‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 68 sur 77 · SEL · texte numérisé non relu

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c'est nous seuls qui rendons les occupations de la terre dangereuses , comme c'est nous seuls qui rendons celles du ciel insipides et dégoûtantes.

Et voilà, mes frères, la dernière raison pourquoi nous faisons paraître si peu de vivacité pour la grande affaire de notre salut éternel ; c'est que nous eu accomplissons les devoirs sans plaisir et comme à regret. Les plus légères obligations de la piété nous paraissent dures :

tout ce que nous faisons pour le Ciel nous gêne, nous ennuie, nous déplaît ; la prière captive trop nos esprits ; la retraite nous jette dans l'ennui ; les lectures saintes lassent d'abord l'attention , le commerce des gens de bien est languissant, et n'a rien qui fasse plaisir ; la loi des jeûnes altère le tempérament : en un mot , nous ne trouvons je ne sais quoi de triste dans la vertu, qui fait que nous n'en remplissons les obligations que comme des dettes odieuses qu'on paye toujours de mauvaise grâce , et seulement lorsqu'on s'y voit contraint.

Mais, premièrement, mes frères, vous êtes injustes d'attribuer à la vertu ce qui piend sa source dans votre corruption ; ce n'est pas la piété qui est désagréable; ce n'est pas le calice du Seigneur qu'il faut accuser d'amertume, dit saint Augustin, c'est votre goût qui est dépravé.

Tout est amer à un palais malade ; corrigez vos penchans, et le joug vous paraîtra léger : ren-

dez à volie cœur le goût que le péché lui a ôté, et vous goûlerez combien le Seigneur est doux :

iiaïssez le monde, et vous comprendrez à quel point la vertu est aimable; en un mot, aimez Jésus-Christ , et vous sentirez tout ce que je dis.

Voyez si les justes ont le même dégoût que vous pour les œuvres de la piété : interrogezles; demandez-leur, s'ils regardent votre condition comme la plus heureuse , ils vous répondront que vous leur paraissez dignes de compassion ; qu'ils sont touchés de votre égarement et de vos peines, de vous voir tout souffrir pour un monde, ou qui vous méprise, ou qui vous ennuie, ou qui ne peut vous rendre heureux ; courir après des plaisirs souvent plus insipides pour vous que la vertu même que vous fuyez : ils vous répondront qu'ils ne chargeraient pas leur tristesse prétendue contre toutes les félicités de la terre.

La prière les console, la retraite les soutient, les lectures saintes les animent, les œuvres de la piété répandent dans leur âme une onction sainte, et leurs jours les plus heureux sont ceux qu'ils passent avec le Seigneur. C'est le cœur qui décide de nos plaisirs : tandis que vous aimerez le monde, vous trouverez la vertu insupportable.

En second lieu, voulez- vous savoir encore pourquoi le joug de Jésus-Christ est pour vous si dur et si accablant , c'est que vous le portez trop rarement:

SER vous ne donnez au soin du salu* que quelques momens rapides ; certains jours que vous consacrez à la piété ; certaines œuvres de religion dont vous vous acquittez quelquefois, et en vous déchargeant aussitôt, vous ne sentez que le désagrément des premiers efforts : vous ne laissez pas à la grâce le loisir d'en adoucir le poids, et vous prévenez les douceurs et les consolations qu'elle ne manque jamais de répandre sur les suites. Ces animaux mystérieux que les Philistins choisirent pour porter l'arche du Seigneur hors de leurs frontières, figures des âmes infidèles peu accoutumées à porter le joug de Jésus-Christ, mugissaient, dit l'Écriture, et semblaient gémir sous la grandeur de ce poids sacré : Per génies et vnigienles ; au lieu que les enfans de Lévi, image naturelle des justes, accoutumés à ce ministère saint, faisaient retentir les airs des cantiques d'allégresse et d'actions de grâces, en la portant avec majesté, même à travers les sables brûlans du désert.

La loi n'est pas un fardeau pour l'âme juste accoutumée à l'observer : il n'est que l'âme mondaine peu familiarisée avec ses saintes observances, c{ui gémisse sous un poids si aimable : Pergentes et niugienles . Lorsque Jésus-Christ a assuré que son joug était doux et léger, il nous a ordonné eu même temps de le porter chaque jour : l'onction est attachée à l'accoutumance ; les armes de Saùl n'ét tient pe-

santés pour David , que parce qu'il n'en avait point l'usage :

Non usiim habeo. Il faut se familiariser avec la vertu pour en connaître les saints attraits; il faut percer avant dans cette terre heureuse pour y trouver le lait et le miel; ce n'est qu'à l'entrée qu'on trouve des géans et des monstres qui dévorent ses habitans.

Enfin vous accomplissez les devoirs de la piété sans goût , non-seulement parce que vous les accomplissez trop rarement, mais parce que vous ne les accomplissez qu'à demi. Vous priez, mais sans recueillement ; vous jeûnez , mais c'est sans entrer dans un esprit de componction et de pénitence ; vous vous abstenez de nuire à votre ennemi, mais c'est sans l'aimer comme votre frère ; vous approchez des mystères saints, mais sans y apporter cette ferveur, qui seule y fait trouver des douceurs ineffables; vous vous séparez quelquefois du monde , mais vous ne portez pas dans la retraite le silence des sens et des passions; sans quoi elle n'est plus qu'un triste ennui : en un mot, vous ne portez le joug qu'à demi. Or, Jésus-Christ n'est pas divisé : ce Simon le Cirénéen, qui ne portait qu'unepartiedela croix, en était accablé, et il fallait que les soldais lui fissent violence pour l'obliger de continuer au Sauveur ce triste ministère : Et angariaverunt ut tolltret crucem ejus. Il n'est que la plénitude de la loi qui soit consolante ; plus vous

en retranchez, plus elle devient pesante et onéreuse; plus vous voulez l'adoucir, plus elle accable ; au lieu qu'en y ajoutant même des rigueurs de surcroît , vous en sentez diminuer la pesanteur, coname si vous y ajoutiez de nouveaux adoucissemens:

d'où vient cela? C'est que l'observance imparfaite de la loi prend sa source dans un cœur que les passions partagent encore : or, un cœur divisé et qui nourrit deux amours, ne peut être, selon la parole de Jésus- Christ, qu'un royaume et un théâtre plein de trouble et de désolation. En voulez-vous une image naturelle tirée des livres saints?

Rebecca , sur le point d'enfanter Jacob et Esaù, souffrait des douleurs mortelles , dit l'Ecriture; les deux enfans se faisaient déjà la guerre dans son sein : Et collidebantur in utero ejus parvuli ; et comme lassée de ses maux , elle demandait au Seigneur sa mort ou sa délivrance : Ne soyez point surprise, lui dit la voix du Ciel , si vos douleurs sont si extrêmes , et s'il vous en coûte tant pour devenir mère, c'est qu'il y a deux peuples dans votre sein : Duœ génies et duo populi sunt in utero tua.

Voilà votre histoire, mon cher auditeur: vous êtes surpris qu'il vous en coûte tant pour accomplir une œuvre de piété, pour enfanter Jésus-Christ , le nouvel homme dans votre cœur : ahl c'est que vous y conservez encore deux amours irréconciliables ,

Jacob et Esaù, l'amour du monde et l'amour de Jésus-Christ; c'est que vous portez au dedans de vous dieux peuples , pour ainsi dire, qui se font une guerre éternelle : Duœ gttntes et duo populi sunt in utero tua ; voilà la source de vos douleurs et de vos peines. Si l'amour de Jésus- Christ tout seul possédait votre cœur, tout y serait calme et paisible : mais vous y nourrissez encore des passions injustes ; vous aimez encore le monde, les plaisirs, les distinctions de la fortune ; vous ne pouvez souffrir ceux qui vous effacent; votre cœur est plein de jalousies, d'animosités, de désirs frivoles, d'attachemens criminels : Duœ génies et duo populi sunt in utero tua ; et de là vient que vos sacrifices étant toujours imparfaits comme ceux de Caïn , sont toujours tristes et pénibles comme les siens.

Servez donc le Seigneur de tout votre cœur, et vous le servirez avec allégresse : donnezvous à lui sans réserve, sans vouloir encore retenir un droit sur toutes vos passions; observez les justices de la loi avec plénitude, et elles répandront, dit le prophète , de saints plaisirs dans votre cœur : Justitiœ Domini rectcE , Icetifcantes corda. Ne croyez pas que les larmes de la pénitence soient toujours tristes et amères : le deuil n'est qu'au dehors ; elles ont mille dédoraniagemens secrets lorsqu'elles sont sincères : le juste ressemble aubuis.son sacré ; vous n'en voyez

SER que les ronces et les épines , mais vous ne voyez pas la gloire du Seigneur qui réside au dedans ; vous voyez des macérations et des jeûnes, mais vous ne voyez pas l'onction sainte qui les adoucit; vous voyez le silence, la retraite, la fuite du monde et des plaisirs , mais vous ne voyez pas le consolateur invisible, qui remplace avec tant d'usure le commerce des hommes devenu insupportable depuis que l'on a goûté Dieu ; vous voyez une vie en apparence triste, ennuyeuse, mais vous ne voyez pas la joie et la paix de l'innocence qui régnent au dedans. C'est là que le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation répand ses faveurs à pleines mains , et que l'âme ne pouvant quelquefois en soutenir l'excès et la plénitude, est obligée de demander à son Seigneur qu'il suspende le torrent de ses grâces , et qu'il mesure l'abondance de ses dons à la faiblesse de sa créature.

Venez vous-même en faire une heureuse expérience, mon cher auditeur; venez mettre la fidélité de votre Dieu à l'épreuve; c'est ici qu'il aime à être tenté : venez essayer si nous rendons un témoignage trompeur à ses miséricordes; si nous attirons le pécheur par de fausses espérances, et si ses dons ne sont pas encore plus abondans que nos promesses.Vous avez long-temps essayé du monde; vous ne lui avez point trouvé de fidélité : il vous avait tout fait espérer ;

des plaisirs, des honneurs, des félicités imaginaires : il vous a trompé, vous y êtes malheureux, vous n'avez jamais pu parvenir à vous y faire une situation au gré de vos souhaits : venez voir si votre Dieu ne vous sera pas plus fidèle ; si l'on ne trouve que des amertumes et des dégoûts dans son service; s'il promet plus qu'il ne donne ; s'il est un maître ingrat, inconstant, bizarre ; si son joug est une cruelle servitude ou une douce liberté; si les devoirs qu'il exige de nous sont le supplice de ses esclaves, ou la consolation de ses enfans, et s'il trompe ceux qui le servent. Mon Dieu î que vous seriez peu digne de nos cœurs , si vous n'étiez pas plus aimable, plus fidèle, et plus digne d'être servi que ce monde misérablel

Mais, pour le servir comme il veut l'être , mes frères , il faut estimer la gloire et le bonheur de son service ; préférer ce bonheur à tous les autres, et y travailler sincèrement, sans réserve, et avec une mûre circonspection : car si c'est un défaut commun de manquer de vivacité pour l'affaire de notre salut éternel, et de s'en dégoûter, c'en est un autre encore plus ordinaire d'y manquer de prudence et de s'y méprendre.

SECONDE PARTIE

Une entreprise où les dangers sont journaliers, où les méprises sont ordinaires , où parmi les routes infinies qui paraissent sûres, il ne s'en trouve pourtant

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qu'une de véritable ; et où cependant le succès doit décider de nos destinées éternelles; une entreprise de ce caractère demande sans doute des attentions non communes; et dans la conduite d'aucune autre, on n'eut jamais besoin de tant de circonspection et de prudence. Or, que telle soit l'entreprise du salut, il serait inutile ici de le prouver,et nul d'entre vous n'en doute ; ce qu'il importe donc d'établir, ce sont les règles et les caractères de cette prudence, qui doit nous guider dans une affaire si périlleuse et si essentielle.

La première règle, c'est de ne pas se déterminer au hasard parmi cette multiplicité de voies que les hommes suivent , les examiner toutes indépendamment des usages et des coutumes qui les autorisent, et dans l'affaire de l'éternité ne donner rien à l'opinion et à l'exemple :

la seconde , lorsqu'on se détermine, ne laisser rien à l'incertitude des événemens, et préférer toujours la sûreté au péril. Telles sont les règles communes de prudence que les enfans du siècle eux-mêmes suivent dans la poursuite de leurs prétentions et de leurs espérances temporelles : le salut éternel est la seule affaire où elles sont négligées.

Premièrement, nul n'examine si ses voies sont sûres, et ne demande pas d'autre garant de leur sûreté, que la foule que l'on voit marcher devant soi. Secondement, dans les doutes qui nais-

sent sur le détail des démarches, le parti le plus périlleux au salut, comme il a toujours l'amour propre pour lui, il a toujours aussi la préférence : deux erreurs capitales et communes dans l'affaire du salut éternel qu'il faut ici combattre. La première règle est de ne pas se déterminer au hasard, et dans l'affaire de l'éternité, ne rien donner à l'opinion et à l'exemple. En effet, le juste nous est partout représenté dans les livres saints, comme un homme sensé et prudent, qui suppute, qui compare, qui examine , qui discerne , qui éprouve ce qu'il y a de meilleur, qui ne croit pas légèrement à tout esprit qui porte à ses pieds le flambeau de la loi, pour éclairer ses démarches, et ne pas se méprendre dans ses voies. Le pécheur, au contraire, y est dépeint comme un insensé qui marche à l'aventure, et qui, dans les pas les plus périlleux , passe outre avec confiance, comme s'il marchait danslessentiers les plus sûrs et les plus unis : Sapiens tiniety et déclinât à nialo : stultus transilit et confiait.

Or, voilà, mes frères, la situation de presque tous les hommes dans l'affaire du salut éternel. Partout ailleurs, prudens, attentifs, défians, habiles à découvrir les erreurs cachées sous les préjugés communs : c'est dans le salut tout seul que rien n'égale noire crédulité et notre prudence. Oui, mes frères, vous nous entendez dire tous les jours que la vie du monde , c'est-à-

SER dire , cette vie d'amusement , d'inutilité, de-faste, de mollesse, exempte même des grands crimes; que cette vie , dis-je, n'est pas une vie chrétienne, et dès là que c'est une vie de réprobation et d'infidélité. C'est la doctrine de la religion où vous êtes né ; et depuis votre enfance on vous a nourri de ces vérités saintes :

le monde, au contraire, soutient que cette vie est la seule que des personnes d'un certain rang puissent mener; que ne vouloir pas s'y conformer, ce serait un air sauvage, où il entrerait plus de singularité et de petitesse que de raison et de vertu. Je veux qu'il soit encore douteux, qui du monde ou de nous a raison, et que ce grand différend ne soit pas encore vidé : néanmoins, comme il s'agit ici d'une alternative affreuse , et que s'y méprendre est le dernier de tous les malheurs, il semble que la prudence demanderait qu'on s'éclaircît du moins avant de passer outre. Il est naturel de douter du moins entre deux partis qui contestent, et où notre salut, surtout, est devenu le sujet de la dispute. Or, je vous demande, entrant dans le monde, et recevant ses maximes, ses mœurs, ses usages, comme vous les avez reçus, avez-vous commencé par examiner s'il avait raison, et si c'était nous qui avions tort et qui étions les séducteurs ?

Le monde veut qu'on aspire aux faveurs de la fortune, et qu'on n'oublie ni soins, ni mouvements, ni bassesses, ni artifices

SER pour s'en rendre digne. Vous suivez ces usages ; mais avezvous examiné si l'Évangile ne les contredit point? Le monde se fait honneur du luxe, de la magnificence, des profusions, de la délicatesse des tables; et en matière de dépense, rien n'est excessif, selon lui, que ce qui peut aboutir à altérer les affaires : vous êtes -vous informé si la loi de Dieu ne prescrit point un usage plus saint des richesses que nous ne tenons que de lui?

Le monde autorise les jeux éternels, les plaisirs les spectacles , et traite avec dérision quiconque ose même douter de leur innocence : avez - vous trouvé cette décision dans les maximes tristes et crucifiantes de Jésus- Christ?

Quoi! mes frères, dansl'affaire de votre éternité vous adoptez sans attention des préjugés communs, seulement parce qu'ils sont établis? Vous suivez ceux qui marchent devant vous, sans examiner où conduit le sentier qu'ils tiennent? Vous ne daignez pas vous demander à vous-même, si vous ne vous trompez point? Il vous suffit de savoir que vous n'êtes pas le seul à vous méprendre? Quoi!

dans l'affaire c|ui doit décider de vos destinées éternelles , vous ne faites pas même usage de votre raison? vous ne demandez point d'autre garant de votre sûreté que l'erreur commune ?

TOUS ne doutez pas? vous ne vous informez pas? vous ne vous défiez pas? tout vous est bon.

Vous nous direz peut-être que vous n'êtes pas plus sage et plus habile que tous les autres hommes qui vivent comme vous; que vous ne pouvez pas entrer dans des discussions qui vous passent; que si nous en étions crus, il faudrait chicaner sur tout , et que la piété n'est pas de tant raffiner.

Mais, je vous demande, faut-il tant de raffinement pour savoir que le monde est un guide trompeur, que ses maximes sont réprouvées dans l'école de Jésus- Christ, et que ses usages ne sauraient jamais prescrire contre la loi de Dieu? N'est-ce pas la règle la plus simple et la plus commune de l'Évangile, et la première vérité de la science du salut? Il ne faut qu'aller simplement pour connaître le devoir; les raffinemens ne sont nécessaires que pour se le dissimuler à soi-même , et pour allier les passions avec les règles saintes :

c'est là où l'esprit humain a besoin de toute son industrie; car l'entreprise est difficile, et voilà où vous en êtes, vous qui prétendez que rappeler les coutumes à la règle, est un raffinement insensé. Il ne faut que se consulter soi-même pour connaître le devoir. Tandis que Saiil fut fidèle, il n'eut pas besoin d'aller consulter la Pythonisse sur ce qu'il devait faire; la loi de Dieu le lui apprenait assez. Ce ne fut qu'après son crime que , pour calmer les inquiétudes d'une conscience troublée, et allier ses faiblesses injustes avec la loi de

Dieu, il s'avisa d'aller chercher dans les réponses d'un oracle trompeur quelque autorité favorable à ses passions. Aimez la vérité, et vous l'aurez bientôt connue : une conscience droite est le meilleur de tous les docteurs.

Ce n'est pas que je veuille blâmer ici les recherches sincères que fait une âme simple et timide pour s'éclairer et pour s'instruire ; je veux dire seulement que la plupart des doutes sur les devoirs dans les âmes livrées au monde comme vous , naissent d'un fond dominant de cupidité, qui, d'un côté, voudrait ne point toucher à ses passions injustes, et de l'autre , s'autoriser de la loi , ])our s'épargner le remords de la transgression manifeste. Car, d'ailleurs , si vous cherchez Dieu de bonne foi , et que vos lumières ne suffisent pas, il y a encore des prophètes dans Israël : consultez, à la bonne heure, ceux qui conserve nt la forme de la loi et de la sainte doctrine, et qui enseignent la voie de Dieu dans la vérité : ne proposez pas vos doutes avec ces couleurs et ces adoucissemens qui déterminent toujours la décision en votre faveur : ne consultez pas pour être trompé, mais pour être éclairci:

ne cherchez pas des oracles favorables mais des oracles sûrs et éclairés : ne vous contentez pas même du témoignage d'un seul homme; consultez le Seigneur à plusieurs reprises, et par différens organes : la voix

SER du ciel e>t uniforme, parce que la vérité , dont elle est l'interprète, n'est qu'une : si les témoignages ne conviennent pas, préférez toujours le choix qui vous éloigne le plus du ]>éril ; défiez-vous du sentiment qui plaît, qui rit à la vue, et qui avait déjà les suffrages de votre amour-propre.

Cependant, c'est ce qui décide de tous nos choix dans l'aiFaire du salut, et dans les circonstances mêmes où nous voyons des routes plus sûres que celles que nous ctioisissons : seconde démarche de notre imprudence dans l'entreprise de notre salut éternel. En effet , il n'est guère de doute sur nos devoirs qui nous dérobe l'obligation précise de la loi sur chaque démarche :

nous connaissons les sentiers par où Jésus-Christ et les saints ont passé : on nous les montre encore tous les jours : on nous convie par le succès qu'ils ont eu à marcher sur ces traces. C'est ainsi, nous dit-on avec l'apôtre, que ces hommes de Dieu, qui nous ont précédés, vainquirent le monde, et obtinrent l'effet des promesses : nous voyons , qu'en les imitant , on peut tout espérer ; et que, dans la voie où nous marchons, tout est à craindre : devrions - nous balancer dans cette alternative?

Cependant, partout nous résistons à nos propres lumières ; partout nous préférons le péril à la sûreté ; toute notre vie n'est même qu'un péril continuel ; dans toutes nos actions, nous

flottons , nou pas entre le plus r>u le moins parfait, mais entre le crime et les simples fautes ; toutes les fois que nous agissons, il n'est pas question de savoir si nous faisons le plus grand bien, mais si nous ne faisons qu'un mal léger et digne d'indulgence :

tous vos doutes se bornent à nous demander, si se permettre an tel plaisir, si tenir un tel iiscours, si se livrer jusqu'à un tel point à son ressentiment, si iser de cette duplicité, si ne pas refuser une telle complaisance , îst un crime ou une simple offense ; vous êtes toujours entre :es deux destinées; et votre couîcience ne peut jamais vous ren- Ire ce témoignage que dans une :elle occasion vous vous êtes déerminé pour le parti où il n'y ivait aucun péril. Ainsi , vous lavez qu'une vie de jeu, de plaisir, de spectacle, d'amusement, juand même il ne s'y mêlerait ien de grossier et de criminel, ;st un parti fort douteux pour 'éternité; nul saint, du moins, 16 vous en a laissé l'exemple :

les mœurs plus recueillies et )lus chrétiennes ne vous laisseaient rien de semblable à crain- Ire, vous le savez : cependant rous aimez mieux un doute aclommodant, qu'une sûreté trop ;ênante. Vous savez que la grâce i des momens qui ne reviennent )lus; que rien n'est plus incerain que le retour des impulions saintes auxquelles on se •efuse; que le salut différé est )resque toujours manqué ; et [ue commencer aujourd'hui ,

c'est s'assurer du succès ; vous le savez : cependant, vous préférez l'espérance incertaine d'une grâce à venir au salut présent qui s'offre à vous. Vous savez que ce guide sacré respecte vos passions; qu'il est plutôt le confident de vos faiblesses que le juge de votre conscience, et le médecin de vos maux , et qu'il manque , ou de lumière pour vous instruire, ou de fermeté pour vous corriger ; vous le savez, et si vivement, que vousmême sortez toujours de ses pieds plein de doutes et de remords secrets sur sa complaisance : un nouveau choix serait nécessaire , mais vos passions craignent ce changement; et un aveugle accoutumé est toute la raison que vous avez de courir avec lui au précipice. Vous savez que votre sûreté demanderait que vous descendissiez de cette dignité où la main du Seigneur ne vous a pas élevé, et que vous remplissez sans vocation, comme sans mérite, vous le savez : mais tant d'autres en sont revêtus, que vous connaissez encore plus indignes que vous ; la vraisemblance vous rassure, et l'évidence du devoir ne vous tguche plus. Vous savez que l'art de grossir ses trésors doit presque toujours son succès à la cupidité et à l'injustice ; que ces manières détournées de multiplier son bien ont leurs difficultés dans la religion, et que, si parmi les interprètes de la loi, il s'en trouve quelques-uns qui vous tolèrent, tout le reste vous

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condamne, vous le savez : mais c'est cette variété niêtne des suffrages qui vous cahne; et en matière de salut, avoir contre vous le parti le plus nombreux et le plus sûr, ne vous paraît pas un inconvénient à craindre.

Or, mes frères, je ne vous demande ici que deux réflexions , et je finis. Premièrement, quand même dans cette voie où vous marchez, la balance serait égale, c'est-à-dire, quand il sérail également douteux si vous vous sauvez ou si vous vous perdez ; s'il vous restait un peu de foi , vous devriez être dans des alarmes cruelles : il devrait vous paraître affreux que votre salut éternel fût devenu un problème sur lequel on ne sait à quoi s'en tenir, et qu'on opinât avec une égale vraisemblance, sur le bonheur ou sur le malheur de votre destinée éternelle, comme sur ces questions indifférentes que Dieu a livrées à la dispute des hommes; vous devriez tout entreprendre pour mettre du nroins les vraisemblances de votre côté, pour chercher une situation où le préjugé du moins vous fût favorable ; et ici où tout conclut contre vous , où la loi ne vous est point favorable, où vous n'avez pour vous que de légères apparences de raison, sur lesquelles vous n'oseriez hasarder le moindre de vos intérêts temporels; et dans des mœurs , qui juqu'ici n'ont sauvé personne , et où vous ne vous rassurez que par l'exemple de ceux qui péris sent avec vous , vous êtes tran-

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