu. Espérer tout en sa bonté , par une prétendue confiance , et irriter sans cesse sa justice par une vie criminelle , c'est tenter Dieu ; mêler à sa confiance la justice et l'injustice , c'est tenter Dieu.
Vous qui voulez faire servir la providence de Dieu à vos projets orgueilleux et à voire ambition , qui êtes-vous pour tenter le Sei-
gneur ? Il vous a promis le nécessaire; mais vous demandez ce qui est superflu; vous demandez ce qui est délicieux , ce qui n'est capable que d'entretenir la volupté et la mollesse , ce qui est dangereux , et peut-être criminel. Il a promis de subvenir à vos besoins , vous voulez qu'il serve à votre vanité , à votre amour-propre , à vos passions :
s'est-il engagé de seconder des vi* ces qui vous élèveraient à un état capable de vous perdre? vous qui avez tout prodigué à une idole qui a épuisé votre revenu, vous gémissez , obligé de déchoir d'un rang que vous ne pouvez plus soutenir. Mais qui êtes-vous pour tenter Dieu , prétendant que sa providence répare les brèches qu'un amour déréglé et aveugle a pu faire à vos biens ?
vous qui dans une jeunesse voluptueuse , avez tout sacrifié au plaisir, qui avez tout perdu au jeu , qui vous êtes ruiné en procès injustes , qui êtes-vous pour tenter Dieu? Où lisez-vous dans l'Écriture qu'il ait promis de vous rendre dans une vieillesse usée par la débauche , ce que vous avez follement dépensé dans une jeunesse libertine ?
vous qui , tout chargé que vous êtes d'une nombreuse famille , accablé , dites-vous , par le malheur des temps , prodiguez cependant en un seul jour , ce qui pourrait nourrir votre famille pendant une semaine entière ?
vous, qui êtes toujours ennemi de Dieu , qui passez les mois et les années entières dans ta dis-
SER grâce , sans penser à lui , que pour l'offenser. Vous qui , au lieu d'avoir recours à lui, mettez tout en œuvre , sans épargner le crime même , pour vous tirer d'un état misérable : Çuid dbi vis in via AEgjpti , ut bibas aquam turbidam ? pourquoi courir.aprèsles eaux bourbeuses de l'Egypte ? pourquoi chercher des ressources honteuses dans le péché ? pourquoi détruire les moyens que Dieu voudrait prendre pour vous secourir : Qui tstisvos, qui tentatis Dominwn?
Tenter Dieu, c'est non -seulement prétendre ce qu'il n'a pas promis , mais espérer même ce qu'il a promis , sans remplir les conditions qu'il a marquées.
Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu , et espérez alors les heureux effets de sa providence.
Mais le soin de votre salut n'estil pas le dernier de vos soins? Peuseriez-vous à Dieu si vous n'étiez pas dans le besoin ? Que disje? votre besoin vous oblige-t-il à y recourir? vous ne daignez seulement pas prier. Vous comptez sur les soins particuliers de la providence , comme sur une chose qui vous est due. Ne savez-vous pas que c'est à la prière , et à la prière fervente, et à la prière constante que Dieu a promis ses grâces ? Ce que vous espérez vaut bien j)eu s'il ne vaut la peine d'être demandé.
Mais que dire d'une illusion que saint Augustin a si fortement combattue de son temps? que dire de la présomptueuse oisiveté de ceux qui veulent se faire
un mérite auprès de Dieu d'une indolente confiance , qui prétendent que Dieu agisse seul , sans faire aucun effort de leur part pour seconder ses favorables desseins ? Dieu , disent-ils, nous ordonne de nous reposer sur lui ; il nous défend de nous mettre en peine de nous-mêmes :
Noiite sollicili esse. Mais le inêine Dieu n'a-t-il pas condamné l'homme rebelleau travail? n'estce pas une peine de son péché ?
n'est-ce pas à la sueur de son front qu'il doit se nourrir luimême ? In sudore vultns lui vesceris pane. Dieu défend l'empressement et le trouble, répond saint Augustin , Non in sollicitvdine animœ tuœ , mais non pas un soin raisonnable et modéré.
Il veut qu'on espère en lui , mais il ne veut pas qu'on soit oisif; il veut qu'on ait de la confiance , mais non pas de la présoajption.
Il veut qu'on travaille , dit saint Jérôme : Exercendus est labor ; mais il veut qu'on travaille sans '\xiC[\x\é\.\xàQ:Sollicitudo tollenda.
Vous voulez des miracles que Dieu n'a pas promis , c'est le moyen de perdre même les secours qu'il a promis. Ceux d'entre mon peuple, dit-il à Moïse, qui ont si souvent tenté ma providence, n'entreront point dans la terre heureuse que j'avais promise à leurs pères : Tentaverunt me jàin per decem vices , jion videbunt terram pro quâ juravi patribus eorum. INIais il n'est pas moins ordinaire de se rendre in^ digne des soins de la providence par une défiance criminelle , que
par une confiance présomptueuse ; second défaut. C'est une des choses que Dieu a toujours reprochées plus viveiuent à son peuple. Quoi donc I disait-il , tous les prodiges que mon bras a opérés en leur faveur , ne m'attireront-ils jamais leur confiance : Quousque non credent niihi in omnibus signis quœ feci corani eis? Tournons, mes frères , contre nous-mêmes ces reproches. Quels sujets n'avonsnous pas d'adorer la providence du Seigneur à notre égard? Vous l'avez vu dans la première partie , il serait inutile dele répéter.
QueloutragedoncI quelle injure de se défier d'une providence si attentive à nos besoins ! Mais qui se défie de la providence , me direz-vous? Qui s'en défie?
mon cher auditeur! c'est vous, (^ui vivez dans des craintes , dans des alarmes et dans des inquiétudes continuelles ; c'est vous, que le malheur des temps , les pertes , les taxes , les revers de fortune , que l'inconstance des saisons troublent , jusqu'à vous arracher des paroles et vous entretenir dans des sentimens injurieux , et au pouvoir , et aux bontés d'un Dieu ; c'est vous , qui ne comptez que sur votre industrie , votre savoir-faire , votre esprit et votre travail, que vous osez continuer dans les jours mêmes que Dieu s'est réservés pour être honoré d'une manière particulière; c'est vous, qui ne songez qu'à vous assurer la protection des hommes , sans penser à celle de Dieu; c'est vous,
SER qui , dans la crainte de manquer , avez recours au mensonge , à l'artifice et à l'injustice.
Qui s'en défie ? Consultez votre cœur , mon cher auditeur ; éludiez votre conduite , et vous trouverez que c'est vous-même qui êtes coupable d'une pareille défiance ; défiance qui pourra enfin vous attirer la colère de Dieu , et qui l'obligera peut-être à vous abondonner. Propterea Deus destruet te in fîneni , evellet te , dit le prophète royal.
Vous deviendrez un modèle funeste des vengeances que Dieu tire de ceux qui se défient de de sa providence. Les justes vous verront , et seront saisis de crainte : Videbunt justi et tiniebunt. Dieu permettra qu'on vous insulte dans votre malheur : Et super euni ridebunt.
Voilà, dira-t-on, cet homme qui n'a pas pris Dieu pour son appui et pour son secours : Et dicent : Ecce Jiomo qui non posuit Deum adjutorem suum. Où sont ces dieux qui étaient l'objet de sa confiance ? Surgant et opilulentur. Divinités du monde , divinités ingrates , divinités faibles, divinités inconstantes, qui abandonnentjustement ceux qui ont injustement abandonné Dieu. J'ai dit , en second lieu , que le défaut où l'homme tombe à l'égard des effets de la providence, le peut rendre indigne de ses soins. Quel est ce défaut ?
Je l'ai dit; c'est de se plaindre de la providence, quoiqu'elle ne manque pas à l'essentiel et au nécessaire ; de l'accuser quand
elle ne remplit pas tous nos désirs ; d'éclater en murmures et de s'élever insolemment contre la conduite de Dieu : défaut surtout commun parmi les malbeureux. Le temps ne me permet pas de m'étendre beaucoup sur cet article. Je dis seulement que ces sortes de plaintes sont toujours pleines d'injustices, et par conséquent très-capables de rebuter Dieu. Plaintes injustes , parce que Dieu ne nous refuse pas ce qu'il nous a promis, et qu'on ne voit point d'homme manquer entièrement du nécessaire, de manière qu'il puisse s'en prendre avec sujet à Dieu et à sa providence. Plaintes injustes, parce que Dieu, en qualité de cause première et souveraine, doit veiller au bon ordre de l'univers, et préférer le bien du public à celui duparticulier. 11 faut qu'il y ait des rois et des sujets, des maîtres et des domestiques, des pauvres et des riches, des heureux et des malheureux :
sans cela , où en serait le monde?
Plaintes injustes , parce que nous ignorons les ressorts secrets de sa providence, qui quelquefois nous conduit à ce que nous souhaitons par le chemin même qui semble nous en éloigner. A^ous vous plaignez de ce que dans votre famille même vous ne trouvez que de l'amertume et de la contradiction; de ce que , sans avoir donné sujet , vous êtes l'objet d'une envie et d'une jalousie dont vous craignez de devenir la victime. Ainsi Joseph était-il traité par ses frères , et
c'est par là qu'il devint gouverneur de l'Egypte. Vous vous plaignez de rinjustice d'un grand qui vous menace d'une ruine entière : ainsi Mardochée étaitil haï d'Aman, et c'est par là qu'il devint ministre d'état. Vous vous plaignez de la dureté d'un maître qui vous fait gémir sous un joug impérieux : ainsi le peuple de Dieu était-il opprimé par Pharaon, et c'est parla que Dieu le rendit maître de tant de peuples différens , et victorieux de tant d'ennemis redoutables. Moïse abandonné aux flots de la mer, en est retiré pour être législateur du peuple de Dieu : David méprisé dans sa famille , est élevé sur le trône. CetteafFaire, qui a si mal tourné , cet appui perdu , cette ressource qui semblait vous rester seule , et qui vous manque ; enfin , l'infidélité de cetami, l'inconstance de ce patron, le mauvais succès de ce procès , le défaut de protection dans le parti que vous avez pris , et oîi vous n'avancez pas , tout cela est peut-être dans les vues de Dieu un ressort secret que sa providence emploie pour vous faire arriver au terme par des voies qui vous y paraissent opposées : Quid tumet contra Deuw spiritus Unis? Pourquoi donc vous élever contre le Seigneur? pourvoi vous abandonner à tant de murmures?
Dieu doit-il prendre conseil de vous? avez-vous pénétré ses desseins : Nunqiiid consilium Dei audisti? Avez-vous des lumières plus grandes, et la sagesse d'un fi8.
Dieu doit-elle vous être soumise : Et inferior te ejiis sapienlia ? Mais les plaintes qu'on fait de la providence sont surtout bien injustes dans la bouche des fidèles qui doivent savoir, et qui doivent souhaiter que Dieu sacrifie les biens de la terre aux biens du ciel , le temps à l'éternité, les avantages du corps au salut de leurs âmes. Car avonsnous ici-bas , mes frères , une demeure qui soit stable? Sommes-nous sur la terre pour y vivre toujours? Le monde n'estil pas pour nous un lieu d'exil ? Le ciel n'est- il pas notre véritable patrie? n'est-ce pas là que nous devons aspirer? Et qu'importe pav quel chemin Dieu nous y conduise , pourvu que nous arrivions enfin à cet heureux port ? Voudrions-nous marcher par une autre voie c[ue Jésus-Christ même, notre guide et notre roi? Ah! mon cher auditeur, si Dieu était sensible à vos plaintes , il vous aimerait peu :
il n'est peut-être jamais plus tendre et plus miséricordieux à votre égard , que lorsqu'il semble l'être moins. C'est, mon Dieu, un sentiment si consolant qui me fera dorénavant adorer vo tre providence dans les plus grandes afflictions de la vie : Tua , Pa-^ ter, proi>idenlia gubernat. Je sais que cette <mine providence gouverne tout, que ses vues s'étendent généralement sur toutes les créatures , que par des moyens que lui dicte sa sagesse , elle conduit tout à la fin qu'elle se propose : Tua , Pater,
SER providenlia gubernat. Je sais , mon Dieu , que vos yeux sont ouverts sur moi en particulier comme sur tout l'univers, que votre cœur est sensible à mes besoins comme à ceux des autres hommes; que votre main répand sur moi ses grâces comme sur le reste du monde. Je sais que vos promesses me regardent, et je ressens tous les effets de ces promesses : c'est un Dieu qui veille sur moi , et ce Dieu est mon Père : Tua, Pater., pros^identia gubernat. Si ses ordres me paraissent sévères, ce sont, après tout, les ordres d'un père qui fait violence à son cœur , en n'écoutant pas des vœux qui seraient pernicieux à un fils qu'il aime. Je n'ai garde de tenter sa providence , ou de m'en défier, ou de m'en plaindre. Père plein de tendresse , faites, ordonnez de moi comme il vous plaira; quelque chemin qu'il vous plaise me tracer et m'ouvrir , j'y marcherai , et vous m'y soutiendrez : Seigneur, quelque difficile que puisse être cette voie , j'ose espérer que vous - même , m'y servant de guide , elle me conduira sûrement à l'heureux terme de la vie éternelle. ( Le père Pallu , tome 1 du carême. )